Le blog de Fabienne Sintes

L’Amérique par les chemins de traverse

Article(s) pour 9 juillet 2011

Retour dans la 2806

Samedi 9 juillet 2011

Bon je vous le dis tout net, ce soir j’ai la flemme de bloguer, Dominique Strauss-Kahn ayant eu au moins l’élégance de se faire arrêter à New-York et pas dans un bled de l’Iowa, on est vendredi soir et la nuit est encore jeune. ;-) Mais ces quelques jours écoulés méritent quand même qu’on s’y arrête pour quelques lignes.

La semaine dernière à la même heure, nous étions tous en son et lumière au sortir d’une audience surprise. L’affaire venait de se tourner brutalement vers la plaignante exclusivement. Elle venait de se retourner même contre une femme qui n’était plus désormais qu’une affabulatrice. Le statut de victime avait presque changé de camp. Et d’après ce que je lisais venu de chez vous à Paris, DSK était sur le point de revenir triomphalement. N’est-ce pas d’ailleurs Jean Weil, l’avocat Français de Strauss-Kahn qui le premier a affirmé que le rejet intégral des charges était une question de jours ?

Ce soir, 7 jours plus tard, la semaine s’achève sur un retour dans la suite 2806.

Un retour aux faits. A l’agression présumée qu’on avait presque perdue de vue.

C’est l’accusation qui a orchestré ce recentrage en utilisant la presse, et en particulier le New York Times, qui a l’air de pouvoir se servir assez facilement dans les dossiers du procureur. Il y a d’abord ce fameux rapport de l’hôpital Saint Luke où la jeune femme a été emmenée juste après son agression présumée. Les extraits partiels qui ont fuité décrivent à nouveau le déroulé des événements tels qu’ils ont été décrits par la victime. On a aussi vu aller et venir cette histoire de clef magnétique qui semble démontrer que contrairement à ce que la plaignante elle-même a fini par dire aux policiers, elle ne s’est pas rendue immédiatement après les faits dans la chambre voisine pour y faire le ménage, elle n’y est restée que 10 minutes avant de revenir dans la chambre de DSK ce qui est assez conforme au comportement d’une femme déboussolée. On a vu ressortir aussi, ces petits groupes de noirs Américains qui deux jours de suite, sont venus profiter des caméras devant le palais de justice pour rappeler que cette femme est bien une victime et réclamer même la tenue d’un procès. Il ne faut jamais dans ces affaires, négliger l’importance de la puissance des lobbies.

Hier, le New York Times (encore !) a remis à plat les scénarios possibles du 14 mai (ici), et ce samedi matin, les anglophones apprécieront l’édito de Roger Cohen (clic) qui lui aussi, déshabille DSK de son « habit social » comme l’a joliment dit l’un d’entre vous dans son commentaire d’un post précédent. Il en profite pour revenir en arrière et fustiger les arguments avancés notamment par BHL au début de l’affaire, et il ne trouve rien à redire au comportement de Cyrus Vance qui avait bien selon lui une « cause probable » » pour aller chercher DSK aux portes de son avion. Le District Attorney de New-York a d’ailleurs reçu hier un soutien extrêmement important : celui de son prédécesseur Robert Maurgenthau, légende New-Yorkaise qui a occupé la chaise de procureur pendant 35 ans. On disait les deux hommes en froid, apparemment il n’en est rien. Ou alors la machine à communiquer côté tribunal est aussi efficace que l’est celle de l’équipe de DSK.

Le retour à l’agression et aux faits, c’est ramener l’affaire à ce qu’elle est. Un homme face à une femme.

Et ça ne doit pas particulièrement plaire à la défense parce que comme beaucoup le font remarquer désormais et notamment cet édito dont nous parlions hier, les descriptions crues que l’on lit -ou que l’on relit- donnent les détails peu reluisants de la relation sexuelle d’un homme dans une chambre à 3000 dollars la nuit, avec une femme de chambre. Que cette relation ait d’ailleurs été consentie ou non.

De là à dire que Ben Brafman serait prêt à négocier pour mettre un terme au déballage il y a un pas. Le témoignage de la plaignante est toujours aussi fragile. La fameuse conversation téléphonique notamment, enregistrée en prison -dont la plaignante conteste la traduction- reste un très gros morceau. L’hypothèse d’un abandon des charges demeure bien plus haute que celle d’un procès. Mais cette semaine l’image de la victime présumée a été au moins partiellement restaurée. Sa parole a repris du poids.

C’est un jeu de balancier cette affaire. Tantôt l’un, tantôt l’autre.

Have a nice day.