Bienvenue à New-York

Le blog de Fabienne Sintes


Désespérer Detroit

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J’ai habité en Lorraine. Je ne vais donc pas faire semblant de découvrir à quoi ressemble un Etat dont l’industrie quelle qu’elle soit meurt à petit feu. Je ne vais pas faire semblant non plus de découvrir que l’industrie automobile Américaine est presque morte. Si vous en avez l’occasion, revoyez “Roger and me” de Michael Moore qui a été fait en… 1989 !

Detroit, ce n’est pas faire injure à ceux qui y vivent que de le dire, c’est moche. Voila.  Comme toutes les villes qui ont été. Et qui ne sont plus.

Mon guide du jour, qui s’appelle Al. Il a travaillé 30 ans chez Général Motors. La première chose qu’il a voulu me montrer c’est ça:

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(J’aurais pu éviter la grosse tâche de soleil en haut à droite; mais permettez moi de garder ma signature de “nulle en photos”) Ce bâtiment qui autrefois a été beau, c’est l’ancienne gare de Detroit. Des centaines de milliers de personnes sont passées par ces grandes portes  pour aller chercher du travail dans la grande ville industrielle. La gare a été construite dans les années 20. Voila ce qu’il en reste. Rien.

J’ai retrouvé chez Al ce que je trouvais autant touchant que déprimant chez les Lorrains (qu’ils me pardonnent) il y a plusieurs années. Cette nostalgie du “bon vieux temps”; de ces années d’avant où l’on pensait vivre 30 ans dans la même entreprise, comme son père et son grand-père… Le tout en contemplant  des bâtiments désormais déserts ou détruis.

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 Nous sommes ici sur le Site Ford que tout le monde appelle “the rouge”, à Dearborn à cause de la rivière “rouge”. Il y avait 100 000 ouvriers autrefois ici. Il en reste moins de 10 000.

Je ne vais vous refaire l’histoire de l’industrie automobile Américaine; la puissance des syndicats qui ont obtenu des pensions, des couvertures santé telles pour leurs ouvriers que les finances des entreprises en ont été étranglées; ou les erreurs manifestes des patrons qui ont persisté à faire des 4X4 pendant que les japonais envahissaient de marché de voitures plus économiques; chacun y va de son explication pour essayer de comprendre une dégringolade vertigineuse accélérée en quelques mois par la hausse du prix de l’essence et la crise du crédit.

Il n’empêche qu’on en est là. Dans le rouge (justement !). Pour certains il faut laisser partir les sociétés en faillite pour mieux les relever dès qu’elles seront moins lourdes (mais vous achèteriez une voiture construite par une société en faillite vous ?); pour d’autre il faut donner vite vite les 25 milliards réclamés par les constructeurs parce que la situation ne tiendra jamais jusqu’au 21 janvier.

Au milieu de tout cela, le public Américain, qui n’a pas raté l’arrivée des 3PDG en Jets Privés lors de leur dernière tentative de convaincre le congrès de les aider, semble ne plus trop savoir quoi penser. Il a vu citi-group sorti des ronces avec un gros coup de pouce de 20 milliards pas plus tard qu’hier, mais reste coupé en 2 sur la question de l’automobile. ici un sondage Gallup très parlant.

Barack Obama hier a redit qu’il fallait aider l’inductrie automobile sans “lui donner de chèque en blanc”.

En attendant une décision, Detroit et tout le Michigan qui n’ont jamais été dans une situation économique aussi catastrophique font le gros dos en comptant les emplois en balance. 3 millions au bas mot.

Vous me direz, il pourrait pleuvoir.

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Et ben c’est fait.

Have a nice day.

4 commentaires pour “Désespérer Detroit”

  1. Muriel dit :

    J’ai vu le week-end dernier “J’irai dormir à Hollywood” de Antoine de Maximy, et je n’ai pas pu m’empêcher de penser à votre road trip à vous et à vos rencontres dans l’Amérique en campagne électorale… sauf que dans “J’irai dormir” il n’est fait absolument aucune allusion à la campagne présidentielle, on voit seulement des américains et leur décor, qui parlent juste de leur vie. Et j’ai ressenti par moment la même sensation de malaise qu’en voyant votre photo de la gare de Detroit. Le point commun : une Amérique qui a été, mais qui n’est plus, et je crois que personne ne réalise vraiment à quel point cette crise qui nous touche aujourd’hui de plein fouet va transformer le monde occidental. Là-bas, mais ici en Europe aussi.
    En bien ou en mal, l’avenir va nous le dire.

  2. Frédéric dit :

    Quelle tragédie. 3 millions de gens ont leur boulot (vie) suspendu à la décision du président. C’est vrai que l’industrie automobile là bas et ici n’a pas choisi de se moderniser et d’entrer dans le XX1 eme siècle; celui ou l’on souhaite désormais avoir une conscience des dégats faits à l’environnement et que celui ci ainsi que l’énergie est limitée; Que dire. Je me souviens de discussion, d’interview dans la presse qui ont bien 20 ans maintenant. L’industrie automobile est le secteur d’activité qui entre à reculons dans ce siecle. Un siecle très vert, j’en suis sur
    Frederic

  3. Héloïse dit :

    J’ai vu l’article sur toi dans Télérama. Juste un mot : WAHOU

  4. jipé dit :

    Bonjour,
    En 1972 déjà, il suffisait de faire la ligne de train entre Newark et New York pour voir un paysage lunaire, consternant, en pleine prospérité, et juste avant le premier choc pétrolier. Les Etats-Unis, c’est aussi ça, et je ne vois pas quelle conclusion en tirer au plan général. Trois ans avant, il avaient envoyé Appolo 11 sur la Lune, mais le pays avait des ulcères hideux, que chacun pouvait voir, à condition de se payer un billet de train pour Newark, au lieu d’un billet d’avion pour la Californie. Je me demande d’ailleurs si les bienheureux aveugles qu’on rapatrie au jourd’hui de Thailande auraient la même vision du pays qu’ils squattent et b….ent (avec une bienheureuse arrogance) s’ils devaient le traverser en train.
    Phuket n’est pas la Thailande, Detroit n’est pas les Etats-Unis. La Lorraine, avec tout le respect que je lui dois, est en France, l’endroit du monde où l’on est prêt à crever plutôt que renoncer aux droits acquis. Un jour, les droits acquis seront des-acquis, et les protestaires seront décédés.
    La différence entre les Etats-Unis et la Lorraine, c’est qu’on y met ses regrets dans sa poche et son mouchoir par dessus. Le monde avance, durement, sans pitié, mais même les requins et les diplômés de Yale embauchés chez Ford (je parle des infâmes MBA qui savent tout et n’ignorent rien du reste), GM et Chrysler finissent par mourir quand ils ont épuisé la ressource. Restent les survivants. Faites-leur confiance. Il y a des gens extraordinaires dans la région que vous décrivez et que je connais, de même qu’il y a des Lorrains à la vue claire. Le b.rdel ambiant pourrait bientôt quitter le devant de la scène pour céder la place au sens commun, la crise financière aidant.

    Take care,

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dagobert

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