L’AmĂ©rique par les chemins de traverse

Le blog de Fabienne Sintes


Article(s) du 28 août 2012

Romney unzipped

Mardi 28 août 2012

Or donc, il parait que Mitt Romney est drĂ´le, qu’il est chaleureux, qu’il a de l’empathie pour ceux qu’il veut diriger, et on va nous le prouver. Dès ce soir Ă  l’ouverture (rĂ©elle cette fois) de la convention.  Si ça ne marche pas, ça ne sera pas faute d’avoir essayĂ©. Bien en amont du discours tant attendu de Ann Romney, bien avant ses 5 fils et une bonne partie de ses 18 petits-enfants qu’on verra dĂ©filer sur scène, l’offensive de communication pour faire du candidat rĂ©publicain un homme comme tout le monde a Ă©tĂ© sĂ©rieusement mise en marche. CNN diffuse depuis hier un très long documentaire pour lequel la chaĂ®ne a eu accès Ă  tout et tout le monde ; le couple Ann/Mitt est en une de « Parade » un magazine distribuĂ© dans tout le pays avec une multitude de journaux quotidiens ; il fait la couverture de Time et celle de The Economist aussi, mais lĂ  c’est beaucoup moins flatteur : « So Mitt, what do you really believe ? » dit le titre (Alors Mitt, en quoi crois-tu exactement ?).  

Cette phrase assassine (de la part d’un journal qu’on ne peut pas soupçonner de rouler Ă  gauche) rĂ©sume Ă  elle seule le chemin qui reste Ă  parcourir au candidat Romney. Sur le fond et sur la forme. Pour se faire Ă©lire, il doit se faire aimer. Au moins un peu. Il est d’ailleurs assez drĂ´le de constater quand on regarde les sondages que les gens continuent Ă  apprĂ©cier le personnage d’Obama mais doutent de sa capacitĂ© Ă  redresser le pays, ils voient en revanche des capacitĂ©s rĂ©elles chez Romney mais n’arrivent pas Ă  l’aimer. Pas la peine de se demander pourquoi ces deux lĂ  n’arrivent pas Ă  se dĂ©tacher dans les sondages.

« We better unzip him and let the real Romney out » disait sa femme en riant dans une interview rĂ©cemment. Grosso-modo, il faut le “dĂ©coincer pour laisser sortir le vrai Romney“.

La campagne rĂ©publicaine a cru qu’en l’Ă©tat de l’Ă©conomie, l’homme d’affaire suffisait Ă  faire un candidat. Elle en a oubliĂ© tout le reste et nĂ©gligĂ© de prĂ©senter l’homme-tout-court Ă  l’AmĂ©rique.

En 2008, au milieu des primaires, Romney avait fait un discours sur sa foi mormone, la campagne a considĂ©rĂ© cette annĂ©e que « ça c’est fait », elle est passĂ© dessus jusqu’Ă  la semaine dernière quand le candidat a embarquĂ© la presse AmĂ©ricaine dans son Ă©glise.

Le rĂ©veil est assez tardif. Car jusque lĂ  les dĂ©mocrates ont très bien rĂ©ussi Ă  faire de leur adversaire un horrible privilĂ©giĂ©, nĂ© une petite cuillère en argent dans la bouche. Ils ont bien retrouvĂ© les chiffres, rappelant qu’il avait laissĂ© 44 millions de sa fortune personnelle dans sa campagne 2008, et Romney n’a jamais su inverser la vapeur.  Selon un sondage ABC/Washington Post, 6 Ă©lecteurs de 10 pensent qu’il fera une politique favorable aux riches comme lui. .

Romney n’a guère Ă©tĂ© aidĂ© par ses collègues rĂ©publicains qui pendant les primaires le traitaient de vautour capitaliste dès qu’il Ă©tait question de « Bain Capital », sa sociĂ©tĂ© d’investissement. Il ne s’aide pas beaucoup lui-mĂŞme dès qu’il est (toujours) question de ces fameuses feuilles d’impĂ´ts qu’il ne veut pas fournir ”parce que les dĂ©mocrates utiliseraient l’argument contre lui” (La phrase est de Ann Romney), une manière très maladroite de se dĂ©fendre.  

Mitt Romney parle mal de lui, pendant qu’Obama est crĂ©dible sans se forcer devant une foule de cols bleus quand il Ă©voque sa mère cĂ©libataire morte d’un cancer, ses grands-parents de la classe moyenne et sa bourse d’Ă©tude. John McCain n’avait pas mĂŞme besoin de parler de ses annĂ©es de guerre, les Ă©lecteurs le faisaient pour lui.  

Romney n’y peut rien, mais il n’a pas de passĂ©. Ou il lui fait peur. Il a Ă©tĂ© effectivement Ă©tĂ© Ă©levĂ© dans un milieu très prĂ©servĂ©, et a Ă©chappĂ© Ă  la guerre du Vietnam grâce Ă  cette religion un peu curieuse qui l’envoyait convertir les Français dans le tumulte de 68. Son arrière grand père Ă©tait d’ailleurs polygame et a dĂ» fuir la police fĂ©dĂ©rale. (Il n’y peut rien non plus). « Bain Capital » a beaucoup licenciĂ©, et une fois très fortunĂ©, lorsqu’il a dĂ©cidĂ© de « servir » au sortir de sa mission aux JO de Salt Lake City, Romney Ă©tait favorable au contrĂ´le sur les armes, Ă  l’avortement, au mariage gay, Ă  une assurance santĂ© universelle et attentif aux changements climatiques.

Dès son ouverture, la convention a pour mission de corriger tout ça. Montrer qu’il est bien plus que son argent. Et qu’il a bien des convictions politiques.

Ann servira de vecteur principal. On devrait entendre des mormons. Les speakers seront éloquents et les vidéos qui inondent habituellement les conventions se chargeront de souligner les pirouettes du père et les accomplissements du business man.

Mitt Romney est sans doute un personnage nettement plus inspirĂ© que ses discours assez ternes. Il est probablement plus sympathique que son image de premier de la classe et certainement moins raide que ces jeans qu’on lui fait porter qui ont l’air d’avoir Ă©tĂ© repassĂ©s le matin avant de partir. Mais face Ă  l’AmĂ©rique rĂ©solument conservatrice qu’il entend reprĂ©senter c’est un homme qui semble figĂ© par ce qu’il est. Son argent, sa religion, et le terrain minĂ© qu’est son CV.

Have a nice day.