L’AmĂ©rique par les chemins de traverse

Le blog de Fabienne Sintes


Article(s) du 8 mai 2012

Hollande vu d’AmĂ©rique

Mardi 8 mai 2012

Voici juste un petit florilège rapide de ce qui a Ă©tĂ© Ă©crit dans la presse AmĂ©ricaine après l’Ă©lection de François Hollande. Rien de bien neuf pour ceux qui suivent dĂ©jĂ  la page facebook de Radio-France Ă  Washington ou Twitter. Juste un lĂ©ger bout-Ă -bout et 2 ou 3 traductions pour les non-anglophones et les textes en anglais pour les plus courageux. ;) 

Il est loin le temps oĂą les AmĂ©ricains voyaient arriver un prĂ©sident Socialiste en France en se demandant s’il Ă©tait encore prudent de parler Ă  ce pays dangereux qui venait de donner 4 ministères Ă  des communistes. Elle est loin l’AmĂ©rique de Reagan d’avant la chute du mur qui s’est finalement Ă©tonnĂ©e elle-mĂŞme de trouver en François Mitterrand un alliĂ© fiable. Aujourd’hui, personne ne craint l’Ă©lection de François Hollande ; au-delĂ  des plus ignorants qui aiment Ă  se vautrer dans la caricature, personne ne songe Ă  agiter des gousses d’ail sur son passage. La presse AmĂ©ricaine en revanche reflète bien tout le chemin qu’il reste Ă  parcourir au prĂ©sident Français pour se faire connaĂ®tre. Après avoir Ă©tĂ© assez indiffĂ©rente aux  empoignades du premier tour ; après avoir prĂ©fĂ©rĂ© s’appesantir sur Jean-Luc MĂ©lenchon ou Marine Le Pen,  la presse a multipliĂ© les portraits de François Hollande que « The Economist » a jugĂ© « dangereux » (ici, les commentaires de l’article, souvent plus instructifs du mood AmĂ©ricain) ; ou que « Newsweek », en contre-pied, a croquĂ© (clic) en « animal politique » comme son adversaire, tout en expliquant que les Français avaient eu assez d’excitation comme ça : « laissez les manger du flan ».

Ce matin, (c’est encore lundi chez moi), le ton n’est donc ni Ă  l’Ă©tonnement ni Ă  la curiositĂ©, et tous les titres de la presse soulignent avant tout le non Ă  l’austĂ©ritĂ© des Ă©lecteurs Français (et Grecques), au point que les frictions Ă  venir sur l’Afghanistan ou les clarifications Ă  faire sur l’Iran passent au second plan. L’Ă©dito le plus commentĂ©, c’est celui du Prix Nobel Paul Krugman, infatiguable libĂ©ral au sens AmĂ©ricain qui dans sa colonne du New York Times (Ici) fĂ©licite les « europĂ©ens rĂ©voltĂ©s, et il Ă©tait temps ». Il voit dans le refus du diktat de l’Allemagne une meilleure chance de survie pour l’Euro et le « projet EuropĂ©en ».

Sans surprise, le Wall Street Journal est inquiet de l’avenir de la renĂ©gociation du pacte fiscal, (Voyez ici la vidĂ©o) et de la dĂ©finition de « croissance » qui implique de dĂ©penser l’argent de l’Ă©tat. Le journal pense que la France devra comme tout le monde « avaler son amer mĂ©dicament » et entrer dans le rang quelles que soient les promesses faites. MĂŞme genre de conclusion dans le Huffington Post ou l’on parle des “erreurs Françaises” et explique Ă  ses lecteurs chacunes des contre-vĂ©ritĂ©s liĂ©es Ă  l’Ă©lĂ©ction de François Hollande. « Non il n’a pas gagnĂ©, Sarkozy a perdu », « Oui François Hollande pourra travailler Ă©troitement avec l’Allemagne, c’est le pragmatisme qui l’emportera ». (clic)

« Pourquoi Obama n’est pas si heureux de ce nouveau prĂ©sident socialiste ? » demande le Los Angeles Times (Ici), « parce que si il n’aime pas plus l’austĂ©ritĂ© que François Hollande, il aime encore moins l’idĂ©e d’une nouvelle crise financière ».  

On n’Ă©chappera pas Ă  la caricature Ă©voquĂ©e plus haut chez certains conservateurs soucieux d’ĂŞtre réélus et de profiter de l’Ă©lection de François Hollande pour taper sur Obama, comme ici ce tweet d’un sĂ©nateur de Floride qui prĂ©vient les Ă©lecteurs AmĂ©ricains Ă  grand renfort de label « socialiste » que les 75% d’impĂ´ts aux plus riches ne vont pas tarder Ă  arriver aux Etats-Unis aussi

 “New president of France is calling for a top tax rate of 75%. America, see your future with 4 more years of Obama.”

Dans un autre genre, certains commentateurs conservateurs voient dans le rejet de Sarkozy le même rejet Américain de Barack Obama

While faring slightly better than France, GDP and employment growth have languished in the U.S. as well and unless the economy turns around dramatically, Obama is likely to confront the same sort of broad-based, voter discontent which was clearly a factor in Sarkozy’s defeat

L’article le plus drĂ´le dont l’avenir dira s’il est le plus juste est signĂ©, Rosecrans Baldwin (clic) dans les pages Opinion du New York Times. Dans un portrait assez juste et très bien troussĂ© du style de prĂ©sidence de Nicolas Sarkozy, l’auteur assure que les Français vont regretter leur ancien prĂ©sident. « Peut ĂŞtre pas maintenant dit il, mais ils sentiront son absence. La tempĂ©rature va tomber. Quand on vous enlève quelque chose que vous adorez dĂ©tester, l’amour disparaĂ®t aussi ».

Have a nice day