Bienvenue à New-York

Le blog de Fabienne Sintes


Article(s) de septembre 2008

Alaska 1: Crisis ? What crisis ?

Mardi 30 septembre 2008

  © fs

© fs

Laissez moi vous offrir un petit bout d’Alaska. Laissez moi vous offrir une pause dans la crise économique qui bouleverse le monde entier. Car depuis ce morceau d’Amérique grand comme 2 fois le Texas, à 10h d’avion de New-York, la crise, connaît pas !

Ne me faite pas dire ce que je n’ai pas dit. On a la télé et les journaux ici. Personne n’ignore ce qui se passe “là-bas” dans les “lower 48″ comme ils disent, les “48 d’en bas”, le reste de l’Amérique. Tout le monde a aussi des comptes en banque et des pensions pour assurer ses vieux jours. Mais les choses sont nettement moins palpables. Il n’y a pas de crise des subprimes en Alaska. Il n’y a pas de banques fermées ou sur le point de l’être. 

On vit ici comme sur une île. On parle des Etats-Unis comme nos îles caraïbes à nous parlent de la métropole. Comme quelque chose de proche. Qui nous ressemble. Et à la fois tellement lointain.

 © fs

© fs

Ce matin au réveil il faisait 5°. Le froid s’installe doucement. Pas encore assez pour faire peur aux Alaskiens qui à cette température n’ont pas encore renoncé aux T-shirts. Il commencera à neiger dans 2 ou 3 semaines. Et puis à geler. Les jours vont raccourcir. Au pire de l’hiver, il n’y aura pas plus de 4 heures de soleil par jour. Les lacs seront gelés. On ressortira les motos neige. On ira chercher les poissons sous la glace. Et le matin très tôt on verra passer les élans et les caribous. 

Les bélugas eux, sont déjà sur leur chemin. Ce dimanche les habitants d’Anchorage sont venus scruter l’eau pour tenter de les apercevoir. Raté en ce qui me concerne. Mais de loin on voit les sommets enneigés ce qui est exceptionnel parait-il. Quelle chance d’avoir un ciel aussi bleu. L’été qui s’achève a été pourri. 7 jours de beau temps en comptant celui là. De quoi entamer plus tôt pour certains ce qu’on appelle ici la “cabin fever”. L’équivalent de notre dépression d’hiver. Qui touche aussi ceux qui ont pourtant l’habitude du froid et de la nuit. 

 © fs

© fs

La saison de la chasse est ouverte. Ce que vous voyez juste au dessus c’est le rayon “armes en tous genres” du Wal-Mart. Le “Carrefour” local. Bien au centre du magasin, avec les appeaux à élan , les clochettes à éloigner les ours et sacs à Caribous. Il n’y a que nous les journalistes des “lower 48″ pour trouver marrant de prendre ça en photo. Ici, mettre 2 douzaines de cartouches dans le caddie entre les couches pour bébé et les boîtes de haricots ça n’est rien que du très normal. 

Si vous me passez l’expression, l’Alaska est un Etat brut de décoffrage.  Les gens y sont à la fois doux comme leurs paysages. Et rudes comme leur climat. Ils sont ravis de vous montrer leur peau d’ours accrochée au mur et de vous raconter comment ils ont tué cet élan dont la tête trône désormais dans le salon. Le tout comme ça m’est arrivé hier, en mangeant des petits fours bien chauds.

 © fs

© fs

Si je vous raconte tout cela un peu en vrac, c’est juste pour essayer de vous faire comprendre pourquoi une femme venue de ce pays difficile peut créer dans ce coin de terre un tel enthousiasme. Et pourquoi ICI toutes les bêtises qu’elle pourra dire lors du débat de jeudi n’ont finalement que peu d’importance aux yeux de beaucoup.

Je ne vous parle pas des ultra religieux anti avortement qu’elle séduit. Ceux là c’est autre chose. Je vous parle de ceux qui sont fiers que LEUR Sarah, celle qui vit comme eux et pêche sous la glace, ait au moins permis de mettre leur Alaska sur la carte. Permis de montrer au reste du pays qu’ici on ne vit pas forcément dans des igloos avec des moufles à la place des doigts. Je vous parle de ceux qui sont frustrés de ne jamais pouvoir commander un appareil électronique ou quoi que ce soit de ce genre par internet parce que “ah, désolé, mais on livre dans tous les Etats-Unis SAUF en Alaska”. Je vous parle de ceux qui vivent simplement dans un endroit presque oublié. Et qui suivent Sarah Palin comme si leur équipe de seconde zone jouait la finale du Super Bowl.

J’ai de la tendresse pour cette Alaska là. C’est juste un autre monde…

On se reparle demain; vous verrez que fort heureusement, on peut ajouter quelques sévères nuances à tout cela… 

La “quote” du jour ?  Inoubliable. Si vous aviez vu ma tête…

Question: “Quand même, Sarah Palin vous l’aimez beaucoup c’est une chose, mais la crise économique ? Ca ne vous inquiète pas, même vu d’ici ?

Réponse: “En cas de problème, j’ai un Caribou dans le congélateur” 

Have a nice day.  

Fact checking

Samedi 27 septembre 2008

On a beau en faire toute une histoire avant, surtout quand un des acteurs  manque à l’appel (!) un débat renvoie le plus souvent les 2 candidats dos à dos. Celui-ci n’a pas échappé à la règle.

Je vous laisse vous faire une idée avec ce papier de Politico. “McCain sur le mode agressif. Obama la joue cool”. C’est assez bien résumé. 

Le candidat républicain a tiré sur la désormais vielle corde de l’inexpérience d’Obama. Assez grossièrement d’ailleurs…  Sur le fond ceux qui suivent les 2 hommes depuis le début de leurs campagnes respectives n’ont pas appris grand chose. Et l’un comme l’autre ne nous ont pas franchement éclairés quant à  leurs positions sur le plan Bush. 

Souvenez-vous que Kerry était bien meilleurs débatteur que Georges Bush. On ne peut pas dire que ça lui ait porté chance.

Ce que je retiens surtout de ce débat et qui a d’ailleurs parfois détourné mon attention, c’est plutôt ce qui se passait sur mon téléphone portable. Nous avons déjà parlé ici de l’efficacité des démocrates  dans leur utilisation d’internet. Encore une preuve. J’ai reçu  pendant l’heure et demi de cette confrontation la bagatelle de 26 e-mails. Tous de la campagne Obama. “Debate reality check” disait à chaque fois le titre. Contradictions de ce que disait McCain par rapport à des déclarations précédentes; confirmations des citations d’Obama; le tout en temps réel. Redoutable. 

Il est tard. J’ai un sac à faire. On se retrouve en Alaska la semaine prochaine.

Have a nice day.  

En attendant le débat

Vendredi 26 septembre 2008

Nous allons donc l’avoir cette soirée de face à face entre nos 2 candidats. McCain a fini par se résoudre à dire oui, sachant a-t-il dit que le Plan de sauvetage était sur de bons rails. A l’heure où je vous parle, je ne vois pas très bien en quoi il est vraiment  sur de bons rails, mais le candidat républicain n’avait pas vraiment le choix. Les leaders démocrates à la chambre ont clairement demandé aux 2 hommes de retourner à leur campagne et laisser les négociateurs travailler. Bush est sorti à nouveau de la maison blanche pour demander aux sénateurs de faire vite. Jean-Claude Juncker le chef de file des ministres des finances de la zone Euro a dit peu ou prou la même chose.

Ce n’est pas la campagne électorale Américaine qui est suspendue à ce plan de sortie de crise (enfin, sortie… c’est à voir..) , c’est bien toute l’économie Mondiale.  Il faut arrêter de jouer maintenant.

Tout le monde, de toutes façons, à commencer par les éditorialistes des grands journaux était tombé sur le candidat républicain. Son refus de participer au débat était à peu près aussi illisible que toute son attitude ces 48 derniers jours.

Je suis très curieuse de savoir quelle sera la lecture des Américains après ces coups de théâtre successifs orchestrés par le candidat républicain d’abord; les représentants de son parti ensuite.

Assez curieuse surtout de savoir si McCain va se présenter comme le sauveur du contribuable Américain; et si Obama qui est bien meilleurs orateur que débatteur va savoir convaincre et accentuer sa légère avance dans les sondages. Jetez un oeil ici. Un débat ça ne suffit jamais à gagner une élection. En revanche ça peut contribuer à la perdre.

Je ne résiste pas à vous montrer cette page tirée du Washington Post, que fait circuler la campagne Obama. Regardez dans le coin à droite. L’explication est ici.

Trop fort ce John McCain qui ne voulait pas aller au débat. Mais qui a déjà gagné.

On se retrouve après le ”duel” si j’ai le temps. Sinon, déjà dans la préparation du débat suivant chez Sarah Palin la convoyeuse de caribous.

Have de nice day.

Dans le mur. En klaxonnant

Vendredi 26 septembre 2008

Formidable, cette urgence à régler la crise financière demandée par John McCain.

Formidable, cette union sacrée Démocrates et Républicains comme au lendemain du 11 septembre, qu’il appelait de ses voeux encore dans la matinée.

Formidable, cette  appel à ne plus faire de politique quand la patrie est en danger. 

Quand le candidat républicain est arrivé à Washington, le plan Bush de sauvetage de l’économie était sur le point d’être signé. Il n’avait guère d’autre choix que de se présenter au débat ce vendredi soir face à Barack Obama. Le plan reprenait les amendements demandés par les démocrates. Dans le texte était désormais inclus: la surveillance d’un organisme indépendant chargé de savoir quel argent est donné à qui; la garantie que l’argent demandé aux contribuables reviendrait dans leur poche une fois la crise passée; une aide aux propriétaires touchés de plein fouet par la crise.

Et puis le village des irréductibles s’est levé. Un groupe de républicains de la chambre (en phase de réélection soit dit en passant…) qui a posé un plan alternatif sur la table. Un système d’assurance des entreprises en difficulté, au lieu de faire appel au porte monnaie du contribuable. 

Je ne sais pas comment on dit “douche froide” en anglais, mais ça vaudrait le coup de le savoir pour les reportages à venir.

Les démocrates sont sortis de la salle des négociations furieux à 22h30. Ils accusent clairement John McCain de ralentir à dessein l’obtention d’un accord.

Le candidat McCain, si pressé d’en finir avec cette crise a rencontré ce groupe de républicains de la chambre plus tôt dans l’aprés midi. On se retrouve désormais avec des démocrates prêts à signer un plan concocté à l’origine par Georges Bush. Et des républicains défenseurs du contribuable qui s’éloignent de ce président si impopulaire et décident qu’il faudra leur passer sur le corps avant de pomper l’argent des Américains.

Les démocrates se sont fait doubler dans les grandes largeurs. McCain peut tranquillement continuer à dire qu’il n’est pas question de reprendre sa campagne sans accord. Son camp a tout fait pour qu’il n’y en ait pas. Il peut continuer à bouder le débat. Ou y aller grand seigneur. Il espère en tout cas désormais sauver sa peau en étant celui qui n’a pas permis que les contribuables mettent la main au porte monnaie. Et ainsi remonter le terrain perdu dans les sondages.

Pour quelqu’un qui refusait de faire de la politique en cette période de crise, c’est assez fort.  Nous sommes en pleine guerre démocrates contre républicains. Les républicains de la chambre, qui sont plus radicaux que leurs voisins du sénat ont travaillé à la hussarde. Voici cette question posée par le New-York Times: Est-ce qu’Obama est trop “soft” en temps de crise. 

Maintenant qu’est ce qui se passe ? Il ne vous a pas échappé que “washington Mutual” avait plongé. C’est un peu comme si nos caisses d’épargne avaient mis la clef sous la porte.

Une dernière chose qui m’a frappée hier. Au moment même où les républicains frondaient à Washington, voici ce que l’on a vu aux portes de Wall Street.

 © fs

© fs

Les premières manifestations contre le plan Bush. Pas de ménages en danger dans ce rassemblement. Uniquement des activistes. En France on dirait que c’est l’extrême gauche qui est descendue dans la rue.  Ni démocrates, ni républicains. Attirés par l’odeur du désordre en cours et à venir. C’est de bonne guerre. Leur slogan: “Bailout = Bullshit”. Je ne crois pas avoir besoin de vous le traduire.

 © fs

© fs

Un bon chaos, un peu dans la rue, beaucoup à Wall street, beaucoup dans la tête des électeurs perdus, est-ce que ça assure une élection ça ? Pour qui exactement ?

Have a nice day

Et pendant ce temps, sur la planète Palin

Jeudi 25 septembre 2008

Je ne dépêche de vous reparler une minute de Sarah Palin, parce qu’au train où vont les choses, elle va retourner à ses caribous plus vite que prévu…

Nous avions laissé la dame à ses cours de politique étrangère aux Nations Unies. Et rien de plus puisque les télévisions n’ont eu droit qu’à.. 29” de tournage et pas de point presse derrière.

CNN était furieuse ! Regardez ce coup de gueule plutôt drôle .  ”Free Sarah Palin !” dit Campbell Brown. Laissez la montrer ce qu’elle a dans le ventre. Laissez la répondre à de vraies questions. 

La presse dans son ensemble est très en colére. Palin n’a jamais répondu à des questions du tac au tac encore. Elle est surprotégée. La campagne McCain a compris qu’il fallait arrêter ce jeu quitte à s’en mordre les doigts; elle a donc accepté de lâcher la bête chez Kathy Couric sur CBS. Journal de 18h30. Grande écoute. Ca commence sur l’histoire de Rick Davis dont nous parlions dans le post précédent pour finir vers la crise financière et la “grande dépression” promise par celle qui aspire quand même à être vice-présidente des Etats-Unis.

La sortie de McCain sur la suspension de sa campagne et tout le pataquès qui a suivi ont détourné l’attention, si bien qu’on a peu parlé de cette ITW encore une fois assez pathétique.

Je vous laisse interpréter comme vous voulez cette scène: Amid Karzaï était invité hier par la très sérieuse “Asia Society” en marge de l’Assemblée Générale de l’ ONU. Il a déclenché l’hilarité de la salle quand il a cité Sarah Palin parmi les personnalités rencontrées dans la journée…  

Ce mercredi elle doit entre autre rencontrer Bono (!) A moins que la campagne de Palin ne soit interrompue elle aussi… (ici)  

Peut-être en effet qu’il vaudrait mieux faire une pause. Pas pour réparer l’économie Américaine. Pour finir ses devoirs.

Have a nice day.    

Un homme à la mer

Jeudi 25 septembre 2008

What a day !

Acte 1. John McCain annonce qu’il suspend sa campagne.  Il explique qu’il se met à la disposition de Washington pour régler avec ses collègues sénateurs la crise financière. Le plan de l’administration Américaine dit-il, n’est pas prêt d’être accepté. Il faut tout arrêter pour aider le pays en danger. Démocrates et Républicains ensemble. Il n’y a plus de place pour la politique. McCain demande aussi à ce que le premier débat présidentiel prévu vendredi soit repoussé. 

Acte 2. La réponse d’Obama. En substance, le sénateur de l’Illinois explique qu’il faut savoir faire 2 choses à la fois: continuer la campagne et suivre de très près les travaux du sénat. Il faut avoir ce débat dit il, c’est même le moment ou jamais de confronter nos avis.  La campagne Obama tôt ce matin, avait proposé un communiqué commun autour de la crise financière. La réponse de McCain a été, c’est le moins qu’on puise dire, un peu plus radicale. 

Acte 3. Georges Bush, qui jusque là a été plus que discret sur cette crise financière, fait une déclaration solennelle au peuple Américain. Il explique qu’il FAUT signer ce plan, sinon l’Amérique plongera dans une longue et douloureuse récession. 

Georges Bush a invité pour demain jeudi les 2 candidats à un rendez vous à la maison blanche pour discuter de cette crise et le plan pour en sortir.  Enorme.  

“Country first”. C’est l’un des slogans préférés de la campagne McCain. Finalement, comme lorsqu’il fallait interrompre la convention en attendant l’ouragan Gustav. Surtout pas de politique quand la patrie souffre.

On verra bien dans les sondages dès demain, comment l’Amérique interprète ce geste

J’ai failli écrire “geste désespéré”.  

Le “plan” est-il vraiment en difficulté ? Certes, les discussions sont ardues. Les questions ne manquent pas autour du fonctionnement de cette opération sauvetage. Les démocrates par ailleurs ne veulent pas signer un chèque en blanc sans plus de détails et veulent surtout que les ménages touchés par la crise des subprimes bénéficient aussi d’un coup de pouce sérieux du gouvernement fédéral.  

Hier dès l’annonce de la suspension de la campagne de McCain, on a vu sur les télévisions des élus (n’oubliez pas que la majorité des chambres est démocrate) expliquer que les choses avançaient. 

Mais est-ce que l’explication de l’attitude de John McCain n’est pas plutôt à aller chercher ici.  52/43 au dernier sondage. Obama s’envole. Entre “les fondamentaux de l’économie Américaine sont bons” et “Arrêtons tout, l’Amérique est en danger”, les électeurs ont semble-t-il du mal à suivre. McCain empêtré dans son programme économique proche de la politique de Bush a l’air de ne pas savoir s’il doit suivre le plan de l’administration ? Rejeter ce plan ? Aaaarght !!! Arrêtez tout !!!

Par ailleurs, les plus assidus d’entre vous ont peut-être vu passer que le directeur de campagne de McCain, Rick Davis, avait touché de l’argent pour sa société de lobbying jusqu’à très récemment de la part de … Freddie Mac. L’organisme de refinancement hypothécaire dont l’effondrement a contribué à mener l’économie Américaine où elle est aujourd’hui. (à lire ici). Ca fait mauvais genre.

McCain n’est-il pas plutôt en train de tenter un “coup” destiné à faire oublier qu’il est en train de boire la tasse ? 

Quant à cette déclaration de Bush expliquant l’air grave à son pays que “toute notre économie est en danger”; que “sans action immédiate du congrès l’Amérique pourrait glisser dans une panique financière douloureuse”, ça me laisse comme un drôle de goût dans la bouche. Cette crise est très importante. Certes, l’économie Américaine n’a pas vécu une situation aussi dramatique depuis les années 30. Tout cela est vrai. Mais demander au congrès de signer vite, vite,  avant une catastrophe imminente ça me rappelle des phrases quasi identiques. C’était en 2002. Juste avant l’entrée en guerre des Etats-Unis.  Autre sujet. Même rhétorique. Pour quels effets ?

Have a nice day.     

La vie de Troy Davis

Mercredi 24 septembre 2008

Troy Davis est vivant. 

Mais pour combien de temps encore ?

Troy Davis est un noir Américain de 39 ans, condamné en Géorgie en 1991 pour le meurtre d’une jeune policier blanc de Savannah.

La cour suprême des Etats-Unis a suspendu cette nuit son exécution le temps de l’appel déposé par ses avocats. Le temps de l’appel seulement. S’il est rejeté, Troy Davis à nouveau, pour la 3ème fois, attendra dans le couloir de la mort de sa prison, le bruit des pas de ceux qui viennent le chercher pour le tuer.

Il n’y a aucune preuve matérielle de la culpabilité de cet homme. L’arme du crime n’a jamais été retrouvée. 7 des 9 témoins à charge de son procès se son dédits. 

Le monde entier s’est mobilisé pour Troy Davis. Y compris Robert Badinter. Y compris le pape, Jimmy Carter ou Desmond Tutu. Le 10 juillet dernier, les eurodéputés ont même déposé une résolution d’urgence disant “nous n’affirmons pas que cet homme est innocent. Nous disons qu’il n’a pas eu de procès équitable”.

La cour suprême se prononce sur la demande en appel lundi.

Depuis 1973, 128 personnes ont été sorties des couloirs de la mort preuve faite de leur innocence. 

42% des condamnés à mort aux Etats-Unis sont noirs.    

Have a nice day.

Speed dating

Mardi 23 septembre 2008

Sarah Palin a 30 heures pour faire le tour du monde.

Elle profite de l’assemblée générale des Nations Unies pour rencontrer les présidents D’Afghanistan, du Pakistan, d’Irak, de Colombie, de Géorgie et d’ailleurs… L’un après l’autre. En moins de 2 jours donc.

Elle doit aussi prendre un cours de mémorisation rapide avec Henry Kissinger. Il va la briefer sur ce qu’il connaît le mieux: La Russie, la Chine et le Proche-Orient.

Palin on l’a bien compris, doit casser cette image de néophyte en politique étrangère. Elle doit apprendre vite et prouver qu’elle comprend vite pour que les journaux Américains arrêtent de souligner tous les jours qu’elle n’avait pas de passeport avant l’année dernière, lorsqu’elle a visité la Garde Nationale d’Alaska au Koweït. Elle doit faire oublier qu’on a finalement enlevé la ligne “Irlande” à la rubrique “voyages” de son CV, parce que quand même: une escale technique… faudrait pas pousser. 

Mais faudrait pas pousser non plus dans la caricature. C’est exactement ça qui a fait décoller la dame dans les sondages et rempli les meetings de McCain d’une foule en délire. Haro sur les médias et les pseudo-intellos de Washington qui méprisent l’Amérique des gens simples et des petites villes. C’est à dire plus de la moitié de ce pays.

Ecoutez ce que Bill Clinton dit de Sarah Palin (ici). Il était invité du show télé “The View” à l’occasion du sommet qu’il organise maintenant tous les ans en marge de l’Assemblée Générale de l’ ONU. Ce qui nous intéresse commence au 6ème paragraphe.  Clinton explique calmement que certes, il ne partage rien des idées de Palin, mais que ce choix est le bon choix pour le camps adverse. Qu’une famille qui se resserre autour de la grossesse d’une ado, c’est bien. Que Todd Palin qui termine une course de moto neige avec un bras cassé, man ! ça force le respect. Il trouve que Sarah Palin est une femme forte et pleine de personnalité. 

Il est malin ce Bill. Taper sur Palin est contre-productif pour le camp démocrate.

En revanche si on laisse faire le temps et l’actualité, le phénomène se dégonfle tout seul. La crise financière a déjà commencé à faire son oeuvre (c’est là, au coeur de la semaine dernière). Non seulement McCain a chuté dans les sondages, mais Palin est devenue presque inexistante. 

Les casseroles sont nombreuses. La dernière en date est . Une femme violée dans la ville de Wasilla lorsque Palin était maire, à qui on fait payer son examen médical. 

En revanche, voici de quoi faire remonter une cote de popularité en baisse: Le FBI selon un média local du Tennessee , a fouillé dans la chambre du fils d’un représentant démocrate. C’est lui qui aurait piraté la boite mail de Sarah Palin. 

Les républicains ont choisi de lancer Sarah Palin comme on lance un nouveau produit sur les rayonnages de Wal-Mart. La hotline du service après vente est en surchauffe. 

Have a nice day.     

Ma nuit à la cathédrale

Lundi 22 septembre 2008

Mon meilleurs ami aux Etats-Unis s’appelle Mike. 

Il ne vote pas. Il ne prie pour personne. Il a un regard parfois très cynique sur son pays. Je le taquine souvent en lui disant que j’aime probablement l’Amérique bien plus que lui.

Lors de ses rares vacances, il nous arrive d’aller camper sous la lune au milieu des canyons; mais la plupart du temps il est capable de trouver son bonheur en restant enfermé chez lui à écrire.

En revanche Mike a une religion: Le baseball. 

Lors d’une virée commune dans l’Iowa au moment des primaires, Mike m’a entraînée dans l’un de ces bars ou l’on boit la bière à la bouteille les yeux fixés sur les télévisions. C’est comme ça que j’ai été initiée. “Tu ne peux pas comprendre ce pays, si tu ne comprends pas le baseball”. Très bien. 

Lorsqu’il a appris que j’allais assister ce dimanche au dernier match des Yankees dans le stade mythique du même nom, Mike a hurlé dans le téléphone et décrété que ce reportage allait être le plus important de tout mon séjour Américain. Très bien.

Après tout vous me direz, des élections, il y en a tous les 4 ans. Le Yankee stadium, après ce soir, y’en aura plus. Il va être détruit pour en construire un autre.

J’ai donc fait tout comme il m’a dit. J’ai acheté un T-shirt et une casquette. (Inutile d’y penser, no pictures) Et me voilà partie.

 © fs

© fs

  

En dehors du fait que je compte apprendre très prochainement à ne plus prendre de photos floues, j’ose à peine révéler le prix de cette place qui m’a posée dans un emplacement habituellement payé 12 $. Je vous laisse multiplier par… 20 !!! Et c’était même pas du marché noir…   

 © fs

© fs

 

Pour moi aussi, c’était le premier et le dernier match à la cathédrale…   Mon emplacement était un peu l’équivalent du virage du parc des princes. Très bruyant, mais très fervent. Et inutile de vous dire qu’au moment de l’hymne national, pas question de siffler…   

 © fs

© fs

Grâce à Mike, je dois dire que je n’étais pas peu fière de ne pas tomber de la lune quand la foule a scandé le nom de Derek Jeter. Et mon petit brin de culture en la matière sait quand même qui est Joe Di Maggio que mon voisin a vu faire un “home-run” contre Cleveland en 1948.  Pour pouvoir envoyer à temps ce reportage qui doit donc être le plus important des mois passés et de ceux à venir, j’ai quitté le stade à presque 23h. Soit 2 heures et demi après le début. Et à peine à la moitié du match. C’est toute la beauté du jeu dit Mike… Savoir attendre des heures qu’il se passe quelque chose. 

Si vous lisez l’anglais et que vous aussi, vous voulez comprendre l’Amérique et donc le baseball, voici mon antiséche.  Signée Mike.

The rules of baseball are pretty simple.

There are nine players on each team, and they take turns on defense and offense. 

Each team gets nine turns to bat and nine turns in the field.  These are called the nine innings.

Each turn at bat, the team gets three “outs” to try to advance its batters to first base, second base, third base and then HOME.  Circling the bases and finally touching HOME PLATE safely is the only thing that counts for runs (NEVER SAY POINTS) in baseball.

So, what’s an out?

The pitcher throws the ball toward home plate, where the batter stands.  Although the ball flies at 90 miles per hour, the batter tries to hit it into the field of play.  If the ball is hit and the defense can catch it before it bounces on the ground, then it’s an automatic OUT.  If it bounces on the ground, then the batter tries to run to FIRST BASE before the defense can pick up the ball and throw it to the FIRSTBASEMAN.  (Essentially, if the ball bounces on the ground it’s a race between the batter and the ball, to see which one reaches FIRST BASE first.)

If the runner is SAFE at first, then he waits there as the next batter takes a turn, trying to hit the ball far enough so the runner can keep advancing to SECOND BASE, then THIRD BASE, then HOME to score a RUN.

Remember, the team gets THREE OUTS per inning.  After the third out, the teams change places.  There’s a delay as the pitcher warms up his arm.  (It’s very damaging to the shoulder if the pitcher tries to throw his hardest pitch before warming up between innings. Remember, they’re throwing 90 miles per hour…)

* * * * *

The real strategy of baseball will appear microscopic to you if you are sitting in right field. It is the little war within the war between the pitcher and the hitters.

The batter doesn’t have to swing at the pitches.  After all, some of them might be too high or too low, too far inside (close to his body) or too far outside (away from his body) to hit.

The umpire, who stands behind the catcher, must decide if each pitch is a STRIKE (a good pitch) or a BALL (a bad pitch).  The STRIKE ZONE is an invisible box as wide as home plate, above the batter’s knees and below the batter’s armpits.

Batter up – try this example:

* So the pitcher winds and throws.  The batter does not swing.  But the pitch was too high, up by the batter’s head, so that’s called a BALL.  BALL ONE.

* The pitcher winds and throws again.  The batter does not swing.  But the pitch was perfect, right across the plate at the batter’s belt-level.  So that’s called a STRIKE. STRIKE ONE.

* The pitcher winds and throws again.  The batter swings and misses.  So that’s a STRIKE.  STRIKE TWO.

So far, the count is ONE BALL and TWO STRIKES. 

Remember these basic rules:

* THREE STRIKES and he’s OUT.

* FOUR BALLS and he gets to WALK to first base – a freebie!!!

So with the count ONE BALL and TWO STRIKES, that means there’s a lot of pressure on the batter.  One more strike and he’s out.  So he’s more likely to swing at a bad pitch – and so the pitcher will probably throw a bad pitch, like in the dirt or way outside, to entice him into a bad hit.

* So the pitcher winds up and throws.  It’s a slow fastball, outside.  But it’s close enough that the batter can’t afford to let it go.  He swings weakly and hits a feeble ground ball back to the pitcher, who tosses it over to the first baseman for an easy out.

The first time people watch a baseball game, they just wait for the ball to be hit.  But the real drama is up-close, in watching the strategy the pitcher uses to entice the batter to swing at bad pitches that won’t go anywhere.

The pitcher uses fast balls, (slower) curve balls, sliders, split-finger fastballs, screwballs and a whole bunch of other types of pitches.  Sometimes, he throws at the batter’s head, just to scare him into backing further away from home plate.

* * * * *

The big excitement in baseball is watching the biggest, most powerful hitters take their turns at bat.  If they can hit the ball “out of the park” – over the outfield fence into the seats where you’ll be sitting – that’s a HOME RUN.

If a home run flies into your section, get ready, because there’ll be a fight among testosterone-filled young fans who are desperate to take the ball home.  On the last day of Yankee Stadium, there might be broken bones as people fight to get those prized souvenirs.

A normal baseball score will be 5-4, perhaps 7-3, or even 1-0.

There is NO CLOCK.  Theoretically, a game can go on forever.  If the game is tied after the scheduled nine innings, they play extra innings, indefinitely.  Usually that means just one or two extras, but a few years ago there was a game in the minor leagues that went 33 innings – taking two whole days.  That won’t happen Sunday.  It’ll be three hours, perhaps 3 ½ hours because it’s a special day.

Merci Mike.

 

Mais ce que je retiens surtout de cette petite soirée, c’est que plus de la moitié de ce stade était fait de pères et leurs fils. En souvenir des après-midi du dimanche à se renvoyer une balle. Ou du premier gant acheté avant d’avoir 10 ans. Elle est peut-être là finalement la grande vertu du baseball.  

 

Have a nice day.  

 

Portrait 3: Mike

Dimanche 21 septembre 2008

 Portraits d’électeurs, que vous retrouvez tous les vendredi dans “Et pourtant elle tourne” sur France-Inter. La rue, prise au hasard… Mike a été diffusé le vendredi 19 septembre.

J’ai eu contact avec Mike pour la première fois il y a plusieurs mois. C’était en février au moment du “super tuesday”. En faisant le tri dans les contacts que j’avais dans mon petit carnet, je suis tombée sur lui à la rubrique: “républicains”. “Vous tombez mal” me dit-il alors, “cette année je change tout, je vote Obama”. Je me suis promise de retrouver ce monsieur pour cette série de portrait, sauf qu’entre temps, Mike avait… rechangé d’avis ! Voici son histoire.

 © fs

© fs

Je crois que Obama représentait ou représente ou espérait représenter le changement ou un changement de génération. Un nouvel espoir pour l’Amérique. Y compris pour moi parce que je crois que l’Amérique a besoin d’une nouvelle direction pour beaucoup de raisons que tout le monde sait. Je crois qu’Obama avait les moyens d’inspirer le public, les jeunes, un changement de génération…

Je crois qu’un président à lui tout seul ne peut pas tout changer. Mais s’il représente une nouvelle vague, de nouvelles idées, une possibilité de changer la façon dont les choses sont faites, là il y a la possibilité d’emmener le pays dans une autre direction.  Je crois surtout quand on contraste avec Hillary Clinton qui vraiment a beaucoup de bagage, il avait un vrai avantage.

Q: Vous dites “c’était” . C’est déjà fini ?

On y arrive finalement. Pour moi le tournant c’est le discours de la convention, où pendant toute la première partie, il a critiqué son rival, quand l’avantage qu’il avait c’était de pouvoir inspirer le public. Je crois qu’il est retombé dans le même discours que les autres. Quand on perd ce certain charme. Quand on n’a plus la possibilité de se faire suivre avec la force de personnalité, on perd cet avantage, et c’est là qu’il a perdu son avantage. Il fait de la politique politicienne à nouveau. J’ai vu une faille dans l’image qu’était Obama. Parce que c’est avant tout une image. Et ensuite ça a été suivi par des idées qui n’étaient pas très concrètes. Et du coup on commence un peu à regarder les idées et le programme plutôt que de se faire inspirer par le charisme. Donc on commence à le mesurer contre l’autre mec.

Je crois que finalement, ils se valent. Les conditions économiques dans lesquelles on se trouve sans parler de la guerre et des autres problèmes, favorisent quelqu’un qui est peut -être un peu moins abstrait. Si Obama ne m’inspire pas par sa personnalité et son charme il doit m’inspirer par ses idées. Si ses idées ne m’inspirent pas j’en viens à remesurer les compétences et l’expérience de son adversaire.

Il faudra qu’Obama se présente avec des idées réelles et faisables dans le monde d’aujourd’hui et qui ne reposent pas uniquement sur le charme.

Q: C’est pourtant ce charme qui vous a séduit au début ???

Il l’a gaspillé. A la convention et depuis. Si je devais voter aujourd’hui, je crois que je voterais pour McCain. Pas parce qu’il aura gagné ma voix, mais parce que Barack l’aura perdu. Il n’a pas maximisé son avantage.

J’arrête mon vote la veille du 04 novembre.

Un petit bout de commentaire: Mike est financier. Pour des raisons pratiques, cette ITW a été réalisée mercredi dernier. Donc au coeur de la crise, mais bien avant les interventions inédites (historiques !) du gouvernement Américain. Nous sommes donc aussi à l’avant veille des déclarations des candidats sur l’ampleur de la crise. Mais encore une fois nous sommes aussi dans les arguments du charme contre les idées. Attendons encore un peu. Ces arguments peuvent disparaitre avec la suite de la crise boursière qui décidera peut-être du prochain président des Etats-Unis. Il faudra vraiment alors retrouver Mike. Notre girouette étalon !

Have a nice day.