Le huis clos de Danny et les terroristes
Danny est un type bien.
Il aurait pu avoir son quart d’heure de gloire et passer sur toutes les tĂ©lĂ©visions AmĂ©ricaines.
Il aurait pu être « un héros ». Un mot que les Etats-Unis ont très facilement à la bouche.
Au lieu de ça, Danny, 26 ans, ne veut pas donner son vrai nom chinois, il prĂ©fère qu’on l’appelle par le surnom qui est le sien depuis qu’il est dans ce pays ; il ne veut pas qu’on en sache trop sur lui, mĂŞme s’il sait qu’il va devoir tĂ©moigner un jour contre Dzhokar Tsarnaev, une perspective qui ne l’enchante guère.
Et pourtant son rĂ©cit, comme le souligne le Boston Globe qui l’a rencontrĂ©, est digne d’un film de Tarentino. 90 minutes avec les poseurs de bombe de Boston. Un huis clos improbable, des dialogues parfois très noirs ou très ironiques ; des rebondissements quasiment haletants et une pointe de romantisme.
Pour les anglophones, le papier du Globe est ici.
Pour les autres, voici le rĂ©cit de Danny, jeune patron d’une start-up, au volant de sa Mercedes la nuit du 18 avril.
Danny est un garçon prudent.
Alors qu’il rentre chez lui, il arrĂŞte son SUV tout neuf sur le bas cotĂ© pour rĂ©pondre Ă un texto. Il est 23h18, il n’a pas fait attention Ă la berline blanche qui roule derrière lui. Un homme en descend, dit quelque chose que Danny ne comprend pas. Il baisse la vitre et n’a pas le temps de rĂ©agir ; Tamerlan Tsarnaev est dĂ©jĂ sur le siège conducteur une arme Ă la main.
- - Ne fais pas l’idiot, les attentats de Boston, c’est moi, et je viens de tuer un flic.
Il ordonne à Danny de rouler pendant que son frère cadet le suit dans la berline.
- - Ne me regarde pas! crie Tamerlan. Est-ce que tu cherches à reconnaître mon visage?
- - Non non non
- - Les blancs croient tous que les noirs se ressemblent, dit Tamerlan en rigolant, peut-ĂŞtre que toi tu penses que tous les blancs se ressemblent!
- - Exactement dit Danny qui n’en pense pas un mot, mais comprend qu’il doit raconter ce qu’il faut pour avoir la vie sauve.
Il dit qu’il est Ă©tudiant, qu’il vient d’arriver aux Etats-Unis, alors qu’il y a fait ses Ă©tudes, est rentrĂ© en Chine brièvement avant de revenir pour crĂ©er une start-up. Il dit surtout que sa voiture est moins luxueuse qu’elle en a l’air.
Tamerlan a du mal Ă comprendre l’accent du jeune homme. Tant mieux.
- - Ah tu es chinois dit il, moi je suis musulman.
- - Les chinois sont très amis des musulmans essaie Danny.
Peu de temps après, Ă l’occasion d’un arrĂŞt, le jeune frère monte Ă son tour dans la voiture après avoir mis des sacs dans le coffre.
C’est Tamerlan qui est au volant dĂ©sormais. Les deux frères sont déçus de n’avoir trouvĂ© que 45 dollars en liquide dans le portefeuille de Danny, ils s’arrĂŞtent devant un distributeur. Danny qui a donnĂ© son code, pense qu’il a peut-ĂŞtre une occasion de sauter de la voiture. Tamerlan le sent et lui conseille de rester tranquille.
Danny raconte au Boston Globe qu’Ă ce moment lĂ , il a pensĂ© très fort Ă cette fille rencontrĂ©e Ă New York. Elle lui plait bien mais il ne lui a pas vraiment dit.
Les deux frères parlent en Russe Danny cependant entend clairement « Manhattan ». Ils lui demandent d’ailleurs si sa voiture peut passer dans un autre Etat.
- - Comment ça? demande Danny
- - Par exemple New York.
Le trajet semble assez peu cohĂ©rent, et le cĹ“ur de Danny s’arrĂŞte quand son tĂ©lĂ©phone buzz : un texto. Son colocataire inquiet de savoir oĂą il est.
Tamerlan a alors un reflexe incroyable, il demande Ă Danny de rĂ©pondre mais en utilisant une application qui traduit l’anglais en chinois pour ĂŞtre sĂ»r du message qu’il dicte : « je suis malade, je vais dormir chez un ami ».
Evidemment le colocataire qui trouve ça curieux appelle.
- - Si tu parles chinois je te tue.
La voiture a besoin d’essence. C’est ce qui va sauver la vie de Danny. La station ne prend pas les cartes de crĂ©dit. Autre Ă©norme coup de chance. Le jeune frère est obligĂ© de descendre payer avec l’argent retirĂ© quelques minutes plus tĂ´t. Tamerlan a relâchĂ© son attention, il a mis son pistolet dans le vide poche pour rĂ©gler le GPS.
Danny comprend que c’est maintenant ou jamais : dans la mĂŞme seconde, il enlève sa ceinture, sort de la voiture et fonce de l’autre cĂ´tĂ© de la rue oĂą se trouve une autre station service. De loin, il entend Tamerlan :
- - FUCK!
La suite on la connaĂ®t ; la fuite, l’altercation avec la police, la mort de Tamerlan et les 22 heures Ă chercher Dzhokhar dans Boston en Ă©tat de siège.
Danny raconte qu’après avoir appelĂ© la police, il est restĂ© par sĂ©curitĂ© avec les forces de l’ordre jusqu’au lendemain 15h. Lorsque le cadet des Tsarnaev a Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©, le coloc de Danny l’a appelĂ© mais le tĂ©lĂ©phone sonnait occupĂ©.
Le jeune chinois était en train de parler à cette jeune fille de New York qui lui plait bien.
Have a nice day.














