Le blog de Fabienne Sintes

L’Amérique par les chemins de traverse

Article(s) pour août 2011

DSK sur l’échelle de Richter

Mercredi 24 août 2011

Ce soir je ne blogue pas. Voilà. C’est dit. Ou à peine. Je me contente de jeter ici avec feignantise la vidéo que je suis la seule à ne pas avoir vue de DSK devant sa résidence de Tribeca en espérant secrètement que les « 2 ou 3 choses » qui lui restent à faire avant de rentrer en France ne passent pas par un retour par la case Washington et encore moins par la case FMI. En même temps que j’écris, j’ai de violents doutes…

Hier, après l’audience, alors que de vous à moi nous nous sommes collectivement parfaitement emmêlé les pinceaux sur le coup des 30 jours et de l’appel de Thompson, nous avons dit au revoir au palais de justice qui va pouvoir en notre absence retrouver une activité normale. Pour fêter ça, la terre a tremblé. Moi j’ai rien senti j’avoue, j’avais les 2 pieds calés sur le béton, mais ceux qui étaient à la conférence de presse de Cyrus Vance ont subitement vu les murs trembler. Le procureur  essayait d’expliquer à la presse, donc à ses électeurs pourquoi il avait dû abandonner les charges quitte à se mettre à dos une partie de ceux qui l’ont porté au pouvoir ; son intervention a tourné court. Il n’avait pas parlé depuis 30 secondes et pas même encore prononcé  le nom de DSK que les murs se sont mis à bouger. Comme point final on ne pouvait pas imaginer mieux ; cette affaire si on ne l’avait pas vécue, on n’y croirait pas.

DSK du coup, devra attendre ce matin pour récupérer son passeport, certains des services du proc ayant profité de la secousse pour sonner la fin de leur temps de travail.

Bien entendu nous attendons tous maintenant que DSK « s’exprime plus longuement » comme il l’a promis. On verra sous quelle forme, d’où, et avec qui. Son avocat de Washington Bill Taylor, ne sait pas lui-même nous a-t-il dit  jusqu’où compte aller son client dont il répète qu’il a eu une relation certes peut-être inappropriée mais parfaitement consentie. Taylor dit qu’il n’a pas discuté des détails intimes avec DSK et c’est sans doute vrai.

Théoriquement, un avocat aux Etats-Unis ne demande jamais à son client ce qu’il a fait exactement, il se contente de contester les chefs d’accusation qui pèsent contre lui. Pour vous aider à comprendre avec un exemple un peu grossier, si je tue mon voisin et que je l’avoue à mon avocat, son système ne défense sera de prouver que j’étais en état de légitime défense ou en état de démence. Mais s’il respecte les régles, en aucun cas il ne doit dire que je suis innocente de ce dont on m’accuse. Si je lui dis juste que mon voisin mort gît dans mon salon, il contestera la validité de mes empreintes sur le manche du couteau ou les conditions dans lesquelles la police a retrouvé l’arme du crime. Je caricature un peu mais c’est l’idée. On ne doit pas mentir dans ce pays. Et évidemment encore moins sous serment.

Tout ça pour dire qu’après toute cette confusion et cette profusion d’ADN, il ne manque que la version des faits de DSK. Libre à lui d’expliquer ou pas sa relation sexuelle consentie/inappropriée dans une suite de luxe en 6 minutes chrono.

Il était temps qu’elle finisse cette affaire pénale. Je voudrais pouvoir recommencer à bloguer au dessus de la ceinture…

Have a nice day.

Nafissatou ça pour ça

Mardi 23 août 2011

J’avoue j’ai piqué ce titre un peu incertain à mon camarade d’Europe 1 qui a eu, lui, la présence d’esprit de ne pas l’utiliser; mettez ça sur le compte de l’heure trop matinale, et permettez moi d’ailleurs de ne pas m’attarder pour ne pas rater l’audience de tout à l’heure. Un ultime rendez vous judiciaire qui on l’a bien compris, est désormais presque une formalité, mais ne nous empêchera pas de faire des heures de queue pour essayer d’entrer dans la salle et lâcher quelques tweets définitifs sur les visages de DSK et d’Anne Sinclair ; ni d’aller courir une dernière fois devant le 153 Franklin qu’à la place de DSK je quitterais ventre à terre.

Pour les anglophones, voici (ici), les 25 pages qui justifient aux yeux du procureur de l’abandon des charges. Vous verrez qu’on n’apprend pas grand-chose de plus que ce qui avait été révélé déjà avant l’audience surprise du 1er juillet. Preuve que le procureur a eu beau chercher, repousser les audiences 2 fois, il n’a rien trouvé qui permettrait de maintenir en vie cette affaire en dépit des fragilités du témoin principal.

Ce qu’on lit en creux dans ce document, ce sont les relations épouvantables qu’entretient le procureur avec Nafissatou Diallo et son avocat ; ce qu’on voit très clairement c’est l’immense frustration de ce DA face à une femme dont les auditions successives au fil de l’enquête ont révélé des versions qualifiées de changeantes, inconsistantes, contradictoires.

Même si on exclut tout le passé de Nafissatou Diallo, si l’on exclut le viol appris par cœur sur une cassette pour obtenir le droit d’asile, si l’on exclu les affaires plus mineures de fraude sur les impôts, si l’on oublie les sommes d’argent litigieuses sur son compte en banque, il reste tout ce qui touche à l’affaire du Sofitel elle-même. Le procureur explique que Diallo a donné 3 versions différentes des minutes qui ont suivi l’agression présumées. Elle a d’abord expliqué qu’elle s’était réfugiée dans le couloir, puis qu’elle avait fait le ménage dans la chambre voisine, puis qu’elle avait juste fait un aller/retour dans cette fameuse chambre avant de revenir dans la 2806. « On ne sait pas et on se demande ce qu’elle dirait devant un tribunal », écrit le proc’, qui dit aussi noir sur blanc « on ne PEUT pas savoir ce qui s’est passé le 14 mai ni quelle version la plaignante donnerait en cas de procès ».

Ce qui était vrai hier l’est tout autant aujourd’hui : Etre menteuse n’autorise pas le viol. Et d’ailleurs le procureur ne dit pas que son passé joue contre elle, il ne dit pas non plus qu’il n’y a pas eu d’agression, il dit «je n’ai pas confiance».

“The case rise and fall on testimony”. Nafissatou Diallo à elle toute seule, a fait naître et mourir cette affaire DSK, poussée en avant par son avocat dont on se demande encore s’il lui a réellement rendu service ou s’il a contribué à lui embrouiller l’esprit en tentant d’en faire un symbole ; un rôle que cette femme du Bronx, née dans un petit pays pauvre n’a jamais eu les moyens de tenir.

Et l’ADN, le rapport médical et les traces de blessures  ? Les conclusions des experts médicaux n’ont jamais pu aider le procureur. Les lacérations vaginales dont parlait Kenneth Thomspon sont devenues des rougeurs. La luxation de l’épaule n’a pas même nécessité une radio. Peut-être, soulignent ceux qui ont examiné la plaignante, ces signes sont ils le résultat de l’agression. Mais peut être que non. Aucune certitude sur les faits bruts ne ressort de l’état physique de la jeune femme.

Pas de témoignage fiable, pas de rapport médical accablant, en dépit même peut-être de son intime conviction, comment Cyrus Vance pouvait il lancer l’argent du contribuable Américain dans un procès qu’il ne pouvait pas gagner ? DSK n’en est pas pour autant innocenté ou blanchi. Il gagne sur jet de l’éponge de l’adversaire.

Vous aurez noté que pendant ce temps d’ailleurs l’ex patron du FMI n’a jamais rien dit. Et ses avocats le moins possible. Personne dans ce camp là n’a eu besoin de livrer une explication plus élaborée que “la relation sexuelle était consentie”. Plus Thompson parlait fort, plus Brafman et Taylor se faisaient discrets. On verra lors du procès civil, si l’avocat de Nafissatou Diallo a eu la bonne stratégie en jouant la carte de ce  ramdam médiatique autour de sa cliente tout en mobilisant les leaders noirs ou féministes. On comprendra même peut être à ce moment là si la stratégie de Thompson n’était pas au delà de ses gesticulations, exclusivement tournée vers un futur procès civil.

Car il reste donc ce volet là. Paradoxe incroyable de cette justice Américaine qui sépare intégralement les deux procédures

Au civil la charge de la preuve est moins importante qu’au pénal. Il n’y a pas de doute raisonnable, pas de décision à l’unanimité non plus. On peut imaginer que ce procès éventuel est fragilisé par un abandon de charges au pénal. Mais pas forcément. DSK cette fois sera obligé de témoigner. Il n’est pas imposible de voir émerger de ce témoignage des contradictions des zones d’ombre, des imprécisions. On doit surtout ne pas perdre de vue que c’est le tribunal du Bronx qui jugera. Avec des jurés du Bronx. Et si c’était pour eux, que Thompson travaillait depuis des semaines ? Si c’était en pensant à eux qu’il a tant insisté sur le combat puissants/miséreux, noirs/blancs ; Et s’il avait convaincu cette population du Bronx de la culpabilité de DSK et comptait sur elle pour rendre justice en monnaie très sonnante et très trébuchante ?

Pour terminer avant de filer rapidement, j’hésite…  j’ose ou pas ? Oh et puis après tout, cette affaire ne nous aura épargné aucun détail graveleux, je vous en donne donc un petit dernier pour la route. Lorsque « les experts Manhattan » ont examiné la suite 2806 pour y récupérer des traces d’ADN ils ont trouvé 5 tâches de sperme clairement visibles. C’est à cette occasion qu’ils ont découpé la moquette. Sur ces 5 tâches situées au sol ou sur le papier peint (!), une seule a été identifiée comme appartenant à DSK. Les 4 autres étaient de vielles traces oubliées en partant par leur propriétaire. Really ??? Dans une suite à 3000 dollars ??? Les palaces ne sont vraiment plus ce qu’ils étaient.

Have a nice day.