Alaska 1: Crisis ? What crisis ?
Mardi 30 septembre 2008Laissez moi vous offrir un petit bout d’Alaska. Laissez moi vous offrir une pause dans la crise économique qui bouleverse le monde entier. Car depuis ce morceau d’Amérique grand comme 2 fois le Texas, à 10h d’avion de New-York, la crise, connaît pas !
Ne me faite pas dire ce que je n’ai pas dit. On a la télé et les journaux ici. Personne n’ignore ce qui se passe “là-bas” dans les “lower 48″ comme ils disent, les “48 d’en bas”, le reste de l’Amérique. Tout le monde a aussi des comptes en banque et des pensions pour assurer ses vieux jours. Mais les choses sont nettement moins palpables. Il n’y a pas de crise des subprimes en Alaska. Il n’y a pas de banques fermées ou sur le point de l’être.
On vit ici comme sur une île. On parle des Etats-Unis comme nos îles caraïbes à nous parlent de la métropole. Comme quelque chose de proche. Qui nous ressemble. Et à la fois tellement lointain.
Ce matin au réveil il faisait 5°. Le froid s’installe doucement. Pas encore assez pour faire peur aux Alaskiens qui à cette température n’ont pas encore renoncé aux T-shirts. Il commencera à neiger dans 2 ou 3 semaines. Et puis à geler. Les jours vont raccourcir. Au pire de l’hiver, il n’y aura pas plus de 4 heures de soleil par jour. Les lacs seront gelés. On ressortira les motos neige. On ira chercher les poissons sous la glace. Et le matin très tôt on verra passer les élans et les caribous.
Les bélugas eux, sont déjà sur leur chemin. Ce dimanche les habitants d’Anchorage sont venus scruter l’eau pour tenter de les apercevoir. Raté en ce qui me concerne. Mais de loin on voit les sommets enneigés ce qui est exceptionnel parait-il. Quelle chance d’avoir un ciel aussi bleu. L’été qui s’achève a été pourri. 7 jours de beau temps en comptant celui là. De quoi entamer plus tôt pour certains ce qu’on appelle ici la “cabin fever”. L’équivalent de notre dépression d’hiver. Qui touche aussi ceux qui ont pourtant l’habitude du froid et de la nuit.
La saison de la chasse est ouverte. Ce que vous voyez juste au dessus c’est le rayon “armes en tous genres” du Wal-Mart. Le “Carrefour” local. Bien au centre du magasin, avec les appeaux à élan , les clochettes à éloigner les ours et sacs à Caribous. Il n’y a que nous les journalistes des “lower 48″ pour trouver marrant de prendre ça en photo. Ici, mettre 2 douzaines de cartouches dans le caddie entre les couches pour bébé et les boîtes de haricots ça n’est rien que du très normal.
Si vous me passez l’expression, l’Alaska est un Etat brut de décoffrage. Les gens y sont à la fois doux comme leurs paysages. Et rudes comme leur climat. Ils sont ravis de vous montrer leur peau d’ours accrochée au mur et de vous raconter comment ils ont tué cet élan dont la tête trône désormais dans le salon. Le tout comme ça m’est arrivé hier, en mangeant des petits fours bien chauds.
Si je vous raconte tout cela un peu en vrac, c’est juste pour essayer de vous faire comprendre pourquoi une femme venue de ce pays difficile peut créer dans ce coin de terre un tel enthousiasme. Et pourquoi ICI toutes les bêtises qu’elle pourra dire lors du débat de jeudi n’ont finalement que peu d’importance aux yeux de beaucoup.
Je ne vous parle pas des ultra religieux anti avortement qu’elle séduit. Ceux là c’est autre chose. Je vous parle de ceux qui sont fiers que LEUR Sarah, celle qui vit comme eux et pêche sous la glace, ait au moins permis de mettre leur Alaska sur la carte. Permis de montrer au reste du pays qu’ici on ne vit pas forcément dans des igloos avec des moufles à la place des doigts. Je vous parle de ceux qui sont frustrés de ne jamais pouvoir commander un appareil électronique ou quoi que ce soit de ce genre par internet parce que “ah, désolé, mais on livre dans tous les Etats-Unis SAUF en Alaska”. Je vous parle de ceux qui vivent simplement dans un endroit presque oublié. Et qui suivent Sarah Palin comme si leur équipe de seconde zone jouait la finale du Super Bowl.
J’ai de la tendresse pour cette Alaska là. C’est juste un autre monde…
On se reparle demain; vous verrez que fort heureusement, on peut ajouter quelques sévères nuances à tout cela…
La “quote” du jour ? Inoubliable. Si vous aviez vu ma tête…
Question: “Quand même, Sarah Palin vous l’aimez beaucoup c’est une chose, mais la crise économique ? Ca ne vous inquiète pas, même vu d’ici ?
Réponse: “En cas de problème, j’ai un Caribou dans le congélateur”
Have a nice day.














