L’AmĂ©rique par les chemins de traverse

Le blog de Fabienne Sintes


Le cas Huntsman

En campagne

Si on ne parle pas de Jon Huntsman maintenant, mardi, il sera peut être déjà trop tard.

Avec Ron Paul dans un tout autre genre, il est le 2eme OVNI de cette compétition. Huntsman c’est le sage, le super-modéré, le diplomate. Jusque là, il était quasi inexistant. L’approche du New Hampshire sur lequel il a tout misé lui redonne quelques couleurs. Selon les sondages il se classe 2eme ou 3 eme derrière Mitt Romney.

Lors des derniers débats hier soir et ce matin, Huntsman  a bien tiré son épingle du jeu. Il a trouvé sa zone de confort en s’éloignant des attaques frontales des uns et des autres. Huntsman vise les indépendants. Ceux qui n’arrivent pas à se résoudre à voter Romney et ne veulent pas entendre parler des autres. Ca peut lui permettre de bien se placer dans le New Hampshire. Plus loin ça reste à voir.

Jon Huntsman a Ă©tĂ© gouverneur de l’Utah. Il a servi sous l’administration Reagan, il Ă©tait secrĂ©taire adjoint au commerce de Bush junior. Il a Ă©tĂ© l’un des principaux acteurs des accords de Doha en 2001 et de l’entrĂ©e de la Chine et Taiwan dans l’OMC. Il connaĂ®t l’Asie comme sa poche. En matière de relations internationales en particulier avec la Chine, il est le meilleur candidat possible. Il Ă©tait d’ailleurs ambassadeur Ă  PĂ©kin jusqu’au printemps dernier. Il parle chinois, il en a donnĂ© un petit extrait dans le dĂ©bat d’hier soir. Je ne suis pas sĂ»re que les ultraconservateurs aient trouvĂ© ça très impressionnant. D’autant qu’Huntsman a appelĂ© Ă  ne pas allumer une guerre commerciale contre la Chine.

 

Et c’est là que ça devient très compliqué pour lui : Huntsman a été l’ambassadeur … d’Obama. Tout ce qu’il a pu faire avant sous des administrations républicaines ne compte pas. Les emplois créés dans l’Utah non plus. Le simple fait d’avoir servi pour Obama est un boulet au pied. Son passé de diplomate est d’ailleurs un terrible handicap sur la forme : Huntsman réfléchit avant de parler, mesure ses propos, il refuse d’entrer dans les joutes démagogiques et les petites phrases à l’emporte pièce. Je me souviens de ses yeux levés au ciel lors d’un débat précédent lorsque le modérateur lui a demandé d’expliquer en 15 secondes comment régler les heurts commerciaux entre Pékin et Washington.  

Huntsman a un autre problème qui le fera disparaître des primaires s’il ne grimpe pas plus sérieusement dans les intentions de vote. Il n’a pas d’argent. Le paradoxe, c’est qu’il vient d’une des familles les plus riches du pays. Son père a une fortune considérable. (clic) Mais la relation père/fils n’est semble-t-il pas au beau fixe. Jon Junior refuse de puiser dans le porte monnaie de Jon sénior  (clic). Le jeune Huntsman a par ailleurs des visions politiques et surtout sociales nettement plus souples que celles de son père, qui est un mormon plus radical et un ami de Glenn Beck.

Dans une autre Amérique, Jon Huntsman serait un candidat plus que sérieux. Celle de 2012 est bien trop polarisée, bien trop dans la confrontation avec l’administration en place, bien trop dans la déconstruction de ce qui a été bâti pour qu’un discours  posé y trouve sa place.

Comme le faisait finement remarquer un internaute ce matin pendant nos dialogues sur tweeter, si Huntsman n’est pas le candidat des Etats-Unis d’aujourd’hui, c’est peut-être celui  d’une prochaine Amérique.

Have a nice day.  

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