L’Amérique par les chemins de traverse

Le blog de Fabienne Sintes


Article(s) du 17 septembre 2012

Dimanche au ciné

Lundi 17 septembre 2012

 © fs

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Il était temps que j’aille enfin voir ce brûlot anti-Obama dont parlent tous les républicains. D’autant que les thèmes évoqués raisonnent parfaitement avec les événements de la semaine dernière devant les ambassades Américaines. Le désengagement Américain, la perte d’influence des Etats-Unis, son déclin etc…

« 2016, Obama’s America » a donc été écrit par Dinesh D’Souza, un républicain d’origine Indienne; il a porté à l’écran son propre livre « Les racines de la rage d’Obama ». L’auteur -qui met facilement en parallèle sa propre histoire et celle de Barack Obama- est arrivé en Amérique pour y faire des études, il a rapidement été fasciné par Reagan dans l’administration duquel il a travaillé avant de devenir auteur.

Et il a une thèse.

La politique de Barack Obama est en fait une manière déguisée de venger les crimes de l’impérialisme d’antan. Le président coule volontairement l’Amérique, il la détruit financièrement en même temps qu’il cherche à éteindre son rayonnement dans le monde. Et pourquoi ? Parce qu’il est directement influencé par l’anticolonialisme de son père, cet homme absent mais tant admiré.

Le film commence d’ailleurs sur cette anecdote : Obama à peine installé à la Maison Blanche a fait renvoyer à George W Bush une sculpture du visage de Churchill, symbole s’il en est du colonialisme.

Pour appuyer sa démonstration, D’Souza utilise des techniques « à la Michael Moore ». Avec Interviews mélangées à des images d’archive et des graphiques. Il a voyagé au Kenya où les témoignages de vieux messieurs ayant connu Barack Obama Sénior (qui est mort il ya 30 ans), servent à appuyer son portrait d’un homme animé par la haine de l’impérialisme et le rêve du collectivisme. Il parle à l’un des demi-frères d’Obama (qui ne se laisse pas faire quand D’Souza sous entend que le président Américain l’a abandonné dans son bidon ville). Il a aussi voyagé en Indonésie, et laisse entendre que la mère d’Obama s’est séparée de son second mari parce qu’il travaillait dans une grosse entreprise Américaine.  Les interviews sont surtout de longues questions, et des reformulations de réponses souvent très courtes. La bande son est faite très régulièrement d’extraits de l’audio book des « rêves de mon père » d’Obama. D’Souza interroge aussi quelques experts, dont l’un d’eux ne voit dans la victoire de 2008 qu’un vote “racialement motivé”, ainsi qu’un psy sur le théme de “l’influence du père”. Comme Moore, il se met volontiers en scène. Enormément même puisqu’il est son propre fil rouge.

Obama, le premier Afro-américain président des Etats-Unis est-il l’incarnation du rêve Américain demande la bande son ? Est-il le rêve de Martin Luther King ? Ou celui de quelqu’un d’autre ?

Comme si les éléments fondateurs du péché originel étaient désormais bien en place, le reste coule de source :

Retour sur Bill Ayers et Jeremiah Wright, l’un « terroriste » de l’intérieur, l’autre pasteur anti-blancs, tous les deux accusés d’avoir façonné la pensée d’Obama (Des arguments que l’on entendait déjà dans la campagne 2008) ; retour aussi le discours du Caire, qui encourageait les djihadistes et refusait l’allié de toujours, Israël ; retour sur la volonté de ne pas empêcher l’Iran de se procurer une bombe atomique ; refus du succès de l’Amérique et surtout, utilisation outrancière d’une arme de destruction massive qui mènera l’Amérique à sa perte: LA DETTE !

Autant de plaies qui sont à nos portes et s’abattront définitivement sur l’Amérique si Obama reste au pouvoir jusqu’en 2016. D’où le titre du film. Pour ceux qui ont perdu le fil. ;) 

Tous ces thèmes même s’ils ne vont pas forcément chercher le père d’Obama, reviennent aujourd’hui à la faveur des attaques d’ambassades ou des empoignades récentes (hier encore) avec Netanyahu. On ne parle pas d’autre chose quand on avance, comme c’est le cas depuis mardi, sur le thème de l’Amérique en déclin à cause d’Obama, du refus de la grandeur et de l’influence des Etats-Unis. Je comprends mieux du coup, (naïve que je suis !), pourquoi la dernière fois que j’ai assisté à un meeting de Paul Ryan, je suis tombée sur deux personnes successives qui m’ont parlé des « Etats-Unis d’Islam » (C’est dans le film); et d’où vient très exactement cette phrase prononcée par une petite dame à la convention républicaine « Je crois que Barack Obama n’aime pas l’Amérique ».

D’Souza et son film financé par de petits groupes conservateurs ; produit par Gerard Molan (Jurassic Park et la Liste de Schindler), sert désormais de référence à toute l’Amérique anti-Obama.  

En 8 semaines d’exploitation, « 2016, l’Amérique d’Obama » a récolté presque 30 millions de dollars. Jamais un docu républicain n’avait atteint de pareils scores. Parti très confidentiellement, il est visible sur plus de 2000 écrans. Au dessus de lui, dans l’histoire des documentaires politiques, seul le « Fahrenheit 911 » de Michael Moore a fait mieux. Le film est devant « Sicko », du même Michael Moore qui évoquait la santé aux Etats Unis, devant «An inconvenient truth » d’Al Gore.

Les sondages peuvent dire ce qu’ils veulent, l’ »anti-Obamaïsme » a de beaux jours devant lui… Ceci dit, en 2004, « Fahrenheit 911 » sorti juste avant l’élection devait galvaniser l’Amérique démocrate et faire élire John Kerry. Les démocrates ont vu le film. Et Bush a été réélu.

Have a nice day