Charlotte avant l’ouverture
Sur l’autoroute en arrivant Ă Charlotte, une grosse centaine de kilomètres avant la ville,  il y a un gros panneau publicitaire : « Obama’12, for the middle class ». (Ou quelque chose d’approchant, je ne me voyais pas piler subitement pour prendre des notes).
La couleur est donc annoncée.  Défendre la classe moyenne. Et tâcher aussi de donner des 4 ans passés le bilan le plus flatteur possible.
A la veille de l’ouverture de la convention dĂ©mocrate, le prĂ©sident AmĂ©ricain sait très bien que la bataille pour sa réélection sera bien plus difficile Ă gagner que celle qui l’a portĂ© au pouvoir en 2008.
Mitt Romney la semaine dernière avait besoin de crĂ©er un lien entre lui et ses Ă©lecteurs. Il devait se faire aimer. Obama a une flamme Ă rallumer. La tâche n’est pas moins ardue.
En 2008, Ă Denver, la convention dĂ©mocrate Ă©tait un feu d’artifice. Au sens propre. Après le discours de clĂ´ture dans un stade ornĂ© de colonnes grecques, (sans doute un peu trop, les rĂ©publicains en parlent encore, et pas en bien), on avait lancĂ© des pĂ©tards et si j’ai bonne mĂ©moire, la première partie Ă©tait assurĂ©e par Sheryl Crow et Bruce Springsteen. C’Ă©tait le temps de « l’espoir contre la peur », de l’« unitĂ© contre la division ». En 2008 on imprimait des t-shirts «Change is coming to America ».
4 ans plus tard, entre une loi sur la santĂ© au rĂ©sultat mitigĂ© et l’absence de loi sur l’immigration; entre les batailles homĂ©riques au congrès sur le plan de relance et les chiffres de chĂ´mage; entre le sauvetage de l’industrie automobile et les lois à minima sur la rĂ©gulation financière; entre la non-fermeture de Guantanamo  et la mort de Ben Laden; entre la guerre en Afghanistan et la fin de la guerre en Irak; le bagage d’Obama est rempli de batailles politiques dont certaines ont Ă©tĂ© gagnĂ©es mais d’autres lourdement perdues ; 4 ans plus tard on compte les promesses tenues mais aussi celles qui ont Ă©tĂ© mangĂ©es ; 4 ans plus tard, ce prĂ©sident qui se voulait unificateur, voire pacificateur, est Ă la tĂŞte d’un pays fait de divisions, de confrontations, et souvent de frustrations.
Obama pendant ces 3 jours a un long cahier des charges Ă remplir. Sans jamais utiliser les mĂŞmes ficelles qu’en 2008, il doit parvenir Ă saisir Ă nouveau ce “hope” et ce “change”, qui comme lui ont pris de l’âge.
- Il devra taper sur le programme des RĂ©publicains. C’est finalement le plus facile.
- Il devra surtout rassurer sur l’Ă©conomie. S’il a fait baisser le taux de chĂ´mage, les chiffres restent tĂŞtus Ă plus de 8% de demandeurs d’emploi pour le 42eme mois consĂ©cutif. Il n’y a pas de raisons que ça change avant Novembre. Il pourra encore rappeler la situation qui Ă©tait celle de l’AmĂ©rique en 2008, mais il reste très compliquĂ© politiquement de n’avoir d’autre argument rĂ©el que « sans les mesures prises, les choses auraient Ă©tĂ© pires ». A moins d’avoir retrouvĂ© du travail chez General Motors (une des vraies victoires), certains AmĂ©ricains ont beaucoup de mal Ă mesurer ce que « pire » veut dire quand les entreprises n’embauchent toujours pas. Â
Obama va probablement expliquer qu’il besoin de 4 ans de plus pour que tout ce qu’il a entamĂ© dans cette Ă©conomie de crise porte ses fruits. Insistant aussi sur cette loi sur la santĂ© qui reste une rĂ©alisation majeure mais en a frustrĂ© plus d’un quand elle a Ă©tĂ© vidĂ©e de sa substance pour ĂŞtre votĂ©e et qui reste souvent impopulaire. La mise en application du texte (espère-t-il) permettra d’y voir plus clair.
- Il doit redynamiser sa base. Les femmes, (on entendra des responsables du planning familial et des activistes. Le terrain est assez facile Ă jouer depuis le retour des histoires d’avortement), il ne faut pas lâcher les hispaniques, qui Ă part en 2008, partagent historiquement leurs voix entre RĂ©publicains et DĂ©mocrates ; il faut faire ressortir dans la rue les syndicalistes qui avaient mis du temps Ă faire le deuil d’Hillary en 2008 mais sont indispensables Ă la victoire et ont une force de frappe Ă©norme pour aller chercher la classe moyenne.
Les estimations sont favorables au prĂ©sident sortant, mais comme les rĂ©publicains l’ont bien notĂ©, il suffit de faire baisser un peu les chiffres de ces groupes dĂ©mographiques pour laisser filer un Ă©tat clef. Un sondage (dont j’ai oubliĂ© la provenance), disait il y a quelques jours que 66% des hispaniques Ă©taient sĂ»rs de voter. C’est nettement moins que les 82% de blancs non-hispaniques qui ont rĂ©pondu Ă la mĂŞme question.
Dans la mĂŞme veine que les rĂ©publicains la semaine dernière, les dĂ©mocrates vont mettre en avant dès l’ouverture Julian Castro, le maire de San Antonio au Texas, et surtout en prime time Michèle Obama, dont la popularitĂ© est bien supĂ©rieure Ă celle de son mari. (Si elle nous parle d’amour, je mange mes accrĂ©ditations qui sont en carton très dur et en relief !!)
(Mercredi, c’est Bill Clinton qui l’espace d’un discours fera de l’ombre Ă tout le monde ; mais au moins (on en reparlera), les dĂ©mocrates ont ils un ancien prĂ©sident Ă exhiber, ce qui n’Ă©tait pas le cas des rĂ©publicains la semaine dernière)
- Le dernier point c’est la politique Ă©trangère et le « retour vers le passé », le « non-programme » cachĂ© derrière les phrases Ă l’emporte-pièce sur “la grandeur de l’AmĂ©rique quand ce prĂ©sident la veut dĂ©clinante” dĂ©noncĂ©s dès après Tampa par les dĂ©mocrates, avec Ă©videmment la mort de Ben Laden en avant.
Les républicains essayent de faire de cette élection un referendum contre Obama, les démocrates doivent en faire une bataille entre deux Amériques.
Ils ont trois jours.
Pour au moins crĂ©er artificiellement un optimisme de saison, les dĂ©mocrates utilisent habilement ce jour fĂ©riĂ© de lundi (labor day) qui prĂ©cède l’ouverture de la convention. Contrairement Ă Tampa la semaine dernière oĂą les abords du forum étaient tristes Ă pleurer, les dĂ©mocrates ont dĂ©jĂ installĂ© des estrades, des groupes rĂ©pĂ©taient dès hier et Charlotte a organisĂ© un festival de musique et de dĂ©bats qui met tout le monde dans un bain de festivitĂ©s avant l’heure. C’est du marketing, mais pour retrouver l’ambiance 2008, ça compte aussi.
Obama comme Romney avant lui, parlera moins aux gens qui sont venus le voir qu’aux indĂ©cis qui vont le regarder Ă la tĂ©lĂ©vision. On verra s’il fait mieux que les rĂ©publicains dont le taux d’audience a Ă©tĂ© infĂ©rieur Ă celui de 2008. Comme il y a 4 ans cependant, le prĂ©sident va donner son discours de clĂ´ture hors les murs de la convention. (les colonnes en moins) Il sera dans le stade de foot de Charlotte pour que le plus grand nombre puisse en profiter; pour donner une impression de masse ; et Ă©viter qu’on dise qu’il reste enfermĂ© avec les dĂ©lĂ©guĂ©s parce qu’il n’attire plus des foules immenses.  Il n’a pas intĂ©rĂŞt Ă avoir fait un mauvais calcul: ce stade c’est 74 000 places. Or il y a longtemps qu’il n’a pas provoquĂ© des embouteillages monstres avant un meeting, Obama.
On ne sait pas encore comment les tribunes seront configurĂ©es pour Ă©viter, si besoin, des “blancs” dans le public. En revanche on sait depuis la semaine dernière que pour quasiment flinguer une convention, il suffit d’une chaise vide…
Have a nice day.















4 septembre 2012 Ă
” A moins d’avoir retrouvĂ© du travail chez General Motors (une des vraies victoires),”
Ahem ;) Pour combien de temps?
http://news.investors.com/ibd-editorials/043012-609777-general-motors-not-really-repaying-taxpayer-bailout.htm
Un problème qui n’a pas Ă©tĂ© rĂ©solu - et un gros : le pouvoir destructeur des tous puissants syndicats (et la corruption).
“La mise en application du texte (espère-t-il) permettra d’y voir plus clair.”
Ca promet d’ĂŞtre intĂ©ressant :)) Il pourrait ĂŞtre utile, avant application, d’expliquer enfin ce fameux texte que très peu de personnes ont vraiment lu - par contre, beaucoup font comme si. J’ai suivi la plupart des interventions sur le sujet, je reste sur ma faim. Et j’ai relevĂ© de nombreuses contradictions, souvent dans le mĂŞme discours… J’ai l’impression que les choses ne sont pas très claires pour le lĂ©gislateur non plus.
” et ont une force de frappe Ă©norme pour aller chercher la classe moyenne”
Oui, en convois de bus :) Certaines mauvaises langues disent qu’il y a mĂŞme un peu - juste un tantinet - de coercition. Les mauvaises langues uniquement.
“Si elle nous parle d’amour, je mange mes accrĂ©ditations qui sont en carton très dur et en relief !!”
Nope, pas de place pour les sentiments. Rien que de l’intellectuel. Mais qui sait, elle parlera peut-ĂŞtre de sexe? Rien de tel pour apaiser les tensions dans le couple après une rude journĂ©e de travail.
“Mercredi, c’est Bill Clinton qui l’espace d’un discours fera de l’ombre Ă tout le monde”
Ce sera gratuit cette fois? Et puis, il a certainement des recettes à partager pour pimenter un peu la saine activité mentionnée ci-dessus.
“Il n’a pas intĂ©rĂŞt Ă avoir fait un mauvais calcul: ce stade c’est 74 000 places.”
Come on :))) A quoi serviraient les syndicats?
“En revanche on sait depuis la semaine dernière que pour quasiment flinguer une convention, il suffit d’une chaise vide…”
C’est très mĂ©chant. Clint l’a fait exprès: c’est un subtil complot, orchestrĂ© par Hollywood. Qu’est-ce qu’il a du s’amuser, Ă raconter exactement le contraire de ce qu’il pensait!
Un membre des services secrets roulant pour Obama (on lui a promis l’immunitĂ© pour une certaine affaire) lui a remis le script peu avant la convention, et, pour ne rien laisser au hasard, lui a fauchĂ© sa fiole de mĂ©dicaments. Old people are delusional, hence the chair incident. That’s proof enough.
Have a good one