L’AmĂ©rique par les chemins de traverse

Le blog de Fabienne Sintes


Article(s) du 5 juillet 2011

DSK on se calme et on se résume

Mardi 5 juillet 2011

Entre nous les habituĂ©s du 153 Franklin street, les forçats de la planque en plein jour qui ne sert Ă  rien, les damnĂ©s des 4 heures de queue pour des audiences de 10 minutes chrono, les spĂ©cialistes en un jour du droit amĂ©ricain, les punis des reportages dans le Bronx, les recalĂ©s des sources judiciaires, on appelle ça « le papier mĂ©thode Coué ». Celui que toutes nos rĂ©dactions nous demandent en boucle depuis vendredi -« Pourquoi attendre le 18 juillet pour plier l’affaire ? » - et dans lequel on explique qu’en effet, on ne voit pas pourquoi s’Ă©terniser.

MĂ©thode CouĂ© parce qu’après avoir tout dit et son contraire, on commence Ă  ĂŞtre pressĂ©s d’en finir. PressĂ©s de raconter la fin avant d’avoir Ă  expliquer encore pourquoi tout ce qu’on a Ă©crit la veille n’existe plus le lendemain. MĂ©thode CouĂ© parce qu’Ă  force de vouloir cette nouvelle audience surprise qui nous dĂ©livrera de la patate chaude, on imagine que Cyrus Vance finira par la convoquer pour nous. « C’est quoi cette rumeur qui parle d’une audience mercredi ? » m’a demandĂ© une consĹ“ur hier soir ? SĂ»rement la mĂŞme qui a fait dĂ©cocher leurs portables Ă  certains hier pour appeler le tribunal en catastrophe parce que quelqu’un avait lancĂ© « mardi ».

Dans la foulĂ©e, les fins limiers du 4 juillet, jour fĂ©riĂ©, ont continuĂ© Ă  lâcher des infos invĂ©rifiables qui ne font qu’ajouter Ă  la confusion. « T’as lu le Daily Beast ??? ». Heu… non. En l’occurrence, ce site internet, qui n’est pas le plus mal renseignĂ© nous explique dĂ©sormais que contrairement Ă  ce que l’accusation a transmis Ă  la dĂ©fense, après l’agression prĂ©sumĂ©e,  l’accusatrice de DSK n’a pas du tout Ă©tĂ© faire le mĂ©nage dans une chambre voisine avant de revenir dans la 2806 et enfin prĂ©venir ses superviseurs ; elle s’est rĂ©fugiĂ©e dans la chambre voisine oĂą l’a trouvĂ©e une supĂ©rieure qui l’a ramenĂ©e dans la 2806. Il parait que la preuve est dans l’examen de la clef magnĂ©tique de la plaignante. Ce qui revient Ă  dire que quand Nafissatou Diallo commence Ă  rectifier sa première explication des faits dans le bureau du procureur, elle prĂ©fère raconter une version qui l’enfonce encore un peu plus et peut la faire accuser de parjure ce qui est extrĂŞmement grave dans ce pays.

Au milieu de cela, on entend citer le New York Post comme s’il Ă©tait  le New York Times, et pĂŞle-mĂŞle le Sofitel est un hĂ´tel de passes,  les femmes de chambre y sont des putes et leur maquereau est leur syndicat !

Pause. On se calme, et on se rĂ©sume. Dans ce volet exclusivement amĂ©ricain de l’affaire, qu’est ce que l’on sait, et qu’est ce qui compte ?

- Le seul fait incontestable c’est qu’il y a bien eu relations sexuelles dans la suite 2806. C’est l’ADN qui le dit ; elle au moins ne peut pas mentir.

- L’autre Ă©lĂ©ment -qui justifie d’ailleurs que le procureur n’ait pas abandonnĂ© les charges dès vendredi dernier- c’est que le rĂ©cit de la prĂ©sumĂ©e agression en elle-mĂŞme, n’a pas variĂ© de la part de la plaignante. C’est avant et après que tout s’embrouille.

- On sait aussi dĂ©sormais que cette femme a menti sur les formulaires de sa demande d’asile. En soit, ça ne doit pas ĂŞtre pertinent avec l’affaire qui nous occupe, mais ça le devient quand on sait que c’est sur un viol qu’elle a menti Ă  l’Ă©poque.

- On sait (enfin… jusque lĂ ) qu’elle n’a pas immĂ©diatement prĂ©venu ses supĂ©rieurs

- On sait que la plaignante a trichĂ© sur sa feuille d’impĂ´t en s’inventant un enfant Ă  charge, ce qui lĂ  encore, ne devrait pas ĂŞtre pertinent, mais jette un doute supplĂ©mentaire sur la personnalitĂ© de cette femme. Ca n’est pas la tricherie qui compte, c’est l’accumulation.

- On sait enfin, et c’est le plus grave, que la plaignante a appelĂ© son petit ami ou son mari moins de 48h après les faits pour lui dire « ne t’inquiète pas, ce type a beaucoup d’argent, je sais ce que je fais ».

Il en faudrait beaucoup moins que ça pour que lors d’un procès, le doute raisonnable empĂŞche de condamner n’importe quel prĂ©venu.

Avec le retard que l’on sait, avec les tensions internes que l’on sait, avec la pression que l’on devine, le bureau du procureur en ce moment, est en train de revoir une Ă  une ces informations ;  on peut penser qu’il tente d’en recueillir de nouvelles aussi, pour dĂ©cider une fois pour toutes si les charges (ou certaines charges), peuvent encore tenir la route malgrĂ© le manque de fiabilitĂ© du tĂ©moin principal.

Après il y a tout ce qu’on ignore :

-Est-ce qu’il y a eu violence ou pas ?

-Est-ce que la plaignante avait prĂ©mĂ©ditĂ© de piĂ©ger ce Français dont elle ne connaissait pas forcĂ©ment le pĂ©digrĂ©e mais avait Ă©valuĂ© l’Ă©paisseur du porte-monnaie et savait le penchant pour les femmes ?

- Est-ce qu’elle a dĂ©cidĂ© Ă  postĂ©riori de se faire de l’argent sur l’affaire sans comprendre une seconde vers quoi elle s’embarquait ?

-Est-ce que la relation sexuelle a Ă©tĂ© monnayĂ©e ? (ce qui n’exclut pas la violence)

A toutes ces questions, il n’y a pas, et il n’y aura peut-ĂŞtre jamais de rĂ©ponses.

La vĂ©ritĂ© qui sortira de cette affaire n’est pas une vĂ©ritĂ© absolue c’est une vĂ©ritĂ© juridique. Si le procureur abandonne les charges, cela veut dire qu’Ă  la question « Y a-t-il eu agression sexuelle dans la suite 2806 » la justice n’a pas pu trancher. Pas plus qu’elle n’a pu le faire sur les 6 autres chefs d’accusation. Elle n’a rien pour prouver ce qui s’est passĂ©. Mais personne n’aura prouvĂ© qu’il ne s’est rien passĂ©.

C’est pour cela que les avocats de DSK sont silencieux depuis vendredi et qu’ils ont tout intĂ©rĂŞt Ă  le rester pour l’instant. Leur rĂ´le n’est pas de prouver que leur client est innocent, il est de se battre contre les preuves de culpabilitĂ© apportĂ©es par le procureur. Or toutes ces preuves s’effondrent sans que Ben Brafman ait Ă  bouger le petit doigt. Il peut finir, si il s’impatiente, par demander une « motion to dismiss », un rejet des charges, qui sera tranchĂ©e par le juge ; mais il est nettement plus fort, et probablement aussi jubilatoire de voir l’accusation s’enfoncer et renoncer seule.

Have a nice day.