Falling in love, falling in line
Vendredi 24 août 2012Si le parti républicain est en pleine tempête, ça n’a rien à voir avec l’ouragan Isaac qui s’approche dangereusement de la Floride. A trois jours de l’ouverture de la convention, le GOP vérifie non seulement les toitures, mais aussi qu’il est bien lui-même water proof.
Les républicains qui ont eu un mal considérable à se rallier derrière Romney devaient arriver à Tampa bien alignés, et comme on l’a déjà dit ici, ils devaient consacrer ces 4 jours à humaniser un homme qui a de grosses difficultés à parler de lui ; ils devaient se montrer comme les champions du redressement de l’économie, et partir bien rangés pour les 10 dernières semaines de campagne.
A la fin, le visage qu’ils montreront sera bien celui là . Et j’entends d’ici les délégués nous expliquer que le parti se porte bien, qu’il a le candidat de la situation, et que les medias libéraux déforment tout.
Cependant l’emblème des Républicains, un éléphant, a rarement si bien trôné au milieu de la pièce quand tout le monde fait semblant de ne pas le voir.
Todd Akin et ses propos sur l’avortement, ont réveillé les vieilles querelles qu’on avait tant bien que mal mises sous le tapis après les primaires. La division entre les plus conservateurs et l’establishment du parti est à nouveau en pleine lumière. Personne, parmi les grosses pointures, n’a assez de poids visiblement pour mettre les troupes en ordre. Personne n’a le pouvoir de décrocher son téléphone et faire entendre raison à un candidat obscur du Missouri. Les démocrates ont un Clinton. Les républicains il n’y a pas si longtemps avaient un Cheney. Et d’ailleurs Akin qui a trouvé le soutien de certains groupes religieux, est tout à fait capable de lever de l’argent sans souffrir de la décision du parti (pour l’instant) de lui couper les vivres. Cette après midi sur CNN, un pasteur dont je n’ai pas retenu le nom, disait très clairement que Todd Akin était traité par les Républicains exactement comme Sarah Palin l’était il y a 4 ans : très mal.
Pas plus tard que ce soir, Mike Huckabee, candidat aux primaires en 2008, chouchou des conservateurs et programmĂ© pour ĂŞtre orateur Ă la convention (!) a envoyĂ© un email disant qu’il Ă©tait choquĂ© “par l’attitude de certains officiels, qui se sont prĂ©cipitĂ©s pour mettre une croix sur la carrière politique d’un homme sur une erreur dans une interview“.
Personne n’a donc le respect absolu de toutes les branches du parti, et surtout pas Romney lui-même. Le défi lancé par Akin n’est pas seulement celui d’un homme têtu ; c’est celui d’une quantité non négligeable du GOP face à ses leaders. Le parti est rempli de Todd Akin aujourd’hui. Tous ces « nouveaux » qui ont été élus lors des élections à mi mandat en 2010, Tea Party ou équivalent, ont été largement financés par des groupes d’intérêts sans avoir à compter sur les grands argentiers habituels. Et ils sont rares à avoir été adoubés avec enthousiasme.
Si jusque lĂ , ce sont les dĂ©mocrates qui apparaissaient surtout comme le parti dispersĂ©, dĂ©sormais les RĂ©publicains le sont tout autant. Et les voilĂ empĂŞtrĂ©s dans leur vieux thèmes sociaux quand, si l’on y songe, ils pouvaient en s’y prenant bien, avoir un boulevard devant eux face Ă un Obama affaibli par un taux de chĂ´mage certes meilleur, mais pas encore de nature Ă rassurer le pays. Â
L’affaire Akin fait très mauvais genre et n’arrange pas les affaires de Romney, c’est entendu. La polĂ©mique permet d’appuyer sur son talon d’Achille, ses opinions pas très tranchĂ©es et surtout très changeantes. Sur le sujet, Romney a d’abord Ă©tĂ© pro-choice, puis pro-life avec une restriction lors des cas de viol, puis muet. Au point qu’aujourd’hui dans le Colorado, il a acceptĂ© de donner 5 minutes d’interview Ă une chaine locale Ă condition que ni Akin, ni l’avortement ne soient mentionnĂ©s.
Maintenant, est-ce que ça suffit pour faire s’envoler Obama vers la victoire, certainement pas. Le vote des femmes dont on parlait hier, c’est bien mais pas assez. Et si Obama est en tĂŞte des sondages, il n’a que 4 points d’avance, c’est peu. Est-ce que cette division bien claire fera hĂ©siter les Ă©lecteurs conservateurs devant leur machine Ă voter, pas plus. La plupart de toutes façons, n’étaient pas partis pour voter « pour » Romney, mais « contre » Obama. Il n’y a pas de raisons que ça change. Et puis histoire de contredire bĂŞtement tout ce que je viens de dire plus haut (!!), cette vieille phrase de Bill Clinton -intraduisible si on veut conserver le jeu de mot- est toujours Ă coller sur le front de tout le camp Obama, Ă la fin : « Democrats fall in love, Republicans fall in line ».
Have a nice day














