L’Amérique par les chemins de traverse

Le blog de Fabienne Sintes


Romney n’est pas Reagan

En campagne

La tête un peu cramoisie de Mitt Romney pendant sa conférence de presse hier matin est partout dans la presse. Certains avec lesquels j’échange régulièrement sur twitter ou sur l’antenne (Hello Thomas), l’ont vu rouge de contentement d’avoir trouvé de quoi attaquer Obama de front sur son absence de leadership, j’y vois plus une gêne au bord de l’urticaire.

A ce moment là, on sait que l’ambassadeur en Libye est mort. Hillary Clinton vient de faire une déclaration très solennelle et on attend celle d’Obama. Romney se glisse entre les deux et essaye de justifier son communiqué de la veille au soir.Le candidat républicain s’est jeté comme un mort de faim sur les émeutes au Caire et à Benghazi. Alors qu’on en est « juste » à des attaques sur les ambassades en réaction à un film totalement débile, la représentation Américaine au Caire fait partir un communiqué qui dénonce le contenu de ce film. Romney y voit la réponse « honteuse » de l’administration Obama qui sympathise avec les assaillants et s’excuse (le grand mot de Romney) pour les valeurs Américaines. « Je ne sais même pas s’il aime l’Amérique », me disait tout récemment une femme lors d’un  meeting en Virginie. C’est exactement le genre de sentiment sur lequel veut jouer Mitt Romney.   

L’occasion était trop bonne comme l’écrit le New York Times. Le candidat républicain est en retard dans les sondages. Au point qu’il a fait 48h plus tôt une sortie très inattendue sur la réforme de la santé « dont il ne supprimera pas toutes les dispositions ». Depuis la fin des conventions, il a un ton plus conciliant, on sent qu’il va chercher sur les terres des indépendants pour tenter de se refaire une santé.

Ces attaques sont peut-être pense-t-il, sa planche de salut. Elles arrivent pile alors que les frictions avec Israël au sujet de l’Iran sont étalées sur les Unes. Obama aurait même refusé de rencontrer Netanyahou (à qui il a parlé mardi par téléphone).

Le président Américain est donc un commandant en chef qui détruit la grandeur des Etats-Unis  à trop vouloir être conciliant avec les ennemis de l’Amérique. Il a dépossédé le pays de son leadership sur le reste du monde et n’est pas fiable pour ses amis.

Sauf que l’ambassadeur en Libye est mort. Sauf que le fameux communiqué de l’ambassade du Caire est bien antérieur aux émeutes graves. Sauf qu’il n’a pas été visé par la maison blanche ni le département d’état. Sauf que depuis les déclarations de l’administration sont sans ambigüité.

Romney lors de sa conférence de presse n’a d’autre choix que de rester sur ses déclarations de la veille, mais le voir s’emmêler les pinceaux a quelque chose de pénible.

Allez plutôt après les 3 premières minutes dans le questions/réponses

La presse a fondu sur lui presque aussitôt.  clic clic clic clic Et surtout son propre parti s’est distancé rapidement de propos qui sont apparus vite déplacés. Mitch McConnell, le patron de la minorité républicaine à la chambre a parlé de la nécessité d’une réponse unanime de la classe politique. John McCain qui ne manque pas une occasion de critiquer la politique étrangère d’Obama a rendu hommage à la déclaration d’Hillary Clinton. Même Paul Ryan a été en demi teinte avant d’embrasser les propos de Romney dans la soirée pour essayer de parler d’une même voix au moins sur le même ticket.

Le coup de grâce est venu d’Obama, invité dans 60 minutes sur CBS, qui juge que « Romney tire avant de viser et qu’il faut avoir tous les faits avant de faire un communiqué ».

Bref, le test de politique étrangère de Romney est raté.

Mauvaise journée.

Mitt Romney n’est pas Ronald Reagan. Et nous ne sommes pas en 1980.

Ou pas encore. Attention quand même à Obama/Carter: le ton du président Américain vis-à-vis de l’Egypte « si vous ne protégez pas l’ambassade, on va vers de gros problèmes » ; les deux navires de guerre envoyés en Libye et les soupçons bien compris de la maison blanche que l’attaque de Benghazi était préparée de longue date par Al Quaeda ou équivalent montrent bien que l’administration craint tout de même de se retrouver, comme en 1980, dans une crise internationale très grave à quelques semaines de l’élection.

Il est peut-être trop tard pour que Romney, après sa journée calamiteuse, parvienne à se montrer comme l’alternative idéale de commandant en chef. Mais attendons de voir ce qui reste de la diplomatie Cow-boy . Et ce que dira l’économie -toujours- dans les semaines qui viennent. Si les candidats en tête un mois avant une élection gagnaient toujours, Al Gore et John McCain auraient été présidents. Carter aurait été réelu etc…

Cette phrase quand même de Gail Collins dans le New York Times à paraître ce matin : « Il reste deux mois et nous voilà à repenser notre présomption que les électeurs des primaires républicaines avaient choisi l’option la plus stable ».

Have a nice day

3 commentaires pour “Romney n’est pas Reagan”

  1. Fran6 dit :

    Franchement Fabienne, tel que vous le présentez, Romney ne fait pas sérieux. Et arriver à se faire désavouer par les leaders de son propre parti… faut le faire !
    Mais Obama aura une lourde décision à prendre : ne pas mettre d’huile sur le feu à l’international, ou montrer, justement, à l’international, qui est le Boss. Et ça m’étonnerait franchement qu’il laisse passer cette attaque sans réagir. 1- parce que perdre un ambassadeur ça n’arrive pas tous les jours et ça a don d’énerver les pays comme les USA.
    2- ne pas réagir ce serait laisser aux républicains une brèche dans laquelle s’engouffrer.
    Je ne serai donc pas étonné que quelques “barbus” salafistes aient des “accidents” mortels d’ici les semaines à venir.

  2. Tak dit :

    Bof, tout dépend de ce que la presse va en faire.
    Cette boulette serait presque de bon augure pour Romney, le cafouillage diplomatique et une ignorance des affaires étrangères étant la marque de fabrique de président américain digne de ce nom - ou de presque tous. Parmi les plus récents, Bill Clinton est probablement celui qui s’en est le mieux tiré. Obama en a fait d’autres ;)
    Ce devrait être sans grande conséquence, les Américains s’attendant à ce que le président s’occupe de l’économie et de la politique intérieure, les affaires étrangères étant confiées au secrétaire d’état.
    Évidemment, quand Romney critique Obama et son gouvernement pour leur politique étrangère, et s’emmêle ensuite les pédales, il tend le bâton pour se faire battre. Et c’est surtout cette attitude très maladroite sur le plan général, cette erreur tactique, qui peut ternir son image. Le fait qu’il s’agisse de politique étrangère est une circonstance atténuante, à mon avis.

    Have a good one! :)

  3. Tak dit :

    Ah, j’oubliais, une chose qui me turlupine: quid du Marine Corps qui, à ma connaissance, assure en nombre assez conséquent la sécurité des Ambassades américaines, tout particulièrement en zone dangereuse? Et il semblerait que les services de renseignement n’aient pas eu vent de la moindre rumeur, ce qui est assez rare lorsqu’il s’agit d’une action planifiée…C’est assez préoccupant.
    Il semblait que le sentiment anti-américain s’était plutôt calmé sous la présidence Obama, ce dernier ayant effectivement adopté un profil plus conciliant, tempérant ce qui peut parfois être considéré comme une forme d’arrogance - mais n’est bien souvent que l’expression d’une certaine fierté patriotique. Qu’un film amateur insignifiant ait pu déclencher de telles émeutes m’étonne beaucoup. Le climat semble s’être considérablement dégradé.
    Avez-vous le sentiment que le retrait des troupes des théâtres opérationnels puisse y être pour quelque chose?

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