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24 janvier 2012

Mano a Mano

Posté dans: En campagne

Sur le papier ça n’est pas encore tout à fait ça puisque Rick Santorum et Ron Paul sont encore là, mais en réalité nous y voilà, au mano a mano des primaires républicaines. Nous y sommes, au combat establishment contre insurgé: le Parti républicain est désormais bien assis sur sa ligne de fracture.

Cet affrontement c’est finalement du très classique. Du prévisible dans un parti qui hésite depuis longtemps sur la ligne qui lui rendra le pouvoir en 2012. Là où ça devient intéressant c’est qu’à y regarder de plus près, aucun des deux candidats n’est tout à fait l’incarnation de ce (ceux ?) qu’il est censé représenter. Mais au jeu des « postures », c’est incontestablement Newt Gingrich qui gagne.

Après avoir cherché sa voie pendant les deux premières primaires, Gingrich est devenu le représentant en chef de la colère. Il personnifie le grondement qui monte de la base du parti depuis l’élection d’Obama. Il est très fort Gingrich. Il a réussi à rafler une grosse partie de ses électeurs évangéliques à Rick Santorum alors qu’il a changé de religion 2 fois et en est à son 3eme mariage ; sans compter ses infidélités largement documentées. Il a aussi réussi à remplir sa besace avec certains des électeurs du Tea Party qui ne voyaient leur salut qu’en Michelle Bachman et jurent contre les « insiders » de Washington. Sans jamais prononcer le mot « Tea Party », contrairement à Santorum qui essaie désespérément de les enrôler, Gingrich a embrassé leur rhétorique. En l’écoutant parler à la foule après sa victoire en Caroline du Sud, il y avait de quoi tomber de sa chaise. Gingrich a répété 2 fois son rejet des « élites de Washington et New York ». Or Gingrich est un pur produit du système. Il a été 20 ans représentant à la chambre de son état de la Géorgie, dont 4 ans speaker à la chambre sous Clinton. Il clame dans tous les débats que c’est lorsqu’il était speaker que le budget a été équilibré. Il oublie en route de dire que son jusqu’auboutisme a offert sa réélection à Clinton. Gingrich a gouverné avec tellement de hargne que le gouvernement a été bloqué 2 fois (shutdown), et qu’il a démissionné la tête basse,  préférant quitter la politique pour écrire des livres et entrer au service de Freddy Mac, l’un des organismes (avec Fannie Mae) chargés de garantir les prêts des particuliers, responsable de la crise de 2008.

Romney (enfin !), essaie de rafraichir la mémoire des électeurs sur le passé de son concurrent direct. Lors du débat d’hier il a d’ailleurs réussi à déstabiliser un peu un Gingrich qui essaie d’expliquer qu’il n’a pas travaillé pour Freddy Mac comme lobbyiste mais comme historien (??). A 25 000 dollars par mois, ça fait cher la leçon d’histoire.

Mais qu’importe. La base du parti républicain n’a pas envie d’entendre des faits. Elle veut un chien d’attaque qui poussera Obama hors de la maison blanche en aboyant. Gingrich a très bien compris ça, et il sait faire. Il connaît tous les mots qui font mouche : Elites, Medias, Aide sociale.

heu... oui, c

heu… oui, c

Cette partition de la colère a un écho considérable. Elle permet dans la même phrase de critiquer Obama ET Mitt Romney. La base des électeurs républicains de 2012 ne vote pas avec sa tête, elle vote avec ses tripes. Et dans ce contexte, le principal problème de Mitt Romney c’est… Mitt Romney. Personne n’a encore bien compris où étaient ses tripes. Il est bon dans l’analytique, mauvais dans l’offensive. Il a clairement fait virer son discours à droite pour coller à l’esprit du moment, mais ne sera jamais aussi virulent qu’un Gingrich. (Ici (clic) un excellent exemple de ce qui sépare les 2 candidats : leur manière de parler d’Obama. Pour l’un c’est un adversaire politique, pour l’autre l’homme à abattre)

Quand Gingrich est attaqué sur sa vie personnelle, il envoie un scud sur les medias et gagne la partie. Quand Romney est pris en faute sur sa feuille d’impôts, il lui faut deux débats pour comprendre que la bonne réponse est de ne pas s’excuser de bien gagner sa vie. La fameuse feuille d’impôts vient d’ailleurs d’être révélée ce soir (ici), et 13,9% de retenue c’est moins qu’Obama, moins que Gingrich, moins que Warren Buffet la 2eme fortune du pays !!  Romney n’a pas encore réussi à montrer qu’il était à l’aise avec ses idées (y compris lorsqu’il a changé d’avis !), et à l’aise avec sa fortune personnelle considérable. Le contraste est considérable avec un Gingrich qui assume tout. Avec aplomb.

Une femme rencontrée la semaine dernière en Caroline du Sud a eu le grand prix de la citation du jour dans mon fichier personnel de petites phrases : « Romney, il présente bien, il a une belle petite famille, il a le look. C’est sûr, Gingrich, il n’a pas le look, mais en y réfléchissant, je crois qu’il peut gagner ».

Maintenant, rien ne dit que Gingrich a pris définitivement l’ascendant sur Romney. D’aileurs quand il comprend qu’il faut changer de braquet, le “modéré du Massachussetts” sait marquer des points (ici) La Caroline du Sud nous a surtout fait comprendre que le combat des deux hommes allait durer plus que prévu. La Floride et ses multiples délégués rendra les choses plus claires en cas de victoire nette de l’un ou de l’autre. Mais il reste encore des étapes, dont ce fameux super-Tuesday du 6 mars qui sera probablement le moment de vérité. Les républicains finalement, sont assez contents de ne pas voir une saison de primaires s’arrêter trop vite sur un candidat par défaut.

La question de l’après primaires est plus épineuse.

Si les électeurs ont le choix entre un revenant de la politique Américaine, aussi habile soit-il, et un modéré un peu ventre-mou aussi brillant soit-il, c’est aussi parce que l’homme providentiel qui aurait pu résoudre la crise d’identité des Républicains n’est pas là. Il manque le candidat capable de construire un pont entre les deux ailes du parti ; le candidat nouvelle génération qui serait aux républicains ce qu’Obama était aux démocrates. On a beaucoup disserté en 2008 sur la capacité ou pas des démocrates à se rassembler derrière le vainqueur des primaires après une bataille aussi âpre. Le ralliement de certains « Clinton » a d’ailleurs été long à venir. Mais à l’époque, la lutte était plutôt celle des anciens et des modernes sur une plateforme politique très semblable. Chez les républicains, c’est une bataille idéologique qui est engagée.  

Have a nice day