Le blog de Fabienne Sintes

L’Amérique par les chemins de traverse

Article(s) pour 7 avril 2011

Shutdown

Jeudi 7 avril 2011

Vendredi soir si tout va mal, pour la première fois depuis 15 ans, le gouvernement Américain sera en « shutdown ». Faute de s’entendre sur le budget, les parlementaires vont provoquer un blocage total. Depuis des mois, Washington fonctionne sur des lois de finance provisoires. La dernière expire donc ce vendredi.Puisque les dépenses n’auront pas été votées, il deviendra impossible de payer les employés fédéraux ou de faire fonctionner tous les services liés à l’Etat de près ou de loin.

Les deux camps négocient depuis le début de la semaine, Obama a réuni démocrates et républicains mardi mais la partie de Poker menteur continue. Les républicains et les démocrates ne sont d’accord ni sur la répartition, ni sur le montant à économiser. 33 milliards pour les uns 40 pour les autres.

Le « shutdown » avait déjà marqué la présidence Clinton après son échec aux élections à mi-mandat. Six jours du 14 au 19 novembre 1995. Presque trois semaines du 16 décembre au 6 janvier 1996.

Concrètement, pour les Américains qu’est ce que ça veut dire : 800 000 fonctionnaires sont menacés de chômage technique. Les ordures ne seront plus ramassées; le DMV (l’équivalent de la préfecture pour toutes les démarches administratives) sera fermé ; l’IRS aussi (les impôts), et nous sommes en pleine période de ce qu’on appelle le « tax return ». Ca veut dire que c’est en ce moment que l’Etat rembourse le trop payé, ce qui est très fréquent. L’agence en charge des prêts aux PME sera fermée, ce qui peut bloquer des embauches potentielles;  l’agence de protection de l’environnement ne fonctionnera plus mettant un frein à de nombreux projets ; l’agence en charge de l’habitat qui garantit 30% des prêts immobiliers se mettra en veilleuse et les signatures devront être reculées. Or le printemps est traditionnellement la saison du pic des achats dans la pierre ; Homeland Security sera dans l’incapacité d’effectuer les vérifications électroniques qui autorisent les employeurs à signer des contrats;  les « Smithonians » -tous les musées de Washington- devront fermer leurs portes. Le zoo de la capitale aussi. C’est la période des cerisiers en fleur en ce mois d’avril (le Cherry Blossom), il y a de très nombreux touristes qui peuvent dès ce week-end se retrouver désœuvrés, privés de visite et de la parade prévue samedi, qui attire des milliers de personnes dans la ville. Cela représente au moins 500 000 entrées « perdues » pour les musées.

Les fonctionnaires eux, ne savent pas encore s’ils devront aller travailler, s’ils sont considérés comme « indispensables » ou pas, ce qu’ils ont l’obligation de faire ou pas, ni s’ils seront payés ou pas en fonction de leur administration et de son fonctionnement. En 1995, tout le monde avait fini par recevoir son chèque de fin de mois intact…

Bref, on s’achemine (peut-être !) vers un énorme pataquès. Et notez que la bataille du moment concerne l’exercice fiscal 2010/2011 ! Celui en cours. Pas le budget 2012 qui fera l’objet lui aussi d’une guerre acharnée immédiatement derrière.

Obama hier a renvoyé chacun dans ses propres cordes et demandé à tous d’arrêter de se comporter comme des enfants ; puis il est parti pour une réunion publique en Pennsylvanie. Les Républicains s’en étranglent encore de fureur.

La question est de savoir à qui profite le blocage ? En 1995, Clinton avait retourné la situation à son avantage. Cette fois, les Américains renvoient dos à dos Démocrates et Républicains. (Ici)

Enfin, la question ne se posait pas en 1995, mais modernité oblige, les employés fédéraux vont probablement devoir, le temps du blocage, rendre leur Blackberry !! Et puis, sous Clinton à l’époque,  le « shutdown » avait eu une conséquence inattendue dont on imagine assez mal qu’elle puisse se reproduire aujourd’hui : les fonctionnaires de la présidence étaient quasiment tous absents en attendant la fin de la crise. La « West Wing » était donc presque vide. Seuls restaient ceux qui n’étaient de toute façon pas payés : les stagiaires.

Et qui était en stage à la maison blanche en novembre 1995 ? Monica Lewinsky !

Have a nice day.

(Note de dernière heure: grosse réunion autour d’Obama à nouveau cette nuit pour essayer de trouver une solution…)

Qui perd gagne

Jeudi 7 avril 2011

  D’abord une remarque : Pourquoi ai-je arrêté de bloguer pendant des semaines ? Parce que j’ai été feignante. Voila. Une fois cette importante clarification faite, où en sommes-nous ?

Le temps passe à une vitesse folle, il ne vous a pas échappé que la campagne pour 2012 avait débuté. Barack Obama est officiellement candidat. Il l’a fait pour commencer à récolter de l’argent. On dit même que son équipe vise 1 milliard (!!!) de levée de fonds. Contre 750 000 dollars en 2008 qui était déjà un record. Mais ça n’est pas la seule raison (là). L’une des clefs de la victoire en 2012 sera de savoir ou pas réorganiser la campagne de terrain qui avait fait la différence en 2008. Il faut du temps pour ça. L’autre clef de 2012 avait été de multiplier les petits dons venus de partout aux Etats-Unis. Cette fois, l’enthousiasme certes peut revenir, mais probablement pas au même niveau. Obama va donc devoir lever de l’argent plus conventionnellement en sollicitant les très gros donneurs, et chez les particuliers, en allant chercher ceux qui peuvent monter jusqu’à la limite légale de 2500 dollars. Il faudra aussi compter sur les ressources des républicains d’en face. Eux aussi ont la capacité à faire venir beaucoup d’argent. La campagne de 2010 l’a prouvé avec ces multiples publicités payées par des donneurs qui peuvent rester anonymes.

Maintenant, et en face. Personne encore, et rien de très neuf dans le lot de ceux qui sont pressentis depuis des semaines.

Dans le lot des « Républicains classiques » :

Mitt Romney, battu par McCain aux primaires de 2008, ancien gouverneur du Massachussetts

Tim Pawlenty, ancien gouverneur du Minnesota

Mitch Daniels, gouverneur de l’Indiana

Jon Huntsman, ancien ambassadeur en Chine.

Dans le jardin des conservateurs :

Mike Huckabee, battu aux primaires de 2008, ancien gouverneur de l’Arkansas. Chroniqueur sur Fox. (Je n’y crois pas une seconde)

Rick Santorum, ancien sénateur, chroniqueur sur Fox.

Newt Gingritch, ancien speaker à la chambre sous Clinton quand les démocrates avaient perdu la majorité. Chroniqueur sur Fox.

Michelle Bachman, représentante du Minnesota égérie du Tea Party, patronne du caucus Tea Party à la chambre, depuis peu très présente sur le terrain présidentiel. (ici)

Sarah Palin, qu’on ne présente pas, et dont je continue à dire quitte à ce que vous me le rappeliez quand elle m’aura contredite, qu’elle ne se lancera pas dans la bataille.

 Une belle bande de loosers comme le dit avec humour le Washington Post (là), et ça n’est pas pour se moquer d’eux, c’est même plutôt une bonne nouvelle ! Les Américains adorent visiblement choisir pour les représenter après les primaires des hommes qui ont perdu des élections dans le passé. Reagan, Carter, Jonhson, Nixon, Bush. Ils ont même une tendance prononcée à choisir ceux qui ont déjà tenté une fois la course à la présidence. La dernière preuve: McCain, éliminé aux primaires par Bush en 2000, candidat républicain en 2008.

A ce petit jeu, le champion républicain s’appelle donc Mitt Romney.

Have a nice day.