L’AmĂ©rique par les chemins de traverse

Le blog de Fabienne Sintes


Mano a Mano

En campagne

Sur le papier ça n’est pas encore tout Ă  fait ça puisque Rick Santorum et Ron Paul sont encore lĂ , mais en rĂ©alitĂ© nous y voilĂ , au mano a mano des primaires rĂ©publicaines. Nous y sommes, au combat establishment contre insurgĂ©: le Parti rĂ©publicain est dĂ©sormais bien assis sur sa ligne de fracture.

Cet affrontement c’est finalement du très classique. Du prĂ©visible dans un parti qui hĂ©site depuis longtemps sur la ligne qui lui rendra le pouvoir en 2012. LĂ  oĂą ça devient intĂ©ressant c’est qu’Ă  y regarder de plus près, aucun des deux candidats n’est tout Ă  fait l’incarnation de ce (ceux ?) qu’il est censĂ© reprĂ©senter. Mais au jeu des « postures », c’est incontestablement Newt Gingrich qui gagne.

Après avoir cherchĂ© sa voie pendant les deux premières primaires, Gingrich est devenu le reprĂ©sentant en chef de la colère. Il personnifie le grondement qui monte de la base du parti depuis l’Ă©lection d’Obama. Il est très fort Gingrich. Il a rĂ©ussi Ă  rafler une grosse partie de ses Ă©lecteurs Ă©vangĂ©liques Ă  Rick Santorum alors qu’il a changĂ© de religion 2 fois et en est Ă  son 3eme mariage ; sans compter ses infidĂ©litĂ©s largement documentĂ©es. Il a aussi rĂ©ussi Ă  remplir sa besace avec certains des Ă©lecteurs du Tea Party qui ne voyaient leur salut qu’en Michelle Bachman et jurent contre les « insiders » de Washington. Sans jamais prononcer le mot « Tea Party », contrairement Ă  Santorum qui essaie dĂ©sespĂ©rĂ©ment de les enrĂ´ler, Gingrich a embrassĂ© leur rhĂ©torique. En l’Ă©coutant parler Ă  la foule après sa victoire en Caroline du Sud, il y avait de quoi tomber de sa chaise. Gingrich a rĂ©pĂ©tĂ© 2 fois son rejet des « élites de Washington et New York ». Or Gingrich est un pur produit du système. Il a Ă©tĂ© 20 ans reprĂ©sentant Ă  la chambre de son Ă©tat de la GĂ©orgie, dont 4 ans speaker Ă  la chambre sous Clinton. Il clame dans tous les dĂ©bats que c’est lorsqu’il Ă©tait speaker que le budget a Ă©tĂ© Ă©quilibrĂ©. Il oublie en route de dire que son jusqu’auboutisme a offert sa rĂ©Ă©lection Ă  Clinton. Gingrich a gouvernĂ© avec tellement de hargne que le gouvernement a Ă©tĂ© bloquĂ© 2 fois (shutdown), et qu’il a dĂ©missionnĂ© la tĂŞte basse,  prĂ©fĂ©rant quitter la politique pour Ă©crire des livres et entrer au service de Freddy Mac, l’un des organismes (avec Fannie Mae) chargĂ©s de garantir les prĂŞts des particuliers, responsable de la crise de 2008.

Romney (enfin !), essaie de rafraichir la mĂ©moire des Ă©lecteurs sur le passĂ© de son concurrent direct. Lors du dĂ©bat d’hier il a d’ailleurs rĂ©ussi Ă  dĂ©stabiliser un peu un Gingrich qui essaie d’expliquer qu’il n’a pas travaillĂ© pour Freddy Mac comme lobbyiste mais comme historien (??). A 25 000 dollars par mois, ça fait cher la leçon d’histoire.

Mais qu’importe. La base du parti rĂ©publicain n’a pas envie d’entendre des faits. Elle veut un chien d’attaque qui poussera Obama hors de la maison blanche en aboyant. Gingrich a très bien compris ça, et il sait faire. Il connaĂ®t tous les mots qui font mouche : Elites, Medias, Aide sociale.

heu... oui, c

heu… oui, c

Cette partition de la colère a un Ă©cho considĂ©rable. Elle permet dans la mĂŞme phrase de critiquer Obama ET Mitt Romney. La base des Ă©lecteurs rĂ©publicains de 2012 ne vote pas avec sa tĂŞte, elle vote avec ses tripes. Et dans ce contexte, le principal problème de Mitt Romney c’est… Mitt Romney. Personne n’a encore bien compris oĂą Ă©taient ses tripes. Il est bon dans l’analytique, mauvais dans l’offensive. Il a clairement fait virer son discours Ă  droite pour coller Ă  l’esprit du moment, mais ne sera jamais aussi virulent qu’un Gingrich. (Ici (clic) un excellent exemple de ce qui sĂ©pare les 2 candidats : leur manière de parler d’Obama. Pour l’un c’est un adversaire politique, pour l’autre l’homme Ă  abattre)

Quand Gingrich est attaquĂ© sur sa vie personnelle, il envoie un scud sur les medias et gagne la partie. Quand Romney est pris en faute sur sa feuille d’impĂ´ts, il lui faut deux dĂ©bats pour comprendre que la bonne rĂ©ponse est de ne pas s’excuser de bien gagner sa vie. La fameuse feuille d’impĂ´ts vient d’ailleurs d’ĂŞtre rĂ©vĂ©lĂ©e ce soir (ici), et 13,9% de retenue c’est moins qu’Obama, moins que Gingrich, moins que Warren Buffet la 2eme fortune du pays !!  Romney n’a pas encore rĂ©ussi Ă  montrer qu’il Ă©tait Ă  l’aise avec ses idĂ©es (y compris lorsqu’il a changĂ© d’avis !), et Ă  l’aise avec sa fortune personnelle considĂ©rable. Le contraste est considĂ©rable avec un Gingrich qui assume tout. Avec aplomb.

Une femme rencontrĂ©e la semaine dernière en Caroline du Sud a eu le grand prix de la citation du jour dans mon fichier personnel de petites phrases : « Romney, il prĂ©sente bien, il a une belle petite famille, il a le look. C’est sĂ»r, Gingrich, il n’a pas le look, mais en y rĂ©flĂ©chissant, je crois qu’il peut gagner ».

Maintenant, rien ne dit que Gingrich a pris dĂ©finitivement l’ascendant sur Romney. D’aileurs quand il comprend qu’il faut changer de braquet, le “modĂ©rĂ© du Massachussetts” sait marquer des points (ici) La Caroline du Sud nous a surtout fait comprendre que le combat des deux hommes allait durer plus que prĂ©vu. La Floride et ses multiples dĂ©lĂ©guĂ©s rendra les choses plus claires en cas de victoire nette de l’un ou de l’autre. Mais il reste encore des Ă©tapes, dont ce fameux super-Tuesday du 6 mars qui sera probablement le moment de vĂ©ritĂ©. Les rĂ©publicains finalement, sont assez contents de ne pas voir une saison de primaires s’arrĂŞter trop vite sur un candidat par dĂ©faut.

La question de l’après primaires est plus Ă©pineuse.

Si les Ă©lecteurs ont le choix entre un revenant de la politique AmĂ©ricaine, aussi habile soit-il, et un modĂ©rĂ© un peu ventre-mou aussi brillant soit-il, c’est aussi parce que l’homme providentiel qui aurait pu rĂ©soudre la crise d’identitĂ© des RĂ©publicains n’est pas lĂ . Il manque le candidat capable de construire un pont entre les deux ailes du parti ; le candidat nouvelle gĂ©nĂ©ration qui serait aux rĂ©publicains ce qu’Obama Ă©tait aux dĂ©mocrates. On a beaucoup dissertĂ© en 2008 sur la capacitĂ© ou pas des dĂ©mocrates Ă  se rassembler derrière le vainqueur des primaires après une bataille aussi âpre. Le ralliement de certains « Clinton » a d’ailleurs Ă©tĂ© long Ă  venir. Mais Ă  l’Ă©poque, la lutte Ă©tait plutĂ´t celle des anciens et des modernes sur une plateforme politique très semblable. Chez les rĂ©publicains, c’est une bataille idĂ©ologique qui est engagĂ©e.  

Have a nice day

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