L’Amérique par les chemins de traverse

Le blog de Fabienne Sintes


Article(s) de septembre 2012

Patriotisme économique en 2′

Vendredi 28 septembre 2012

Barack Obama vient de s’offrir une pub de 2′ face caméra qui depuis hier est diffusée dans 7 états clefs. C’est à 1′42” qu’il faut regarder. « Il est temps pour un nouveau patriotisme économique » dit le président Américain.

Npr -la radio publique- crois savoir que la phrase a été piquée à l’ancien gouverneur de l’Ohio Ted Strickland, qui l’a utilisée pour critiquer les choix économiques de Romney lorsqu’il dirigeait Bain Capital, sa société d’investissement. Les emplois délocalisés en Chine et les licenciements dans les sociétés renflouées.

Obama y va plus subtilement pour dire exactement la même chose. Il déroule son programme en s’adressant directement à la classe moyenne; il parle d’un million d’emplois industriels à venir, d’indépendance énergétique et d’embauche de professeurs. Il parle de réutiliser l’argent des guerres pour l’investir aux Etats-Unis. Rien de très neuf si ce n’est un contexte très favorable.

Obama est en train de s’envoler dans les sondages. Il est en tête dans la majorité des états clefs (post précédent), pendant que Romney ne peut que colmater tant bien que mal des brèches qu’il a ouvertes sans l’aide de personne.

Le Patriotisme économique qui est utilisé pour la première fois dans cette vidéo, Obama l’a testé 3 fois de suite en meeting en Virginie hier. En substance, donner de l’argent à l’industrie automobile, c’est peut-être difficile à avaler pour certains mais c’est du patriotisme économique ; payer des impôts comme les autres quand on est riche, c’est aussi du patriotisme économique.

Le président-candidat égratigne donc sérieusement au passage le bilan et les méthodes d’homme d’affaire de son opposant ainsi que le montant de sa feuille d’impots ; il est « à la table de la cuisine » de ces fameux 47% dont Mitt Romney estime qu’il « n’a pas à s’en occuper », comme en témoigne cette vidéo pirate dévastatrice qui a largement contribué à creuser l’écart entre les deux hommes.

Le patriotisme économique, à quelques jours du premier débat, c’est la nouvelle planche de surf de Barack Obama.

Have a nice day.

Demography is Destiny

Mercredi 26 septembre 2012

En lisant le Washington Post ce matin, Mitt Romney a dû prendre un coup au moral.Nouveau sondage, nouveaux déboires: Il est sur une mauvaise pente dans l’Ohio. Et en Floride.

Ca n’est pas faute d’essayer. Le candidat républicain est encore en bus dans l’Ohio cette semaine, et il rentre tout juste de Floride. Dans la foulée il sera en Virginie, un autre état clef qui ne lui semble pas favorable. Les chiffres sont têtus. (Clic) La marge est faible, mais elle est constante.

Or les statistiques dont nous raffolons tous rappellent cruellement qu’un candidat républicain n’a jamais remporté les élections sans avoir la Floride et l’Ohio derrière lui.

L’Ohio n’a pas été épargné. Le chômage y est encore très haut, et la crise des subprimes de 2008 a laissé des quartiers de Cleveland dévastés ; mais l’état grâce à une diversification économique assez ancienne et le retour de l’industrie automobile, est moins mal en point qu’il aurait pu l’être.

Si 38% des électeurs seulement jugent que l’économie va bien, ils sont également prêts à reconnaître que tout n’est pas entièrement la faute d’Obama. Et surtout, 2/3 de ceux qui votent estiment que le renflouement de l’industrie automobile a été une bonne chose. Dans un Etat qui vit principalement de ses propres usines de voitures et des retombées de celles qui sont juste au dessus dans le Michigan, le chiffre est fondamental.

Les conseillés de Romney qui sont cités dans le Post ce matin, parlent de « donner un message clair et consistant des priorités de Mitt Romney afin de bien marquer la différence avec Obama ».

Presque un mois avant les élections, en effet, c’est peut être une bonne idée d’essayer d’être clair.

En Floride, Romney va moins mal. Mais l’avance de son adversaire là aussi, grimpe au dessus de la barre des 50%, elle est très nette chez les hispaniques ET chez les femmes. Dans les deux Etats, les chiffres des « non-blancs » tel que les sondeurs les définissent, sont écrasants pour Obama : 91% dans l’Ohio. 74% en Floride.

Pour plagier un économiste du Colorado entendu hier soir sur npr, la radio publique américaine, si ça n’était pas encore clair pour tous, cette élection se résume presque à cette phrase : « Demography is destiny ».

L’autre mauvaise nouvelle du jour Pour Romney s’étale sur toutes les Unes du jour : le bâtiment va mieux et le prix des logements est en train (enfin !) de remonter.

Si on en conclut que Romney est déjà mort, on n’a plus qu’à tous rentrer chez nous. Un mois et des poussières c’est encore assez long pour que les erreurs et les gaffes changent de camp. Mais rarement, un premier débat présidentiel comme celui qui aura lieu mercredi prochain aura autant été une question de vie ou de mort pour l’un des deux candidats.

Have a nice day.

7 semaines Mitt…

Mercredi 19 septembre 2012

Si vous trouvez que votre feuille d’impôts est compliquée, je vous conseille de jeter un Å“il sur la mienne et ses 40 pages parfaitement incompréhensibles. Le système fiscal Américain est une usine à gaz dans laquelle s’est plongée cependant la presse Américaine pour tenter de comprendre d’où vient se chiffre de « 47% d’Américains qui ne payent pas d’impôt sur le revenu » avancé par Mitt Romney dans la fameuse vidéo d’hier.Effectivement, d’après les chiffres du Tax Policy Center ressortis par la radio npr (clic), 46,4% des gens ne payent pas d’impôts sur le revenu. Sauf que la plupart payent ce qu’on appelle ici des « pay roll taxes» qui sont une forme de taxation sur les salaires mais prélevés au niveau local. Si bien que le chiffre réel de ceux qui ne doivent jamais rien au fisc Américain est en réalité d’un peu plus de 18%. Soit ceux qui gagnent autour de 30 000 dollars par an. On parle donc des bas salaires, qui doivent effectivement bénéficier des aides de l’état, mais on parle souvent de retraités. Qui pour beaucoup votent républicain. On parle aussi de soldats, qui ont un système encore particulier. Mais votent républicain aussi. On parle des étudiants. Qui ne payent pas et pour cause : ils ne travaillent pas.

 © TaxPolicyCenter

© TaxPolicyCenter

Bref, cette moitié d’Américains pour lesquels on ne peut plus rien et qu’il n’est pas dans l’intérêt de Romney d’aller chercher est nettement plus complexes à jauger (et juger !) qu’il n’y parait. Le candidat l’a reconnu en filigrane lorsqu’il est allé s’expliquer chez Fox-News, tout en insistant avant tout sur la redistribution, le vrai probléme selon lui.

Calculs mis à part, les commentaires de Mitt Romney ont désespéré une grande partie des éditorialistes Américains. Ils ont vu un Romney “diviseur de classes” . Le New York Times est effondré (clic), « Romney a parlé avec un cynisme à glacer le sang et une arrogance révoltante » ; le Washington Post n’est pas plus tendre (clic) et parle de la vision fantaisiste que Mitt Romney a de ce pays, son incompréhension totale de ceux qui peinent à joindre les deux bouts. Même chez les très conservateurs comme le National Journal cités hier par Le Monde, on est bien conscients que la bourde sera plus compliquée à réparer que les précédentes, parce que le temps presse.

Beaucoup se souviennent que Obama aussi avait été piégé en 2008 lors d’une levée de fond. Il avait parlé de ces gens « accrochés à leurs armes et à leur religion ». Sauf que c’était au mois d’avril, et que les électeurs avaient largement eu le temps d’oublier. Cette fois il reste tout juste sept semaines. Et les démocrates ont bien entendu déjà sorti la première pub « 47% »

On a bien compris que celui qui a filmé cette levée de fond a une dent sévère contre Mitt Romney. On a bien compris que Mother Jones est un journal de gauche, et on peut toujours s’amuser de l’implication du petit-fils de Jimmy Carter. Peu importe aujourd’hui, la vidéo est là, et tous les efforts (assez ratés d’ailleurs, mais ça n’est pas faute d’avoir essayé), pour imposer une biographie de Mitt Romney, pour changer son image de milliardaire sans cÅ“ur sont renvoyés à la case départ. Le candidat républicain qui pourtant cherchait à attirer les indépendants, n’a peut-être plus d’autre choix désormais que de rester collé à la base de ses électeurs, qui n’ont sans doute pas trouvé grand-chose à redire aux commentaires révélés par Mother Jones. Romney a commencé sur la vidéo de Fox plus haut.

Après tout pourquoi pas. Des phrases sur l’Amérique « assistée qui utilise le gouvernement comme une vache à lait » on en entend à longueur de meetings.

Barack Obama est toujours en tête dans un certain nombre des états clefs, notamment la Virginie et l’Ohio qui sont fondamentaux. Mais jetez un Å“il quand même sur le gallup d’hier. (clic). L’effet convention gagné par les démocrates est en train de s’effacer et il semble que les affaires d’ambassades de la semaine dernière n’aient guère fait bouger le curseur.

Romney n’est pas encore mort, et charitablement certains lui expliquent comment remonter la pente (clic). « The Fix » du Washington Post lui suggère 5 clefs: Pencher dans le virage pendant les 48 prochaines heures qui seront encore difficiles ; aller chercher le électeurs dans les coins bien ruraux pour leur expliquer réellement ce qu’il compte faire avec eux ; gagner le premier débat du 3 octobre ; faire un grand discours qui remettra (enfin) sa politique à l’endroit ; compter aussi sur la chance.

Mitt, quand on jouait aux cartes espagnoles avec ma grand-mère et mon frère, elle nous faisait tourner notre chaise lorsqu’on perdait pour faire tourner la chance. C’est juste une idée.

Enfin… quoi que… une chaise… déjà vu, déjà raté. Reste debout. ;)

Have a nice day.

Romney et les 47%

Mardi 18 septembre 2012

Il y des semaines comme ça…Depuis la fin des conventions, le candidat républicain est en spirale dans un trou noir.

  • - Il a d’abord clairement échoué à «imposer une biographie», pendant le rendez-vous de Tampa. Et quoi qu’il ait pu en dire alors, les sondages de sortie de convention lui sont défavorables
  • - Il a ensuite été beaucoup trop vite dans sa réponse aux attaques d’ambassades, et là encore, les électeurs ont répondu contre lui.
  • - Il y a cette enquête de Politico sortie hier soir (clic) qui semble accréditer l’état de panique des républicains. On y lit entre autres, que le discours de la convention a été jeté à la poubelle au moins 2 fois, qu’il a finalement été écrit dans la précipitation (d’où l’oubli de parler des troupes d’Afghanistan) et le reste à vau-l’eau.
  • - Et maintenant cette vidéo sortie par le journal «Mother Jones». On y voit Romney lors d’une levée de fond devant de riches donateurs expliquer que 47% des électeurs Américains sont des gens qui ne cherchent qu’à tirer avantage du gouvernement. Il s’en fiche explique-t-il. Ceux là ne l’intéressent pas. Il lui faut les 5 à 10% d’indépendants qui feront la différence .

Pris séparément, chacun de ces événements ne sont que des soubresauts de campagne. Mis bout à bout, comme le dit ce soir le Washington Post, on y voit plutôt une campagne qui patauge et un candidat pas prêt.

Cette histoire de 47% « Ceux qui ne payent pas d’impôts et profitent du système » va occuper le temps médiatique pendant au moins les 48 prochaines heures. Pile au moment où l’équipe Romney, qui sentait bien qu’elle devait donner des gages plus spécifiques sur l’économie, entendait dérouler un programme plus clair (Il était peut-être temps).

Le candidat a tenté de s’expliquer. Ou de s’excuser. Son porte parole a été le premier à monter au front en expliquant que “Romney voulait aider les Américains en difficulté et qu’il entendait faire diminuer le nombre de ceux qui dépendent des aides de l’Etat ». Romney lui-même alors en Californie a admis que ses commentaires n’étaient pas formulés de manière très élégante, mais qu’il improvisait.

Demain, on entendra parler encore un peu plus de l’indifférence de Romney vis-à-vis des pauvres. On entendra aussi parler de ces « medias libéraux qui roulent pour Obama » (Il est interdit de filmer ou d’enregistrer pendant une levée de fond). Et probablement, comme le rappelle encore une fois le Post ce soir, certains républicains vont-ils dire à demi-mot ce que Laura Ingraham, une star des talk shows conservateurs a dit tout haut lundi dernier : « Si on ne peut pas battre Barack Obama qui a un tel bilan, il faut fermer le parti républicain ».  

Romney n’a pas encore perdu. Il reste 7 semaines, il peut se passer beaucoup de choses.

Mais les républicains ont bêtement laissé filer 2 semaines. Ils ont donné 2 semaines à Obama. Gratis.

Have a nice day.   

Dimanche au ciné

Lundi 17 septembre 2012

 © fs

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Il était temps que j’aille enfin voir ce brûlot anti-Obama dont parlent tous les républicains. D’autant que les thèmes évoqués raisonnent parfaitement avec les événements de la semaine dernière devant les ambassades Américaines. Le désengagement Américain, la perte d’influence des Etats-Unis, son déclin etc…

« 2016, Obama’s America » a donc été écrit par Dinesh D’Souza, un républicain d’origine Indienne; il a porté à l’écran son propre livre « Les racines de la rage d’Obama ». L’auteur -qui met facilement en parallèle sa propre histoire et celle de Barack Obama- est arrivé en Amérique pour y faire des études, il a rapidement été fasciné par Reagan dans l’administration duquel il a travaillé avant de devenir auteur.

Et il a une thèse.

La politique de Barack Obama est en fait une manière déguisée de venger les crimes de l’impérialisme d’antan. Le président coule volontairement l’Amérique, il la détruit financièrement en même temps qu’il cherche à éteindre son rayonnement dans le monde. Et pourquoi ? Parce qu’il est directement influencé par l’anticolonialisme de son père, cet homme absent mais tant admiré.

Le film commence d’ailleurs sur cette anecdote : Obama à peine installé à la Maison Blanche a fait renvoyer à George W Bush une sculpture du visage de Churchill, symbole s’il en est du colonialisme.

Pour appuyer sa démonstration, D’Souza utilise des techniques « à la Michael Moore ». Avec Interviews mélangées à des images d’archive et des graphiques. Il a voyagé au Kenya où les témoignages de vieux messieurs ayant connu Barack Obama Sénior (qui est mort il ya 30 ans), servent à appuyer son portrait d’un homme animé par la haine de l’impérialisme et le rêve du collectivisme. Il parle à l’un des demi-frères d’Obama (qui ne se laisse pas faire quand D’Souza sous entend que le président Américain l’a abandonné dans son bidon ville). Il a aussi voyagé en Indonésie, et laisse entendre que la mère d’Obama s’est séparée de son second mari parce qu’il travaillait dans une grosse entreprise Américaine.  Les interviews sont surtout de longues questions, et des reformulations de réponses souvent très courtes. La bande son est faite très régulièrement d’extraits de l’audio book des « rêves de mon père » d’Obama. D’Souza interroge aussi quelques experts, dont l’un d’eux ne voit dans la victoire de 2008 qu’un vote “racialement motivé”, ainsi qu’un psy sur le théme de “l’influence du père”. Comme Moore, il se met volontiers en scène. Enormément même puisqu’il est son propre fil rouge.

Obama, le premier Afro-américain président des Etats-Unis est-il l’incarnation du rêve Américain demande la bande son ? Est-il le rêve de Martin Luther King ? Ou celui de quelqu’un d’autre ?

Comme si les éléments fondateurs du péché originel étaient désormais bien en place, le reste coule de source :

Retour sur Bill Ayers et Jeremiah Wright, l’un « terroriste » de l’intérieur, l’autre pasteur anti-blancs, tous les deux accusés d’avoir façonné la pensée d’Obama (Des arguments que l’on entendait déjà dans la campagne 2008) ; retour aussi le discours du Caire, qui encourageait les djihadistes et refusait l’allié de toujours, Israël ; retour sur la volonté de ne pas empêcher l’Iran de se procurer une bombe atomique ; refus du succès de l’Amérique et surtout, utilisation outrancière d’une arme de destruction massive qui mènera l’Amérique à sa perte: LA DETTE !

Autant de plaies qui sont à nos portes et s’abattront définitivement sur l’Amérique si Obama reste au pouvoir jusqu’en 2016. D’où le titre du film. Pour ceux qui ont perdu le fil. ;) 

Tous ces thèmes même s’ils ne vont pas forcément chercher le père d’Obama, reviennent aujourd’hui à la faveur des attaques d’ambassades ou des empoignades récentes (hier encore) avec Netanyahu. On ne parle pas d’autre chose quand on avance, comme c’est le cas depuis mardi, sur le thème de l’Amérique en déclin à cause d’Obama, du refus de la grandeur et de l’influence des Etats-Unis. Je comprends mieux du coup, (naïve que je suis !), pourquoi la dernière fois que j’ai assisté à un meeting de Paul Ryan, je suis tombée sur deux personnes successives qui m’ont parlé des « Etats-Unis d’Islam » (C’est dans le film); et d’où vient très exactement cette phrase prononcée par une petite dame à la convention républicaine « Je crois que Barack Obama n’aime pas l’Amérique ».

D’Souza et son film financé par de petits groupes conservateurs ; produit par Gerard Molan (Jurassic Park et la Liste de Schindler), sert désormais de référence à toute l’Amérique anti-Obama.  

En 8 semaines d’exploitation, « 2016, l’Amérique d’Obama » a récolté presque 30 millions de dollars. Jamais un docu républicain n’avait atteint de pareils scores. Parti très confidentiellement, il est visible sur plus de 2000 écrans. Au dessus de lui, dans l’histoire des documentaires politiques, seul le « Fahrenheit 911 » de Michael Moore a fait mieux. Le film est devant « Sicko », du même Michael Moore qui évoquait la santé aux Etats Unis, devant «An inconvenient truth » d’Al Gore.

Les sondages peuvent dire ce qu’ils veulent, l’ »anti-Obamaïsme » a de beaux jours devant lui… Ceci dit, en 2004, « Fahrenheit 911 » sorti juste avant l’élection devait galvaniser l’Amérique démocrate et faire élire John Kerry. Les démocrates ont vu le film. Et Bush a été réélu.

Have a nice day

Romney n’est pas Reagan

Jeudi 13 septembre 2012

La tête un peu cramoisie de Mitt Romney pendant sa conférence de presse hier matin est partout dans la presse. Certains avec lesquels j’échange régulièrement sur twitter ou sur l’antenne (Hello Thomas), l’ont vu rouge de contentement d’avoir trouvé de quoi attaquer Obama de front sur son absence de leadership, j’y vois plus une gêne au bord de l’urticaire.

A ce moment là, on sait que l’ambassadeur en Libye est mort. Hillary Clinton vient de faire une déclaration très solennelle et on attend celle d’Obama. Romney se glisse entre les deux et essaye de justifier son communiqué de la veille au soir.Le candidat républicain s’est jeté comme un mort de faim sur les émeutes au Caire et à Benghazi. Alors qu’on en est « juste » à des attaques sur les ambassades en réaction à un film totalement débile, la représentation Américaine au Caire fait partir un communiqué qui dénonce le contenu de ce film. Romney y voit la réponse « honteuse » de l’administration Obama qui sympathise avec les assaillants et s’excuse (le grand mot de Romney) pour les valeurs Américaines. « Je ne sais même pas s’il aime l’Amérique », me disait tout récemment une femme lors d’un  meeting en Virginie. C’est exactement le genre de sentiment sur lequel veut jouer Mitt Romney.   

L’occasion était trop bonne comme l’écrit le New York Times. Le candidat républicain est en retard dans les sondages. Au point qu’il a fait 48h plus tôt une sortie très inattendue sur la réforme de la santé « dont il ne supprimera pas toutes les dispositions ». Depuis la fin des conventions, il a un ton plus conciliant, on sent qu’il va chercher sur les terres des indépendants pour tenter de se refaire une santé.

Ces attaques sont peut-être pense-t-il, sa planche de salut. Elles arrivent pile alors que les frictions avec Israël au sujet de l’Iran sont étalées sur les Unes. Obama aurait même refusé de rencontrer Netanyahou (à qui il a parlé mardi par téléphone).

Le président Américain est donc un commandant en chef qui détruit la grandeur des Etats-Unis  à trop vouloir être conciliant avec les ennemis de l’Amérique. Il a dépossédé le pays de son leadership sur le reste du monde et n’est pas fiable pour ses amis.

Sauf que l’ambassadeur en Libye est mort. Sauf que le fameux communiqué de l’ambassade du Caire est bien antérieur aux émeutes graves. Sauf qu’il n’a pas été visé par la maison blanche ni le département d’état. Sauf que depuis les déclarations de l’administration sont sans ambigüité.

Romney lors de sa conférence de presse n’a d’autre choix que de rester sur ses déclarations de la veille, mais le voir s’emmêler les pinceaux a quelque chose de pénible.

Allez plutôt après les 3 premières minutes dans le questions/réponses

La presse a fondu sur lui presque aussitôt.  clic clic clic clic Et surtout son propre parti s’est distancé rapidement de propos qui sont apparus vite déplacés. Mitch McConnell, le patron de la minorité républicaine à la chambre a parlé de la nécessité d’une réponse unanime de la classe politique. John McCain qui ne manque pas une occasion de critiquer la politique étrangère d’Obama a rendu hommage à la déclaration d’Hillary Clinton. Même Paul Ryan a été en demi teinte avant d’embrasser les propos de Romney dans la soirée pour essayer de parler d’une même voix au moins sur le même ticket.

Le coup de grâce est venu d’Obama, invité dans 60 minutes sur CBS, qui juge que « Romney tire avant de viser et qu’il faut avoir tous les faits avant de faire un communiqué ».

Bref, le test de politique étrangère de Romney est raté.

Mauvaise journée.

Mitt Romney n’est pas Ronald Reagan. Et nous ne sommes pas en 1980.

Ou pas encore. Attention quand même à Obama/Carter: le ton du président Américain vis-à-vis de l’Egypte « si vous ne protégez pas l’ambassade, on va vers de gros problèmes » ; les deux navires de guerre envoyés en Libye et les soupçons bien compris de la maison blanche que l’attaque de Benghazi était préparée de longue date par Al Quaeda ou équivalent montrent bien que l’administration craint tout de même de se retrouver, comme en 1980, dans une crise internationale très grave à quelques semaines de l’élection.

Il est peut-être trop tard pour que Romney, après sa journée calamiteuse, parvienne à se montrer comme l’alternative idéale de commandant en chef. Mais attendons de voir ce qui reste de la diplomatie Cow-boy . Et ce que dira l’économie -toujours- dans les semaines qui viennent. Si les candidats en tête un mois avant une élection gagnaient toujours, Al Gore et John McCain auraient été présidents. Carter aurait été réelu etc…

Cette phrase quand même de Gail Collins dans le New York Times à paraître ce matin : « Il reste deux mois et nous voilà à repenser notre présomption que les électeurs des primaires républicaines avaient choisi l’option la plus stable ».

Have a nice day

Obama s’envole ?

Mardi 11 septembre 2012

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Il parait que Barack Obama a raté son discours à la convention. Il parait qu’il n’a su offrir que quatre ans de patience à ses partisans et qu’il est tombé bien à plat à côté de Bill Clinton. C’est vrai que Clinton a été très bon. Mais Obama -que personnellement je n’ai pas trouvé si « en dessous »- n’a visiblement pas rebuté les électeurs. Si le scrutin avait lieu demain, il n’aurait pas besoin de faire ses cartons.

La convention lui a apporté 4 point de plus contre 1 à Romney ; ça n’est pas extraordinaire mais dans la foulée le dernier sondage CNN tout chaud de ce soir le crédite de 6 points d’avance. Pour une fois, les autres instituts de sondage sont d’accord : Rasmussen, Gallup, Reuters/Ipsos.  

Plus important encore, puisque c’est vers les Etats qu’il faut regarder, Obama est 5 points devant Romney dans l’Ohio, 7 dans le Michigan. Ironiquement, il n’y a qu’en Caroline du Nord où s’est tenue la convention démocrate que Romney est en tête. La Virginie et la Floride sont toujours dans la marge d’erreur. Enfin pour la première fois depuis le mois d’avril, la campagne démocrate a récolté plus d’argent que la campagne républicaine. Ca se joue à peu de millions (!!) 114 contre 111, mais c’est tout de même un progrès symbolique.

Mais le plus significatif n’est pas forcément dans les chiffres. Ce qui est fascinant à observer depuis 48h c’est le ton de Romney. On a déjà souligné à maintes reprises combien ce candidat républicain avait une étonnante faculté à changer d’avis. On a passé le mur du son dimanche dans « Meet The Press », le grand rendez vous politique dominical.

Subitement, le candidat républicain tape moins fort, et surtout, il a fait une sortie remarquée sur la réforme de la santé : reniant ce qui est écrit noir sur blanc dans le programme républicain, reniant ce qui est écrit noir sur blanc sur son site de campagne et reniant aussi ce qu’il répète depuis des mois pour coller à son public.  Mitt Romney nous annonce désormais qu’il ne va pas se débarrasser de toute la loi sur la santé (à 31” sur la vidéo). « Bien sur il ya des choses que j’aime dans la réforme de la santé, notamment le fait de couvrir les gens qui souffrent d’une « condition préexistante »

Afin de vous rafraîchir la mémoire, la fin de la discrimination contre les personnes souffrant de « condition préexistante » est l’une des mesures les plus populaires de la loi Obama. Cela n’a pas échappé à Romney. La disposition interdit désormais aux compagnies d’assurance de refuser une personne qui eu un cancer, qui souffre d’hypertension, de diabète, voire d’une pathologie mineure. Les enfants bénéficient déjà de cette nouveauté. Pour les adultes, la mise en place est prévue pour 2014. Les assurances seront par ailleurs interdites de faire monter les prix pour tous ces patients là.

C’est précisément parce qu’il faut compenser ce qui engendrera forcément des frais supplémentaires que la loi Obama oblige tout le pays à s’assurer. (La fameuse disposition que la cour suprême a jugée constitutionnelle il y a quelques mois). C’est aussi pour les mêmes raisons que la loi signée par Romney dans le Massachussetts en 2006 prévoyait une assurance obligatoire pour tout le monde.

Romney à ce stade est toujours contre l’assurance obligatoire. Mais pour ne rien vous cacher je n’ai toujours pas compris comment, s’il maintient la disposition populaire qu’est la fin de la « condition préexistante », il parviendra à assurer les gens déjà malades (ça coûte cher), sans obliger chacun à prendre une couverture santé pour éponger les frais supplémentaires des assurances.

En attendant, on est très loin de cette déclaration faite juste après la décision de la cour suprême (de 0 à 20”) :

On a bien compris que la “vraie” campagne commençait vraiment après les conventions. Et qu’il y a ces fameux indécis à ramener dans sa besace. Mais tout de même: à chaque fois qu’on pense que Romney candidat 2012 a fini de renier intégralement Romney gouverneur 2004, on a une nouvelle surprise !  J’ai écrit déjà ici que Mitt Romney était figé par ce qu’il est : son argent dont il ne sait pas parler, sa religion dont il n’ose pas parler, et son passé de modéré qui dit à chaque ligne l’inverse de ce qu’il prêche aujourd’hui en meeting.

En essayant de jongler avec la branche la plus acharnée de son parti, avec les indépendants à qui il n’a pas envie de faire peur et avec ce qu’il a vraiment dans la tête, Mitt Romney donne le sentiment d’un gars qui essaye un costume qui n’est pas le sien et se débat pour passer les manches. Il doit avoir parfois du mal à se suivre lui même…

Son prochain vrai rendez-vous important c’est le 3 octobre : le premier débat en face à face avec Obama. C’est un bon moyen de se refaire. Ou de se prendre les pieds dans ses contradictions. Il le sait tellement bien qu’il a passé toute la convention démocrate loin des caméras à préparer cette première confrontation. Celui qui joue Obama pour lui donner la réplique, c’est Rob Portman, sénateur de l’Ohio, un temps pressenti pour le poste de VP. Portman jouait déjà ce rôle pour McCain.

En attendant, les républicains préfèrent ne pas s’attarder sur les sondages. Ils comptent sur ceux qui “préférent une girouette à un socialiste” et rappellent régulièrement que Carter menait devant Reagan jusqu’à l’aube de l’élection de 1980. Et patatra.

Have a nice day

Michelle et Ann

Mercredi 5 septembre 2012

Ca n’est pas très charitable de comparer les discours de Michelle Obama et Ann Romney à l’applaudimètre parce que la salle démocrate est nettement plus remplie que l’était la salle républicaine. Le calcul des délégués est si compliqué que les délégués eux-mêmes n’y comprennent rien, il est surtout différent d’un parti à l’autre, (et d’un état à l’autre !) si bien qu’au final, les démocrates sont presque 6000, quand les républicains tournaient autour de 3000.

Ca n’est pas très charitable de comparer l’aisance de Michelle Obama à celle de Ann Romney. Après tout, la first lady a eu largement le temps de s’entrainer ces quatre dernières années. Elle parle très régulièrement en public, elle a présidé presque 75 levées de fond ces dernières semaines. Ann Romney elle, présente son mari régulièrement pendant les meetings, mais elle a commencé au milieu de la saison des primaires seulement.

Ann Romney est une femme au foyer (ça n’est pas une maladie), mariée à 19 ans et mère à 22 ; Michelle Obama est une femme active (ça ne mérite pas une médaille), qui a eu de grosses responsabilités ce qui la prépare mieux sans doute à ce genre d’énorme pression.

Chacune dans leur genre, les deux femmes avaient le même cahier des charges : monter au charbon pour leurs maris respectifs.

Ann Romney devait faire découvrir et aimer un Mitt réputé distant et mal perçu. Michelle Obama devait assurer que son Barack est bien le même qu’il y a 4 ans et qu’il ne faut pas le laisser se noyer au milieu du gué.

Chacune dans leur genre elles ont dit des choses finalement très similaires. Ann Romney nous avait raconté le premier bal où elle a rencontré son homme, ce grand gaillard ténébreux et timide. Michelle Obama nous a raconté les premiers rendez-vous, la voiture déglinguée de Barack et ses chaussures trop petites.

Ann Romney nous avait raconté le premier appartement, la table à repasser qui servait de table de cuisine : « les meilleures années de notre vie » ; Michelle Obama nous a parlé du début de son mariage « On était jeunes, amoureux, et endettés jusqu’au cou ».

Les deux femmes ont parlé d’amour. Michelle Obama n’a juste pas eu besoin de nous le dire en préambule. Mais nous avons eu droit à la même déclaration. « Mon mari est quelqu’un de bien et il n’échouera pas » avait dit Ann Romney avant d’ajouter qu’elle etait toujours amoureuse de cet homme ». Michelle Obama a assuré que son mari « travaillait dur pour le peuple Américain et qu’elle l’aimait plus encore qu’il y a 4 ans, plus encore qu’il y a 23 ans quand ils se sont rencontrés ».

Les deux femmes ont parlé aux femmes. Celles qui élèvent leurs enfants et ne savent pas de quoi demain sera fait. Ann Romney entendait leurs soupirs parfois dans la nuit ; Michelle Obama a évoqué les études à payer, et a surtout ajouté que son mari considérait que chaque femme était libre de faire ses propres choix dès lors qu’il est question de leur corps et leur santé.

L’autre point commun,  c’est qu’Ann Romney n’a jamais prononcé le nom de Barack Obama. Michelle Obama a fait pareil. Pas de « Romney » dans son discours, ni de « parti républicain » d’ailleurs. Elles n’ont pas voulu comparer les programmes de leurs maris, elles ont utilisé leurs vies respectives pour donner le meilleur de leurs candidats de maris. A les entendre on comprenait très bien que si on était dans « Desperate Housewives », l’une serait plutôt Bree Van de Camp et l’autre Susan Mayer. Mais est-ce que ces deux là, à la fin ne cherchent pas la même chose ?

Vous remarquerez que les épouses ont toutes les deux voulu mettre en avant la valeur travail. L’une en rappelant les fins de mois difficiles et l’impossibilité de s’élever sans une aide financière pour payer des études, l’autre en insistant sur la fortune construite, et pas héritée, avec certes, un sérieux avantage au départ. L’une a expliqué que son mari comprenait la classe moyenne parce qu’il en a fait partie lui-même et n’a rien oublié. L’autre a rappelé que son homme avait utilisé son argent pour faire le bien.

Alors bien sûr, Michelle Obama est deux fois plus à l’aise ; bien sur la narrative de sa famille et celle de son homme coulent comme du lait. C’est presque trop facile pour séduire cette classe moyenne que vise le président Américain, d’insister sur l’histoire de ce fils de personne, élevé dans une famille où l’argent fait défaut mais qui à force de volonté et de travail, devient président des Etats-Unis. En face, Ann Romney la mormone qui a choisi de ne pas travailler parce que son couple en avait les moyens fait bien pâle figure. Les études payées rubis sur l’ongle sans se forcer, le coup de pouce financier des parents pour démarrer une entreprise, tout cela est nettement moins séduisant.

Mais ici nous sommes aux Etats-Unis. Le pays de l’opportunité. Un mot qu’on utilise à toutes les sauces dans les deux camps et se résume à un concept : saisir sa chance. Après tout, Mitt Romney aurait pu s’asseoir confortablement sur l’héritage de son père. Mais Ann nous a expliqué que ça n’était pas avec ce genre de valeurs qu’on grandissait chez les Romney. Exactement comme Michelle Obama a mis en avant les « valeurs » de son mari, héritée de sa mère et sa grand-mère. D’un côté comme de l’autre on nous dit que tout est possible.

« Toi aussi si tu veux tu peux réussir comme Mitt Romney parce que l’Amérique te l’offre ».

« Toi aussi si tu veux tu peux réussir comme Barack Obama parce que l’Amérique te l’offre ».

Les uns insistent pour dire qu’ils n’ont eu besoin de personne et que l’économie ne saurait s’accommoder d’entraves, les autres se félicitent d’avoir pu bénéficier des aides qui ont rendu leurs ambitions réalisables. Mais à la fin on parle de la même réussite individuelle.

D’Ann Romney à Michelle Obama, de Marco Rubio à Julian Castro, de Joe Biden à Paul Ryan, on nous dit exactement la même chose: c’est « ça » le rêve Américain.

Il est usé aux 4 coins ce Rêve, avec un grand R, tellement on le manipule dans tous les sens en période électorale. Un jour confisqué par les démocrates, le lendemain par les républicains. Il semble un peu à géométrie variable. A moins qu’il y en ait plusieurs… ;)

Have a nice day

Charlotte avant l’ouverture

Lundi 3 septembre 2012

Sur l’autoroute en arrivant à Charlotte, une grosse centaine de kilomètres avant la ville,  il y a un gros panneau publicitaire : « Obama’12, for the middle class ». (Ou quelque chose d’approchant, je ne me voyais pas piler subitement pour prendre des notes).

La couleur est donc annoncée.  Défendre la classe moyenne. Et tâcher aussi de donner des 4 ans passés le bilan le plus flatteur possible.

A la veille de l’ouverture de la convention démocrate, le président Américain sait très bien que la bataille pour sa réélection sera bien plus difficile à gagner que celle qui l’a porté au pouvoir en 2008.

Mitt Romney la semaine dernière avait besoin de créer un lien entre lui et ses électeurs. Il devait se faire aimer. Obama a une flamme à rallumer. La tâche n’est pas moins ardue.

En 2008, à Denver, la convention démocrate était un feu d’artifice. Au sens propre. Après le discours de clôture dans un stade orné de colonnes grecques, (sans doute un peu trop, les républicains en parlent encore, et pas en bien), on avait lancé des pétards et si j’ai bonne mémoire, la première partie était assurée par Sheryl Crow et Bruce Springsteen. C’était le temps de « l’espoir contre la peur », de l’« unité contre la division ». En 2008 on imprimait des t-shirts «Change is coming to America ».

4 ans plus tard, entre une loi sur la santé au résultat mitigé et l’absence de loi sur l’immigration; entre les batailles homériques au congrès sur le plan de relance et les chiffres de chômage; entre le sauvetage de l’industrie automobile et les lois à minima sur la régulation financière; entre la non-fermeture de Guantanamo  et la mort de Ben Laden; entre la guerre en Afghanistan et la fin de la guerre en Irak; le bagage d’Obama est rempli de batailles politiques dont certaines ont été gagnées mais d’autres lourdement perdues ; 4 ans plus tard on compte les promesses tenues mais aussi celles qui ont été mangées ; 4 ans plus tard, ce président qui se voulait unificateur, voire pacificateur, est à la tête d’un pays fait de divisions, de confrontations, et souvent de frustrations.

Obama pendant ces 3 jours a un long cahier des charges à remplir. Sans jamais utiliser les mêmes ficelles qu’en 2008, il doit parvenir à saisir à nouveau ce “hope” et ce “change”, qui comme lui ont pris de l’âge.

- Il devra taper sur le programme des Républicains. C’est finalement le plus facile.

- Il devra surtout rassurer sur l’économie. S’il a fait baisser le taux de chômage, les chiffres restent têtus à plus de 8% de demandeurs d’emploi pour le 42eme mois consécutif. Il n’y a pas de raisons que ça change avant Novembre. Il pourra encore rappeler la situation qui était celle de l’Amérique en 2008, mais il reste très compliqué politiquement de n’avoir d’autre argument réel que « sans les mesures prises, les choses auraient été pires ». A moins d’avoir retrouvé du travail chez General Motors (une des vraies victoires), certains Américains ont beaucoup de mal à mesurer ce que « pire » veut dire quand les entreprises n’embauchent toujours pas.  

Obama va probablement expliquer qu’il besoin de 4 ans de plus pour que tout ce qu’il a entamé dans cette économie de crise porte ses fruits. Insistant aussi sur cette loi sur la santé qui reste une réalisation majeure mais en a frustré plus d’un quand elle a été vidée de sa substance pour être votée et qui reste souvent impopulaire. La mise en application du texte (espère-t-il) permettra d’y voir plus clair.

- Il doit redynamiser sa base. Les femmes, (on entendra des responsables du planning familial et des activistes. Le terrain est assez facile à jouer depuis le retour des histoires d’avortement), il ne faut pas lâcher les hispaniques, qui à part en 2008, partagent historiquement leurs voix entre Républicains et Démocrates ; il faut faire ressortir dans la rue les syndicalistes qui avaient mis du temps à faire le deuil d’Hillary en 2008 mais sont indispensables à la victoire et ont une force de frappe énorme pour aller chercher la classe moyenne.

Les estimations sont favorables au président sortant, mais comme les républicains l’ont bien noté, il suffit de faire baisser un peu les chiffres de ces groupes démographiques pour laisser filer un état clef. Un sondage (dont j’ai oublié la provenance), disait il y a quelques jours que 66% des hispaniques étaient sûrs de voter. C’est nettement moins que les 82% de blancs non-hispaniques qui ont répondu à la même question.

Dans la même veine que les républicains la semaine dernière, les démocrates vont mettre en avant dès l’ouverture Julian Castro, le maire de San Antonio au Texas, et surtout en prime time Michèle Obama, dont la popularité est bien supérieure à celle de son mari. (Si elle nous parle d’amour, je mange mes accréditations qui sont en carton très dur et en relief !!)

(Mercredi, c’est Bill Clinton qui l’espace d’un discours fera de l’ombre à tout le monde ; mais au moins (on en reparlera), les démocrates ont ils un ancien président à exhiber, ce qui n’était pas le cas des républicains la semaine dernière)

- Le dernier point c’est la politique étrangère et le « retour vers le passé », le « non-programme » caché derrière les phrases à l’emporte-pièce sur “la grandeur de l’Amérique quand ce président la veut déclinante” dénoncés dès après Tampa par les démocrates, avec évidemment la mort de Ben Laden en avant.

Les républicains essayent de faire de cette élection un referendum contre Obama, les démocrates doivent en faire une bataille entre deux Amériques.

Ils ont trois jours.

Pour au moins créer artificiellement un optimisme de saison, les démocrates utilisent habilement ce jour férié de lundi (labor day) qui précède l’ouverture de la convention. Contrairement à Tampa la semaine dernière où les abords du forum étaient tristes à pleurer, les démocrates ont déjà installé des estrades, des groupes répétaient dès hier et Charlotte a organisé un festival de musique et de débats qui met tout le monde dans un bain de festivités avant l’heure. C’est du marketing, mais pour retrouver l’ambiance 2008, ça compte aussi.

Obama comme Romney avant lui, parlera moins aux gens qui sont venus le voir qu’aux indécis qui vont le regarder à la télévision. On verra s’il fait mieux que les républicains dont le taux d’audience a été inférieur à celui de 2008. Comme il y a 4 ans cependant, le président va donner son discours de clôture hors les murs de la convention. (les colonnes en moins) Il sera dans le stade de foot de Charlotte pour que le plus grand nombre puisse en profiter; pour donner une impression de masse ; et éviter qu’on dise qu’il reste enfermé avec les délégués parce qu’il n’attire plus des foules immenses.  Il n’a pas intérêt à avoir fait un mauvais calcul: ce stade c’est 74 000 places. Or il y a longtemps qu’il n’a pas provoqué des embouteillages monstres avant un meeting, Obama.

On ne sait pas encore comment les tribunes seront configurées pour éviter, si besoin, des “blancs” dans le public. En revanche on sait depuis la semaine dernière que pour quasiment flinguer une convention, il suffit d’une chaise vide…

Have a nice day.