L’AmĂ©rique par les chemins de traverse

Le blog de Fabienne Sintes


Au secours Dallas revient !

En ville

Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un remake de Dallas Ă  domicile. Les AmĂ©ricains, les pauvres, sont obligĂ©s de tourner de nouveaux Ă©pisodes.

Ce soir donc, je regarde la tĂ©lĂ©. C’est pour le travail.

 © tnt

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MĂŞme les moins de 20 ans savent de quoi on parle quand on Ă©voque les Ewing et leur univers impitoya-a-ble. C’est dire combien cette sĂ©rie a marquĂ© son Ă©poque. “C’est Dallas” est quasiment entrĂ© dans le langage courant comme synomyme de coups bas en famille. Quand la sĂ©rie est arrivĂ©e en France les Ă©pisodes passaient un soir de semaine. Il y avait Ă©cole le lendemain, interdiction donc de goĂ»ter ces instants de pur machiavĂ©lisme quasi inĂ©dits Ă  la tĂ©lĂ©vision d’alors. Nous les petits, en Ă©tions rĂ©duits Ă  verser une larme le mercredi quand Mary devenait aveugle dans « Petite maison dans la prairie », et le seul milliardaire de notre connaissance luttait contre les mĂ©chants le samedi après-midi depuis le haut parleur d’un tĂ©lĂ©phone avec l’aide de « trois filles superbes qui, il Ă©tait une fois, avaient dĂ©cidĂ© d’entrer dans la police ».

Dallas, c’Ă©tait bien autre chose que ces petites sucreries bien pensantes qui finissaient Ă  l’Ă©glise ou sur un rire de blonde.

Dans l’AmĂ©rique de Carter qui n’allait pas tarder Ă  devenir celle de Reagan, le Texas Ă©tait l’Ă©tat le plus riche des Etats-Unis. Les mains plongĂ©es dans le pĂ©trole, il regardait avec arrogance le reste du pays continuer Ă  se dĂ©battre dans la crise de l’Ă©poque, et ses tĂŞtes couronnĂ©es portaient des chapeaux Ă  large bord. Drill Baby Drill ! Sans Ă©cologistes pour boucher le passage. Sans la peur de manquer et les discours sur la dĂ©pendance Ă©nergĂ©tique. L’essence ne coĂ»tait rien et les voitures Ă©taient encore assez longues pour y caser un billard. 

Chaque semaine pendant 13 ans, Sue Ellen a titubé avec une Ă©gale constance, ce pauvre Cliff a foré au mauvais endroit, Lucy a choisi ses amants n’importe comment, le gentil Bobby a jurĂ© dans le vide de quitter l’enfer de Southfork, et l’ignoble JR a lancĂ© Ă  la camĂ©ra des regards mauvais qu’on aurait volontiers sous-titrĂ©s « gnac gnac gnac ».

Des fins d’Ă©pisodes au suspens insoutenable, une saison entière effacĂ©e d’un coup sur un “rĂŞve” de Pamela Ewing pour faire revenir Patrick Duffy dans la sĂ©rie, des enfants cachĂ©s, des femmes trompĂ©es, des maitresses abandonnĂ©es. Si Twitter avait existĂ© Ă  l’Ă©poque le hashtag #whoshotJR aurait tout fait sauter ! L’envie, le sexe, la jalousie, les coups tordus, l’argent, le bourbon sec et le pĂ©trole, consommĂ©s de notre cĂ´tĂ© du poste comme un plaisir dĂ©licieusement coupable.

Aujourd’hui la chaine du câble TNT a donc choisi de redonner vie Ă  tous ces personnages. MĂŞme gĂ©nĂ©rique en plongĂ©e sur le Ranch, mĂŞme musique, mĂŞmes gentils et mĂŞmes mĂ©chants.

A l’exception de Victoria Principal, l’essentiel du casting de 1978 est lĂ . Bobby le sympa, Sue Ellen la pauvrette, et JR/gnacgnac dont les sourcils blancs terminĂ©s en virgule donnent le curieux sentiment qu’il s’est fait greffer au dessus des yeux les moustaches de Salvador Dali.

Au noyau dur de la famille, on a rajoutĂ© les enfants. Comme les beaux jours du pĂ©trole sont dĂ©sormais bien loin derrière le Texas,  mais que les chiens ne font pas des chats, John Ross, mauvais comme son père veut creuser frĂ©nĂ©tiquement partout autour de Southfork quitte Ă  utiliser la technique très controversĂ©e du « fracking »; son cousin Christopher, bon comme son père, entend bien faire de l’entreprise familiale un modèle d’Ă©nergie propre. (Mouarf). Evidemment il y a une fille arriviste au milieu qui s’appelle Elena. Comme la belle HĂ©lène de Troie j’imagine ; ou comme la poire, l’avenir de la sĂ©rie devrait nous Ă©clairer sur ce point.

Les tentatives rĂ©pĂ©tĂ©es et rĂ©centes de la tĂ©lĂ© AmĂ©ricaine de nous resservir quelques unes de nos Madeleines de Proust ont lamentablement Ă©chouĂ©. « Hawaii 5-0 » nous a inventĂ© un Steve McGarrett tout en muscles sans fidèle secrĂ©taire. Peggy ? Non ? « DrĂ´les de Dame » qui n’a tenu que quelques Ă©pisodes l’an dernier aurait mĂ©ritĂ© la prison.

Je m’Ă©tonne que personne n’ait encore tentĂ© de faire monter les enchères sur « l’homme qui valait 3 milliards », 6 millions de dollars dans l’AmĂ©rique de la fin des annĂ©es 70, soit 3 fois moins que les indemnitĂ©s de dĂ©part de n’importe quel gros banquier aujourd’hui.

Il est peut-ĂŞtre lĂ  le problème avec Dallas. Southfork est nettement moins impressionnant que les gros palaces des Hamptons avec vue sur la mer.  Gordon Gekko a largement dĂ©logĂ© JR de son trĂ´ne de très-mĂ©chant-sans-scrupules- et en ce domaine d’ailleurs, entre les architectes de la crise des subprimes et Bernard madoff la rĂ©alitĂ© a largement dĂ©passĂ© la fiction. Argent/pĂ©trole, bof… Dallas risque d’avoir du mal Ă  nous surprendre.

Pour ce qui est du sexe, de la jalousie et des coups tordus, franchement c’est pas Ă  nous qu’il faut essayer d’en apprendre. D’autant que Sue Ellen a arrĂŞtĂ© de boire.

En revanche si elle a appris Ă  twitter…

Have a nice day

2 commentaires pour “Au secours Dallas revient !”

  1. Elsa dit :

    Milliardaires, petit écran et années 1980 : tu oublies Jonathan et Jennifer, les justiciers milliardaires !

  2. fabiennesintes dit :

    l’amour pour mieux risquer le risque pour s’aimer
    (rime riche)

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