Bienvenue à New-York

Le blog de Fabienne Sintes


Article(s) de novembre 2008

Désespérer Detroit

Mardi 25 novembre 2008

J’ai habité en Lorraine. Je ne vais donc pas faire semblant de découvrir à quoi ressemble un Etat dont l’industrie quelle qu’elle soit meurt à petit feu. Je ne vais pas faire semblant non plus de découvrir que l’industrie automobile Américaine est presque morte. Si vous en avez l’occasion, revoyez “Roger and me” de Michael Moore qui a été fait en… 1989 !

Detroit, ce n’est pas faire injure à ceux qui y vivent que de le dire, c’est moche. Voila.  Comme toutes les villes qui ont été. Et qui ne sont plus.

Mon guide du jour, qui s’appelle Al. Il a travaillé 30 ans chez Général Motors. La première chose qu’il a voulu me montrer c’est ça:

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(J’aurais pu éviter la grosse tâche de soleil en haut à droite; mais permettez moi de garder ma signature de “nulle en photos”) Ce bâtiment qui autrefois a été beau, c’est l’ancienne gare de Detroit. Des centaines de milliers de personnes sont passées par ces grandes portes  pour aller chercher du travail dans la grande ville industrielle. La gare a été construite dans les années 20. Voila ce qu’il en reste. Rien.

J’ai retrouvé chez Al ce que je trouvais autant touchant que déprimant chez les Lorrains (qu’ils me pardonnent) il y a plusieurs années. Cette nostalgie du “bon vieux temps”; de ces années d’avant où l’on pensait vivre 30 ans dans la même entreprise, comme son père et son grand-père… Le tout en contemplant  des bâtiments désormais déserts ou détruis.

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 Nous sommes ici sur le Site Ford que tout le monde appelle “the rouge”, à Dearborn à cause de la rivière “rouge”. Il y avait 100 000 ouvriers autrefois ici. Il en reste moins de 10 000.

Je ne vais vous refaire l’histoire de l’industrie automobile Américaine; la puissance des syndicats qui ont obtenu des pensions, des couvertures santé telles pour leurs ouvriers que les finances des entreprises en ont été étranglées; ou les erreurs manifestes des patrons qui ont persisté à faire des 4X4 pendant que les japonais envahissaient de marché de voitures plus économiques; chacun y va de son explication pour essayer de comprendre une dégringolade vertigineuse accélérée en quelques mois par la hausse du prix de l’essence et la crise du crédit.

Il n’empêche qu’on en est là. Dans le rouge (justement !). Pour certains il faut laisser partir les sociétés en faillite pour mieux les relever dès qu’elles seront moins lourdes (mais vous achèteriez une voiture construite par une société en faillite vous ?); pour d’autre il faut donner vite vite les 25 milliards réclamés par les constructeurs parce que la situation ne tiendra jamais jusqu’au 21 janvier.

Au milieu de tout cela, le public Américain, qui n’a pas raté l’arrivée des 3PDG en Jets Privés lors de leur dernière tentative de convaincre le congrès de les aider, semble ne plus trop savoir quoi penser. Il a vu citi-group sorti des ronces avec un gros coup de pouce de 20 milliards pas plus tard qu’hier, mais reste coupé en 2 sur la question de l’automobile. ici un sondage Gallup très parlant.

Barack Obama hier a redit qu’il fallait aider l’inductrie automobile sans “lui donner de chèque en blanc”.

En attendant une décision, Detroit et tout le Michigan qui n’ont jamais été dans une situation économique aussi catastrophique font le gros dos en comptant les emplois en balance. 3 millions au bas mot.

Vous me direz, il pourrait pleuvoir.

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Et ben c’est fait.

Have a nice day.

Encore un mot…

Vendredi 21 novembre 2008

Vous me permettez une minute populiste ?

Comme j’ai la télé allumée en permanence sur le Sénat en ce moment, pour suivre le sauvetage ou pas de l’industrie automobile, je suis tombée de ma chaise en voyant ceci. Surtout ne regardez pas tout, c’est à mourir d’ennui. Allez juste une minute avant la fin à la “standing ovation”.

Le monsieur que le sénat laisse partir avec une pleine minute d’applaudissements s’appelle Ted Stevens. Il a 85 ans. Il a été sénateur d’Alaska pendant 40 ans. Il a un aéroport à son nom. Il vient de perdre son siége au profit du maire démocrate d’Anchorage.

C’est aussi un monsieur qui sort d’un procès au cours duquel il a été reconnu coupable des 7 chefs d’accusation pour lesquels il comparaissait. Il est le premier sénateur en exercice devant la justice depuis 1981. Il a été condamné pour corruption après avoir notamment accepté 250 000 dollars d’une compagnie pétrolière.

Bravo en effet. Ca mérite une standing ovation…

Et puisqu’on est en Alaska, je vous laisse savourer cette petite vidéo de Sarah Palin dans une “cérémonie de Pardon à la Dinde”. Il y a une tradition à Thanksgiving: épargner une dinde. Tous les Etats jouent à ça, y compris le président des Etats-Unis qui organise un concours pour donner un nom à la dinde épargnée de l’année. L’heureuse élue défile même à New York le jour de Thanksgiving. Mais regardez bien en arrière plan de l’ ITW de Sarah Palin ce qui se passe… Eloignez les enfants comme dirait le présentateur et promis, demain j’arrête de regarder MSNBC, je me colle devant FoxNews et je dis du mal des démocrates :)

Have a nice day.

Hillary, arrête de m’écrire et décide !!!

Vendredi 21 novembre 2008

 J’ai encore reçu un mail d’Hillary Clinton. Comme au bon vieux temps. Et comme au bon vieux temps, elle veut des sous !

Dear fa,

We are living in a very special time in American history, with an election that has redefined the boundaries of possibility and set our nation on a positive path with new leadership.

Things are changing in Washington and we have reason to hope that the next four years will look much different and better than the last eight.

As we look forward to a new era in Washington, there is still one piece of unfinished business where Hillary needs your help.

We need to do all we can to help Hillary by acting now to reduce her remaining debt.

 

Clinton a encore 7,6 millions de dettes après sa campagne pour les primaires. Les mauvaises langues disent que si elle tarde à dire si oui ou non elle prend le job de SOS (secretary of state), c’est parce qu’elle attend de la campagne Obama qu’ils payent cette ardoise. Si elle accepte le poste, elle n’aura plus le droit de lever des fonds.

Il y a d’autres raisons. Plus ou moins avouées dans ce silence qui commence à devenir ridicule. Je vous conseille la lecture du New York Times de ce matin (ici) pour mieux comprendre. Bill Clinton semble avoir levé tous les obstacles qui le concernaient. “Je ferai tout ce qu’ils voudront” a-t-il dit. Il a donc donné la liste des bienfaiteurs de sa fondation et semble même prêt à faire vérifier ses discours à l’avenir.

Du coup la vraie question devient: Est-ce qu’Hillary en a vraiment envie ? J’ai fait une interview aujourd’hui sur un tout autre sujet avec une ancienne conseillère de Bill Clinton. Proche du couple mais qui en parle avec recul et avec humour. Et si me disait-elle, la présidence Obama tournait à une “présidence Carter” ? C’est à dire beaucoup d’espoir pour commencer et beaucoup de déception tout du long. Cela donne une fenêtre de tir à Hillary pour 2012. Si elle a un poste aussi haut placé dans le cabinet Obama, elle sombrera avec lui s’il échoue. Et adieu 2012.

Si Obama se débrouille bien, Hillary a probablement envie d’autre chose qu’une place au sénat pour terminer sa carrière. Secretary of State c’est plutôt bien. A condition d’être d’accord pour être la voix du président. De soumettre ses decisions au Président. D’être une “employée” du Président. Peut être que cette pilule (là)n’est pas si facile à avaler…

Have a nice day

Rester dans le mood

Mardi 11 novembre 2008

A chaque fois que je passe devant les vendeurs à la sauvette de mon quartier, je n’en reviens pas de les voir vendre des tonnes de T-Shirts et casquettes Obama. Ce qui m’étonne, ça n’est pas qu’ils soient encore là une semaine après l’élection; c’est plutôt qu’ils aient encore des clients, tant j’ai le sentiment que tout le monde est déjà pourvu en gadgets de toutes sortes. Les gens ont semble t-il décidé de s’ “habiller en Obama” jusqu’au 20 janvier, date de l’investiture. Et désormais, toute cette petite famille Obama c’est la famille royale.

Dans un tout autre genre, on donne pour prénom Obama à des bébés dans le pays et dans le monde entier.

Je n’ose pas imaginer l’état des rues de Washington le 20 janvier prochain. Les réservations pour les bus qui feront le voyage sont déjà parties et déjà la plupart des associations ou organismes en charge des “inauguration trips” sont débordées de demandes. Il n’y a plus une chambre d’hôtel libre dans la capitale; et on vend des tickets pour une place le long de la parade pour 300 ou 500 dollars sur Internet alors que cet exercice traditionnel est bien évidemment gratuite. Les billets lorsqu’il y en aura, seront distribués la semaine précédent le jour de l’investiture. Ils seront probablement réservés comme ceux de la soirée à Chicago, aux volontaires de la campagne.

Quand l’occasion viendra, nous auront le temps de reparler de cette passation de pouvoir (comptez sur moi pour être quelque part dans la foule !) et je vous raconterai quelques épisodes savoureux désormais entrés dans l’ histoire, comme par exemple le départ furieux des démocrates en 2000 après une élection de Georges W Bush calamiteuse. Les équipes de Clinton avaient enlevé tous les “W” des claviers des ordinateurs de la maison blanche !

En attendant, la ruée sur les journaux n’en fini pas !  Après les quotidiens le lendemain de l’élection, voici les hebdos.  Ils sont sortis cette fin de semaine et il n’en reste plus un nulle part. Il faut viser tellement juste l’heure à laquelle arrivent les rééditions, que je n’ai toujours pas réussi à mettre la main sur autre chose que “The economist” (mouais…). Quelqu’un a par ailleurs piqué mon “Time” dans la boite aux lettres. Comme tout le monde, je me suis rattrapée sur Internet et je vous conseille de faire pareil. Pour ceux qui maitrisent l’anglais, voici le numéro de cette semaine de “Newsweek“.

Vous verrez sur le bandeau du haut de la page 7 chapitres. C’est long mais ça se lit comme un roman. Toute la campagne racontée et décryptée par des journalistes qui ont suivi les candidats pendant plus d’un an avec pour tâche de ne commencer à écrire que le lendemain des résultats. Leurs récits sont des modèles du genre. Un document. Les doutes d’Obama, la désorganisation d’Hillary, les décisions de McCain … Tout est un régal.

Quand on pense qu’aux Etats-Unis (comme ailleurs) les journaux vivent très mal. La plupart des grands quotidiens ont tout misé sur leurs sites et licencient à tour de bras dans les autres secteurs. Mon ami Mike, que vous connaissez maintenant, n’est pas sûr d’avoir encore un travail l’année prochaine. Son journal, le Rocky Mountain News songe à fermer tous ses bureaux en dehors de Denver. Y compris celui de Washington.

Mais quand survient l’histoire, on se souvient qu’ Internet, c’est bien; sauf que rien ne remplace un correspondant radio qui bafouille un peu mais fait lever ses auditeurs à 5h du matin :) et ce papier qui encombre les sacs, salit les mains et que l’on conserve ensuite pour les enfants.

Have a nice day.

Day 1

Jeudi 6 novembre 2008

Un grand merci à tous d’avoir bien voulu me suivre dans cette traversée Américaine qui s’achéve sur une victoire pour l’Histoire. Pour ne rien vous cacher, je n’ai plus tout à fait les yeux en face des trous. Je ne suis pas la seule. Les journalistes désormais ne se repèrent plus aux accréditations qui pendent autour du cou, mais aux valises sous les yeux. Tout à l’heure sur l’antenne de France-Info, on m’a demandé quel était selon moi le moment fort de toute cette folle campagne, je suis restée sèche comme une vielle affiche de John McCain moitié décollée par le soleil d’Arizona (!) Il s’est passé tellement de choses depuis plus d’un an que je ne sais plus par où ça commence. Et c’est pas fini.

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Il y aura d’autres traversées Américaines, d’autres images et d’autres sentiments à partager avec vous dans les jours,  les semaines et les mois qui viennent. En attendant, profitez des quelques clichés pris au hasard dans rues de Chicago hier. Vous remarquerez que les photos sont d’une autre qualité que celles que vous voyez habituellement ici (!)  C’est normal. J’ai laissé l’appareil à Eric Gérard, le technicien qui nous accompagnait pour ces dernières heures de voyage. Un homme du son qui sait faire de l’image.

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 J’ai acheté comme tout le monde un exemplaire du “Chicago Tribune” que je conserverai précieusement. Le tirage de tous les journaux Américains a égalé voire dépassé celui du 11 septembre. C’est peut-être le premier symbole d’une Amérique qui a choisi de tourner une page.

Have a nice day.

Vivement tout à l’heure

Mercredi 5 novembre 2008

Un peu de backstage juste pour dire bonjour, en attendant mieux…

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Ohio, Nouveau Mexique, et Virginie… La course est pliée, mais on n’a pas le droit de le dire, alors on regarde ailleurs… et c’est beau…

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Les centaines de milliers de personnes du parc, et nous, regardons  CNN,  la chaîne que la campagne Obama a choisi de mettre sur ses écrans géants. Pour les amateurs et les connaisseurs, la carte magique de John King est en train de chauffer, et le grand truc du jour, c’est ça:

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Vous ne voyez pas ? Regardez le léger trait de lumière autour de Will I Am. Le rappeur est en direct et… en HOLOGRAMME !!!  

Comme dirait l’un de mes confrères, on dirait la princesse Leila dans StarWars.

Ils sont trop forts ces Américains !!

A tout à l’heure…

Vivement mardi

Dimanche 2 novembre 2008

Pourquoi le cacher, voici typiquement le genre d’exercice qu’après un peu plus de 15 ans à exercer ce métier, je ne sais plus faire.

Aller demander au pharmacien si c’est bien ici qu’Obama vient acheter son aspirine; ou au premier chaland qui passe s’il a déjà croisé son désormais prestigieux voisin.

Je sais pourquoi je suis là, et que ce genre de reportage s’il est parfaitement anecdotique donne à voir une ville au centre du monde. Ca s’appelle “Le Chicago d’Obama”. Et bien entendu, nous y passons tous. Mais comment en vouloir au coiffeur de la 53ème rue qui m’envoie bouler parce qu’il a déjà répondu à une télé Allemande il y a 2 heures et à des Espagnols dans la 1/2 heure qui a suivi ?

J’ai bien repéré le petit resto où Obama va de temps en temps déjeuner en famille. J’y suis déjà passée au moment du Super-Tuesday. Dans ces cas là en général, je commence par prendre un café. Pour éviter d’avoir juste le nez en l’air je note 2 ou 3 trucs sans importance dans un carnet à spirale tout en longueur qui m’identifie immédiatement comme appartenant à la communauté des journalistes; espérant secrètement que quelqu’un de formidable viendra à moi en souriant et se portera immédiatement volontaire pour me raconter qu’il connaît Obama depuis l’enfance. Tu parles.

Donc, mine de rien je lève les yeux régulièrement à la recherche des “happy faces” qui accrocheront mon regard. Avec un peu de chance,  lorsque la conversation commencera, ils trouveront charmant cet accent français qui fait “Ziss” au lieu de “this”. Et le tour sera joué.

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Les Américains sont formidables pour ça: ils ont nettement moins peur du micro que chez nous. J’ai fait bonne pioche et passé 20 minutes délicieuses avec 2 messieurs qui passeront leur soirée de mardi chez Jesse Jackson à la “Rainbow push coalition” pour un “watch meeting”. C’est une tradition qui date de l’époque de l’esclavage. En 1863 lorsque Lincoln a proclamé l’abolition, les noirs Américains se sont réunis pour prier ensemble et regarder la nouvelle année venir. Mes amis du jour m’ont posé 1000 questions sur la France et son regard sur Obama. Ouf. Me voila ragaillardie, parce que c’est pas fini…

N’étant aucunement différente des autres, mon arrêt suivant est pour la maison de la famille Obama, histoire de voir à quoi ça ressemble. Un peu tard. La sécurité est partout. Inutile de vous montrer 3 voitures de police qui barrent une rue.  Voici plutôt une maison proche. 

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Ca doit lui leur faire tout drôle quand même dans cette famille, d’avoir la photo du voisin sur une des fenêtres (!)

Dans la foulée, j’ai fait comme tout le monde, (encore !)  j’ai voulu aller voir ici:

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Altgeld Garden, où le jeune Obama était travailleur social dans sa jeunesse. Paulette qui tient une association ici est adorable. Elle a vu passer 6 journalistes. Dont moi. Mais j’ai bien été briefée par la petite communauté de mes confrères et amis que  sa voisine, qui pour le coup a bien connu Obama dans les années 80 n’en peut plus. Comme je la comprends.

Nous sommes décidément tous incorrigibles.

Have a nice day.

 PS: Au fait, rien à voir… Vous avez entendu que les Québéquois avaient encore frappé ? ici Un faux Sarkozy au téléphone avec la vraie Sarah Palin. Moyen drôle.