L’Amérique par les chemins de traverse

Le blog de Fabienne Sintes


Article(s) de juin 2012

CNN, Fox, la cour suprême et twitter

Vendredi 29 juin 2012

S’il n’y a qu’un endroit aux Etats-Unis d’où rien ne fuite jamais, c’est la cour suprême. Et pourtant les 9 sages ne sont pas en conclave 24h sur 24. Les décisions qu’ils prennent sont partagées par les avocats qui travaillent à leurs côtés, par ceux qui les mettent en forme, ceux qui les tapent, et ceux probablement qui les copient. Mais tous gardent un silence total avant que les jugements soient rendus publics. Et ils le sont exclusivement le lundi ou le jeudi. A 10h. Pour tout le monde à la fois. C’est un rituel aussi sévère et discipliné que la cour suprême elle-même.

Mais hier, l’attente du devenir de la loi sur la santé était si insupportable que CNN et Fox News ont mis la charrue avant les bÅ“ufs. Ils ont annoncé quasi en même temps que la disposition imposant à tous les Américains de s’assurer sous peine de pénalité était déclarée anticonstitutionnelle.

6 minutes.

Le temps d’une apparente certitude d’abord, suivie par un flottement, une grosse confusion et un virage à 180°. Pendant ce temps, d’autres médias, Bloomberg, Reuters, Ap, disaient exactement le contraire. Si le présentateur de CNN, Wolf Blitzer, continuait à utiliser des « si », le bandeau en bas de l’écran ne s’embarrassait pas de détails : « Supreme court kills individual mandate ».

Même Barack Obama que la Cour ne prévient pas avant tout le monde en a eu des sueurs froides. La Maison Blanche regarde en permanence CNN, Fox-News, MSNBC et CNBC . Les contradictions ont fait battre les coeurs à 1000 à l’heure. Il a fallu attendre quelques minutes que le texte soit épluché par les services juridiques pour que le président recommence à respirer.

« The Fix Blog » du Washington Post a retwitté les informations de CNN, npr, la radio nationale aussi. Diane Rhem, qui présente une émission sur npr entre 10h et midi (excellentissime au passage…), a informé ses auditeurs de l’anti constitutionnalité d’une partie de la loi.

Moi j’étais devant CNN. Et j’ai twitté aussi. 

CNN annonce que l’assurance obligatoire pour tous est anticonstitutionnelle . ‪#CNN ‪#CNN

Avant de rétropédaler furieusement.

On se calme. ‪#cnn recule ! Attendons les juges.

Donc: LA COUR SUPREME APPROUVE . ‪#cnn reconfirme. La cour APPROUVE

Pas mieux donc. A ma décharge, je ne suis pas spécialiste du droit constitutionnel Américain, je n’ai aucun moyen d’avoir les sources de CNN ou un autre, et même une fois le texte sur le site de la Cour Suprême, je suis ogligée de me référer à ce que racontent les autres. Mais je reconnais que si j’ai eu le reflexe de ne pas me précipiter sur l’antenne de France-Info avant de savoir de quoi il en retournait exactement, j’ai twitté tout de suite ce que j’avais devant les yeux sans attendre de savoir ce que disaient les autres.

L’explication c’est que les conclusions des juges sur une affaire pareille sont évidement très complexes et juridiquement très touffues. La presse s’est jetée sur ce qu’avait écrit le Juge Roberts. 59 pages qui ne se lisent pas en 30”. Car dans les premièrs paragraphes, les juges disent que effectivement l’assurance obligatoire est anticonstitutionnelle MAIS selon une disposition seulement de la constitution, elle est parfaitement acceptable en revanche au nom l’autorité du congrès à imposer des taxes. C’est complexe, c’est technique, c’est abscons même, mais si ça n’était pas le cas, la loi n’aurait pas terminé devant les 9 sages.CNN comme Fox, n’ont pas lu jusqu’au MAIS. Certains congressistes non plus d’ailleurs, qui ont twitté la fausse information avant, ooops, d’effacer leurs tweets mine de rien ce qui n’a pas aidé à y voir plus clair.

Franchement, dans le lot des télés-tout-info, j’aime bien CNN. Elle a les travers qu’on lui connaît, elle fait du « breaking news » tellement souvent qu’on ne sait plus ce qui est important et ne l’est pas, elle filme des reporters en Kway rouge sous la pluie et en plein vent en nous promettant une catastrophe épique quand un ouragan lèche à peine les côtes, elle met en scène ses journalistes en train de sauver des enfants en Haïti. Mais pour ce qui est de la politique, la chaine est nettement plus neutre que ses concurrentes et plutôt très bien informée. Donc crédible. C’est d’ailleurs là dessus qu’elle essaie de jouer.

Sauf que CNN souffre d’une baisse d’audience constante qu’elle cherche à rattraper par tous les moyens. Forcément, parfois elle se plante. Ca n’est pas la première fois. Ni la seule chaine à le faire. Ni la première fois non plus que tout le monde suit derrière en twittant frénétiquement.

Il est assez ironique de penser que ce pataquès intervient alors que HBO vient de lancer sa nouvelle série “The news Room”, par les créateurs de “The West Wing”. On nous y raconte un journalisme parfait où “Il vaut mieux faire une bonne émission pour 100 personnes qu’une mauvaise pour 1000 personnes“; où on nous rappelle que “la démocratie n’existe pas sans un électorat bien informé“, et qu’au passage “l’Amérique peut toujours faire mieux parce que c’est dans son ADN“. CNN aimerait sans doute être cet espace d’information idéal dans lequel les gens vont chercher de l’information et pas la confirmation de faits qu’ils croient connaitre.

Patatra.

La chaine s’est excusée. Dans un communiqué, elle regrette de ne pas avoir attendu de s’assurer de la totalité du contenu des conclusions des juges, elle souligne qu’elle s’est corrigée dans les minutes qui ont suivi et demande pardon pour l’erreur.

Fox-news, la télé la plus regardée d’Amérique qui assume parfaitement de rouler pour le parti républicain a eu nettement moins de scrupules. « Fox reported the facts as they came in » dit le communiqué. “Nous avons donné les infos comme elles nous arrivaient.”

Une info + 1 démenti = 2 infos.

Re-patatra. En pire.

Have a nice day.  

La cour suprême, l’Etat et la santé

Lundi 25 juin 2012

Ce lundi peut-être, dans la semaine à coup sûr, la cour suprême Américaine va rendre la décision la plus importante sinon de son histoire, en tout cas définitivement, du mandat de Barack Obama. Elle tranchera sur des questions purement juridiques,  mais les implications politiques de son jugement n’ont pas fini de noircir du papier. Aux 9 sages, il n’a pas été demandé de dire si la loi sur la santé passée dans la douleur en mars 2010 est une bonne loi. On leur a demandé si certaines des dispositions de cette loi sont bien conformes à la constitution.

Le point principal étant de savoir si l’état fédéral a le droit ou pas, d’imposer à tout Américain de s’assurer. Et si en fonction du résultat, c’est toute la loi qui saute, ou une partie seulement.

Il y a donc 3 scénarios possibles:

  • La cour décide de retoquer toutes les dispositions dans leur ensemble. Le coup serait très dur pour Obama. Ce serait même un revers majeur. Ca ne le tue pas politiquement, mais ça le met dans une position d’extrême faiblesse. Ne perdez pas de vue que 56% des Américains sont en désaccord avec la loi même s’ils sont majoritairement incapables de l’expliquer. Et ça n’est pas parce qu’ils sont idiots. C’est parce que ce travail a été mal fait. Vous comprendrez au fil de cette tentative d’explication que les nouvelles mesures, prises individuellement sont pour beaucoup jugées indispensables, mais que l’ensemble du package reste parfaitement impopulaire. Les Républicains n’ignorent pas cela. Une fois les réjouissances passées, ils vont se retrouver avec un dilemme: Qu’est-ce qu’on fait des dispositions déjà en vigueur? Autant de dispositions très populaires dans le public. Le fait par exemple que les familles peuvent désormais continuer à assurer leurs enfants jusqu’à 26 ans. Donc globalement jusqu’à la fin de leurs études. Le fait aussi que certains soins de prévention sont désormais remboursés à 100%. Il ya par ailleurs déjà 60000 personnes souffrant de ce qu’on appelle une «condition préexistante», donc des malades, qui étaient autrefois refusés par toutes les assurances et sont désormais couverts par un fond spécial (pour faire court).
  • Option 2, la cour décide que l’assurance obligatoire est effectivement inconstitutionnelle. Mais elle ne raye pas d’un trait de plume les autres dispositions de la loi. Là aussi gros casse tête. L’idée d’assurer tout le monde était de faire baisser les coûts. Aux Etats-Unis, il n’y a pas que ceux qui ne peuvent pas se la payer qui n’ont pas d’assurance. Il y a aussi une multitude de gens -les plus jeunes forcément- qui choisissent de ne pas se couvrir parce qu’ils estiment que c’est une dépense inutile. Si chacun attend d’être malade pour contracter une assurance, alors les primes seront nettement plus chères. Et quand les primes sont plus chères, il y a encore moins de gens capables de les payer. CQFD. Par ailleurs, l’obligation de s’assurer telle que les démocrates l’ont pensé, permettait de financer les dispositions de la loi les plus populaires: les assurances avaient désormais l’interdiction de refuser des patients en fonction de leur âge ou de leur histoire médicale; elles n’avaient plus le droit non plus de faire grimper leurs prix en fonction de l’âge et l’état de santé de leurs clients. Comment devient-il possible de demander aux assurances d’accepter les moins bien portants pour un prix raisonnable, si les bien-portants n’entrent pas dans le circuit? Après tout, c’est bien le principe des assurances auto, qui sont obligatoires autant aux Etats-Unis qu’en France. Tout est affaire de calcul des risques dans le temps.
  • 3eme possibilité: la cour suprême juge que rien n’est anticonstitutionnel, pas même cette affaire d’assurance obligatoire (qui est soumise à l’impôt en cas de refus), et les démocrates boivent du petit lait. Non seulement la réalisation la plus importante de Barack Obama sauve sa peau (pour l’instant), mais en plus -mais surtout!- une telle décision serait majeure dans les débats qui secouent l’Amérique depuis 4 ans sur le rôle et la place de l’état.

Tout ceci étant dit, est-ce que les républicains s’ils reprennent le pouvoir peuvent toujours voter un retrait total de la loi ? Absolument. Est-ce que les Etats peuvent mettre en place tous seuls leurs propres systèmes de santé ? Absolument aussi. Le Massachussetts l’a fait par exemple alors que Mitt Romney était gouverneur ; ce qu’il continue à trainer comme un boulet auprès de certains de ses électeurs vu que la loi de Barack Obama s’est inspirée très largement de ce qui a été décidé à Boston.

Ce que ça veut dire, c’est que lorsque la cour aura parlé, et en particulier si une partie de la loi seulement est jugée non-conforme, Démocrates comme Républicains vont sans doute bien se garder de donner des détails sur leurs plans B respectifs. S’il faut revoter un texte remanié, les Républicains savent qu’ils doivent être prudents avec certaines dispositions populaires ; les Démocrates s’ils perdent les élections vont-ils voter NON à une nouvelle loi républicaine qui aura des morceaux de loi démocrate à l’intérieur ? Tout le monde s’attachera probablement à gagner les élections d’abord, et réfléchir après.

Cette histoire d’assurance est probablement la chose la plus compliquée à comprendre pour nos esprits Jacobins. Chez nous, nous sommes volontaires pour un Etat fort et habitués à système de gouvernement assureur/payeur qui permet l’égalité financière de chacun devant la maladie. Il nous parait parfaitement naturel de payer pour les autres quand les autres payent pour nous et de confier le dossier à l’Etat. Il serait facile ici de donner des exemples de gens ruinés par des accidents de santé, j’en ai fait de multiples sujets ces 3 dernières années. J’ai comme tout le monde été choquée par ses immenses cliniques gratuites itinérantes qui s’installent dans des stades et arrachent 3000 dents dans un week-end ; je n’ai pas pu retenir un regard effaré quand une femme m’a expliqué un jour qu’elle avait divorcé de son mari qu’elle aime toujours pour faire croire aux services concernés qu’elle élevait son fils malade sur un salaire unique afin de continuer à toucher une aide financière indispensable à l’achat des médicaments ; j’ai vu des gens à qui on avait remboursé une lourde opération chirurgicale mais pas la reconstruction indispensable qui vient derrière.

L’Amérique est un désastre de santé publique.

Mais ça n’est pas le sujet de la cour suprême.

On pourra toujours - ce sera le cas - disserter sur les couleurs politiques de ces 9 sages, 5 républicains, 4 démocrates, et l’immense pouvoir qui est le leur. Sur le fond, ils ne se penchent que sur la constitution et son interprétation.

Or, il faut bien comprendre que les Etats-Unis se sont construits autour de leurs Etats. Pas autour du pouvoir exécutif qui les fédère. Bien au contraire, on a soumis le Fédéral aux Etats. C’est la constitution qui autorise le Fédéral à agir, elle qui décide dans quelles limites. L’exécutif n’est supérieur à rien ni personne. La cour suprême aura donc pour tâche de dire si lorsqu’il demande à chaque citoyen de prendre une assurance, l’Etat Fédéral outrepasse les droits et le rôle que lui donne la constitution. Rien de moins. C’est une décision qui fera date. Mais rien de plus. A aucun moment elle ne dira si oui ou non il faut assurer tous les Américains dans un souci d’égalité.  

Have a nice day 

Au secours Dallas revient !

Mercredi 13 juin 2012

Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un remake de Dallas à domicile. Les Américains, les pauvres, sont obligés de tourner de nouveaux épisodes.

Ce soir donc, je regarde la télé. C’est pour le travail.

 © tnt

© tnt

Même les moins de 20 ans savent de quoi on parle quand on évoque les Ewing et leur univers impitoya-a-ble. C’est dire combien cette série a marqué son époque. “C’est Dallas” est quasiment entré dans le langage courant comme synomyme de coups bas en famille. Quand la série est arrivée en France les épisodes passaient un soir de semaine. Il y avait école le lendemain, interdiction donc de goûter ces instants de pur machiavélisme quasi inédits à la télévision d’alors. Nous les petits, en étions réduits à verser une larme le mercredi quand Mary devenait aveugle dans « Petite maison dans la prairie », et le seul milliardaire de notre connaissance luttait contre les méchants le samedi après-midi depuis le haut parleur d’un téléphone avec l’aide de « trois filles superbes qui, il était une fois, avaient décidé d’entrer dans la police ».

Dallas, c’était bien autre chose que ces petites sucreries bien pensantes qui finissaient à l’église ou sur un rire de blonde.

Dans l’Amérique de Carter qui n’allait pas tarder à devenir celle de Reagan, le Texas était l’état le plus riche des Etats-Unis. Les mains plongées dans le pétrole, il regardait avec arrogance le reste du pays continuer à se débattre dans la crise de l’époque, et ses têtes couronnées portaient des chapeaux à large bord. Drill Baby Drill ! Sans écologistes pour boucher le passage. Sans la peur de manquer et les discours sur la dépendance énergétique. L’essence ne coûtait rien et les voitures étaient encore assez longues pour y caser un billard. 

Chaque semaine pendant 13 ans, Sue Ellen a titubé avec une égale constance, ce pauvre Cliff a foré au mauvais endroit, Lucy a choisi ses amants n’importe comment, le gentil Bobby a juré dans le vide de quitter l’enfer de Southfork, et l’ignoble JR a lancé à la caméra des regards mauvais qu’on aurait volontiers sous-titrés « gnac gnac gnac ».

Des fins d’épisodes au suspens insoutenable, une saison entière effacée d’un coup sur un “rêve” de Pamela Ewing pour faire revenir Patrick Duffy dans la série, des enfants cachés, des femmes trompées, des maitresses abandonnées. Si Twitter avait existé à l’époque le hashtag #whoshotJR aurait tout fait sauter ! L’envie, le sexe, la jalousie, les coups tordus, l’argent, le bourbon sec et le pétrole, consommés de notre côté du poste comme un plaisir délicieusement coupable.

Aujourd’hui la chaine du câble TNT a donc choisi de redonner vie à tous ces personnages. Même générique en plongée sur le Ranch, même musique, mêmes gentils et mêmes méchants.

A l’exception de Victoria Principal, l’essentiel du casting de 1978 est là. Bobby le sympa, Sue Ellen la pauvrette, et JR/gnacgnac dont les sourcils blancs terminés en virgule donnent le curieux sentiment qu’il s’est fait greffer au dessus des yeux les moustaches de Salvador Dali.

Au noyau dur de la famille, on a rajouté les enfants. Comme les beaux jours du pétrole sont désormais bien loin derrière le Texas,  mais que les chiens ne font pas des chats, John Ross, mauvais comme son père veut creuser frénétiquement partout autour de Southfork quitte à utiliser la technique très controversée du « fracking »; son cousin Christopher, bon comme son père, entend bien faire de l’entreprise familiale un modèle d’énergie propre. (Mouarf). Evidemment il y a une fille arriviste au milieu qui s’appelle Elena. Comme la belle Hélène de Troie j’imagine ; ou comme la poire, l’avenir de la série devrait nous éclairer sur ce point.

Les tentatives répétées et récentes de la télé Américaine de nous resservir quelques unes de nos Madeleines de Proust ont lamentablement échoué. « Hawaii 5-0 » nous a inventé un Steve McGarrett tout en muscles sans fidèle secrétaire. Peggy ? Non ? « Drôles de Dame » qui n’a tenu que quelques épisodes l’an dernier aurait mérité la prison.

Je m’étonne que personne n’ait encore tenté de faire monter les enchères sur « l’homme qui valait 3 milliards », 6 millions de dollars dans l’Amérique de la fin des années 70, soit 3 fois moins que les indemnités de départ de n’importe quel gros banquier aujourd’hui.

Il est peut-être là le problème avec Dallas. Southfork est nettement moins impressionnant que les gros palaces des Hamptons avec vue sur la mer.  Gordon Gekko a largement délogé JR de son trône de très-méchant-sans-scrupules- et en ce domaine d’ailleurs, entre les architectes de la crise des subprimes et Bernard madoff la réalité a largement dépassé la fiction. Argent/pétrole, bof… Dallas risque d’avoir du mal à nous surprendre.

Pour ce qui est du sexe, de la jalousie et des coups tordus, franchement c’est pas à nous qu’il faut essayer d’en apprendre. D’autant que Sue Ellen a arrêté de boire.

En revanche si elle a appris à twitter…

Have a nice day