Soirées libertines Françaises contre orgies Américaines
Mercredi 22 février 2012J’ai eu cette petite discussion cette après-midi sur facebook avec quelque uns de mes amis vrais ou virtuels que je soumets à votre sagacité :
Les journaux Américains ont relayé bien entendu le garde à vue de Dominique Strauss-Kahn tout en restant très factuels. L’affaire a quitté les unes depuis bien longtemps ; le Carlton qu’on ne perd pas complément de vue puisque le volet civil du Sofitel est encore là ,  est surtout perçu comme la suite franco-française d’une affaire qui a commencé ici. C’est la longue chute du puissant qui fascine les Américains. (Autant que nous d’ailleurs)
Ce qui est intéressant en revanche, c’est le choix des mots.
Aux Etats-Unis, on ne parle pas de soirées libertines. Ni de parties fines. Ou alors très peu, et lorsque c’est le cas, on met le terme systématiquement entre guillemets. Ce que nous ne faisons quasiment jamais dans la presse française.
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From Paris, correspondent Eleanor Beardsley tells our Newscast Desk that Strauss-Kahn allegedly attended “libertine evenings” at hotels in Paris, Washington and New York City. (npr)
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M.Strauss-Kahn est interrogé au sujet de soirées libertines auxquelles il aurait pris part, (…) (le Monde)
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(…) sur une petite dizaine de parties fines auxquelles il aurait participé (…) (France-Info)
Certains journaux comme ici le New York Times, ont choisi de mettre le terme en Français. Comme pour bien montrer que cette appellation est tout à fait conforme à notre perception (ou notre indulgence ?) dès lors qu’on parle de sexe.
- (…)The soirées libertines in which he is alleged to have participated, including in Paris and Washington, have prompted a police investigation into whether he was guilty of being involved in pimping and the misuse of corporate funds.
 Les guillemets des Américains en disent aussi long que si ils étaient suivis d’un « mon Å“il ! » Le terme préféré de la presse ici, c’est -orgies- que l’on retrouve quasiment partout. Un mot plus rarement utilisé dans les journaux français. Et surtout pas en titre associé au mot -prostituées-.
Dominique Strauss-Kahn Held in Hooker Orgy Investigation
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 (…)”procuring” a handful of hookers for an orgy in the northern French town, an official close to the investigation told ABC News.
Lawyer Says Strauss-Kahn Didn’t Know Women At Orgies Were Prostitutes
Majoritairement, et très propablement sans y penser, nous avons choisi nous et notre culture très littéraire, l’option « Marquis de Sade ». Les Américains voient tout de suite plutôt l’option film porno.
Nous avons surtout choisi de reprendre le terme employé par DSK lui-même pour appuyer sa défense.
Une orgie c’est glauque. Dans une soirée libertine, on batifole entre adultes. Une orgie est vulgaire, on y traite les femmes comme des prostituées (justement) ; dans une soirée libertine on les imagine cultivées, raffinées, bien habillée (enfin… au début), sirotant des Martinis à 18 dollars dans des hôtels chics.
DSK a imposé sans efforts une sémantique que nous avons tout de suite adoptée.
Cette différence dans le choix des mots dit des choses sur ce grand écart culturel entre nos deux pays qui a été détaillé en long en large et en travers lorsque l’affaire a éclaté. Elle dit peut-être aussi que malgré tous ces débats, nous n’avons pas encore expurgé cette relation curieuse aux hommes de pouvoir qui est la notre. Est-ce que l’on oublierait aussi les guillemets si un sportif de haut niveau par exemple, nous expliquait qu’il faisait venir quelques amies dans sa chambre avant ou après les matchs ?
Orgies ou soirées libertines, vous me direz, ça ne change pas grand-chose à l’affaire. Sauf qu’ici aux Etats-Unis, il reste encore à juger le volet civil du Sofitel. La première audience préliminaire aura lieu plus ou moins à la fin du mois. On commencera à discuter de ce qu’on appelle les motions (souvenez vous, ça marche pareil au pénal). L’une des batailles, tout de suite ou après, peu importe,  sera de savoir si les défenseurs de Nafissatou Diallo peuvent évoquer le Carlton pour appuyer la description de la personnalité de DSK. De front, ou de biais, il y a fort à parier que les avocats vont tout faire pour que le volet Lillois déborde à New-York.
Ce mot, orgie,  ne fera alors pas les affaires de DSK. « Voilà comment cet homme perçoit toutes les femmes, votre honneur ! ».
La défense pourra toujours objecter, parfois, comme dirait l’autre, la perception, c’est la réalité.
Have a nice day














