L’Amérique par les chemins de traverse

Le blog de Fabienne Sintes


Nashville tea party

Barack Obama saison 2

Ce week end, j’avais plusieurs options.J’aurais pu être là.

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Festif tant qu’on a encore du chauffage. Cette photo a été prise par Michel, qui travaille avec moi à Washington. Juste après avoir constaté que tout avait sauté chez lui y compris l’électricité.

Au fond j’ai bien fait de fuir la tempête de neige. A la place, j’ai choisi ça :

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Festif aussi. Dans un tout autre genre.

Sarah Palin a fait la clôture de la « Tea Party Convention » qui s’est tenue tout le week-end à Nashville Tennessee.

Les « Tea Party », nous en avons déjà parlé ici, ce sont ces gens qui les premiers ont lancé la fronde anti-Barack Obama au printemps dernier. Avec pour point d’orgue à l’époque une grande manifestation à Washington. Ils ont emprunté leur nom à un épisode très célèbre de la révolution Américaine, lorsque les patriotes Américains se sont révoltés contre les Anglais. La version 2010 part du même rejet de l’Etat et du pouvoir. Les Tea Partier refusent en bloc les dépenses publiques, les impôts qu’on leur impose, et ceux qui les imposent. Obama est certes leur cible favorite, mais Washington, avec un grand W est l’ennemi. Leur dernier héros c’est Ronald Reagan. Et faute d’un parti Républicain en ordre de marche, et face à des Démocrates trop sûrs d’eux d’abord et débordés ensuite, ils occupent le terrain de l’opposition avec un message simple : NON.

Forcément j’ai la tentation de vous décrire le décor en forçant à peine le trait : un rassemblement de brushings à la Dolly Parton et de blazers croisés devant. Des baby boomers endimanchés réunis dans un hôtel-centre-de-vacances- le plus grand des Etats-Unis après les mastodontes de Las Vegas. Fontaine géante, rivière intérieure avec balade en barque pour aller d’un point à un autre. Plus de 2000 chambres. Je n’aurais pas craché sur un GPS pour aller de la mienne à la salle de conférence. Je peux aussi vous faire un inventaire à la Prévert des perles volées ici et là : « Barack Obama est pire qu’Hugo Chavez » - « Les démocrates vont changer les programmes scolaires » - La plus belle, entendue par ma consÅ“ur d’RFI « Obama a été jusqu’au Caire pour dire que les Etats-Unis étaient un pays musulman »- Sic.

Le plus impressionnant de vous à moi c’est le manque hallucinant de culture politique et historique de tous ces gens. Et le plus terrifiant c’est que beaucoup ont choisi de sortir leurs enfants du système scolaire pour les éduquer à la maison afin d’éviter qu’ «on leur bourre le crâne d’idées communistes». Re-Sic

A côté de cela, certains ont un parcours qui laisse songeur et qui donne des clefs pour comprendre cette Amérique. Comme cette dame qui se défini comme une « conservatrice du 11 septembre ». Elle m’a raconté qu’elle était hôtesse de l’air en 2001. Son avion a été détourné vers Halifax, ça lui a donné le temps de réfléchir dit-elle. Elle était démocrate, elle a intégralement viré de bord. Elle a compris à cette occasion que son pays avait besoin de revenir aux valeurs des pères fondateurs. Avec un Gouvernement consacré à  la défense.

Les Tea Party sont pluriels. Ils sont divisés aussi. Ceux ce week end ont payé plus de 800 dollars pour un package « Conférence/Sarah Palin », ce qui a fait hurler d’autres branches du mouvement, qui elles même veulent présenter des candidats indépendants aux Elections de Novembre, quand d’autres refusent de donner leur quitus à qui que ce soit. Il n’empêche. Quand ces groupes aussi divers soient ils décident de prendre le siège de Ted Kennedy, ils font venir de l’argent de partout dans le pays. Ils obligent les Républicains à pencher à droite. Donnent des accents populistes aux Démocrates. Ce sont des agitateurs. Mais ils font de la politique. (Là, le NYTimes)

Leurs outils, Internet, les réunions de quartier, les rendez vous de communautés sont exactement ceux qu’Obama avait utilisés pendant sa propre campagne. Ils ont derrière eux un maillage très impressionnant de Radios Conservatrices qui les nourrissent constamment, sans parler de FoxNews.

D’ici à novembre ils ont prévu de nombreux rendez vous nationaux pour faire vivre leur mouvement : en Avril, à la date du rendu de la déclaration d’impôt par exemple.

Les Tea Party ont-ils un avenir politique réel ? Leur extrémisme peut faire fuir les indépendants. Il existe déjà un exemple dans l’Etat de New York. Mais leur colère est utile à entretenir avant 2011. Ils n’ont pas de leader. Ils n’en veulent pas. C’est bien ce qui les rend « frais » mais illisibles. Le mouvement de Ross Perot en 92 et 96 avait… Ross Perot.

Palin alors ? Celle « qui parle comme on veut que l’on nous parle, sans rhétorique et sans prompteur » m’a dit une petite dame hier. L’ancienne gouverneure d’Alaska sait se montrer partout en esquivant la question de son propre avenir. Pour cette convention, elle a demandé 100 000 dollars de cachet. Quand les critiques ont commencé à monter elle a expliqué qu’elle reverserait l’argent à la « cause », sans dire de quelle cause elle pouvait bien parler.

La sienne peut être…

Bon. C’est pas le tout, mais maintenant que Sarah et ses copains sont tous rentrés chez eux, je fais comment moi pour regagner Washington ?

Bof… Il y a pire endroit que Nashville pour être coincée par la météo.

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Vas y Bob, refais-moi la sérénade pendant que je téléphone à American Airlines

Have a nice day.

5 commentaires pour “Nashville tea party”

  1. Greg dit :

    Les Tea Parties auront, si le contexte actuelle se maintient, une grande influence sur les elections de mi-mandats en poussant vers l’election des conservateurs bien selectionnées.
    Comment par contre pourront-ils faire face à un accès au congrés pour lequel ils ne sont absolument pas préparés ? Un “groupement politque” qui s’oppose à toute forme de gouvernement risque d’avoir du mal à faire l’expérience d’être en position de pouvoir politique.
    Qu’en pensez-vous ?

  2. fabiennesintes dit :

    La politique étant l’art du compromis, le jusqu’au-boutisme de ces gens en effet n’est pas tenable. Je pense que, comme c’est déjà le cas avec Scott Brown dans le Massachussets qui est très prudent avec ceux de ce groupe qui l’ont élu, que les républicains qui accepteront de se présenter avec le quitus des Tea Party ne tiendront pas leurs promesses longtemps. MAis s’ils sont élus, qu’ils suivent un programme extrème ou pas, ils auront pris un siège aux démocrates… Des candidats totalement “membres” du Tea Party il n’y en a pas tant que ça encore. Et ils doivent affronter des primaires d’abord. Certains ont une bonne chance, comme MArco Rubio en Floride qu’il faut surveiller de très près. La vraie influence du Tea Party sera combien ils parviendront (et parviennent déjà) à polariser le débat. Les républicains pour être élus dans les Etats “très tea party” ont besoin d’avoir un discours très à droite et tout intéret à ne pas jouer le jeu du bi partisanship que veut essayer Obama. Leur vraie force est de rendre le débat politique intenable. Avec un peu de chance pour les démocrates, c’est aussi ce qui peut causer leur perte…

  3. Elsa Perrin dit :

    La polarisation du débat politique autour des thèmes des plus droitiers des conservateurs, aux Etats-Unis, ça ne date pas du printemps dernier (et ça pourrait, en effet, continuer longtemps, si les “libéraux” (la gauche) n’adoptent pas une attitude plus combattive pour défendre leurs propres valeurs.) On y a eu droit pendant toute la dernière campagne présidentielle et plus globalement depuis le 11 septembre (qui a substitué à la réflexion politique un réflexe d’effroi national et de ralliement derrière le Chef, et a lancé la mode de la honte-d’être-de-gauche-dès-qu’il-est-question-de-sécurité, alors que le bilan pré et post-11 septembre de Bush dans ce domaine n’a rien pour justifier cette croyance.) Et ça avait même commencé avant ça, au moins dès la croisade anti-Clinton (Bill) qui a culminé avec l’affaire Lewinsky.

    Le problème, c’est que le mode d’élection du Président, via les grands électeurs, donne, globalement, une prime aux Etats ruraux du Midwest par rapport à leur poids démographique, que même dans les Etats plutôt de tradition ouvrière… ben, le mouvement ouvrier est mort aux Etats-Unis comme en Europe avec les délocalisations et qu’il ne reste que le rêve américain du self-made man/auto-entrepreneur pour faire rêver les chômeurs autrefois employés dans l’industrie automobile et qu’un Etat très stratégique par son nombre de grands électeurs comme la Floride est peuplé majoritairement de retraités et d’immigrés anti-castristes (je simplifie, hein.) Donc, depuis 30 ans, quand on veut faire de l’électoralisme, aux Etats-Unis, on donne plutôt dans le populisme droitier (un genre de poujadisme à l’américaine : à la fois pour l’ordre moral et la liberté d’entreprendre… des petits, contre les gros du big business et du big government.) Même si la majorité de la population, concentrée sur les deux côtes et dans les grandes villes, est considérablement moins conservatrice que l’image d’Epinal de l’électeur américain moyen qui parvient jusqu’à l’opinion française en période de campagne américaine, sous prétexte que l’attention médiatique (aux Etats-Unis y compris, et même d’abord) se focalise sur les groupes susceptibles de faire basculer les élections, c’est-à-dire… souvent les moins politisés et les moins informés, justement : les indépendants ou les extrémistes, parmi lesquels les différents mouvements néo-conservateurs s’avèrent les plus virulents ces dernières décennies. Cet effet coup de projecteur favorise malheureusement chez certains une soudaine fierté de son absence d’opinion politique structurée en mode “C’est mon choix” qui contribue beaucoup à l’émergence de phénomènes comme Sarah Palin (voir notre ami Joe -the-plumber donnant son avis sur le conflit israélo-palestinien…)

    Mais ça n’a pas toujours été le cas. Dans les années 1930, Roosevelt (Franklin Delanoe, celui du New Deal) a évité une banqueroute généralisée du système bancaire et imposé ses réformes sociales drastiques en prenant directement à témoin l’opinion via ses “fireside chats” à la radio. On a un peu tendance à oublier qu’il a inventé l’Etat-providence en créant des administrations centrales hyper-puissantes dans toutes sortes de domaines (…ce qui a sans doute favorisé à terme l’image de Washington comme bureaucratie pléthorique, coûteuse et rigide) et qu’à l’époque, les Etats-Unis étaient en pointe socialement par rapport à l’Europe. Mais ça s’est fait parce que le Président a usé d’un populisme “de gauche” en prenant directement à témoin l’opinion pour passer par-dessus les commentateurs habituels.

    Or regardez ce qu’a fait Obama lors de son déjeûner avec les Républicains lundi dernier : une intervention retransmise en direct au cours de laquelle il a répondu directement aux attaques de ses adversaires les unes après les autres en démontant les contre-vérités de leurs argumentaires, par un Obama tellement combatif… que FoxNews a interrompu la retransmission de l’échange en cours pour éditorialiser à la place ! Peut-être a-t-il décidé d’enfin abandonner la conciliation bi-partisane à tout prix et de ne plus laisser à personne le ministère de la parole ? Auquel cas, comme il est plutôt bon orateur… tout est possible.

    (Sinon, j’adore la photo qui illustre l’article du “Washington Post”. Un éditorial à elle toute seule, pour le coup. ^-^)

  4. fabiennesintes dit :

    Hello Elsa ! Merci pour ce long commentaire qui ouvre plein de pistes de réflexions… Juste 2 ou 3 remarques pour alimenter le débat: Au sujet des thèmes populistes de sécurité, je crois au contraire que la dernière campagne nous avait permis d’y échapper. Ce n’est pas faute d’avoir essayé de la part de McCain, mais les thèmes de l’économie n’ont jamais permis au reste de trouver une vraie prise à mon sens, et dans l’ euphorie du moment je pense même que pour la première fois depuis 8 ans, les Américains mettaient le 11 septembre derrière eux et regardaient devant. 1 an après chassez le naturel…
    Concernant le débat bi partisan dont tu parles à la fin : Obama s’y recolle le 22 ou le 25 février. Il a proposé un débat avec les républicains sur la réforme de la santé. Pour l’instant la réponse de la droite qui tient à brosser son électorat dans le sens du poil c’est “Vous renoncez à votre projet d’abord, et on parle ensuite”. Logiquement la stratégie Obama semble être de laisser son opposition dire non à tout pour pouvoir dire “regardez, j’ai essayé !” en espérant que les électeurs se lasseront de la politique du refus permanent.
    Je sens qu’on va jouer au poker menteur pendant un moment encore !!

  5. Elsa Perrin dit :

    Salut, Fabienne !

    En réponse à ta réponse :
    “Au sujet des thèmes populistes de sécurité, je crois au contraire que la dernière campagne nous avait permis d’y échapper.” => Oui, c’est vrai. Mais quand je parlais de thèmes populistes droitiers qui polarisent le débat, je pensais plutôt à la façon dont les candidats ont, encore cette fois-ci, tous du donner des gages de leur adhésion plus ou moins directe à des valeurs conservatrices sur le plan personnel et se défendre d’appartenir à une élite de bobo gauchistes bien pensants.

    Certes, le fait que Washington ait dans une certaine opinion américaine une image proche de celle de Bruxelles pour beaucoup d’Européens (capitale technocratique éloignée des préoccupations de l’Etats-Unien moyen, sauf pour le pressurer financièrement et le priver de ses libertés en régentant les moindres aspects de sa vie, voire en complotant / magouillant, etc…) et donc que tout candidat à la présidence se doive de donner des gages qu’il est au fond proche du peuple (même si milliardaire ou issu tout droit du landerneau) ne date pas de la dernière campagne, loin de là. Mais l’importance plus spécifique du positionnement sur des questions sociétales-clés et du profil identitaire “privé” dans la défense d’une candidature politique, ça remonte en gros aux années 1960.
    Or dans les années 1960, les équilibres démographiques faisaient que c’était les Démocrates réformateurs (Kennedy, puis Johnson) qui étaient en situation d’offensive et que leurs thèmes de campagne (issus des mouvements sociaux) polarisaient le débat. Après, ils ne gagnaient pas toujours, parce que ça a généré en réaction la crispation d’une partie de l’opinion américaine autour de valeurs conservatrices dès cette époque. Mais c’était autour de leurs thématiques sociétales + la question cruciale de la sécurité (Guerre froide oblige) que s’organisait le débat politique. Et un Kennedy pouvait articuler les deux dans son discours et incarner la modernité.
    Ce n’est plus vrai depuis la révolution conservatrice reaganienne et l’affirmation du mouvement néo-conservateur, dont les Tea Partiers ne sont jamais à mon avis que la queue de comète désenchantée (parce qu’ils n’ont plus de chef, justement, depuis que Bush Jr. a déçu jusque dans leurs rangs, si l’on en croit les sondages de popularité des derniers temps de sa présidence.)

    Et Obama a eu beau remporter l’élection de 2008, alors que noir, etc, il a du pour y parvenir se défendre (tout à la fois) d’être musulman, athée, bouddhiste, socialo-communiste et proche d’un ancien des Weathermen, inexpérimenté et angéliste en matière de relations internationales (toutes accusations qui revenaient à essayer de le peindre, sinon en ennemi de l’intérieur, du moins en danger pour la sécurité nationale) et par ailleurs, aidé par l’horrible machine à corrompre la jeunesse qu’est le réseau Acorn. Il a même du s’excuser de manger parfois de la roquette, cette salade élitiste et anti-américaine (!!!) Heureusement pour lui qu’il avait (entre autres talents et points forts) beaucoup d’humour et de répartie !

    Donc, je pense qu’on est paradoxalement encore dans une phase défensive pour les Démocrates sur le plan des idées. Tant que ne se créera pas de mouvement grassroots aussi virulent que les Tea Parties sur la base de valeurs de gauche, ce seront les conservateurs qui occuperont l’espace laissé par ce vide.

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