L’Amérique par les chemins de traverse

Le blog de Fabienne Sintes


Marine Le Pen goes to Washington

En ville

 © fs

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L’avantage -ou la pesanteur parfois- d’un voyage officiel, quel que soit le politique en déplacement, c’est que tout est cadré et minuté laissant peu de place à l’improvisation. Le plus souvent ça commence par un « point technique » la veille qui vient confirmer un programme envoyé longtemps à l’avance. On connaît les noms de ceux qui vont rencontrer l’élu/candidat/ministre en goguette, et ceux qui vont le rencontrer le savent aussi. C’est un exercice courant et presque obligé pour un candidat à la présidentielle. Aller se montrer en dehors de son pays pour se donner une posture internationale. C’est aussi pour nous un exercice courant et obligé, particulièrement en période électorale. Chaque postulant/président passe une frontière à un moment. Et aucun n’entend le faire sans journalistes pour en témoigner.

Avec Marine Le Pen, cette première journée Américaine a plutôt ressemblé à l’épreuve des figures libres dans une compétition de gymnastique acrobatique.

Le premier communiqué de presse parlait d’une rencontre avec le candidat républicain Ron Paul  (Libertaire, proche des Tea Party) et des « élus et conseillés républicains et démocrates ». Pas de noms. Ensuite, Ron Paul a annoncé qu’il avait un problème d’emploi du temps. Et puis quelques heures avant l’arrivée de Marine Le Pen, un autre communiqué, nous parlait cette fois d’un rendez vous avec un membre de la communauté noire, puis un membre de la communauté juive, puis des rendez-vous avec des élus des deux bords (toujours pas de noms) + Ron Paul, qui finalement pourrait peut-être bien trouver un trou dans son planning. Entre temps, un autre communiqué avait été envoyé à une agence de relations presses Américaine dans lequel on apprenait que la présidente du Front National comptait rencontrer Dennis Kucinich, représentant démocrate de l’Ohio candidat en 2008, le plus à gauche des élus Américains. Dans le même communiqué, figurait une visite du Musée de l’holocauste.

Nous voilà donc à l’heure du petit déjeuner tous devant l’hôtel proche du congrès où est descendue Marine Le Pen à essayer de comparer ce qu’on sait. C’est-à-dire pas grand-chose. C’est la foule des grands jours. Télés, radios, journaux, on est tous là.

Après la première conférence de presse organisée sur le trottoir, on comprend qu’on n’aura pas de noms. « Je vous dirai ce soir qui j’ai vu ! ». On comprend surtout que les rendez-vous du matin n’auront pas lieu. Sans trop savoir s’ils ont été annulés ou en fait jamais programmés. En revanche on entend déjà parler de « pressions » exercées contre ceux que Mme Le Pen était censée voir. (Mais qui ?) « J’ai plutôt l’impression que le gouvernement Français est très agacé par ma présence et qu’il cherche à minimiser l’impact de ma visite ». Marine Le Pen en veut pour preuve cette déclaration de l’Ambassadeur de France à l’ONU (elle sera à NY jeudi et vendredi) qui a annoncé dit-elle qu’il « ne viendrait pas à un déjeuner avec des ambassadeurs Francophones auquel il n’a pas été convié ».

Quelques mots sur cette Amérique au fonctionnement certes très éloigné du notre, mais qui « défend ses intérêts ce que la France est incapable de faire », deux ou trois réflexions sur les Etats-Unis qui   « savent protéger leurs frontières », une série de questions sur ce président Obama « pas si différent de Nicolas Sarkozy », l’heure tourne, Marine Le Pen est entrée et sortie de l’hôtel, on en est à notre 2eme conférence de presse improvisée sur le trottoir et on finit par comprendre que cette première matinée sera seulement touristique. L’obélisque du Washington monument, le Lincoln mémorial et  celui de la seconde guerre mondiale. Après tout pourquoi pas, mais il suffit de le dire pour éviter d’avoir à rouler à tombeau ouvert dans les rues de la capitale afin de semer les cameras en quête d’une image. C’est dans ces moments là qu’on se félicite de faire de la radio…

Déjà presque 13h et nous revoilà tous à s’échanger des textos et des mails entre le congrès et les bâtiments qui l’entourent afin d’essayer de remettre la main sur notre sujet dont on découvre qu’il déjeune au Capitol Hill Republican Club. A sa table, un lobbyiste de Caroline du Sud, et le seul qui voudra bien nous dire deux mots en sortant, William Murray, président de la coalition pour la liberté religieuse, dont le but est d’aider les chrétiens dans les pays musulmans et communistes. A la même table, selon certains de mes confrères qui ont mieux cherché que moi, un représentant de shariafree.org qui lutte contre l’implantation de la sharia dans les états Américains. William Murray explique qu’il voulait des éclaircissements sur les déclarations antisémites du FN par le passé. Il est reparti nous dit-il, rassuré de ce qu’il a entendu.

C’est après qu’il a fallu se remettre en mode poursuite. Ne sachant rien de cette visite à des élus du congrès qui devait suivre, nous avons encore insisté. Lourdement. Cette fois Marine Le Pen a confirmé que son rendez-vous avec Ron Paul a bien été annulé, toujours à cause des « pressions », d’ailleurs dit-elle, « au pays de la liberté, je m’aperçois qu’ils ne sont pas si libres que ça ». Mais elle compte bien aller voir d’elle-même. L’entrée dans le « Canon Building » qui abrite les représentants à la chambre sera plus que folklorique. L’un des « organisateurs » ? du FN tente de nous bloquer à l’entrée, peine perdue évidemment, nous voilà en meute devant le bureau de Ron Paul. Marine Le Pen est à l’intérieur. Mais pas Ron Paul qui est parti 3 minutes avant pour aller voter dans le bâtiment voisin. L’attente durera 50 minutes. Avant que Ron Paul ne revienne. L’histoire ne dit pas si elle est vraiment rentrée au culot, ni donc comment le républicain a réagi en constatant que 30 journalistes campaient devant son bureau et que la présidente du FN était en grande discussion avec son « staff » depuis presque une heure. En tout cas il la verra 10 minutes montre en main. Traduction comprise. Ce qui a permis, a dit une Marine Le Pen passablement agacée en sortant, de « parler de tout ce qu’on a en commun et notamment le retour à l’étalon or ».

Re-cavalcade, escaliers, ascenseurs, cette fois la voici chez Joe Walsh, un des élus Tea Party des élections de 2010. Rattrapé par la justice pour avoir oublié de payer sa pension alimentaire mais personne n’est parfait.

Et Kucinich au fait ? Ses services ont bien reçu une demande. Mais bien trop tard pour l’honorer. Il n’y aura donc pas de démocrates.

Le rendez-vous suivant est programmé. Ca repose. 17h, devant le FMI. Pour fustiger in-situ l’affameur des peuples. Notre consÅ“ur de Libération, qui demandait si rester sur le trottoir était une « posture bien présidentielle », n’a pas eu de réponse, si ce n’est un glacial “Il y a d’autres questions ?” La journée se termine au « press club » par une « grande conférence de presse internationale et bilingue » où le discours sur les solutions économiques du FN et la fin de l’Euro, monnaie « imbécile » a finalement été distribué aux quelques journalistes Américains vu que la traduction de chaque paragraphe promettait de durer 3 heures. D’ailleurs les questions des « locaux » sont vite passées. Ils étaient sévèrement en infériorité numérique.  

Au final, bilan du tableau de chasse de Marine Le Pen à Washington : un déjeuner et deux rendez-vous chez des élus conservateurs tendance Tea Party. Mais également 30 journalistes français derrière elle à chaque instant. A New-York, où l’on ne sait pas quels sont les ambassadeurs Francophones qui vont la voir, mais ou en revanche la rencontre avec des “femmes républicaines” est bien inscrite sur un programme, ce sera pareil. Avec un peu moins de monde. La fin de semaine en Floride risque d’être beaucoup plus calme…

Dans ce genre d’occasion, l’improvisation et l’approximation c’est une maladie mais parfois aussi une tactique. Ici Michelle Bachman s’y entend bien, et Sarah Palin faisait la même chose. Un minimum de détails à chaque déplacement pour obliger les caméras à rester collées. C’est ça ou perdre son sujet dans une foule ou un couloir. Risquer de rater le moment qui peut définir un voyage puisqu’on ne sait pas ce qui se passe ensuite. Alors on colle. Micros ouverts. En s’exposant au même danger que le sujet qu’on couvre: le ridicule.

Have a nice day.

4 commentaires pour “Marine Le Pen goes to Washington”

  1. Marion Admirat dit :

    Magnifique papier, un régal. Et quelle chute… Bravo !

  2. Castelin michel dit :

    Républicain ? Démocrate ?
    Il y a bien longtemps que les Français ont compris qu’aucun parti est moins républicain ou moins démocrate qu’un autre. Seuls les adeptes de la mondialisation furieuse et de l’union européenne totalitaire posent encore cette question dans l’espoir de brouiller les esprits.

    En effet…
    … lorsqu’ « ILS » méprisent un référendum ‘NON’ à 55% pour imposer à la population française un Traité supranational , avec l’obéissance honteuse du Parlement- gauche et droite confondues…
    … lorsqu’ ‘ILS’ s’agrippent, avec la dernière énergie, à leur slogan mortifère « libre circulation des personnes, des capitaux et des marchandises » ! …
    … lorsque ce slogan (dans lequel les internationalistes mènent les capitalistes par le ‘bout du nez’) n’a eu pour seuls résultats depuis trente ans que : la désindustrialisation, les délocalisations, la financiarisation, la submersion et la paralysie migratoires, l’anarchie sociétale, la montée des antagonismes et les affrontements civils…
    … lorsqu’ ‘ILS’ préparent des lois (conformément aux recommandations et directives scélérates de l’UE !) pour faire voter les étrangers : meilleure et ultime solution de ces ‘démocrates’ et de ces ‘républicains’ pour bâillonner définitivement le Peuple Français…

    Lesquels ? oui ! quels hommes et quelles femmes ? quels responsables ? quels (futurs) gouvernants ? sont-ils moins ou plus républicains et démocrates que d’autres ?

    Lesquels considèrent d’abord LA République Française, au lieu de je ne sais quelle république universelle ?

    Lesquels pensent d’abord à chaque Français, à tous les Français ! corrects, loyaux et dépourvus d’arrières pensées ; sans distinction de différence d’aucune sorte.

    Lesquels pensent d’abord à La France ? porte-parole (avant-hier, inlassable ; hier et aujourd’hui, égaré ; demain ? dans l’attente désespérée des Nations du monde) pour la détente, l’entente, la concorde et la coopération E-QUI-TA-BLE de Peuples souverains et de Nations indépendantes !

    Les mondialistes et les européistes sont populicides.

    Le Peuple Français ne se laissera pas tuer par des idéologies destructrices portées par une sphère politico-intello-médiatique au faîte du totalitarisme.
    Castelin michel- 05mai2011

  3. Anne dit :

    Merci pour ce récit qui éclaire vraiment la vacuité du voyage de Marine Le Pen. Et bon courage pour la suivre avec aussi peu de matière à la clé!

  4. Fabinou dit :

    ” se sera pareil ” ===> SIC ! (Très bon article sinon ! )

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