L’Amérique par les chemins de traverse

Le blog de Fabienne Sintes


Mefiez vous des blondes

Barack Obama saison 2, En ville

Ainsi donc, un terroriste n’a pas forcément de barbe.

 © WPVI-TV via afp-getty image

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La photo de cette femme est partout depuis 48h. Elle s’appelle Colleen LaRose. Elle a 46 ans. Elle habite une petite ville de 3000 habitants en Pennsylvanie. Son nom de code sur internet ? Jihad Jane. Convertie à l’Islam apparemment, mais son petit ami n’en savait rien (!) elle recrutait des terroristes “comme elle”, c’est à dire dont l’apparence ne pouvait pas rendre les autorités suspicieuses. Ici.

L’un de ses objectifs personnels était d’ailleurs de tuer Lars Vilks, ce dessinateur Suédois qui a représenté Mahomet avec une tête de chien. Comment une blonde aux yeux clairs peut-elle intriguer des douaniers d’europe du Nord ? Elle a d’ailleurs fait le voyage en Europe en août dernier. Ce qui s’est passé sur place n’est pas très clair.

L’habit ne fait pas le moine, c’est bien la crainte des autorités Américaines. Depuis l’ attentat manqué de Noël et les nouvelles mesures de sécurité dans les aéroports, le pays débat sur le type de “profiling” qu’il doit assumer. là. 

14 pays sont surveillés de plus près. Les papiers de tous ceux qui sont originaires, vivent ou sont passés par ces zones géographiques sont regardés de plus près. Une fouille plus poussée est autorisée. Ca ne concerne pas évidemment  les blondes avec passeport Américain.

Have a nice day.

007 au pas de la porte

En ville

Le port d’arme aux Etats-Unis dans notre jargon on appelle ça un « marronnier ». Le sujet qui revient tout le temps. La différence avec un marronnier classique cependant, c’est qu’on y a  droit en toutes saisons. Et que même si nous avons du mal à le comprendre vu d’Europe, nous parlons là d’une question entièrement mêlée à l’identité Américaine. La cour suprême depuis ce mardi se penche à nouveau sur la question. Nous aurons l’occasion d’y revenir plus à fond en juin quand elle aura pris sa décision, mais notez le sur vos tablettes, parce que le dossier est le plus sensible et le plus attendu de l’année.

Voici. Un habitant de Chicago, Otis Donald, veut pouvoir posséder une arme à feu pour se défendre dans son quartier. Or à Chicago, le port d’arme est intégralement prohibé.

Les réglementations varient d’un Etat à l’autre. Dans le Tennessee depuis quelques mois, on peut porter son arme dans les débits de boisson (!). En Arizona, le projet en discussion se demande s’il est vraiment indispensable d’avoir un permis pour porter une arme (!!) ailleurs encore on peut acheter désormais plus d’une arme par mois (et par personne). Depuis à peine plus d’un an vous pouvez être armé dans les parcs nationaux. Ou dans les trains.

Bref alors que ces dernières décennies certaines villes (comme Chicago) et certains états, ont essayé de limiter le port d’arme pour luter contre la criminalité, on cherche aujourd’hui à déréglementer. Ca n’est pas neuf. C’est cyclique.

Cette attitude n’est pas sans rapport avec l’élection de Barack Obama. Je me souviens d’un reportage fait en Virginie avant même l’investiture dans lequel il ne m’a pas été difficile de trouver des gens qui achetaient furieusement des armes de poing (30% d’augmentation à partir d’octobre 2008) de peur de les voir interdire.

Le président s’est cependant bien gardé de toucher au 2ème amendement. Y compris concernant les armes militaires.

L’action lancée par Otis McDonald pourrait avoir des conséquences énormes.

Il se base sur une discision de la cour suprême qui date de 2008. A l’époque c’est la ville de Washington qui avait saisi les 9 sages. Ils avaient répondu que « chaque citoyen Américain était autorisé à posséder une arme chez lui, pour son auto-défense ».

Washington, la capitale Américaine, n’étant pas un Etat en tant que tel et étant régie par les lois fédérales, la décision de la cour n’a pas passé les frontières du District of Columbia.

Or c’est exactement ce que demande Otis McDonald. Que ce qui est valable pour Washington le soit partout ailleurs. Le port d’arme serait alors étendu à tous les Etats sans exception. Et les interdictions par villes seraient désormais nulles et non avenues.

Sur les 9 juges de la cour suprême 4 sont vus comme des conservateurs. 4 sont considérés comme plus progressistes. Et 1 autre est entre les 2.

Have a nice day.

Filibuster perso

Barack Obama saison 2

 Je ne m’étends pas parce qu’on va finir par dire que je veux démolir les institutions Américaines. Mais juste pour votre édification personnelle, dans la série « y’a un truc qui cloche », voici le Sénateur républicain du Kentucky Jim Bunning. A lui tout seul, il a réussi à bloquer le sénat pendant plusieurs jours et bien failli priver les chômeurs d’allocations.Les sénateurs étaient pourtant d’accord pour prolonger de 30 jours ces allocations arrivées à expiration dimanche. Il était question de “combler un vide”, pas plus. Sauf pour Jim Bunning le très conservateur qui estimait que les 10 milliards de dollars nécessaires ajouteraient au déficit. A lui tout seul, depuis jeudi, il gelait le processus. (Ici pour comprendre plus en détail) Et pendant ce temps, les chômeurs ne touchaient plus leur argent.

Même les Républicains à vrai dire étaient gênés aux entournures. Ils ont essayé de convaincre leur Sénateur (qu’ils poussent dehors par ailleurs, et qui ne se représentera pas en Novembre) ; ils on essayé aussi changer de sujet ce matin sur le « floor » mais les démocrates ont refusé. Bunning, 78 ans, a donc eu son heure de gloire pour expliquer devant les caméras pourquoi il persistait. Les Démocrates en ont profité pour faire la démonstration des méthodes Républicaines.

Au final Bunning a plié.

Les républicains ont soufflé, ils sont rares à avoir trouvé cette action productive. Sauf un, à sa manière: Scott Brown, que revoilà “The perception in Massachusetts and other parts of the country is that Washington is broken. And if it takes one guy to get up and make a stand, to point out that we need a funding source to pay for everything that’s being pushed here, I think that speaks for itself.”

Ah ! Si j’avais 10$ à chaque fois que « Washington is broken » est prononcé d’un côté comme de l’autre…

Have a nice day

Bon pour le service

Barack Obama saison 2

L’info du jour, repérée par les petites curieuses, c’est que quand le président Américain est pesé pour raisons médicales, il monte tout habillé sur la balance. Et avec ses chaussures. La preuve est ici. Dans le bulletin médical de Barack Obama.

Pour ceux qui s’inquiétaient sinon, le président va globalement très bien. Il a pris du cholestérol (Attention !), il a un peu mal au genou gauche, mais son coeur bat à 56 pulsations/minute, il a une pression artérielle à 105/62 et il mange bien (!).

L’autre Info du jour, c’est cette petite note du médecin en bas de la page 1 qui suggère que le président doit continuer ses efforts pour ne pas fumer. Ce qui annonce avec tact au bon peuple Américain que Barack Obama n’a pas réussi à arrêter la clope.

Il va donc falloir qu’il engage une petite réforme personnelle de sa santé en même temps que la Grande,  qui soit dit en passant va donc comme prévu finir par un vote à la majorité simple. Ce matin, Nancy Pelosi a annoncé qu’elle pensait avoir rallié tous les démocrates nécessaires à un vote (là). On s’achemine donc vers ce fameux tour de passe-passe législatif dont nous avons déjà parlé ici, et comme l’a dit Obama après son “sommet” sur la santé les électeurs jugeront. En effet, quoi qu’il se passe au congrès désormais, les mid-terms de Novembre seront bien un referendum. Je vous suggère ici une passionnante analyse du Post de ce dimanche qui explique que désormais seul Obama a les cartes en main. Pendant presque 1 an, il a été passif et a regardé les 2 chambres travailler. Désormais, c’est lui qui porte entièrement le dossier sur les épaules. Il est rentré dans le jeu en début de semaine dernière en proposant son propre plan, et avec une maîtrise très impressionnante de tous les aspects techniques de la question, il a clairement affiché un côté prof-remettant-l’ordre-dans-la-classe lors du sommet de jeudi.

Entre “politics” et “policies”, les politiciens et la Politique, entre Politique gouvernementale et Philosophie politique, tout le monde est d’accord pour dire que le système de santé est mauvais, mais le fossé sur la méthode a rarement été aussi clair. Dans quelques mois les Américains voteront encore sur un changement. Mais cette fois, avec 1 an pour se faire une idée, c’est bien d’un changement de société dont on parle. Accepter une part d’intervention gouvernementale ou pas.

A la place d’Obama je n’arrêterais pas de fumer tout de suite.

Peut être même que je me mettrais à boire…

Have a nice day.

Scott Brown, ce héros

Barack Obama saison 2

Le nouveau mot à la mode dans la politique Américaine est un ennemi de la radio. Essayez de dire “Bipartisianisme” sans fourcher, et vous m’en direz des nouvelles. En général, le mot vient avec ou sans “forceps”. Qui a au moins l’avantage d’être plus facile à prononcer.

D’abord donc, la version “forceps”.

Le “coup” de Barack Obama a 72h du grand débat télévisé sur la réforme de la santé. Le président Américain a fini par faire ce qu’il se refusait de faire jusqu’à présent, il a présenté un projet de réforme de la santé qui porte sa signature. Après avoir laissé le congrès se débattre pendant presque 1 an, il prend la main et fait lui même la synthèse entre le texte de la chambre voté en Novembre, et celui du sénat voté à Noël. Il pioche surtout dans le projet du Sénat d’ailleurs. Qui est plus restrictif; donc moins controversé. Pour faire court, il efface définitivement l’idée d’une option publique. Il propose une sorte de “haute autorité” pilotée par l’état qui empêchera les compagnies d’assurance de faire grimper leurs tarifs au delà de toute mesure (en Californie les premiums ont augmenté de 32% en anticipation d’une réforme); il donne une aide fédérale à chaque état pour étendre Médicaid (dans le projet d’origine c’était une clause spéciale obtenue par le Nebraska uniquement).

Barack Obama joue un coup de poker pour maintenir en vie et finalement passer une réforme qui devait (et doit toujours) être le phare de son mandat. Il met les républicains devant l’alternative suivante: Soit vous apportez des idées nouvelles et constructives à partir de ce nouveau texte. Soit vous faites la preuve de votre refus systématique.

Ce que ça veut dire, c’est soit on aboutit à une réforme bipartisane. Soit Obama utilisera une manoeuvre législative qui s’appelle la “réconciliation”. L’astuce est de considérer les changements introduits comme budgétaires. Et la majorité requise n’est plus à 60 mais 51 sur 100. (Ici, le New York Times pour comprendre dans le détail)

Dans le même ordre d’idée, celui du bipartisianisme, mais cette fois sans les forceps, la loi sur l’emploi pourrait bien être votée cette semaine. “Une lueur de bipartisianisme” dit le même New York Times (là). Les sénateurs se sont prononcés à 62 voix contre 30 pour arrêter les débats et voter. Le texte prévoit des grands travaux (autoroutes, ponts). Et des réductions fiscales pour les entreprises qui embauchent. Il était appuyé par 55 démocrates et 2 indépendants.

5 Républicains se sont ralliés à la majorité pour faire voter le texte. Parmi eux figurait celui qui a fait perdre la majorité à 60 aux Démocrates en gagnant le Massachussetts. Celui qui a été en partie élu par les ultras des groupes ”Tea party”. Celui qui a été désigné “Héros conservateur” mais surfe finement sur le “Washington is broken” des électeurs.

Scott Brown.

Have a nice day.

Le Times, la Maison Blanche et le Taliban

En ville

Inutile de se faire des noeuds au cerveau, il n’y a pas de réponse simple à la question qui suit. A vous de me donner votre sentiment. Pour les anglophones, allez jusqu’au bout de ce papier du New York Times publié hier soir sur son site Internet. Pour les autres, je fais court: Le NYT est le premier à avoir annoncé la capture du n° 2 des Talibans, le Mollah Abdul Ghani Baradar. Lundi. Après avoir retenu l’information pendant 3 jours à la demande de la Maison Blanche. Raison de sécurité. Le journal a fini par juger qu’il ne pouvait pas rester sans publier plus longtemps. La retenue des uns comme la demande des autres sont parfaitement détaillées. 

 NY Times Holds Taliban News at White House Request

Filed at 7:53 p.m. ET

The New York Times nailed down the news about the capture of the Taliban’sNo. 2 commander in Afghanistan last week but held off publishing the information at the request of a key player in the article — the Obama administration.

The cooperation with the White House added another layer of intrigue to the Times’ exclusive report about the arrest of Mullah Abdul Ghani Baradarby Pakistani and U.S. intelligence forces. The newspaper broke the news on its Web site on Monday night, at least three days after its reporters learned about the action.

After devoting the first seven paragraphs of the article to the news’ significance, the Times disclosed its delay in reporting the development. The reason: White House officials contended that publicizing the information would damage their efforts to learn more from Baradar allies who didn’t know yet that he had been captured.

White House officials made their argument after being contacted by the Times for comment, according to Bill Keller, the newspaper’s executive editor. Based on the government’s contention that more lives might be saved if the information remained under wraps, the newspaper agreed to hold the story ”one day at a time, until the situation changed,” Keller wrote Tuesday in an e-mail to The Associated Press.

After the Times’ contributors in Afghanistan and Pakistan began to hear chatter on Monday about Baradar’s capture, the newspaper decided that it couldn’t sit on the story any longer.

”Our instinct is always to publish what we know as soon as we are confident it is true and fair and clearly told,” Keller wrote. ”We’re in a competitive business, and we chomp at the bit when we have a good exclusive like this one. But it did our readers no harm to hold the story for a few days.”

Kelly McBride, a specialist in journalism ethics at the Poynter Institute, agreed. ”You always have to balance your primary loyalty to your audience against a request from some special interest like this,” she said. ”But there usually isn’t a lot of harm in delaying a story for just a few days, as long as there is no harm done and there is a reasonable argument for doing so.”

White House spokesman Robert Gibbsstill wouldn’t confirm Barabar’s arrest on Tuesday, citing sensitive intelligence matters.

It’s difficult to judge the Times’ handling of the Barabar story without knowing all the details of the newspaper’s discussion with the White House, said Bob Steele, a journalism ethics scholar at the Poynter Institute. That’s especially true when the news could provide context to what’s happening in a volatile situation such as the war in Afghanistan.

Withholding the information about Barabar — even for just four days — left ”a number missing from the equation” as the public tries to get a fuller understanding of what’s happening in Afghanistan, said Steele, who is also director of DePauw University’s Prindle Institute for Ethics.

Other news media, including The Associated Press, have agreed to honor government requests to delay publishing information in the name of national security. The cooperation poses a dilemma, Steele said, because ”the primary objective of journalism is to provide information to the public, not withhold it.”

Ce qui m’impressionne dans cette affaire, ça n’est pas que le New York Times révèle la retenue de son information. Tous les journaux confrontés au même genre de dilemme font cela. En revanche, citer des spécialistes des medias pour expliquer son choix et nourrir la réflexion, je ne crois pas l’avoir déjà vu. Notez par ailleurs que ce papier figure dans les pages… buisiness !

Have a nice day.

A quoi sert le Sénat ?

Barack Obama saison 2

Evan Bayh se retire de la politique. Il ne briguera pas un 3ème mandat. Son nom ne vous dit rien ? Ca n’a guère d’importance. Bayh était sénateur démocrate de l’Indiana. Il était dans la “short list” lorsque Barack Obama se cherchait un vice-président. C’était surtout un démocrate modéré comme on l’est le plus souvent dans un état comme l’Indiana. Un type posé, affiché centriste, qui cherchait le consensus plus souvent que la bataille.

Soit dit en passant il est le 3ème sénateur de la majorité à jeter l’éponge. Après Chris Dodd dans le Connecticut et Byron Dorgan dans le Dakota du Nord. C’est un caillou de plus dans la chaussure de Barack Obama pour les élections de Novembre. Car Bayh aurait probablement été réélu facilement. Il tire une balle dans le pied de sa majorité en difficulté. Ca n’est pas exactement confraternel.

Mais si je vous en parle, c’est surtout à cause des raisons invoquées par Evan Bayh: (à lire ici) Il en a marre le sénateur. Il est fatigué de travailler pour rien. Fatigué des pesanteurs du Sénat. Fatigué de l’incapacité du congrès à travailler vite et dans un esprit bipartisan. Il a la nausée Evan Bayh.

Il n’a rien perdu de son envie de servir son pays, mais il “n’aime pas le congrès”. Ce sont ses propres mots. Il se dit qu’après tout, il sera plus utile en montant une entreprise ou travaillant dans une université. Wow. Comme le dit cet édito du post (ici)

Voila qui m’a fait replonger dans 2 articles passionnants des journaux de ce week-end sur le dysfonctionnement du Sénat Américain.  Là d’abord. Ou comment Obama veut mettre les sénateurs républicains “on the record” afin qu’ils disent à haute voix pourquoi ils sont opposés à certaines réformes. Une manière de forcer le passage à une politique Bipartisane que les Américains réclament, et qu’Obama a mis au centre de sa “méthode” pour l’année à venir dans son Discours sur L’Etat de l’Union. . L’affaire n’est pas sans risques, car parmi les mesures qu’Obama voudrait faire passer de la sorte, il y a notamment les taxes imposées aux banques renflouées. Une proposition qui ne fait pas l’unanimité… chez les démocrates.

Cependant, en lisant cet article et aussi celui là, vous comprendrez mieux comment fonctionne ce sénat Américain. Ou plutôt comment il ne fonctionne pas. Vous découvrirez comment un seul élu peut faire capoter une loi parce qu’il exige avant de signer qu’on installe un labo du FBI dans l’Alabama. Vous verrez que des dizaines de nominations de hauts fonctionnaires sont suspendues à un quitus de cette “chambre haute”. Le sénat prend son temps parce que ça l’amuse ou se retrouve bloqué quand un élu refuse de bouger tant que le gouvernement n’est pas intervenu auprès du Canada pour l’obliger à lever son interdiction des cigarettes au goût de bonbon (véridique !). Vous toucherez enfin du doigt la raison pour laquelle Obama ne peut pas modifier son gouvernement: Une nomination nouvelle exige que le sénat l’approuve. Et on ne peut pas exiger qu’il le fasse immédiatement.

Ces méthodes qui montrent combien cette institution marche sur la tête, sont largement utilisées par les Républicains aujourd’hui. Comme elles l’étaient par les Démocrates hier.

Pour terminer de vous déprimer tout à fait, lisez donc ceci. Obama voulait que les lobbyistes cessent de gouverner Washington. Ils sont… 13 000 ! Ce qui est leur plus petit nombre depuis des années (!!). Entre la réforme de la santé, la régulation financière et la loi sur le changement climatique (rien de tout ça n’a été voté comme vous le savez), la chambre de commerce des Etats-Unis a dépensé 144 millions de dollars en lobbyisme. Soit 60% de plus qu’en 2008.

En effet la seule solution pour avancer à petit pas dans la politique Américaine, semble être de tenter de s’entendre. Ce qui n’est pas vraiment le sport national du moment…

Have a nice day.

Le jardin de Michel

En ville

Je ne sais pas ce qui m’a pris cette après midi. Journée calme. J’ai proposé à Michel, dont la voiture est mondialement célèbre sur ce blog depuis les tempêtes, d’aller l’aider à déneiger chez lui.

5 miles. 14 minutes dit mon GPS. J’ai mis 3/4 d’heure pour arriver. Pas de quoi paniquer. Juste de quoi constater que les rues secondaires n’ont pas eu le temps d’être dégagées. Sur la photo du dessous, nous sommes toujours à Washington. Pas au fond de la banlieue.

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Le temps de faire semblant de jouer avec la pelle, il n’était pas 18h quand j’ai décidé de lever le camp. Je suis arrivée chez moi… à 20h18.

Comme le dit le Washington Post dans son édition du soir (ici), la tentative de retour au travail de Washington a été aussi brutale que les chutes de neige qui ont bloqué toute la région.

Les chasse-neiges certes, sont passés sur les grands axes. Mais la neige, elle, est restée. Le long des trottoirs. Ou sur les files de circulation. Si bien que chaque double sens est devenu un sens unique. Si bien que chaque automobiliste comprenant qu’il ne passerait pas, tournait plus au moins au hasard pour se retrouver dans un autre sens unique. Le tout en patinant allégrement.

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En tournant donc quand c’était vaguement possible, je me suis retrouvée exactement là où il ne fallait pas: Dans les parages de Dupont Circle. Pour ceux qui connaissent Washington, c’est l’un des axes principaux de la ville. Une heure montre en main entre la 20eme et la 17eme sur S street. Avec devant un bus bloqué qui tentait d’appeler de l’aide. A gauche toute dès la première perpendiculaire, mais pas moyen de remonter et me voilà reculée de 2 cases… sur la 19eme ! Avec en prime un imbécile en 4X4 qui se croit plus malin que les autres et profite du patinage de ma Coccinelle pour me passer devant et se retrouve nez à nez avec les types d’en face qui cherchaient justement à rester vaguement au milieu de la chaussée pour ne pas s’enfoncer dans les tas de neige du côté pendant que je calais ma voiture pour tenter de laisser passer le flot et avancer ensuite. Je me suis souvenue d’emblée des insultes en Anglais apprises en lisant les “Blueberry” de mon frère. Sans parler de mes interrogations hurlées à haute voix vitre ouverte, sur la partie de son corps que ce type pouvait bien utiliser pour réfléchir. Parce qu’évidemment, son 4X4 nous a tous mis encore un peu plus dans la mélasse.

Tout cela bien entendu n’étant qu’un pauvre avant-goût pour tous ceux qui devaient ensuite prendre l’autoroute pour rentrer dans le Maryland ou en Virginie.

Vous me direz, j’aurais pu prendre le métro. Ben non parce que toutes les rames ne sont pas encore en service. Elles sont toutes incroyablement bondées. Et non encore parce que le truc qui n’arrive jamais s’est justement produit ce matin: Un déraillement. Tant qu’à faire.

Franchement ? Vive le télétravail. Tout Washington a regretté d’avoir voulu retourner au bureau pour la première fois depuis presque une semaine. Au passage, j’ai appris un nouveau mot “Pothole” comme “nid de poule”. Je pense qu’il est plus urgent d’apprendre à dire “Crevasse”.

Les tempêtes de neige ont été historiques dans la région. L’état de la circulation aujourd’hui a été qualifié par l’équivalent de l’automobile club comme historique aussi. Washington qui n’avait jamais vu ça n’a encore rien vu, parce qu’on ne sait toujours pas où mettre la neige. Ni quand seront coupés les arbres effondrés sur les maisons ou les routes. Donc à moins d’un dégel dans la nuit, il n’y a aucune raison que ça s’arrange.

Je rappelle que nous sommes ici dans la Capitale du Monde.

Je ne jouerai plus jamais à la pelle dans le jardin des copains. Je le jure.

Have a nice day.

Jour le blizzzzzard

En passant...

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Dois-je préciser au passage que j’habite dans ce qu’on appelle le “U corridor” à Washington. C’est à dire l’un des quartiers les plus animés de la capitale…

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Pour des photos nettement plus belles que les miennes et comprendre comment nous avons finalement survécu (!) allez faire un tour ici. J’ai croisé des Canadiens en sortant tout à l’heure. Morts de rire forcément, de voir la “Capitale du Monde” intégralement paralysée… Que des jaloux ! Y’a 5cm de neige à Montréal en ce moment. Et de l’autre côté à Vancouver, on fait venir de la poudreuse pour les JO. Venez vous servir ici les gars !

Have a nice day.

La voiture de Michel

En ville

Ca allait beaucoup mieux pour la voiture de Michel ces 24 dernières heures. Comparez donc avec la photo du post précédent. Sauf que le répit n’aura été que de coute durée.

 © mz

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Comme prévu, c’est reparti cette après midi à partir de 16h30. A priori on en a pour toute la journée de mercredi encore. Nettement moins fort que le week-end dernier. Mais comme il restait énormément de routes, de bus, de pistes, de trottoirs, de rues, de voitures à dégager, on prend les mêmes et on recommence.

Je sais bien que cette tempête est historique, mais il neige plus ou moins tous les ans à Washington. Et que la Capitale Américaine se retrouve paralysée par un mètre de neige, me laisse un peu songeuse; et donne à réfléchir en tout cas sur la manière dont ce pays fonctionne.

Surtout en plein débat sur la place de l’Etat.

Moi je n’ai pas à me plaindre, j’habite en plein centre ville, et la 14éme rue qui est l’un des grands axes a été assez vite dégagée. En revanche, j’ai pataugé dans la gadoue pour aller jusqu’à Dupont Circle qui est pourtant l’un des quartiers centraux. A pied le pataugeage. Car ma coccinelle n’est pas 4X4 (!) et le problème n’est pas tant d’arriver en roulant à 2km/h, il est surtout de se garer quand les bords de rue sont soit de la glace, soit des tas de neige laissés par ceux qui ont dégagé leur propre voiture. C’est le patinage assuré. Mes amis de Georgetown ont vu passer un pauvre engin de déneigement après le week end et rien d’autre, sauf ceux qui habitent tout à côté de l’Université qui prend sur ses crédits pour dégager les alentours.

Dans mon immeuble, nous avons été priés de garder nos ordures au chaud parce que les poubelles sont remplies de neige et que le passage des éboueurs a considérablement ralenti. Comme les rues de sont pas dégagées, les bus ne fonctionnent pas. Pas plus que le transport scolaire. Les écoles sont fermées depuis vendredi. Comme les avions sont cloués au sol, les congressistes restent chez eux. Puisque personne ne peut venir travailler sans risquer d’y laisser sa voiture, les services de l’état ont préféré ne pas ouvrir. Les magasins sont vides. Parce que les gens qui restent enfermés chez eux ont fait une razzia sur tout. Et parce que les camions de ravitaillement ne passent pas.

Pas de service public digne de ce nom, ça veut dire littéralement pas de services. Mais avoir un vrai déneigement qui permettrait au moins d’assurer un minimum de fonctionnement en attendant le soleil, c’est de l’argent. Donc des impôts. Pas question. CQFD. (Jetez un oeil là dessus)

Est ce que les Américains se posent la question ? Pas une seconde. Est ce que quelqu’un se plaint ? Pas du tout. Chacun fait en sorte d’occuper les enfants et dégage sagement son bout de trottoir en attendant que ça se calme.  Le sens de la solidarité c’est aider son voisin à enlever sa neige, prêter sa pelle, héberger celui qui n’a pas d’électricité, faire les courses pour la mamie qui n’ose pas prendre sa voiture. Et tout cela fonctionne très bien. Mais le sens de la collectivité à plus large échelle, pour ça comme pour le reste: ça ne passe pas.

Je vous suggère la lecture de ce papier du Washington Post (là). Où la question qui se pose n’est pas tellement de savoir comment dégager sa voiture enfouie sous la neige  mais de se déclarer “propriétaire” ou pas de l’emplacement qu’on a nettoyé soit même. Jusqu’à la fin de la tempête.

Service Public contre “self-service” !

Vas-y Michel, toi aussi plante ton drapeau sur ta place de parking.

Have a nice day.