L’AmĂ©rique par les chemins de traverse

Le blog de Fabienne Sintes


Haro sur Romney

En campagne

J’ai une pointe de nostalgie.

Déjà la semaine dernière, dans l’Iowa, -7° au pire moment alors qu’on avait frôlé les -23° il y a quatre ans, c’était beaucoup moins drôle. En 2008 j’avais vu Mike Huckabee jouer de la guitare à Clear Lake en hommage à Buddy Holly, cette année j’ai lu des papiers sur les petits pulls à manches courtes de Rick Santorum. Il y a nettement moins de pancartes électorales dans les jardins aussi.  Alors que les Américains adorent planter leurs opinions politiques sur leurs pelouses. Je n’ai toujours pas vu de « bumper stikers », ces autocollants qui sont normalement partout sur les voitures même pendant les primaires, et j’ai encore le souvenir de meetings ou chaque spectateur brandissait le nom de son candidat inscrit sur un morceau de carton si bien qu’on ne voyait plus la scène.

Depuis hier dans le new-Hampshire, pareil. Il y a 4 ans j’avais perdu ma voiture dans la neige en courant Ă  un meeting Clinton/Clinton. Au point que j’avais dĂ» rentrer Ă  l’hĂ´tel en stop pour Ă©viter de rater l’antenne. Il y a avait tellement de monde que les voitures Ă©taient garĂ©es Ă  2 km de la salle. Cette annĂ©e, non seulement il n’y a pas un pet de neige, mais en plus hier soir chez Romney j’ai tranquillement trouvĂ© une place au parking. C’était presque dĂ©primant.

Alors bien sur ça n’est pas le mĂŞme contexte et un seul parti est en campagne. Mais quand on dit que le principal problème des rĂ©publicains, quel que soit l’homme de leur choix, c’est le manque d’enthousiasme des Ă©lecteurs, c’est vrai. Sauf coup de théâtre, le parti s’apprĂŞte Ă  mettre son avenir Ă©lectoral dans les mains d’un homme « faute de mieux » qui ne manque pas de compĂ©tence mais terriblement de charisme. Et ces primaires Ă  ce train lĂ , seront quasiment pliĂ©es Ă  la fin du mois. Il n’y a pas l’Ă©quivalent d’un Obama capable d’inspirer les foules. Ni d’un George Bush avec lequel on boirait volontiers une bière.

Chez Romney justement dans la soirée, j’ai croisé un monsieur qui m’a offert la citation du jour « Mitt est mon candidat, c’est le meilleur, mais je vais voter Gingrich pour que ça dure plus longtemps ».

Un peu de suspens s’il-vous-plait !

Tout le monde a bien compris qu’après le New-Hampshire, si les conservateurs ne trouvent pas le moyen de s’entendre pour proposer une alternative face Ă  celui qui semble avoir course gagnĂ©e, Romney emportera la Caroline du Sud et la Floride dans la foulĂ©e. Le reste ne sera que formalitĂ©. Et comme mon petit monsieur du meeting d’hier Ă  la conscience politique moyennement affutĂ©e, on se prend Ă  espĂ©rer un sursaut qui rendra Ă  la compĂ©tition un peu piquant.

Newt Gingrich aussi espère le sursaut. Le même qui l’avait porté en tête des sondages il y a encore un mois. Il cherche à grapiller un maximum de voix ce soir, et faire la différence le 21 janvier prochain. Il a bien enregistré qu’il devait non seulement rassembler les conservateurs derrière lui, mais aussi, tenter d’ébranler la confiance de Romney; secouer cette masse d’électeurs qui pense que seul l’ex-gouverneur du Massachussetts, grâce à son passé de businessman, a le bon CV pour redresser l’économie.

Le temps presse. Le retour de Gingrich se fera en Caroline du Sud, ou ne se fera pas. Hier, veille de vote, par l’intermĂ©diaire d’un PAC proche de lui,  il a lancĂ© la bande annonce d’un film qui aura Ă©tĂ© vu partout d’ici les prochaines primaires : « When Mitt Romney Came to Town »

Les témoignages évidemment sont de vrais témoignages. L’idée on l’a bien compris, est de casser l’image de chef d’entreprise de Romney. Casser les compétences qu’il met en avant dans sa candidature ; attaquer de front ses méthodes de capitaliste outrancier lorsqu’il dirigeait Bain Capital, un fond d’investissement destiné à racheter les entreprises en difficulté ; faire du candidat un homme sans cœur, qui a licencié à tour de bras en y prenant plaisir. Le film dure 27 minutes. Il a été produit par Barry Bennett, jusqu’à récemment supporter de Rick Perry. Bennett a essayé de vendre son film un peu partout. Y compris chez Jon Huntsman qui a décliné.

Finalement c’est donc un PAC Gingrich, « Winning our future », qui s’apprête à diffuser ces 27 minutes d’agression à l’arme lourde. Un propriétaire de casino a donné les 5 millions nécessaires.

Un PAC, ou super-PAC, c’est un groupe d’intérêt autorisé à lever des fonds pour aider un candidat ou en démonter un autre. Il n’est pas officiellement AFFILIE à un candidat, mais à le droit de l’aider. Les donateurs ne financent pas directement leur champion, ils remplissent les caisses du PAC qui le plus souvent, finance des publicités et achète les espaces où les diffuser.

Pauvre Mitt Romney, il doit décidémment avoir des acouphènes, les démocrates sortent, quasi en même temps, une vidéo sur le même théme et le même Bain Capital en ligne de mire. « MittsbogusMath ».

Si le film du PAC pro-Gingrich n’a pas l’effet espĂ©rĂ© l’affaire n’aura pas Ă©tĂ© perdue pour tout le monde; les dĂ©mocrates et leur petite vidĂ©o format normal ont dĂ©sormais 27 minutes clefs en main concoctĂ©es par l’adversaire. Un vrai popcorn movie pour les jours de moral en berne. Et en plus c’est gratuit.

Have a nice day.

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