En marge de la visite de Hu Jintao, voici l’affaire qui fait grand bruit ! (Si vous lisez l’anglais, prenez le temps de lire les papiers Ă cliquer c’est passionnant !)
Amy Chua est prof Ă Yale, l’une des universitĂ©s les plus prestigieuses des Etats-Unis. Elle est nĂ©e dans l’Illinois de parents qui appartiennent Ă la minoritĂ© chinoise des Philippines. Elle fait parler d’elle depuis la sortie de son livre « Battle Hymn of the Tiger Mother », un hymne (prĂ©cisĂ©ment) Ă l’Ă©ducation stricte des enfants.
Dans le Wall Street Journal, elle résume sa pensée avec ce papier (clic) « Why the Chinese mothers are superior »
On y lit que les 2 filles de Amy Chua n’ont jamais eu le droit d’aller dormir chez des copines, jamais eu le droit d’aller aux goĂ»ters d’anniversaire, jamais eu le droit de regarder la tĂ©lĂ© ni de jouer Ă des jeux vidĂ©o, jamais eu le droit d’avoir une note infĂ©rieure Ă A. On y lit aussi que les cours de pianos et de violon durent des heures avec privation de manger quand le morceau est mal jouĂ©, que la plus jeune qui a eu le malheur de finir 2eme de sa classe en math a dĂ» faire 2000 exercices pour corriger son niveau ; on y lit encore comment leur mère  traite ses filles de grosses nulles dès qu’elles ne rĂ©ussissent pas au niveau qu’on attend d’elles. Tout cela, d’après madame Chua, c’est l’Ă©ducation « à la chinoise ». Une promesse de rĂ©ussite. Contrairement Ă l’Ă©ducation occidentale qui n’a pas assez d’exigence vis-Ă -vis des enfants.
Doit on prĂ©ciser que les 2 filles n’ont pas Ă©mergĂ© de cette Ă©ducation en claquant la porte et se collant des piercings dans le nombril, elles sont concertistes toutes les 2, et la plus âgĂ©e qui a aujourd’hui 18 ans a jouĂ© au Carnegie Hall de New York. Â
Depuis la sortie du livre, les AmĂ©ricains sont autant fascinĂ©s que dĂ©chainĂ©s. Amy Chua est invitĂ©e sur tous les plateaux de tĂ©lĂ©, elle aurait reçu des menaces de mort (!!) et si vous jetez un Ĺ“il sur les commentaires du papier du Wall Street Journal, vous verrez qu’il y en a presque 7000 !!! Un record !
Tous les Ă©ditorialistes ont apportĂ© leur point de vue, je vous laisse celui de David Brooks dans le New-York Times (ici) « Amy Chu is a wimp ». Une poule mouillĂ©e. Il dit que ces enfants ne peuvent pas ĂŞtre heureux et crĂ©atifs. Qu’ils grandissent sans savoir ce que peut ĂŞtre l’audace. Que leur amour pour la musique est dĂ©truit par les mĂ©thodes de leur mère. Il dit aussi qu’on comprend mieux pourquoi les femmes amĂ©ricano-asiatiques entre 15 et 24 ans ont un taux de suicide si Ă©levĂ© (!) et que la mère des 2 filles ne comprend rien Ă l’apprentissage des connaissances. Ce qui est cognitif, ce qui ne l’est pas.
Amy Chua explique que le papier Ă©crit dans le Wall Street Journal ne racontait pas tout, que son livre est bien plus complexe et nettement moins caricatural, ce que disent d’ailleurs également certains de ceux qui l’ont lu.
La fille ainĂ©e d’Amy Chua a donnĂ© une rĂ©ponse aux critiques Ă sa mère dans le New York Post (C’est lĂ ) ; elle y explique qu’elle est très heureuse comme ça et que peu de gens ont compris l’humour de sa mère.
Si les AmĂ©ricains (surtout les AmĂ©ricaines) sont tellement estomaquĂ©es par le culot d’Amy Chua, ça n’est pas seulement parce qu’elle agite la peur très d’actualitĂ© du dĂ©clin AmĂ©ricain face aux Chinois.
Ici aux Etats-Unis, l’Ă©ducation dans les petites classes, passe avant tout par la confiance en soit. Tous mes amis qui ont des enfants dans le système AmĂ©ricains sont souvent dĂ©contenancĂ©s par le niveau très diffĂ©rent du notre (plus bas) ; mais aussi par les encouragements constants que reçoivent tous les petits. Chaque dessin mĂŞme moche est rĂ©compensĂ© par un « Woooonderfuuul ! », chaque attitude de l’enfant est valorisĂ©e, on lui demande de crĂ©er des choses, de les montrer, d’en parler (Show and Tell). S’il n’a pas brillĂ© dans un exercice, il fera toujours mieux la prochaine fois, et le simple fait d’avoir essayĂ© est dĂ©jĂ formidable. J’ai vu un collège en Louisiane ou toutes les semaines on distribue des rĂ©compenses devant tout le monde, y compris pour ceux qui se sont simplement bien tenus. Une copine qui prĂ©pare le goĂ»ter d’anniversaire de son fils a fouillĂ© sur Internet dans la multitude de sites Ă disposition afin d’organiser quelque chose de très spĂ©cial parce que les petits Ă©vĂ©nements de ce genre rivalisent tous d’imagination crĂ©ative.
Je n’ai pas d’enfants mais la valorisation systĂ©matique de tout et de rien me parait aussi excessive que l’exigence perpĂ©tuelle de l’excellence. En revanche -et c’est aussi ce que disent mes amis mieux placĂ©s que moi-  bien plus que chez nous, les enfants ici, habituĂ©s Ă s’exprimer en public sont très Ă l’aise Ă l’oral et dans la vie de tous les jours. Ils ne sont pas farouches. On les invite Ă donner leur avis. Ils le donnent. Sans aucun jugement.
Devenus adultes, ils ne perdent pas cette habitude. S’il est compliquĂ© de crĂ©er des liens qui comptent ici, les gens vous adressent la parole très facilement, sont très curieux de ce que vous ĂŞtes et heureux pour vous Ă la moindre occasion. Ils ne perdent pas non plus l’enthousiasme dĂ©bordant qu’on leur a transmis: tout ce que vous pouvez faire et dire devient très vite « amaaaaaazing ! » ce qui est rapidement dĂ©concertant : Â
L’autre jour chez le dentiste, il me demande d’ouvrir la bouche. Je m’exĂ©cute. Et j’entends : « Outstanding !!! ». Heu… Merci. Ca m’a laissĂ©e comment dire… bouche ouverte !
Have a nice day.
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