L’Am√©rique par les chemins de traverse

Le blog de Fabienne Sintes


Article(s) du 8 juillet 2011

Beyond the reasonable doubt

Vendredi 8 juillet 2011

Si l’affaire DSK nous passionne et nous fascine au-del√† du raisonnable, c’est une autre affaire de justice qui a tenu l’Am√©rique en haleine ces derni√®res semaines.

Casey Anthony, une jeune m√®re c√©libataire de 26 ans,¬†a √©t√©¬†condamn√©e aujourd’hui √† 4 ans de prison. Pour avoir menti √† la police. Il y a encore trois jours, tout le pays la voyait dans le couloir de la mort pour le meurtre de sa fille de deux ans et demi. Un jury populaire l’a acquitt√©e. Au nom du doute raisonnable.

Son proc√®s qui a dur√© un mois et demi a √©t√© suivi avec la m√™me passion que celui d’OJ Simpson. Des centaines de personnes tous les jours devant le tribunal qui avaient pris fait et cause pour la petite victime, des files d’attente interminables pour assister aux audiences et entr’apercevoir la m√®re, une explosion des messages sur les r√©seaux sociaux et d’innombrables heures de t√©l√©vision.

L’affaire commence en d√©cembre 2008 √† Orlando en Floride, quand le squelette de Caylee est retrouv√© dans un bois proche du domicile de sa m√®re. La fillette √©tait port√©e disparue depuis 5 mois. C’est la grand-m√®re de Caylee qui¬† pr√©vient la police.La derni√®re fois que la fillette avait √©t√© vue vivante par ses grands parents c’√©tait tout d√©but juin, alors que leur fille quittait leur domicile. Pendant les 31 jours qui ont suivi, Casey n’a pas mis les pieds chez ses parents. Expliquant qu’elle n’avait pas le temps ou que la petite √©tait chez sa nounou. C’est lorsque les grands-parents ont √©t√© r√©cup√©rer la voiture de¬†Casey au d√©but du mois de juillet que l’odeur de cadavre en d√©composition qui montait du coffre les a pouss√©s √† appeler la police.

Pendant ces 31 jours, Casey a été vue à de nombreuses reprises dans des boites de nuit à la mode. Des photos la montrent prenant la pose sous les projecteurs.

D√®s que l’enqu√™te s’est tourn√©e vers elle, elle a menti √† de multiples reprises. Et d’une mani√®re incroyablement grossi√®re et maladroite. Elle a pr√©tendu que sa fille avait √©t√© enlev√©e par une baby-sitter qui en r√©alit√© n’existe pas. Casey a expliqu√© avoir laiss√©¬†la petite¬†chez cette femme le 9 juin, lorsque les enqu√™teurs se sont rendus √† l’endroit indiqu√© ils sont tomb√©s sur un appartement vide depuis plusieurs mois. La jeune femme a donn√© une autre adresse qui s’est av√©r√©e √™tre une maison de retraite. Elle a ensuite parl√© d’une colocataire de cette baby-sitter dont la trace n’a pas √©t√© retrouv√©e non plus. Elle a affirm√© avoir parl√© √† sa fille au t√©l√©phone le 15 juin, il n’y a aucune trace de ce coup de t√©l√©phone dans aucun relev√© t√©l√©phonique. Elle pr√©tendait travailler chez Universal Studios. Elle a m√™me conduit les enqu√™teurs jusqu’√† ce qui √©tait cens√© √™tre son bureau avant d’admettre qu’elle n’avait jamais √©t√© employ√©e de cette entreprise.

Emp√™tr√©e dans ses propres mensonges, Casey Anthony a fini par donner une toute autre version des faits¬†: Sa fille s’√©tait noy√©e dans la piscine. Par peur de se voir accus√©e de n√©gligence, elle a, sur les conseils de son p√®re, enterr√© le cadavre dans le bois proche de la maison.

Comme souvent, ces affaires atroces sont pires encore que tout ce qu’un sc√©nariste n’oserait pas imaginer¬†: Casey a √©t√© accus√©e par sa m√®re. Son p√®re a abus√© d’elle pendant son enfance.

Pour le procureur¬†l’affaire est tr√®s claire. La jeune femme qui voulait avant tout aller danser et profiter de la vie a tu√© sa fille qui l’encombrait. Elle l’a endormie avec du chloroforme et √©touff√©e avec du scotch. Elle l’a enroul√©e dans une couverture, mise dans le coffre de sa voiture et l’a enterr√©e quand l’odeur est devenue trop forte.

Sauf que c’est un squelette que l’on a retrouv√©. Les enqu√™teurs avaient bien le scotch, le chloroforme, mais aucune trace ADN. Pas le moindre cheveux.¬†Pas d’ADN, pas de preuve, pas de culpabilit√©.

L’√©nonc√© du verdict sur la chaine HLN, une filiale de CNN, a √©t√© regard√© par plus de 5 millions de personnes. Un record pour cette chaine et l’√©mission de sa pr√©sentatrice vedette, Nancy Grace, ancien procureur, autoproclam√©e voix des victimes √† la t√©l√©vision. Pendant toute la dur√©e du proc√®s elle a mis toute la puissance de sa notori√©t√© au service de sa conviction de la culpabilit√© de la m√®re. Les mots les plus utilis√©s sur twitter dans la foul√©e ont √©t√© #notguilty et #shocked

L’affaire Casey Anthony et l’affaire DSK n’ont rien se semblable. Mais toutes les deux viennent nous rappeler combien un cas juridique √† n’importe quel stade de la proc√©dure peut prendre brutalement une tournure inattendue.

En commun, ces deux personnages que rien ne rapproche ont d’avoir √©t√© la cible de jugements p√©remptoires. Ils ont aussi ¬†l’antipathie qu’ils suscitent aupr√®s du public. (C’est vrai dans ce pays en tout cas pour ce qui est de DSK).

En commun aussi, il y a le go√Ľt amer de l’insatisfaction, car dans un cas comme dans l’autre, tout aura √©t√© d√©ball√© sauf la v√©rit√©.

Mais la justice n’est pas un concours de popularit√©. Il y a un foss√© √©norme entre quelqu’un ¬†qui apparait coupable - qui l’est peut-√™tre - et quelqu’un dont on peut prouver qu’il l’est au-del√† du doute raisonnable.

L’hyper m√©diatisation, la vraie vie transorm√©e en t√©l√©-r√©alit√©, la proc√©dure et le doute: Fascinante justice Am√©ricaine.

Have a nice day