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Bill Taylor et deux ou trois petites choses

Publié par fabiennesintes le @ sur DSK | 7 Comments

Les avocats de DSK sont probablement lassés de recevoir des demandes d’interview par dizaines (on les comprend !), ils ont donc décidé hier de rassembler tous les journalistes français trop pressés de connaître la fin de l’histoire afin de satisfaire la gourmandise de chacun en même temps. C’est William Taylor qui s’est plié à cet exercice de communication d’une heure et demi ; donc le moins médiatique des deux défenseurs de Dominique Strauss-Kahn. Et il l’a fait dans son cabinet de Washington, donc loin de la frénésie journalistique de New York.

Plutôt jovial, maniant le « on «  et le « off », William Taylor qui a tenu à commencer par nous raconter son attachement à la France, ses études à Lyon et sa lune de miel en Dordogne a malgré tout pesé chacun de ses mots, et s’est livré à nouveau, comme son confrère et lui l’avaient déjà fait par écrit il y a quelques jours, à un petit cours de droit Américain à usage des Français. Encore une fois il a insisté sur le fait que chercher dans le passé de la victime présumée n’était pas destiné à autre chose que « répondre aux obligations légales de la défense ».  Il a aussi expliqué qu’il ne fallait pas aller chercher trop loin le motif du report de l’audience du 18 juillet. « Tout n’aurait pas été décidé à cette date » a-t-il dit. Ce qui ne veut certainement pas dire que tout sera décidé à la prochaine.

De bonne grâce, il a répété autant de fois que possible qu’il ne savait pas si les charges allaient être abandonnées par le procureur, et encore moins quand, mais il a rappelé que l’accusation pouvait se prononcer dans ce sens « à n’importe quel moment ». Le cas échéant, un rendez vous public devant le juge n’est pas forcément nécessaire. Il a redit qu’il « espérait » que les charges seraient abandonnées et qu’il n’était toujours « pas question pour son client de plaider coupable sur la moindre charge, y compris un quelconque délit ».

Le plus intéressant est venu lorsque Taylor a été interrogé sur les blessures de la victime présumée. Souvenez vous que Kenneth Thompson, après la dernière audience, a livré des détails très crus, parlant de « contusions vaginales » et de « ligament tordu ». Taylor a affirmé qu’il n’y avait « rien dans le dossier médical attestant de blessures ». Fidèle à l’argument de la relation sexuelle consentie, il ne conteste pas l’ADN mais réfute toute preuve physique d’agression. L’avocat de la plaignante, techniquement n’est pas dans le dossier. Impossible de savoir s’il a vraiment lu que ces preuves physiques existaient, s’il a menti, extrapolé, ou s’il ne se base que sur les dires de sa cliente. Ce qui est certain, c’est que dans le rapport partiel auquel le New York Times a eu accès la semaine dernière, aucun passage publié ne concerne des coups, et le témoignage du centre de traitement des victimes ou a été vue la plaignante le 14 mai ne parle que de son état psychologique. Preuves physiques ou pas, c’est évidemment un gros morceau pour l’accusation qui ne peut pas aller devant un jury avec de simples relevés ADN. Les associations de victimes qui désormais se font entendre dans cette affaire savent qu’une femme ne se défend pas forcément devant son agresseur. Mais nous savons combien le témoignage de cette victime là peut être facilement retourné par la défense. Et combien donc des preuves sont indispensables pour appuyer ses propos et ainsi tenter d’évacuer le « doute raisonnable ».

Aujourd’hui, les associations noires ont prévu de manifester à nouveau devant le tribunal. Lundi toute la journée, avant que l’on apprenne que la date de l’audience avait été changée, une rumeur a couru que Kenneth Thompson allait comme il l’a promis, faire sortir sa cliente de l’ombre. Une conférence de presse en petit comité était presque déjà prévue dans une église de Brooklyn. Pourquoi cette idée a-t-elle été abandonnée, ça n’est pas très clair. Des rumeurs venues de la communauté noire ont aussi prétendu que l’ultra médiatique révèrent Al Sharpton pourrait se montrer en soutien à la victime. Tout cela ressemble aux dernières cartouches de Kenneth Thompson et n’est pas forcément du goût du procureur.

Concrètement, si les charges ne sont pas abandonnées d’ici là, à quoi peut ressembler l’audience du 1er Août ?

On en reviendra à ce vers quoi on s’acheminait avant le coup de théâtre d’il y a 10 jours. Les deux parties feront un point d’étape, le juge donnera du temps à chacun pour présenter l’un ses preuves et l’autre ses motions. La défense déposera probablement dans le lot une « motion to dismiss » sur laquelle le juge aura à se prononcer.  

Le juge donnera un calendrier et peut aussi fixer une date de procès.

Ca veut dire que si le procureur ne veut pas abandonner les charges, le juge lui, peut le faire s’il estime que l’accusation n’a pas de quoi se présenter devant un jury.

Mais notez aussi qu’un procureur a le devoir de ne pas poursuivre un cas s’il estime qu’il ne pourra pas prouver la culpabilité de celui qu’il accuse au-delà du doute raisonnable. Il peut estimer que son dossier est solide et se tromper. Mais s’il sait d’avance qu’il n’a pas les preuves nécessaires, il doit céder le pas. C’est un devoir éthique et juridique qui dépasse toute considération politique.

Have a nice day


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