L’AmĂ©rique par les chemins de traverse

Le blog de Fabienne Sintes


Article(s) de janvier 2012

Floride J-1

Lundi 30 janvier 2012

Bon je vous le dis tout net: J’ai oublie le cordon de mon ordi a Washington. Me voici donc devant le clavier qwerty du lobby de l’hotel. Merci de faire un effort d’imagination pour voir les accents sur  les ‘e’ les ‘a’ les ‘o’et les ‘u’. Il parait qu’en cherchant bien ca existe sur ces claviers americains, tres franchement je ne sais pas ou, et mes deux index sont dĂ©jĂ  bien trop occupes a essayer de ne pas riper sur chaque lettre. Sans parler du correcteur d’orthographe automatique qui veut absolument que je parle anglais .  

J’ai la tentation de faire tres court pour que cesse votre torture et la mienne: Newt Gingrich irrite au plus haut point tous les Republicains de l’establishment, il est en train de perdre la Floride mais promet le deluge aprùs lui, il ira jusqu’a la convention de cet ete s’il le faut  parce que c’est lui qui a raison meme quand il a tort, et tout ca c’est la faute des medias liberaux de ce pays.  

En gros voila.

En moins gros, On dit ici qu’un homme politique peut facilement etre avale par les Everglades. Si la Floride est bien au Sud geographiquement, elle n’a rien a voir avec “le sud” que sont les voisins de Georgie, d’Alabama, ou de Caroline.

La Floride avec ses 19 millions d’habitants, ces 4 millions de latinos dont un quart de Cubains, ces 3 millions de noirs et ses centaines de milliers de retraites est un puzzle qui d’un bout a l’autre, demande deux jours entiers de voyage. Politiquement, elle est republicaine pour la majorite de ses elus, mais si diverse qu’elle en devient indecise par nature. En 2008 aux elections generales, c’est Obama qui l’a emportee derriere lui. En 2004, George Bush. En 2000
 les debats sont encore ouverts. Comme l’ecrivait hier tres joliment  le Washington Post, “si vous n’aimez pas la Floride ou vous etes en ce moment, faites 40km, vous en trouverez une nouvelle”.

Entrez par la route 75, vous traverserez des terres tres conservatrices que vous ne lacherez pas en descendant vers Naples ou Fort Meyers. Vous etes sur la cote ouest, la Republican Riviera, ou chaque candidat a commence par planter son drapeau a peine descendu de la Caroline. Les Tea Party y sont extrenement forts. L’autre cote est longee par l’autoroute 95, elle est plutot peuplee de ces gens venus des etats du nord, tout droit vers Cap Canaveral en bas. Le centre est fait parfois de gens aussi pauvres que ceux que vous pouvez croiser en remontant la Louisiane. Le taux de chomage est l’un des plus hauts du pays et la crise des subprimes a eu son epicentre sur la cote ouest autour de Cape Coral. Mais si vous vous arretez dans l’une des multiples “Gate communities”, ces villages fermes, remplis de retraites qui se deplacent dans des voitures de golf vous y croiserez autant d’anciens banquiers que de petits couples du Wisconsin venus couler leurs derniers jours au soleil. Tout au Sud, Miami est connue pour sa communaute Cubaine, mais celle de Tampa n’a rien a voir. Et puis il y a le fameux couloir de l’autoroute 4, de Tampa justement jusqu’a Orlando, Le “paradis des candidats a la presidentielle” disent les specialistes, parce qu’autour de cette route qui coupe l’etat en deux, vit la moitie des 4 milions des republicains inscrits de Floride. Un parfait echantillon de grandes villes, banlieues, zones rurales, retraites, hispaniques, faites votre choix.

Pas etonnant donc que cet Etat ne se gagne pas seulement sur le terrain. Pour remporter la Floride, il faut l’arroser litteralement de publicites en Anglais et en Espagnol.  C’est ce qu’ont fait Mitt Romney et Newt Gingrich en etant plus violents que jamais l’un vis a vis de l’autre. A ce jeu, c’est Romney qui a l’avantage parce qu’il a l’argent. Il faut aussi compter sur les debats pour qu’ils ouvrent a vous des electeurs que vous n’aurez pas le temps d’aller chercher. A ce jeu, Gingrich qui se targue d’etre un excellent dĂ©batteur, a ete nettement moins percutant qu’avant le scrutin de Caroline du Sud.

Dans cet etat nettement plus complexe que la Caroline, le candidat conservateur a plus de mal a rassembler. Il a ete la risee de tous ses adversaries (et pas seulement) quand il a tente de raviver la flamme de l’”exceptionnalisme”Americain en proposant de construire une station spaciale sur la Lune;  il a particulierement irrite Marco Rubio, le tres populaire senateur Americano-Cubain dont on parle pour le ticket de Vice President,  avec un spot publicitaire dans lequel il traitait son concurrent de candidat “Anti-immigration”. Il agace, Newt Gingrich. Il donne un urticaire terrible a une ecrasante majorite des dirigeants de son propre parti. Il est juge erratique, dangereux,  et totalement antipathique aux yeux des electeurs independants qu’il faudra convaincre pour gagner les elections generales.

Outre Marco Rubio, qui est le dernier qu’il faut se mettre a dos quand on cherche les voix de la Floride, Gingrich a indispose Jeb Bush. L’autre fils, ancien gouverneur, ultra populaire encore dans son etat. Ni lui ni Rubio n’ont apporte leur soutien a qui que ce soit, mais on sent bien ou va leur preference. Le candidat conservateur a aussi vu fondre sur lui cette semaine John McCain et Bob Dole. Et puis pratique incroyablement inedite, La tribune de Tampa rapportait hier qu’un elu de Fort Meyers, accompagne de 7 congressistes d’etats voisins, se sont rendus a un meeting de Gingrich pour capter les cameras et offrir le point de vue de Mitt Romney. 

Or plus Gingrich se sent isole dans son parti, plus il laisse grimper une colere qui lui a ete tres utile il y a 10 jours en Caroline. La guerre contre l’establishment est bien ouverte: Sarah Palin a refait un petit compliment avant hier, et Herman Cain, qui il y a 10 jours a decide de ne soutenir personne sinon “We The People”, a sans doute ete prie de corriger sa copie, il a apporte son soutien officiel a Gingrich hier soir dans un curieux meeting apres 21h..

Il est probablement dĂ©jĂ  trop tard. En Floride, on a commence a voter des la semaine derniere en “early voting”, pile quand les sondages de Gingrich ont commence a tomber apres ses contre-performances en debat. C’est a ce moment la qu’il fallait que Cain et Palin se reveillent.

Gingrich qui sent bien que quelque chose est en train de lui echapper a promis la technique du bulldozer: Il ira jusqu’a la convention quoi qu’il arrive. Quitte a y creer un chaos parfaitement contre productif. Exactement le genre d’attitude insupportable aux yeux des republicains disons plus sages. Gingrich, on est avec lui ou contre lui.

Et pourtant s’il perd la Floride, il a quasi perdu les primaries.

La Floride est le premier etat “Winner takes all”. Levainqueur engrangera donc 50 delegues d’un coup.

Dans les etats suivants, les Caucus du Nevada et de l’Arizona, Romney est en tete. Il l’est aussi dans le Michigan a suivre. (L’etat que son pere a gouverne). Pour Gingrich survivre financierement, sans debat programme avant fin fevrier, et donner un coup de fouet financier pour le super-Tuesday semble etre mission impossible. D’autant que s’il gagne la Floride, primaire “fermee” ou seuls les republicqins inscrits ont le droit de voter, c’est aussi le signe que Romney fait ENFIN le plein des voix de son parti; sans qu’on puisse lui repprocher d’avoir fait du chiffre chez des independants plus moderes.

Gingrich a de vrais supporters  qui ne voient dans sa perte de vitesse des derniers jours que le bras des elites mediatiques liberales. Cette Amerique en colere dont nous parlions dans le post precedent. Celle qui va se boucher le nez en allant voter Romney en novembre. Ou choisir la solution extreme. C’est la quote du jour tiree d’un meeting ce matin dans un village de retraites:

“J’ai toujours ete pro-Newt, mais j’etais prete a voter Mitt aprùs. Depuis que Romney a lance toutes ces publicites negatives, il n’en est plus question. Je prefere patienter encore 4 ans pour elire un vrai conservateur”

Si c’est pas de l’amour


Have a nice day

Mano a Mano

Mardi 24 janvier 2012

Sur le papier ça n’est pas encore tout Ă  fait ça puisque Rick Santorum et Ron Paul sont encore lĂ , mais en rĂ©alitĂ© nous y voilĂ , au mano a mano des primaires rĂ©publicaines. Nous y sommes, au combat establishment contre insurgĂ©: le Parti rĂ©publicain est dĂ©sormais bien assis sur sa ligne de fracture.

Cet affrontement c’est finalement du trĂšs classique. Du prĂ©visible dans un parti qui hĂ©site depuis longtemps sur la ligne qui lui rendra le pouvoir en 2012. LĂ  oĂč ça devient intĂ©ressant c’est qu’Ă  y regarder de plus prĂšs, aucun des deux candidats n’est tout Ă  fait l’incarnation de ce (ceux ?) qu’il est censĂ© reprĂ©senter. Mais au jeu des « postures », c’est incontestablement Newt Gingrich qui gagne.

AprĂšs avoir cherchĂ© sa voie pendant les deux premiĂšres primaires, Gingrich est devenu le reprĂ©sentant en chef de la colĂšre. Il personnifie le grondement qui monte de la base du parti depuis l’Ă©lection d’Obama. Il est trĂšs fort Gingrich. Il a rĂ©ussi Ă  rafler une grosse partie de ses Ă©lecteurs Ă©vangĂ©liques Ă  Rick Santorum alors qu’il a changĂ© de religion 2 fois et en est Ă  son 3eme mariage ; sans compter ses infidĂ©litĂ©s largement documentĂ©es. Il a aussi rĂ©ussi Ă  remplir sa besace avec certains des Ă©lecteurs du Tea Party qui ne voyaient leur salut qu’en Michelle Bachman et jurent contre les « insiders » de Washington. Sans jamais prononcer le mot « Tea Party », contrairement Ă  Santorum qui essaie dĂ©sespĂ©rĂ©ment de les enrĂŽler, Gingrich a embrassĂ© leur rhĂ©torique. En l’Ă©coutant parler Ă  la foule aprĂšs sa victoire en Caroline du Sud, il y avait de quoi tomber de sa chaise. Gingrich a rĂ©pĂ©tĂ© 2 fois son rejet des « élites de Washington et New York ». Or Gingrich est un pur produit du systĂšme. Il a Ă©tĂ© 20 ans reprĂ©sentant Ă  la chambre de son Ă©tat de la GĂ©orgie, dont 4 ans speaker Ă  la chambre sous Clinton. Il clame dans tous les dĂ©bats que c’est lorsqu’il Ă©tait speaker que le budget a Ă©tĂ© Ă©quilibrĂ©. Il oublie en route de dire que son jusqu’auboutisme a offert sa réélection Ă  Clinton. Gingrich a gouvernĂ© avec tellement de hargne que le gouvernement a Ă©tĂ© bloquĂ© 2 fois (shutdown), et qu’il a dĂ©missionnĂ© la tĂȘte basse,  prĂ©fĂ©rant quitter la politique pour Ă©crire des livres et entrer au service de Freddy Mac, l’un des organismes (avec Fannie Mae) chargĂ©s de garantir les prĂȘts des particuliers, responsable de la crise de 2008.

Romney (enfin !), essaie de rafraichir la mĂ©moire des Ă©lecteurs sur le passĂ© de son concurrent direct. Lors du dĂ©bat d’hier il a d’ailleurs rĂ©ussi Ă  dĂ©stabiliser un peu un Gingrich qui essaie d’expliquer qu’il n’a pas travaillĂ© pour Freddy Mac comme lobbyiste mais comme historien (??). A 25 000 dollars par mois, ça fait cher la leçon d’histoire.

Mais qu’importe. La base du parti rĂ©publicain n’a pas envie d’entendre des faits. Elle veut un chien d’attaque qui poussera Obama hors de la maison blanche en aboyant. Gingrich a trĂšs bien compris ça, et il sait faire. Il connaĂźt tous les mots qui font mouche : Elites, Medias, Aide sociale.

heu... oui, c

heu… oui, c

Cette partition de la colĂšre a un Ă©cho considĂ©rable. Elle permet dans la mĂȘme phrase de critiquer Obama ET Mitt Romney. La base des Ă©lecteurs rĂ©publicains de 2012 ne vote pas avec sa tĂȘte, elle vote avec ses tripes. Et dans ce contexte, le principal problĂšme de Mitt Romney c’est… Mitt Romney. Personne n’a encore bien compris oĂč Ă©taient ses tripes. Il est bon dans l’analytique, mauvais dans l’offensive. Il a clairement fait virer son discours Ă  droite pour coller Ă  l’esprit du moment, mais ne sera jamais aussi virulent qu’un Gingrich. (Ici (clic) un excellent exemple de ce qui sĂ©pare les 2 candidats : leur maniĂšre de parler d’Obama. Pour l’un c’est un adversaire politique, pour l’autre l’homme Ă  abattre)

Quand Gingrich est attaquĂ© sur sa vie personnelle, il envoie un scud sur les medias et gagne la partie. Quand Romney est pris en faute sur sa feuille d’impĂŽts, il lui faut deux dĂ©bats pour comprendre que la bonne rĂ©ponse est de ne pas s’excuser de bien gagner sa vie. La fameuse feuille d’impĂŽts vient d’ailleurs d’ĂȘtre rĂ©vĂ©lĂ©e ce soir (ici), et 13,9% de retenue c’est moins qu’Obama, moins que Gingrich, moins que Warren Buffet la 2eme fortune du pays !!  Romney n’a pas encore rĂ©ussi Ă  montrer qu’il Ă©tait Ă  l’aise avec ses idĂ©es (y compris lorsqu’il a changĂ© d’avis !), et Ă  l’aise avec sa fortune personnelle considĂ©rable. Le contraste est considĂ©rable avec un Gingrich qui assume tout. Avec aplomb.

Une femme rencontrĂ©e la semaine derniĂšre en Caroline du Sud a eu le grand prix de la citation du jour dans mon fichier personnel de petites phrases : « Romney, il prĂ©sente bien, il a une belle petite famille, il a le look. C’est sĂ»r, Gingrich, il n’a pas le look, mais en y rĂ©flĂ©chissant, je crois qu’il peut gagner ».

Maintenant, rien ne dit que Gingrich a pris dĂ©finitivement l’ascendant sur Romney. D’aileurs quand il comprend qu’il faut changer de braquet, le “modĂ©rĂ© du Massachussetts” sait marquer des points (ici) La Caroline du Sud nous a surtout fait comprendre que le combat des deux hommes allait durer plus que prĂ©vu. La Floride et ses multiples dĂ©lĂ©guĂ©s rendra les choses plus claires en cas de victoire nette de l’un ou de l’autre. Mais il reste encore des Ă©tapes, dont ce fameux super-Tuesday du 6 mars qui sera probablement le moment de vĂ©ritĂ©. Les rĂ©publicains finalement, sont assez contents de ne pas voir une saison de primaires s’arrĂȘter trop vite sur un candidat par dĂ©faut.

La question de l’aprĂšs primaires est plus Ă©pineuse.

Si les Ă©lecteurs ont le choix entre un revenant de la politique AmĂ©ricaine, aussi habile soit-il, et un modĂ©rĂ© un peu ventre-mou aussi brillant soit-il, c’est aussi parce que l’homme providentiel qui aurait pu rĂ©soudre la crise d’identitĂ© des RĂ©publicains n’est pas lĂ . Il manque le candidat capable de construire un pont entre les deux ailes du parti ; le candidat nouvelle gĂ©nĂ©ration qui serait aux rĂ©publicains ce qu’Obama Ă©tait aux dĂ©mocrates. On a beaucoup dissertĂ© en 2008 sur la capacitĂ© ou pas des dĂ©mocrates Ă  se rassembler derriĂšre le vainqueur des primaires aprĂšs une bataille aussi Ăąpre. Le ralliement de certains « Clinton » a d’ailleurs Ă©tĂ© long Ă  venir. Mais Ă  l’Ă©poque, la lutte Ă©tait plutĂŽt celle des anciens et des modernes sur une plateforme politique trĂšs semblable. Chez les rĂ©publicains, c’est une bataille idĂ©ologique qui est engagĂ©e.  

Have a nice day

Caroline du Sud J-1

Vendredi 20 janvier 2012

A ceux qui comme moi commençaient Ă  avoir le sentiment de voir la rediff d’un vieux Derrick Ă  chaque primaire rĂ©publicaine : debout !

Vous pouvez rallumer vos postes, ça devient à nouveau intéressant.

La caroline du Sud vient de nous offrir en 24 heures autant d’action que les 2 primaires rĂ©unies depuis le 3 janvier.  

La journĂ©e a commencĂ© par un petit retour dans l’Iowa. Tout bien comptĂ©, il s’avĂšre que Romney qui pensait avoir gagnĂ© avec 8 voix d’avance, a en fait perdu avec 34 voix de retard. Vous me direz ça change quoi ? Rien. Santorum a eu Ă  l’époque son « momentum », son Ă©lan, aussi franchement que s’il avait gagnĂ© en prenant la tĂȘte du bloc des conservateurs contre le modĂ©rĂ©. Pour Romney c’est une autre affaire. Il n’est plus le premier RĂ©publicain Ă  avoir remportĂ© les deux premiĂšres Ă©lections ; il perd un peu de sa superbe au moment oĂč il aurait justement eu besoin d’un coup de booster.

DeuxiĂšme secousse de la journĂ©e, Rick Perry, qui annonce qu’il se retire du jeu. Perry avait tout sur le papier pour battre Romney. Le rĂ©seau, l’argent, et le soutien des conservateurs. Il est tombĂ© comme une pierre dĂšs le premier dĂ©bat, ne s’est jamais remis de son « ooops » calamiteux ainsi que de diverses bourdes trĂšs Ă©lĂ©gamment rĂ©pertoriĂ©es par le Washington Post (”His top 5 moments”- je ne colle par l’extrait, la derniĂšre fois que j’ai essayĂ© tout a sautĂ©). Perry a quittĂ© la compĂ©tition en soutenant Newt Gingrich dans la foulĂ©e.

Gingrich justement, il se sent pousser des ailes. Depuis quelques jours, il amorçait une remontĂ©e dans les sondages. Sarah Palin qui jusque lĂ  s’était faite plus que discrĂšte, est venue lui donner un coup de pouce mercredi. Dans la seule journĂ©e d’hier, 4 sondages sur 5 lui ont donnĂ© 2 Ă  3 points d’avance. Il y a encore quelques jours, Romney Ă©tait 10 points devant.

Et pourtant, la journĂ©e d’hier n’a pas Ă©pargnĂ© l’ancien speaker Ă  la chambre. Sa 2eme femme a accordĂ© une interview Ă  ABC dans laquelle elle raconte les infidĂ©litĂ©s de son ex, qui souhaitait avoir « une relation ouverte ».

Cette vidĂ©o a fait  trois fois le tour d’Internet, et John King a entamĂ© le dĂ©bat du soir sur le sujet. La grosse colĂšre de Gingrich lui a permis de gagner des points. Loin de se dĂ©monter et de jouer la carte de la rĂ©demption il a attaquĂ© de front.

Aucun des autres candidats n’a souhaitĂ© relever. Ils ont tous bottĂ© en touche. Gingrich a rĂ©ussi en 3 minutes Ă  retourner en sa faveur un Ă©pisode qu’il aurait prĂ©fĂ©rĂ© qu’on oublie.

La Caroline du Sud rĂ©publicaine on le sait, elle est faite avant tout de Tea Party et de religieux. Il y a des Mega-Chruches partout dans cet Ă©tat. Et les plus puissants des Ă©vangĂ©listes rĂ©unis en conclave au Texas il y a quelques jours ont choisi Santorum. Pour ses valeurs morales. Mais leur poids, leur rĂ©elle influence sur le vote est encore Ă  dĂ©montrer. Et il semble que mĂȘme eux, votent avec Ă  la main leur porte monnaie plus que leur bible. Les Tea Party eux, sont tellement compliquĂ©s Ă  suivre, tellement emmĂȘlĂ©s entre leurs groupes divers qui portent tous des noms diffĂ©rents qu’ils ne savent pas parler d’une seule voix. La gouverneure de Caroline du Sud Nikki Haley, Ă©lue grĂące aux Tea Party a jetĂ© son dĂ©volu sur Romney. ForcĂ©ment, il a financĂ© sa campagne en pensant Ă  l’avenir, et elle se voit bien sur un ticket avec une casquette de Vice prĂ©sidente. D’autres, aprĂšs avoir pariĂ© sur Bachman, puis sur Cain, ne savent plus quoi penser de qui. Quand on leur demande s’ils ont disparu ils montent sur leurs grands chevaux, mais le fait est que s’ils sont efficaces localement, ils sont illisibles nationalement.

Reste le bon vieil argument de l’ «electability» ; et Ă  ce jeu, Gingrich commence Ă  rĂ©ussir Ă  faire passer qu’il est capable lui aussi de battre Obama. En Caroline du Sud il y a presque 10% de chĂŽmeurs, c’est l’un des taux les plus hauts du pays. Un discours hargneux, avec Reagan dans la plupart des phrases suffit Ă  faire passer des histoires de femmes de 14 ans d’ñge. Par ailleurs Romney a perdu des points sur ses affaires d’impots. Hier pendant le dĂ©bat Gingrich l’a pris de court en affichant franchement son imposition Ă  lui:  « J’ai gagnĂ© 3 millions l’an dernier, j’ai payĂ© 1 million ». Romney s’est encore embrouillĂ©. Il rendra sa feuille publique en avril comme tout le monde a-t-il dit, mĂȘme s’il a lĂąchĂ© cette semaine qu’il payait 15% d’impĂŽt sur le revenu, ce qui est nettement moins que la classe moyenne taxĂ©e grosso modo autour de 25% ou parfois plus.

Si Gingrich gagne, ou mĂȘme s’il arrive second mais collĂ© Ă  Romney, la compĂ©tition est relancĂ©e. L’ancien speaker Ă  la chambre aura volĂ© la place de « non-Romney » Ă  un Santorum qui est moins bien armĂ© pour aller loin. Gingrich c’est une bĂȘte politique. Pas Santorum. Et si la Caroline du Sud religieuse et conservatrice casse l’Ă©lan de Romney, si elle n’arrive pas malgrĂ© ses divisions à se rĂ©soudre Ă  voter pour le modĂ©rĂ©-mormon; les rĂ©publicain en gĂ©nĂ©ral oĂč qu’ils soient ont surtout envie de voir une vraie bataille. Ils ont besoin d’ĂȘtre transportĂ©s par quelque chose de comparable Ă  2008… chez les dĂ©mocrates !

Rien ne dit qu’à la fin, Romney ne retrouvera pas le “momentum” des derniĂšres semaines. Mais en attendant, le message que semble lancer la Caroline du Sud, c’est « Hep ! Pas si vite. Donnons nous au moins du temps pour voir si Romney est VRAIMENT le mieux armĂ©. Ne plions pas l’affaire si vite ». (Ne perdez pas de vue que depuis cette annĂ©e, le mode de calcul des dĂ©lĂ©guĂ©s Ă  la proportionnelle (ou presque) n’oblige pas Ă  gagner pour engranger des votes).

Lorsque la compĂ©tition se terminera par un choc Ă  1 contre 1, les rĂ©publicains se retrouveront un peu comme un type au bar qui hĂ©site sur la boisson Ă  choisir. Gingrich c’est un shot de quelque chose de trĂšs fort, vaguement amer, qui tourne la tĂȘte rapidement et donne un coup de fouet. Romney, en bon mormon qui ne s’autorise aucun excitant et encore moins un verre d’alcool c’est un Perrier rondelle. Et encore, sans la rondelle.

Le shot c’est sympa sur le coup, mais le risque c’est la gueule de bois qui cloue au sol. Le Perrier rondelle, c’est pas trùs festif, mais ça permet de prendre le volant aprùs


Have a nice day

Romney et la French connection

Samedi 14 janvier 2012

 Ah ! Ben voilà ! Je savais bien que je finirais par avoir raison ;)  Ceux qui suivent se souviennent de ma lĂ©gĂšre confusion sur la vidĂ©o de Romney parlant Français mise en ligne le mois dernier. Des dĂ©mocrates trĂšs second degrĂ© avaient utilisĂ© l’argument Ă©culĂ© du French Bashing pour se moquer des rĂ©publicains sur le modĂšle des clips diffusĂ©s contre John Kerry en 2004.

Et bien nous y sommes. Au premier degrĂ© cette fois. Preuve que le rĂ©veil du sentiment anti-français n’est pas encore tout Ă  fait Ă©culĂ©. Newt Gingrich, qui n’a plus rien Ă  perdre est en train d’inonder la Caroline du Sud de publicitĂ©s nĂ©gatives contre Mitt Romney. La derniĂšre fustige le «modĂ©rĂ© du Massachussetts», par opposition au «conservateur Reaganien» qu’est Gingrich, le seul pur rĂ©publicain capable de battre Obama.

Je vous laisse savourer la fin.

« Et en plus, comme John Kerry, il parle Français »…

Aux yeux de certains - et la Caroline du Sud n’en manque pas - le souvenir de notre refus d’aider les AmĂ©ricains en Irak est encore bien vivace. Mais ça n’est pas tant ça qui est visĂ©. La comparaison avec Kerry, qui avait un “look trop Français”, c’est plutĂŽt l’idĂ©e de faire de Romney un homme arrogant, loin des gens, trop riche, trop intello et trop Ă  gauche.

Romney effectivement, on le sait, a passĂ© deux ans en France pendant ses annĂ©es de missionnaire Mormon. Il ne s’en vante pas particuliĂšrement. Mais ne le cache pas non plus. Surtout quand ça peut lui rendre service, comme ici, avec un Ă©lecteur du New Hampshire d’ascendance QuĂ©bĂ©quoise.

 

Ca n’est pas tant le Français Ă  mon sens que Romney prĂ©fĂšre ne pas mettre trop en avant que sa religion trĂšs particuliĂšre. (Ici -clic- une sĂ©rie signĂ©e par le Boston Globe oĂč l’on entend notamment tous ceux qui ont croisĂ© la route de Romney pendant son sĂ©jour en France)

Politiquement, il n’a jamais Ă©tĂ© pris en flagrant dĂ©lit de nostalgie de sa pĂ©riode Française bien au contraire; dĂšs sa campagne de 2007, il citait le modĂšle Français comme le parfait contre-exemple de sa politique : « mes enfants y sont en vacances en ce moment mĂȘme. J’adore la France, je parle français, j’ai habitĂ© en France ; j’ai tout le respect du monde pour les français… je n’ai juste pas du tout envie de devenir la France du 21eme siĂšcle ».

L’Europe, d’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, est son punchinball favori dans ses interventions, il l’a encore prouvĂ© la semaine derniĂšre lors de son discours de victoire du New Hampshire en attaquant le « european style » de la politique de Barack Obama. C’est-Ă -dire une politique pour assistĂ©s.

Il laisse tranquillement ensuite le public républicain qui ne goûte guÚre les nuances, en déduire que nous sommes un bloc de pays socialistes.  

Gingrich lui est tout sauf un imbĂ©cile. Il a mĂȘme un diplĂŽme d’histoire moderne EuropĂ©enne. Mais il espĂšre semer la confusion chez ceux des conservateurs qui ont du mal Ă  situer la France sur une carte et se laissent convaincre par des discours Ă  l’emporte-piĂšce. Je me souviens de cet homme venu de Floride rencontrĂ© l’annĂ©e derniĂšre Ă  Washington pendant une manifestation du Tea Party. Il m’avait expliquĂ© que notre systĂšme de santĂ© socialiste Ă©tait une faillite intĂ©grale, la preuve : « pendant votre canicule vous avez laissĂ© mourir les vieux parce que les traiter aurait coutĂ© trop cher ».  J’ai Ă©tĂ© sincĂšrement scotchĂ©e qu’il ait entendu parler de la canicule. Et quand je lui ai demandĂ© d’oĂč il tenait ses arguments, il m’a racontĂ© que des gens affiliĂ©s aux Tea Party avaient organisĂ© des rĂ©unions et expliquĂ© tout ça Ă  ceux qui voulaient participer Ă  la campagne.

Si ça peut rassurer Romney, l’autre modĂ©rĂ© du groupe, Jon Huntsman, est lui aussi dans le collimateur parce qu’il parle … Chinois. Ici une pub d’un supporter de Ron Paul qui se passe de commentaires…

Newt Gingrich, y compris dans son propre camp, commence Ă  ĂȘtre perçu comme un candidat dĂ©sespĂ©rĂ© prĂȘt Ă  faire feu de tout bois pour dĂ©monter un homme qu’il n’arrive pas Ă  dĂ©passer d’une primaire Ă  l’autre. Ses attaques contre la sociĂ©té d’investissement de Romney, Bain Capital (voir post prĂ©cĂ©dent) ont Ă©tĂ© avant tout jugĂ©es comme une maniĂšre scandaleuse de donner des arguments aux dĂ©mocrates, au point qu’il est en train de rĂ©tropĂ©daler sur ce film de 27 minutes achetĂ© pour lui. (clic). Il est peu probable que cette nouvelle tentative avec l’argument du Français ait une influence suffisante. Gingrich pourrait d’ailleurs s’ĂȘtre tirĂ© une balle dans le pied si l’on songe qu’il a passĂ© une partie de son adolescence Ă  OrlĂ©ans lorsqu’il y avait encore des bases militaires AmĂ©ricaines dans la rĂ©gion ; on trouve mĂȘme sur sa page Wikipedia le souvenir se sa visite Ă  Verdun, dĂ©terminante pour sa comprĂ©hension du monde et son avenir politique. A l’Ă©poque, le jeune homme « parlait suffisamment de Français pour survivre ». Evidemment, il n’y avait ni tĂ©lĂ©phones portables, ni camĂ©ras de poche, si bien qu’il y a peu de chance de l’entendre baragouiner sur You Tube !

Newt Gingrich devrait pourtant savoir que la France adore copier les Etats-Unis. AprÚs tout, comme Washington il y a 6 mois, nous avons perdu notre AAA ! Ca rapproche non ?

H-ve - nice d-y

Haro sur Romney

Mardi 10 janvier 2012

J’ai une pointe de nostalgie.

DĂ©jĂ  la semaine derniĂšre, dans l’Iowa, -7° au pire moment alors qu’on avait frĂŽlĂ© les -23° il y a quatre ans, c’était beaucoup moins drĂŽle. En 2008 j’avais vu Mike Huckabee jouer de la guitare Ă  Clear Lake en hommage Ă  Buddy Holly, cette annĂ©e j’ai lu des papiers sur les petits pulls Ă  manches courtes de Rick Santorum. Il y a nettement moins de pancartes Ă©lectorales dans les jardins aussi.  Alors que les AmĂ©ricains adorent planter leurs opinions politiques sur leurs pelouses. Je n’ai toujours pas vu de « bumper stikers », ces autocollants qui sont normalement partout sur les voitures mĂȘme pendant les primaires, et j’ai encore le souvenir de meetings ou chaque spectateur brandissait le nom de son candidat inscrit sur un morceau de carton si bien qu’on ne voyait plus la scĂšne.

Depuis hier dans le new-Hampshire, pareil. Il y a 4 ans j’avais perdu ma voiture dans la neige en courant Ă  un meeting Clinton/Clinton. Au point que j’avais dĂ» rentrer Ă  l’hĂŽtel en stop pour Ă©viter de rater l’antenne. Il y a avait tellement de monde que les voitures Ă©taient garĂ©es Ă  2 km de la salle. Cette annĂ©e, non seulement il n’y a pas un pet de neige, mais en plus hier soir chez Romney j’ai tranquillement trouvĂ© une place au parking. C’était presque dĂ©primant.

Alors bien sur ça n’est pas le mĂȘme contexte et un seul parti est en campagne. Mais quand on dit que le principal problĂšme des rĂ©publicains, quel que soit l’homme de leur choix, c’est le manque d’enthousiasme des Ă©lecteurs, c’est vrai. Sauf coup de théùtre, le parti s’apprĂȘte Ă  mettre son avenir Ă©lectoral dans les mains d’un homme « faute de mieux » qui ne manque pas de compĂ©tence mais terriblement de charisme. Et ces primaires Ă  ce train lĂ , seront quasiment pliĂ©es Ă  la fin du mois. Il n’y a pas l’Ă©quivalent d’un Obama capable d’inspirer les foules. Ni d’un George Bush avec lequel on boirait volontiers une biĂšre.

Chez Romney justement dans la soirĂ©e, j’ai croisĂ© un monsieur qui m’a offert la citation du jour « Mitt est mon candidat, c’est le meilleur, mais je vais voter Gingrich pour que ça dure plus longtemps ».

Un peu de suspens s’il-vous-plait !

Tout le monde a bien compris qu’aprĂšs le New-Hampshire, si les conservateurs ne trouvent pas le moyen de s’entendre pour proposer une alternative face Ă  celui qui semble avoir course gagnĂ©e, Romney emportera la Caroline du Sud et la Floride dans la foulĂ©e. Le reste ne sera que formalitĂ©. Et comme mon petit monsieur du meeting d’hier Ă  la conscience politique moyennement affutĂ©e, on se prend Ă  espĂ©rer un sursaut qui rendra Ă  la compĂ©tition un peu piquant.

Newt Gingrich aussi espĂšre le sursaut. Le mĂȘme qui l’avait portĂ© en tĂȘte des sondages il y a encore un mois. Il cherche Ă  grapiller un maximum de voix ce soir, et faire la diffĂ©rence le 21 janvier prochain. Il a bien enregistrĂ© qu’il devait non seulement rassembler les conservateurs derriĂšre lui, mais aussi, tenter d’ébranler la confiance de Romney; secouer cette masse d’électeurs qui pense que seul l’ex-gouverneur du Massachussetts, grĂące Ă  son passĂ© de businessman, a le bon CV pour redresser l’économie.

Le temps presse. Le retour de Gingrich se fera en Caroline du Sud, ou ne se fera pas. Hier, veille de vote, par l’intermĂ©diaire d’un PAC proche de lui,  il a lancĂ© la bande annonce d’un film qui aura Ă©tĂ© vu partout d’ici les prochaines primaires : « When Mitt Romney Came to Town »

Les tĂ©moignages Ă©videmment sont de vrais tĂ©moignages. L’idĂ©e on l’a bien compris, est de casser l’image de chef d’entreprise de Romney. Casser les compĂ©tences qu’il met en avant dans sa candidature ; attaquer de front ses mĂ©thodes de capitaliste outrancier lorsqu’il dirigeait Bain Capital, un fond d’investissement destinĂ© Ă  racheter les entreprises en difficulté ; faire du candidat un homme sans cƓur, qui a licenciĂ© Ă  tour de bras en y prenant plaisir. Le film dure 27 minutes. Il a Ă©tĂ© produit par Barry Bennett, jusqu’à rĂ©cemment supporter de Rick Perry. Bennett a essayĂ© de vendre son film un peu partout. Y compris chez Jon Huntsman qui a dĂ©clinĂ©.

Finalement c’est donc un PAC Gingrich, « Winning our future », qui s’apprĂȘte Ă  diffuser ces 27 minutes d’agression Ă  l’arme lourde. Un propriĂ©taire de casino a donnĂ© les 5 millions nĂ©cessaires.

Un PAC, ou super-PAC, c’est un groupe d’intĂ©rĂȘt autorisĂ© Ă  lever des fonds pour aider un candidat ou en dĂ©monter un autre. Il n’est pas officiellement AFFILIE Ă  un candidat, mais Ă  le droit de l’aider. Les donateurs ne financent pas directement leur champion, ils remplissent les caisses du PAC qui le plus souvent, finance des publicitĂ©s et achĂšte les espaces oĂč les diffuser.

Pauvre Mitt Romney, il doit dĂ©cidĂ©mment avoir des acouphĂšnes, les dĂ©mocrates sortent, quasi en mĂȘme temps, une vidĂ©o sur le mĂȘme thĂ©me et le mĂȘme Bain Capital en ligne de mire. « MittsbogusMath ».

Si le film du PAC pro-Gingrich n’a pas l’effet espĂ©rĂ© l’affaire n’aura pas Ă©tĂ© perdue pour tout le monde; les dĂ©mocrates et leur petite vidĂ©o format normal ont dĂ©sormais 27 minutes clefs en main concoctĂ©es par l’adversaire. Un vrai popcorn movie pour les jours de moral en berne. Et en plus c’est gratuit.

Have a nice day.

Le cas Huntsman

Dimanche 8 janvier 2012

Si on ne parle pas de Jon Huntsman maintenant, mardi, il sera peut ĂȘtre dĂ©jĂ  trop tard.

Avec Ron Paul dans un tout autre genre, il est le 2eme OVNI de cette compĂ©tition. Huntsman c’est le sage, le super-modĂ©rĂ©, le diplomate. Jusque lĂ , il Ă©tait quasi inexistant. L’approche du New Hampshire sur lequel il a tout misĂ© lui redonne quelques couleurs. Selon les sondages il se classe 2eme ou 3 eme derriĂšre Mitt Romney.

Lors des derniers dĂ©bats hier soir et ce matin, Huntsman  a bien tirĂ© son Ă©pingle du jeu. Il a trouvĂ© sa zone de confort en s’éloignant des attaques frontales des uns et des autres. Huntsman vise les indĂ©pendants. Ceux qui n’arrivent pas Ă  se rĂ©soudre Ă  voter Romney et ne veulent pas entendre parler des autres. Ca peut lui permettre de bien se placer dans le New Hampshire. Plus loin ça reste Ă  voir.

Jon Huntsman a Ă©tĂ© gouverneur de l’Utah. Il a servi sous l’administration Reagan, il Ă©tait secrĂ©taire adjoint au commerce de Bush junior. Il a Ă©tĂ© l’un des principaux acteurs des accords de Doha en 2001 et de l’entrĂ©e de la Chine et Taiwan dans l’OMC. Il connaĂźt l’Asie comme sa poche. En matiĂšre de relations internationales en particulier avec la Chine, il est le meilleur candidat possible. Il Ă©tait d’ailleurs ambassadeur Ă  PĂ©kin jusqu’au printemps dernier. Il parle chinois, il en a donnĂ© un petit extrait dans le dĂ©bat d’hier soir. Je ne suis pas sĂ»re que les ultraconservateurs aient trouvĂ© ça trĂšs impressionnant. D’autant qu’Huntsman a appelĂ© Ă  ne pas allumer une guerre commerciale contre la Chine.

 

Et c’est lĂ  que ça devient trĂšs compliquĂ© pour lui : Huntsman a Ă©tĂ© l’ambassadeur 
 d’Obama. Tout ce qu’il a pu faire avant sous des administrations rĂ©publicaines ne compte pas. Les emplois créés dans l’Utah non plus. Le simple fait d’avoir servi pour Obama est un boulet au pied. Son passĂ© de diplomate est d’ailleurs un terrible handicap sur la forme : Huntsman rĂ©flĂ©chit avant de parler, mesure ses propos, il refuse d’entrer dans les joutes dĂ©magogiques et les petites phrases Ă  l’emporte piĂšce. Je me souviens de ses yeux levĂ©s au ciel lors d’un dĂ©bat prĂ©cĂ©dent lorsque le modĂ©rateur lui a demandĂ© d’expliquer en 15 secondes comment rĂ©gler les heurts commerciaux entre PĂ©kin et Washington.  

Huntsman a un autre problĂšme qui le fera disparaĂźtre des primaires s’il ne grimpe pas plus sĂ©rieusement dans les intentions de vote. Il n’a pas d’argent. Le paradoxe, c’est qu’il vient d’une des familles les plus riches du pays. Son pĂšre a une fortune considĂ©rable. (clic) Mais la relation pĂšre/fils n’est semble-t-il pas au beau fixe. Jon Junior refuse de puiser dans le porte monnaie de Jon sĂ©nior  (clic). Le jeune Huntsman a par ailleurs des visions politiques et surtout sociales nettement plus souples que celles de son pĂšre, qui est un mormon plus radical et un ami de Glenn Beck.

Dans une autre AmĂ©rique, Jon Huntsman serait un candidat plus que sĂ©rieux. Celle de 2012 est bien trop polarisĂ©e, bien trop dans la confrontation avec l’administration en place, bien trop dans la dĂ©construction de ce qui a Ă©tĂ© bĂąti pour qu’un discours  posĂ© y trouve sa place.

Comme le faisait finement remarquer un internaute ce matin pendant nos dialogues sur tweeter, si Huntsman n’est pas le candidat des Etats-Unis d’aujourd’hui, c’est peut-ĂȘtre celui  d’une prochaine AmĂ©rique.

Have a nice day.  

New Hampshire pour quoi faire ?

Dimanche 8 janvier 2012

A regarder le dĂ©bat des RĂ©publicains ce soir, j’ai fini par me demander si je n’avais pas trop dormi et que la primaire du New Hampshire Ă©tait passĂ©e pendant mon sommeil.

Le gros quart d’heure passĂ© sur les sujets « sociaux », comme le mariage gay, l’avortement, la contraception (!!) prouve que mĂȘme les modĂ©rateurs ont semble-t-il oubliĂ© que nous sommes Ă  la veille de primaires en Nouvelle Angleterre, terrain tout sauf conservateur. Ou en tout cas jamais aussi franchement que ce qu’on a laissĂ© derriĂšre nous avec l’Iowa ni aussi sĂ»rement que la Caroline du Sud Ă  venir le 21 janvier prochain.

Les dĂ©bateurs eux-mĂȘmes ont fait semblant d’oublier que l’homme qu’ils devaient mettre en difficultĂ© est celui dont tous les sondages disent qu’il est le futur candidat dĂ©signé : Mitt Romney. Aucun des prĂ©tendants Ă  la prĂ©sidence n’a rĂ©ellement attaquĂ© l’ancien gouverneur du Massachusetts. Alors que Newt Gingrich notamment, en a fait sa cible prĂ©fĂ©rĂ©e lorsqu’il est en meeting dans la rĂ©gion de Manchester, hier soir, devant les tĂ©lĂ©spectateurs il a choisi une toute autre stratĂ©gie. Et les autres aussi. A l’exception de John Hunstman, celui dont on parle Ă  peine parce qu’il a totalement zappĂ© l’Iowa, mais qui navigue sur le mĂȘme terrain modĂ©rĂ© que Romney. (Huntsman, je me demande parfois s’il n’est pas dĂ©mocrate !) A l’exception aussi de Ron Paul, qui doit montrer son poids un peu partout mais joue une partition solitaire.

Alors le New-Hampshire ou s’en fiche c’est ça ? Et bien oui. Si ça n’est pas une primaire pour rien, on n’en est pas loin.

Les sondages sont tĂȘtus. Romney gagnera l’état de la tĂȘte et des Ă©paules. Et les purs conservateurs sont finalement si marginaux qu’ils ne nous apprendrons rien de l’avenir de Rick Santorum, de Newt Gingrich ou Rick Perry.

La Caroline du Sud qui suit en revanche, sera riche d’enseignement.

Rick Perry l’a si bien compris qu’il ne fait pas mĂȘme campagne dans le New Hampshire. Lorsqu’il a dĂ©cidĂ© de ne pas abandonner la partie aprĂšs l’Iowa, il a foncĂ© directement vers le Sud. C’est lĂ  que l’on saura si les conservateurs choisissent de se regrouper ; ou plutĂŽt, s’ils savent se regrouper au lieu de s’éparpiller, et si oui, lequel d’entre eux est le leader des « non-Mitts », comme dit le journal ultra-libĂ©ral « Mother Jones ». Est-ce que que les 25% de Santorum dans l’Iowa en font un leader naturel ? Est-ce que Gingrich a une chance d’émerger ?

Ce dimanche dans le New Hampshire, il n’y a personne. Tout le monde est dĂ©jĂ  en bas, quitte Ă  remonter la veille du scrutin de mardi.

Santorum est nettement plus Ă  l’aise dans le sud que devant une foule du Nord, comme ici, huĂ© Ă  la sortie d’un exercice de campagne sur le sujet du mariage gay

 

Rick Perry a tout misé sur Dieu (en toute modestie)

De vous Ă  moi, Perry a intĂ©rĂȘt Ă  espĂ©rer que l’esprit saint lui donne la main : sa conclusion sur l’inconsĂ©quence de la politique de dĂ©fense d’Obama tout Ă  l’heure au dĂ©bat risque de lui coĂ»ter cher, il a suggĂ©rĂ© de renvoyer des hommes en Irak


La crainte de la branche religieuse des conservateurs de voir arriver en tĂȘte Romney faute d’avoir pu s’entendre est bien rĂ©elle. Ils n’ont pas la mĂ©moire courte. En 2008, Mike Huckabee avait Ă©tĂ© incapable de conforter son avance de l’Iowa. McCain avait logiquement remportĂ© de New Hampshire. Il avait surtout aussi pris la Caroline Du Sud. Aujourd’hui encore, les Ă©vangĂ©listes et les catholiques voient leur rival prendre de l’avance en profitant logiquement de leur incapacitĂ© Ă  se rassembler. Romney se prend mĂȘme Ă  rĂȘver de triplĂ© gagnant ; Iowa /New Hampshire / Caroline et pourquoi pas Floride dans la foulĂ©e. (clic)

Le week end prochain, soit une semaine avant la primaire de Caroline, des dizaines de leaders conservateurs, Ă©vangĂ©liques et stratĂ©gistes se rĂ©unissent dans le Texas ; y compris les leaders de groupes intĂ©gristes comme « Focus on the family » ou « American Family Association ». (clic) Le temps presse. On  ne sait pas s’ils sortiront un nom de leur chapeau, et si c’est le cas, dans quelle mesure les Ă©lecteurs accepteront de suivre. Mais le fait mĂȘme de se rĂ©unir prouve qu’il y a le feu Ă  la maison « ultra ».

Romney, pendant le dĂ©bat de ce soir Ă©tait «as cool as a cucumber » comme on dit ici. TrĂšs tranquille une main dans la poche. Il a de quoi ĂȘtre Ă  l’aise. Si rien ne change d’ici lĂ , il va remporter sans trop se fatiguer une saison de primaires qui n’enthousiasme pas grand monde. Sans faire d’étincelles non plus. Quand on songe que dans l’Iowa il a remportĂ© 6 voix de plus (6 !!) qu’en 2008, on comprend combien il a du mal Ă  sĂ©duire au-delĂ  de sa famille.

Qu’importe puisqu’il n’y a personne en face.

Ca deviendra plus compliquĂ© pour lui et sans doute plus intĂ©ressant aussi quand viendra l’élection gĂ©nĂ©rale. En ce moment, Obama aussi est frais comme un concombre. Le taux de chĂŽmage Ă  8,5% du mois de dĂ©cembre n’arrange guĂšre les rĂ©publicains qui s’en sortent en expliquant avec aplomb que si le nombre de demandeurs d’emploi diminue, c’est parce que le pays se retrouve Ă©nergisĂ© Ă  l’idĂ©e de changer de majoritĂ© en novembre ( !). Santorum dans le texte.

DĂ©cidemment, chacun dans son genre
 As cool as a cucumber ! ;)

Have a nice day

Iowa J-1

Lundi 2 janvier 2012

Cette campagne rĂ©publicaine, jusqu’Ă  la derniĂšre minute avant le dĂ©but des votes (derniers sondages ici) aura dĂ©cidĂ©ment Ă©tĂ© un jeu de chaises musicales pour tous ceux qui ne s’appellent pas Mitt Romney. Une sĂ©rie d’alternatives qui ont Ă©mergĂ© et puis explosĂ©.

D’abord Michelle Bachman, ReprĂ©sentante du Minnesota, partie trĂšs crĂąnement sur le terrain de Sarah Palin. Elle Ă©tait la candidate naturelle des Tea Party puisqu’elle prĂ©side leur groupe Ă  la chambre. Dans l’Iowa, elle a mĂȘme gagnĂ© le « Straw poll » du mois d’aoĂ»t (le vote de paille, une consultation test). Et puis rien. Son unique programme, « non Ă  Obama », n’a pas fait suffisamment recette. Le jour de la victoire de Bachman au straw poll, Rick Perry est entrĂ© dans la course. Le gouverneur du Texas, ses bottes,  son rĂ©seau financier, et ses positions conservatrices Ă  souhait ont Ă©clipsé la  ReprĂ©sentante avant que Perry ne se tire une balle dans le pied sur un « ooops », et des performances lors des dĂ©bats en gĂ©nĂ©ral catastrophiques.

Puis est montĂ© l’improbable Herman Cain. Son 9.9.9 et son aplomb de redresseur de pizzĂ©rias en dĂ©route. Il est tombĂ© sur des histoires de femmes. Newt Gingrich, qui Ă©tait parvenu Ă  faire croire qu’il Ă©tait un homme neuf a rempli le vide avant de sombrer lui aussi et passer de 23 Ă  13% des intentions de vote. beaucoup de fatigue, beaucoup de tension, beaucoup d’attaques, Gingrich redescendu du haut de la pyramide en a fait ” un coup Ă  la Clinton en 2008″, il a versĂ© sa petite larme en parlant de sa mĂšre…

Il en reste 2. Rick Santorum et Ron Paul. (On ne compte pas Huntsman qui a totalement zappĂ© l’Iowa. Il y a mis les pieds une seule fois).

Santorum trĂšs franchement, je n’aurais pas mis un dollar sur sa tĂȘte. L’ancien sĂ©nateur de Pennsylvanie Ă©tait crĂ©ditĂ© de 5% des intentions de vote le mois dernier. Il est dĂ©sormais en 3eme position avec 16% au compteur. C’est la saveur du moment, comme aime Ă  le dire de Washington Post. Le candidat laborieux mais persistant. Il a couru les 99 comtĂ©s de l’Iowa, il est venu 256 fois. Une vraie campagne de terrain qui porte ses fruits.

Et puis, il y a Ron Paul. DĂ©sormais en 2eme position. Ron Paul le libertarian. Celui que l’establishment rĂ©publicain voudrait pouvoir ignorer superbement. J’aime bien le qualifier d’anarchiste de droite. Ron Paul a des fidĂšles dont il est presque le gourou, leur pĂ©digrĂ©e est Ă  trĂšs large spectre ; des anti-Washington aux pacifistes en passant par les partisans de la lĂ©galisation du shit. Il n’a jamais variĂ© d’un pouce dans ses prises de position. Il plait aux Tea Party pour son refus de toute intervention du gouvernement, il est aussi intĂ©gralement isolationniste et c’est d’ailleurs pour ça que mĂȘme s’il gagne l’Iowa, ce qui reste possible, il ne peut pas gagner l’investiture. Ron Paul a une vision de la politique Ă©trangĂšre totalement Ă  contre-courant de son parti. Il ne veut pas qu’on empĂȘche d’Iran de se doter du nuclĂ©aire, il veut que toutes les interventions militaires AmĂ©ricaines dans le monde cessent. Ca ne passera jamais mais dit beaucoup de choses sur le sentiment des AmĂ©ricains sur le rĂŽle que les Etats-Unis doivent dĂ©sormais jouer dans le monde.

Enfin voici donc Mitt Romney. Pas charismatique, trĂšs rarement drĂŽle, nettement trop modĂ©rĂ© au yeux de beaucoup, Mormon (ce qui rend fous les Ă©vangĂ©listes mĂȘme s’ils ne le disent pas haut et fort) mais « electable » (en anglais dans le texte). Romney est le seul dans les sondages qui peut battre Obama. A trop hĂ©siter d’un candidat Ă  l’autre, Ă  les regarder s’entre dĂ©chirer les uns les autres pour la place de champion des conservateurs, les Ă©lecteurs ont fini par se souvenir que leur but ultime Ă©tait bien de gagner en novembre. D’autant qu’Obama est en train de cavaler devant en se refaisant un taux de popularitĂ©. Romney qui n’avait quasiment pas fait campagne dans l’Iowa y va dĂ©sormais pour gagner. S’il arrive en tĂȘte, puis  remporte dans la foulĂ©e le New Hampshire oĂč il a dĂ©jĂ  une avance considĂ©rable, il tue le match.

On l’a dit dĂ©jĂ , l’Iowa n’est pas un faiseur de prĂ©sident, c’est le dĂ©but d’un processus qui est terminĂ© par d’autres. Mais s’il choisi de mettre Romney devant, ou mĂȘme en 2eme position, l’Iowa conservateur, religieux, agricole aura alors envoyĂ© au reste du pays rĂ©publicain ce message : Pour gagner, on vote avec sa tĂȘte. Le cƓur n’a pas son mot Ă  dire.

Have a nice day.