L’AmĂ©rique par les chemins de traverse

Le blog de Fabienne Sintes


Cher mon successeur

En passant...

Cher mon successeur,

Tout journaliste qui laisse son poste à Washington a quelque part en tête le «syndrome Jérôme Godefroy».

Après des annĂ©es aux Etats-Unis pour RTL, JĂ©rĂ´me a quittĂ© le pays le 9 septembre 2001. L’histoire qui se transmet d’un correspondant Ă  l’autre dit qu’Ă  son successeur, il dĂ©clarĂ© quelque chose du genre : «De toute façon, Bush vient d’ĂŞtre Ă©lu, il ne se passera plus rien ».

Certaines versions disent mĂŞme que cette phrase a Ă©tĂ© prononcĂ©e en haut d’une des tours jumelles. Je ne sais pas si la lĂ©gende s’est emparĂ©e de cette anecdote, mais dans le doute, pour m’aider Ă  partir sans regarder derrière et t’aider Ă  t’installer tranquillement, j’Ă©vite de monter plus haut que le tabouret de ma cuisine et je m’abstiens de toute phrase dĂ©finitive.

D’autant que moi aussi j’ai eu en 6 ans mon lot de clairvoyances douteuses. Je suis arrivĂ©e en septembre 2007 en dĂ©montrant Ă  mes chefs qu’une femme serait prĂ©sidente des Etats-Unis; j’ai passĂ© toute un après midi le lundi 16 mai 2011 Ă  expliquer sur les antennes pourquoi DSK n’avait aucune chance de finir Ă  Rickers ; longuement dissertĂ© sur le fait que les dĂ©bats prĂ©sidentiels ne servent Ă  rien ; envoyĂ© un texto au red’chef de la matinale en disant que j’allais me coucher et qu’on verrait demain, quand un policier tuĂ© Ă  Boston ne m’a pas paru avoir un lien avec les attentats de la veille.

Cher mon successeur, c’est peut-ĂŞtre toi qui finiras par Ă©lire Hillary Clinton ;  pour ce qui est de l’avenir d’Obama, n’hĂ©site pas Ă  en faire des tonnes s’il arrive Ă  convaincre le congrès de passer une rĂ©forme, ce sera peut-ĂŞtre la seule de son 2eme mandant ; je ne crois pas que DSK s’aventure aux Etats-Unis de sitĂ´t ; et je ne te souhaite pas de passer une semaine d’antenne sur le fonctionnement dĂ©tournĂ© d’une cocotte minute.  

Je te laisse l’AmĂ©rique dans l’Ă©tat oĂą je l’ai trouvĂ©e en arrivant : fascinante, irritante, Ă©tonnante, agaçante, changeante et immuable.

J’ai Ă©tĂ© bien occupĂ©e ces dernières annĂ©es. En particulier d’ailleurs la veille ou pendant mes vacances. Mais je t’ai laissĂ© quelques petites choses qui sauront te divertir : J’ai cru un moment que j’avais dĂ©terrĂ© puis enterrĂ© les Tea Party le temps d’un cycle Ă©lectoral,  mais ne t’inquiète pas, la bĂŞte est finalement coriace et le parti rĂ©publicain a fait naĂ®tre depuis quelques spĂ©cimens très attractifs; je t’ai mis au chaud une mauvaise affaire de fonctionnaires du fisc au zèle très embarrassant, des Ă©coutes tĂ©lĂ©phoniques Ă  l’agence AP et une attaque Ă  Benghazi qui reviendront empoisonner l’administration ; j’ai vu Obama prendre des cheveux blancs, tu le verras peut-ĂŞtre devenir chauve, et toi aussi tu finiras par avoir 10 fois entendu des discours moralement justes mais pas toujours efficaces.

Tu seras forcément celui qui couvrira son retour à Chicago

Tu seras peut-être celui qui verra le Texas latino virer démocrate. 

Tu auras peut-être la chance de raconter la fermeture de Guantanamo 

Tu monteras en haut de la Liberty Tower de New-York enfin terminée.

Tu agaceras toi aussi tes amis quand tu laisseras Ă©chapper un soupir parce que tu dois descendre en Floride en plein hiver pour la 8eme fois avant les Ă©lections. Mais va faire un tour sur les plages de la sortie de Tampa tĂ´t le matin. Tu seras le seul Ă  marcher sans dĂ©ambulateur, c’est excellent pour le moral.

L’Ohio aussi va finir par te sortir par les yeux. Mais ne le dis jamais trop fort, tu risques de finir avec le fait divers le plus glauque de ces 10 dernières annĂ©es.

Quand tu seras dans l’Iowa pour ton premier «caucus» et que tu verras la plus grande dĂ©mocratie occidentale voter Ă  main levĂ©e en mangeant des muffins Ă  la banane, essaye de ne pas trop t’Ă©tonner. Au dĂ©but ça fait flipper, mais on s’y fait.

Si tu passes par Santa Rosa, Nouveau Mexique, va voir mon pote Mike qui dirige le «Communicator» ; il t’emmènera dans son “diner” Mexicain prĂ©fĂ©rĂ©. N’oublie pas de demander au patron de te montrer les semi-automatiques qu’il vend dans son arrière boutique.

Essaie d’aller voir une course de tondeuses Ă  gazon dans le Tennessee, je me remets difficilement d’avoir ratĂ© ça. Mais je compte avant de partir, aller faire du bulldozer Ă  Las Vegas.

Si tu entres en Arizona, vise la fin d’après-midi et prends la route 163 qui vient de l’Utah voisin : tu traverseras la VallĂ©e des Dieux avant de voir se dĂ©couper Monument Valley. C’est le plus beau paysage des Etats-Unis.

Si tu entres en Oklahoma par le Sud Ouest du Kansas au dessous de la ville de Liberal, vĂ©rifie que mes initiales sont toujours sur l’un des piliers en bois du panneau d’entrĂ©e dans l’Ă©tat.

Cher mon successeur, tu verras, on cesse très vite de lever un sourcil devant ceux qui demandent du ketchup pour accompagner leur poisson ; on finit par raconter sa vie comme tout le monde en faisant la queue chez CVS ; on se surprend Ă  dire « amaaaazing » mĂŞme quand on nous raconte des trucs pas du tout Ă©tonnants ; on boit son cafĂ© dans du carton comme si c’Ă©tait normal; et mĂŞme quand il n’y a pas une voiture en vue, on attend le signe «walk» pour traverser la rue.

Je t’ai laissĂ© quelque part une casquette des “Washington Nationals” qui depuis la saison dernière semblent avoir enfin compris les règles du baseball; tu jugeras vite que le football AmĂ©ricain est un sous-rugby sans intĂ©rĂŞt mais tu regarderas le Super Bowl ; tu mangeras du pop corn gĂ©ant au cinĂ©ma ; tu auras des points chez Staples Ă  force de leur acheter des rames de papier, et tu retiendras bĂŞtement les noms de tous les journalistes de CNN.

Comme nous tous avant toi, tu apprendras les “feet” et les “inches” au lieu des mètres et centimètres pour passer le permis de conduire et tu t’empresseras d’oublier ensuite comment ça marche; tu auras un moment d’effroi la première fois que tu te pèseras en “Pounds”; tu ne sauras jamais traduire les Fahrenheints en Celcius; et quand tu te feras arrĂŞter pour exces de vitesse, si tu envisages de faire croire au flic que tu as confondu “miles/h” et “km/h”: n’essaye pas.

Si tu es une fille -ou que tu as une femme- n’oublie pas de me demander l’adresse de mon coiffeur. Ses cheveux, c’est la seule chose qu’on ne DOIT pas laisser entre les mains d’un AmĂ©ricain.

Si tu aimes les sĂ©ries tĂ©lĂ©, ne t’avise pas de me raconter la saison 3 de « Homeland », ou la saison 5 de «The Good wife»: dĂ©sormais de mon cĂ´tĂ© de l’atlantique, tĂ©lĂ©charger illĂ©galement les sĂ©ries US pour les avoir en temps rĂ©el et en VO, c’est mal.

Cher mon successeur, Washington n’est pas toujours une ville festive, mais elle se laisse apprivoiser.  L’un de mes amis l’a toujours appelĂ©e «Limoges sur Potomac ». Elle se couche tĂ´t et court sur un tapis Ă  5h du matin. Elle ne sait s’arrĂŞter de travailler que pour Thanksgiving mais se paralyse instantanĂ©ment dès qu’il tombe 2 cm de neige. Tous les lobbyistes de K street se ressemblent ; les congressistes snobent la presse Ă©trangère, mais le Capitole est magnifique dans la lumière du soir ; si les AmĂ©ricains ne sont jamais tendres avec leur Etat FĂ©dĂ©ral, tu les verras tout au long de l’annĂ©e visiter les symboles du pouvoir et profiter des musĂ©es gratuits; ne boude surtout pas ton plaisir quand tu verras passer pour la première fois les 25 voitures de la « motorcade » de Barack Obama. Autour de toi vous serez rares Ă  ne pas tourner la tĂŞte d’un air blasĂ©.

Mon Starbucks prĂ©fĂ©rĂ© est Ă  l’angle entre New Hampshire et la 16eme. J’y ai souvent transportĂ© mon bureau, la terrasse est très agrĂ©able. Mais prends de l’anti-moustique l’Ă©tĂ©. Le Whole Foods de P street est impraticable le week-end ; le plus chouette club de Jazz est sur U street ; pour boire un dernier verre, passĂ© minuit tu n’auras d’autre option que le «Bar Dupont», mais le meilleur Mojito est au Havana CafĂ© d’Adams Morgan.

Si tu as des enfants, oublie tout ça : tu habiteras forcĂ©ment Ă  Bethesda ou Ă  cĂ´tĂ© Ă  cause de l’Ă©cole ; mais pense dĂ©jĂ  Ă  commander un clown ou un magicien pour leurs anniversaires. Tu ne crois quand mĂŞme pas que les petits voisins AmĂ©ricains se contenteront de jouer dans le jardin.

Cher mon successeur, tu as de la chance. L’AmĂ©rique est vaste. J’ai adorĂ© mes 6 ans chez ces zozos dont on croit qu’ils nous ressemblent parce que nous sommes pĂ©tris de leur culture, mais qui n’ont souvent rien de commun avec nous. Tu te surprendras très vite Ă  les dĂ©fendre. MĂŞme s’ils ont une arme Ă  la ceinture et croient que JĂ©sus est passĂ© par le Missouri.

Cher mon successeur tu as de la chance. Tu vas pouvoir faire de l’antenne dans ton pyjama sans que personne ne soupçonne rien. Il est temps pour moi de penser Ă  m’habiller pour aller travailler.

Bien des bises.

Fab.

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A vous qui avez laissĂ© traĂ®ner vos “clics” sur ce blog, sur twitter ou facebook et avez partagĂ© avec moi sur les antennes de Radio-France cette aventure AmĂ©ricaine, merci de votre accompagnement attentif, pertinent et amical. On a surtout bien rigolĂ© et c’est vraiment ce qui compte. Ce blog est dĂ©sormais fermĂ© mais les rĂ©seaux sociaux restent ouverts: le bavardage continue.

Pour les plus fidèles de twitter, je m’offre un KitKat king size Ă  votre santé ; pour ceux qui ont aimĂ© les petits morceaux de vie sur facebook, merci de me rappeler oĂą j’ai laissĂ© mes clefs.

A très vite sur les ondes … And for the very last time: Have a nice day ;)

Le huis clos de Danny et les terroristes

En ville

Danny est un type bien.

Il aurait pu avoir son quart d’heure de gloire et passer sur toutes les tĂ©lĂ©visions AmĂ©ricaines.

Il aurait pu être « un héros ». Un mot que les Etats-Unis ont très facilement à la bouche.

Au lieu de ça, Danny, 26 ans, ne veut pas donner son vrai nom chinois, il prĂ©fère qu’on l’appelle par le surnom qui est le sien depuis qu’il est dans ce pays ; il ne veut pas qu’on en sache trop sur lui, mĂŞme s’il sait qu’il va devoir tĂ©moigner un jour contre Dzhokar Tsarnaev, une perspective qui ne l’enchante guère.

Et pourtant son rĂ©cit, comme le souligne le Boston Globe qui l’a rencontrĂ©, est digne d’un film de Tarentino. 90 minutes avec les poseurs de bombe de Boston. Un huis clos improbable, des dialogues parfois très noirs ou très ironiques ; des rebondissements quasiment haletants et une pointe de romantisme.

Pour les anglophones, le papier du Globe est ici.

Pour les autres, voici le rĂ©cit de Danny, jeune patron d’une start-up, au volant de sa Mercedes la nuit du 18 avril.

Danny est un garçon prudent.

Alors qu’il rentre chez lui, il arrĂŞte son SUV tout neuf sur le bas cotĂ© pour rĂ©pondre Ă  un texto. Il est 23h18, il n’a pas fait attention Ă  la berline blanche qui roule derrière lui. Un homme en descend, dit quelque chose que Danny ne comprend pas. Il baisse la vitre et n’a pas le temps de rĂ©agir ; Tamerlan Tsarnaev est dĂ©jĂ  sur le siège conducteur une arme Ă  la main.

  • - Ne fais pas l’idiot, les attentats de Boston, c’est moi, et je viens de tuer un flic.

Il ordonne à Danny de rouler pendant que son frère cadet le suit dans la berline.

  • - Ne me regarde pas! crie Tamerlan. Est-ce que tu cherches Ă  reconnaĂ®tre mon visage?
  • - Non non non
  • - Les blancs croient tous que les noirs se ressemblent, dit Tamerlan en rigolant, peut-ĂŞtre que toi tu penses que tous les blancs se ressemblent!
  • - Exactement dit Danny qui n’en pense pas un mot, mais comprend qu’il doit raconter ce qu’il faut pour avoir la vie sauve.

Il dit qu’il est Ă©tudiant, qu’il vient d’arriver aux Etats-Unis, alors qu’il y a fait ses Ă©tudes, est rentrĂ© en Chine brièvement avant de revenir pour crĂ©er une start-up. Il dit surtout que sa voiture est moins luxueuse qu’elle en a l’air.

Tamerlan a du mal Ă  comprendre l’accent du jeune homme. Tant mieux.

  • - Ah tu es chinois dit il, moi je suis musulman.
  • - Les chinois sont très amis des musulmans essaie Danny.

Peu de temps après, Ă  l’occasion d’un arrĂŞt, le jeune frère monte Ă  son tour dans la voiture après avoir mis des sacs dans le coffre.

C’est Tamerlan qui est au volant dĂ©sormais. Les deux frères sont déçus de n’avoir trouvĂ© que 45 dollars en liquide dans le portefeuille de Danny, ils s’arrĂŞtent devant un distributeur. Danny qui a donnĂ© son code, pense qu’il a peut-ĂŞtre une occasion de sauter de la voiture. Tamerlan le sent et lui conseille de rester tranquille.

Danny raconte au Boston Globe qu’Ă  ce moment lĂ , il a pensĂ© très fort Ă  cette fille rencontrĂ©e Ă  New York. Elle lui plait bien mais il ne lui a pas vraiment dit.

Les deux frères parlent en Russe Danny cependant entend clairement « Manhattan ». Ils lui demandent d’ailleurs si sa voiture peut passer dans un autre Etat.

  • - Comment ça? demande Danny
  • - Par exemple New York.

Le trajet semble assez peu cohĂ©rent, et le cĹ“ur de Danny s’arrĂŞte quand son tĂ©lĂ©phone buzz : un texto. Son colocataire inquiet de savoir oĂą il est.

Tamerlan a alors un reflexe incroyable, il demande Ă  Danny de rĂ©pondre mais en utilisant une application qui traduit l’anglais en chinois pour ĂŞtre sĂ»r du message qu’il dicte : « je suis malade, je vais dormir chez un ami ».

Evidemment le colocataire qui trouve ça curieux appelle.

  • - Si tu parles chinois je te tue.

La voiture a besoin d’essence. C’est ce qui va sauver la vie de Danny. La station ne prend pas les cartes de crĂ©dit. Autre Ă©norme coup de chance. Le jeune frère est obligĂ© de descendre payer avec l’argent retirĂ© quelques minutes plus tĂ´t. Tamerlan a relâchĂ© son attention, il a mis son pistolet dans le vide poche pour rĂ©gler le GPS.

Danny comprend que c’est maintenant ou jamais : dans la mĂŞme seconde, il enlève sa ceinture, sort de la voiture et fonce de l’autre cĂ´tĂ© de la rue oĂą se trouve une autre station service. De loin, il entend Tamerlan :

  • - FUCK!

La suite on la connaĂ®t ; la fuite, l’altercation avec la police, la mort de Tamerlan et les 22 heures Ă  chercher Dzhokhar dans Boston en Ă©tat de siège.

Danny raconte qu’après avoir appelĂ© la police, il est restĂ© par sĂ©curitĂ© avec les forces de l’ordre jusqu’au lendemain 15h. Lorsque le cadet des Tsarnaev a Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©, le coloc de Danny l’a appelĂ© mais le tĂ©lĂ©phone sonnait occupĂ©.

Le jeune chinois Ă©tait en train de parler Ă  cette jeune fille de New York qui lui plait bien.

Have a nice day.

Si Jérôme Cahuzac était Amércain

En ville

Dans la tourmente de l’affaire Cahuzac, on entend des Ă©lus suggĂ©rer ou s’insurger d’une enquĂŞte prĂ©alable Ă  laquelle devraient se soumettre tous les postulants Ă  des postes gouvernementaux. Aux Etats-Unis cette enquĂŞte existe, il y a mĂŞme un verbe pour ça : To Vet. Comme passer au crible.

Le « vetting process » est une épreuve que doivent accepter tous les ministres, ou proches collaborateurs du président des Etats-Unis. Les juges y sont soumis aussi, ceux des cours suprêmes ou de LA cour suprême ; les procureurs également. A des degrés divers.

Le processus est d’autant plus long et intrusif que la responsabilitĂ© est grande. Le plus fastidieux Ă©tant celui des hauts ministères (Secretary of State, SecrĂ©taire Ă  la dĂ©fense, SecrĂ©taire au trĂ©sor) et des candidats Ă  la Vice prĂ©sidence.

L’idĂ©e n’est pas seulement de ne s’entourer que de gens irrĂ©prochables. Le vetting doit aussi protĂ©ger le prĂ©sident contre toute mauvaise surprise.

Le Figaro rappelait rĂ©cemment  que dans la prĂ©cipitation, le « passage de crible » de Sarah Palin avait Ă©tĂ© bâclĂ©. Et souvenez-vous combien les Ă©quipes de McCain avaient dĂ» sortir les avirons lorsque la presse avait dĂ©couvert (très vite !) que le l’histoire du fameux « bridge to nowhere » Ă©tait beaucoup moins glorieuse que prĂ©vu ; quand il s’est avĂ©rĂ© que Bristol Palin, âgĂ©e de 16 ans, attendant un enfant ; et on ne parle pas du niveau de culture gĂ©nĂ©rale de la postulante…

Tangi Quemener qui a plus de mĂ©moire que moi, rappelait Ă©galement hier dans une dĂ©pĂŞche AFP qu’Obama avait essuyĂ© le premier Ă©chec de sa toute jeune prĂ©sidence lorsqu’il prĂ©voyait de prendre pour ministre de la santĂ© Ton Daschle. Il a très vite Ă©tĂ© dĂ©couvert que l’ancien sĂ©nateur avait trichĂ© sur ses impĂ´ts, et sa candidature Ă  Ă©té retirĂ©e dès le 3 fĂ©vrier. « I screwed up » avait dit Obama. « J’ai merdé ». Pendant ce temps, Timothy Geithner aux finances se pressait de payer ses taxes en retard.

Accepter une haute fonction aux Etats-Unis, c’est accepter de se mettre Ă  poil.

Les questions vont toutes bien au-delà du respect de la vie privée. Elles sont posées par les propres équipes du président. Pour travailler pour Obama en 2008, (clic) le questionnaire incluait 63 questions ou requêtes autant professionnelles que personnelles.  

Les revenus, les impĂ´ts, les fonctions occupĂ©es depuis la sortie de la fac c’est une chose. Mais Ă©galement : Est-ce que vous avez pris de la drogue ? La date de votre premier pĂ©tard ? OĂą ça ? Avec qui ? Avez-vous dĂ©jĂ  Ă©tĂ© voir un psy ? Pourquoi ? Combien de temps ? Votre femme (ou votre mari), ses amis, son travail, ses relations, les vĂ´tres, vos enfants; Est-ce que vous avez dĂ©jĂ  tenu un journal ? Qu’est ce qu’on y trouve ?

La seule chose sur laquelle l’administration Obama acceptait de fermer les yeux en 2008, ce sont les PV de moins de 50 dollars. Sinon, les postulants ont dĂ» soumettre le contenu de leurs pages facebook, tous les pseudos jamais utilisĂ©s, le statut lĂ©gal ou pas de leur femme de mĂ©nage. A dĂ©voiler aussi tous les CV envoyĂ©s pour un job les 10 dernières annĂ©es.

La question 63, la toute dernière, sonnait Ă  l’Ă©poque (je ne sais pas si la liste a changĂ©) comme un dernier avertissement et une ultime chance de dĂ©baller ce qui aurait pu ne pas l’ĂŞtre : « S’il vous plait, fournissez toute information y compris concernant un membre de votre famille qui pourrait suggĂ©rer un conflit d’intĂ©rĂŞt ou serait une possible source de gĂŞne pour vous, votre famille ou le futur prĂ©sident ».

C’est loin d’ĂŞtre fini.

Une fois ce questionnaire rempli, plus ou moins Ă©pais en fonction des administrations, reste Ă  passer 2 voire 3 Ă©preuves supplĂ©mentaires pour les gros postes gouvernementaux. L’enquĂŞte du FBI. Et celle de l’Office of Government Ethic. Si vous avez cru pouvoir cacher quelque chose dans le questionnaire de dĂ©part. Mauvaise pioche.

Vient ensuite (et enfin !) le passage devant une commission du sĂ©nat, sous serment, et on sait l’importance du parjure aux Etats-Unis.  Il va sans dire que pour ceux qui sont arrivĂ©s Ă  ce stade, la commission sĂ©natoriale elle-mĂŞme a dĂ©jĂ  envoyĂ© ses limiers enquĂŞter sur les dĂ©clarations passĂ©es, les boulots passĂ©s, les prises de position passĂ©es, y compris quand les “pressentis” avaient encore de l’acnĂ©. Ce dernier passage est avant tout politique. On l’a bien vu quand Obama a prĂ©fĂ©rĂ© ne pas tenter le diable lorsqu’il voulait remplacer Hillary Clinton par Susan Rice.

Dans un Ă©pisode rĂ©cent d’une de ces sĂ©ries tĂ©lĂ©visĂ©es politico-judicaires qu’Hollywood sait si bien faire, (j’ai oubliĂ© laquelle), un personnage envisagĂ© pour un poste Ă  la cour SuprĂŞme engage un enquĂŞteur pour aller fouiller sa propre vie afin de dĂ©terrer les choses auxquelles il (elle) n’aurait pas pensé ! La rĂ©alitĂ© ne doit pas ĂŞtre bien Ă©loignĂ©e de cette fiction.

Si l’on ajoute Ă  tout cela le travail de la presse, en gĂ©nĂ©ral les problèmes qui Ă©mergent une fois les gens en place sont liĂ©s Ă  des affaires de fesses, rarement des affaires d’Etat.

Le processus est incroyablement rébarbatif, à nos yeux probablement très limite voire liberticide ; les Américains y voient la transparence de leur démocratie.  

Obama a placĂ© très haut la barre du « vetting », parce qu’il tenait en arrivant Ă  « changer Washington ». Une sorte de « rĂ©publique exemplaire »…

Imaginez un instant JĂ©rĂ´me Cahuzac devant les 63 questions de dĂ©part. Les revenus de sa clinique passĂ©s au crible, le contenu de ses dĂ©clarations d’impĂ´t Ă©pluchĂ©s sur les 10 dernières annĂ©es, son divorce douloureux et ses partenaires de boxe auraient allumĂ© plus d’un gyrophare; et probablement tracĂ© une flèche jusqu’Ă  la Suisse.  

Have a nice day.

Dans l’avion avec ses bottes et son couteau

En ville

A l’heure ou les files d’attente s’allongent aux aéroports pour cause de crise d’austérité, TSA, l’agence de sécurité chargée de vous fouiller avant l’avion, a décidé de se concentrer sur l’essentiel : les explosifs. La liste des objets interdits change à partir du 25 avril prochain.

C’est presque une révolution. Depuis le 11 septembre et au fil des tentatives heureusement ratées de faire sauter des appareils en vol, les interdits avaient pris d’énormes proportions, sans toutefois provoquer la colère des passagers.

Nous nous sommes tous gentiment habitués à laisser nos objets métalliques, puis nos ceintures, puis nos chaussures sur le tapis roulant. Nous avons pris le pli (et les vendeurs de parapharmacie aussi d’ailleurs); nous savons remplir sagement des petites bouteilles de parfum, acheter des tous petits tubes de dentifrice, sacrifier la crème solaire faute d’avoir pensé à la mettre en soute, et regarder partir une pince à épiler pour la 12eme fois.

Ne vous réjouissez pas trop vite, votre dentifrice est toujours une menace pour la sécurité nationale.

En revanche désormais vous pouvez passer tranquillement avec … un couteau. Les canifs dont la lame est inférieure à 6cm et large d’1 cm seulement peuvent rester avec vous.

La nouvelle liste interdit toujours les cutters, mais ne dit rien sur les rasoirs. On a un peu de mal  à comprendre pourquoi une lame resterait prohibĂ©e quand un canif n’est plus considĂ©rĂ© comme dangereux, mais c’est ainsi.

Et toujours pas de nouvelles de ma pince Ă  Ă©piler.

Ca n’est pas fini. Vous aurez aussi le droit dès le mois prochain d’avoir en cabine

-         une queue de billard,

-         des bâtons de ski,

-         une crosse de Hockey

-         deux clubs de golf. (Pourquoi deux ? mystère).

-         Pour les fans de baseball, la batte est désormais admise, même si elle est rigide, mais elle ne doit pas dépasser les 60cm. (Il va falloir m’expliquer aussi pourquoi la batte doit être petite, donc facile à planquer sous une manche, quand la queue de billard peut mesurer plus d’1m20).

TSA n’a pas vraiment expliqué les raisons de ces choix (clic) ; l’agence s’est contentée d’expliquer qu’elle s’alignait plus franchement sur les normes de l’Organisation Internationale de l’Aviation Civile. La logique de l’affaire a échappé à beaucoup de monde. Les victimes du 11 septembre ont protesté, ainsi que le puissant syndicat du personnel navigant qui comprend près de 90 000 membres.

Il est vrai qu’après le 11 septembre qui reste un exemple à part, personne n’a jamais tenté de s’approcher des instruments en tuant le pesonnel de bord. La cabine de pilotage est d’ailleurs beaucoup plus difficile d’accès aujourd’hui. A chaque fois, depuis, ce sont des explosifs qui ont posé problème. Dans les chaussures ou sous forme liquide.

On peut facilement imaginer aussi qu’un type qui essaye de prendre le contrôle d’un avion avec une queue de billard sera vite repéré. Et peut-être même assommé tout net par un joueur de Hockey…

Have a nice day

Chasse Ă  l’homme contre Obama

En ville

La schizophrĂ©nie n’a pas commencĂ© tout de suite…

En dĂ©but d’après midi, cette traque interminable du tueur de Californie qui enfin semblait Ă©voluer, c’Ă©tait plutĂ´t du pain bĂ©nit pour les tĂ©lĂ©visions: l’occasion de trancher un peu avec la couverture austère du discours sur l’Etat de l’Union.

Il est midi sur la cĂ´te Ouest, il 15h Ă  Washington ; les premiers bandeaux apparaissent au bas des Ă©crans… « Christopher Dorner a Ă©tĂ© aperçu. Il a volĂ© une voiture ». Pas de quoi s’affoler. L’Etat de l’Union Ă  cette heure-ci est encore un Ă©vĂ©nement de politique majeur et Wolf Blitzer, le barbu infatigable de CNN annonce toujours son Ă©mission spĂ©ciale pour 19h. On a bien le temps d’aller chercher l’envoyĂ© spĂ©cial de Big Bear Californie, qui ne sait pas grand-chose mais le dit avec beaucoup de talent.

Une heure plus tard. C’est plus pareil. Le fugitif est rĂ©fugiĂ© dans un chalet, les Ă©coles sont Ă©vacuĂ©es,  les routes bloquĂ©es, les policiers muets mais l’un d’eux a Ă©tĂ© tuĂ© vient-on d’apprendre. Houla ! On verra plus tard comment se porte l’Union AmĂ©ricaine.

CNN peut se multiplier en 8, pas nous. Dans les medias français oĂą l’on est le plus souvent une Ă©quipe entière Ă  nous tous seuls, il va falloir faire un choix ; l’Etat de l’Union ce n’est pas le genre de discours auquel on arrive en retard et mal coiffĂ©e. Moi en radio, ça n’est un peu Ă©gal. Aller au congrès me ferait rater la matinale, donc je reste chez moi. Mais au milieu des tweets informĂ©s/amusĂ©s/erronĂ©s/sĂ©rieux/festifs, commencent Ă  poindre aussi de petites inquiĂ©tudes en 140 caractères.

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Cette fois toutes les tĂ©lĂ©s AmĂ©ricaines sont en « breaking news » intĂ©gral. Les Ă©missions spĂ©ciales « Etat de l’Union » sont annulĂ©es, et aussi les pubs ! Pas question de rater l’assaut pour une marque de lessive. Il est 16h, puis 17h, et 18h, plus une image du congrès mais un  plan vaguement fixe sur ce chalet et interdiction de filmer les routes ou voitures de police, au cas oĂą le tueur regarderait la tĂ©lĂ©vision.

J’avoue que moi aussi je commence Ă  trouver le temps long.

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Les journalistes politiques AmĂ©ricains qui pensaient qu’on finirait par revenir vers eux, se mettent Ă  twitter leurs reportages au lieu de les jeter.

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Il est encore moins question d’aller au congrès maintenant que le chalet est en feu. Il est 20h. MĂŞme les extraits du discours d’Obama qui commencent Ă  arriver par mail n’intĂ©ressent personne. CNN coupe son Ă©cran en 2 et finira par passer dĂ©finitivement sur le congrès Ă  10 minutes des premiers mots d’Obama, tout en renvoyant les tĂ©lĂ©spectateurs vers la chaine HLN, la petite sĹ“ur un peu trash. Ca tombe presque bien.  

C’est pendant le discours, et par tweeter qu’on a appris la mort du tueur. CNN a du coup brutalement zappĂ© les commentaires politiques dès la fin du discours en revenant en Californie alors que les congressistes Ă©taient encore en train d’applaudir. C’Ă©tait juste avant que la police ne vienne devant les camĂ©ras pour dire que l’homme n’Ă©tait pas forcĂ©ment mort. Hein ?? Ca veut dire qu’on recommence aujourd’hui ?? Et est-ce qu’Obama va devoir aussi refaire un discours ??

J’ai quand mĂŞme la vague intuition que mon salaire est sauf ;)

Have a nice day

Les meilleures Pubs du Superbowl

En ville

Ca n’est pas faire injure au foot AmĂ©ricain que de souligner combien un match peut ĂŞtre … long !  Superbowl ou pas.  -C’est d’ailleurs un point commun essentiel avec le baseball- La finalitĂ© est de voir gagner son Ă©quipe bien sur, mais si nous, en Europe, savons ingurgiter une bière ou dix entre les phases de jeu, aux Etats-Unis, le match s’arrĂŞte assez longtemps et assez rĂ©gulièrement pour des popcorns, un coca, des chips, un hotdog, un coca, un cheeseburger, des frites, un coca, un hamburger, des frites, des chips, un coca, un hotdog.

En fait le chrono s’arrĂŞte dès que les joueurs sont par terre.

Et c’est lĂ  que ça devient intĂ©ressant. Comme vous le savez, le SuperBowl, dans le Superbowl, c’est de savourer les pubs, qui coĂ»tent autour de 3,8 millions de dollars les 30 secondes pour une audience de plus de 110 millions d’AmĂ©ricains. L’idĂ©e est de maintenir tout le monde captif, y compris pendant que chaque joueur prend le temps de numĂ©roter ses abatis avant de repartir Ă  l’assaut de l’Ă©quipe adverse.

Chaque année, en temps réel, USA Today fait voter les milliers de téléspectateurs qui ne regardent le Superbowl que pour les pubs et profitent du match pour aller se refaire un sandwich.

Le top 3 est très dĂ©cevant. Les AmĂ©ricains ont placĂ© en tĂŞte le spot très larmoyant de la pire bière du pays, parce que le cheval est « vraiment trop mignon ». “OMG what an adorable baby horse“, a immĂ©diatement tweetĂ© le Huff post:

En 2eme position, Chysler’s RAM, lĂ  aussi dans la pure tradition AmĂ©ricaine. Magnifiques images. « Dieu a crĂ©e les fermiers »… bon…

En 3eme, enfin une pub un peu drĂ´le. Pour des Chips.

La pub diffusĂ©e pour la mĂŞme marque un peu plus tĂ´t Ă©tait Ă  mon avis mieux encore. (Le cri de la chĂ©vre qui dĂ©couvre qu’il n’y a plus de chips !)

Les AmĂ©ricains enfin ont dĂ©testĂ© le coup le plus spectaculaire : La scène que vous allez voir a Ă©tĂ© refaite… 62 fois ! Le jeune acteur Ă©tait très content, le public a jugĂ© le tout “gross”, dont la traduction va grosso-modo de vulgaire Ă  dĂ©gueulasse. Le buzz est Ă©norme, et c’Ă©tait bien le but. Maintenant, il y a fort Ă  parier que cette pub ne sera pas diffusĂ©e dans les Ă©missions de prime time !

 

Pour le reste, les journaux de demain n’ont pas fini de se demander comment l’Ă©lectricitĂ© du Superdome de la Nouvelle OrlĂ©ans a pu sauter pendant 34 longues minutes. L’explication est peut ĂŞtre Ă  trouver dans la performance de BeyoncĂ©, juste avant. Elle a dĂ» Ă  elle seule rafler toutes les ampoules de rechange.

Mention spĂ©ciale pendant la coupure de courant à des gateaux que vous allez reconnaitre tout de suite, ou comment rĂ©agir Ă  la seconde: cette image a fait le tour des reseaux sociaux 10 minutes Ă  peine après l’incident technique

 © oreo

© oreo

Sinon, ah oui au fait ! les Ravens de Baltimore ont gagné devant les 49ers de San Francisco. 34/31.

Have a nice day

Private Joke pour Radioteurs

En passant...

Cher Monsieur Kudelski,

Quelques journaux ont annoncĂ© votre mort. Puisque ce blog est un peu en jachère, il ne m’en voudra pas de faire un dĂ©tour par la Suisse pour vous rendre hommage - Et exclure au passage sans doute les 4/5eme des lecteurs qui ne sont ni journalistes, ni « radioteurs »- Votre nom en effet n’Ă©voque rien au grand public. Mais les preneurs de son dont vous avez changĂ© le mĂ©tier savent que vous ĂŞtes en bonne place sur le « hall of fame » d’Hollywood Ă  cĂ´tĂ© de Louis Lumière, de Thomas Edison et d’autres ; Nous aussi les journalistes radio savons exactement qui vous ĂŞtes : Vous avez inventĂ© le NAGRA, cet outil d’enregistrement qui a changĂ© notre travail en nous rendant mobiles et donc rĂ©actifs.

NAGRA pour nous c’est comme Frigidaire ou Kleenex. Une marque devenue objet.

Mon ostĂ©o tient aussi Ă  vous saluer. C’est grâce Ă  vous qu’aujourd’hui encore il corrige rĂ©gulièrement cette courbature qui me fait pencher Ă  gauche, vu que je dĂ©gaine du micro de la main droite. DĂ©sormais, les mini-NAGRA sont Ă  notre travail ce que la direction assistĂ©e est au crĂ©neau entre deux voitures mal garĂ©es ; cependant au fond, tous ceux qui ont appris Ă  travailler avec votre invention en bandoulière, ont la nostalgie de cette bonne vielle mĂ©canique Ă  bandes, lourde comme un âne mort mais aussi increvable qu’une vielle 504.  

 © fs

© fs

Les moins de 35 ans ne vont rien comprendre Ă  ce qui suit. Ceux qui n’ont jamais vu de NAGRA peuvent aller faire un tour aussi. Mais toute une gĂ©nĂ©ration de journalistes radio, dĂ©sormais souvent chauves, presbytes ou les deux, a 15 bonnes raisons de vous rendre hommage :

Merci, M.Kudelski

  • - Pour ces ciseaux hyper pointus qu’on pouvait garder dans l’avion et qui crevaient le porte-NAGRA plein cuir.
  • - Pour la bande son coupĂ©e avec les dents quand on avait laissĂ© Ă  la rĂ©dac ces fichus ciseaux
  • - Pour la «rĂ©glette», qui servait Ă  caler la bande afin de coller les bouts de sons et qu’on oubliait 1 fois sur 2.
  • - Pour les placards entiers dans les couloirs de Radio-France qui ne contenaient QUE des kilomètres de bande BASF, et dont les derniers spĂ©cimens ont longtemps Ă©tĂ© enfermĂ©s dans le bureau de Bruxelles parce que Quentin Dickinson ne voulait pas entendre parler du numĂ©rique.
  • - Pour les plongĂ©es dans la poubelle quand on avait malencontreusement balancĂ© un «et» de 2,5cm qu’il fallait impĂ©rativement retrouver
  • - Pour les morceaux de bande collĂ©s sur le pare-brise de la voiture de reportage quand on voulait monter un son en commençant par la fin de l’Interview.
  • - Pour la «galette» qu’on faisait avant le journal en mettant toutes les interviews bout-Ă -bout au risque de donner des rĂ©sultats surprenants quand on montait tout Ă  l’envers.
  • - Pour la «chandelle», quand le gars qui courait apporter la «galette» en studio la flanquait par terre et adieu le journal
  • - Pour l’autre «chandelle», quand le moteur droit du NAGRA partait en sucette et transformait le reportage en un chiffon de bande emmĂŞlĂ©e qu’on mettait 4 heures Ă  remettre en ordre
  • - Pour les enfilades de NAGRAS banane/banane quand on se branchait les uns sur les autres pendant les meetings politiques
  • - Pour les changements de bande tous les ÂĽ d’heure pendant les mĂŞmes meetings, et la petite phrase importante qui tombait pile pendant le transfert.
  • - Pour les «pinces-croco» qu’on branchait sur les tĂ©lĂ©phones des gens après leur avoir tout dĂ©montĂ© parce que le combinĂ© sur le haut-parleur du NAGRA c’Ă©tait le larsen assurĂ©.
  • - Pour les «cols clau», ces gommettes en forme de col Claudine qu’on collait sur les «bobinos» pour les identifier et sur lesquels on pouvait tricher allĂ©grement sur le temps de l’interview
  • - Pour la bande amorce bleue au dĂ©but du son, et jaune Ă  la fin lorsqu’on montait une interview, si bien qu’aujourd’hui encore on dit «un bleu / un jaune» quand l’interlocuteur parle comme un livre.
  • - Pour ce morceau de bois vertical qui servait Ă  entreposer les «bobinos» avant la diffusion et faisait que mĂŞme le plus coincĂ© des journalistes disait «bite» au moins 8 fois par jour.

Merci, M.Kudelski, on a l’air de vieux cons, mais c’est bon comme un vieil enregistrement de l’ “Oreille en coin” ou  un Europe Midi d’AndrĂ© Arnaud chez nos amis d’en face ! 

Vous le voyez, j’ai gardĂ© un NAGRA E que j’ai piquĂ© Ă  Radio-France quand vous avez inventĂ© la version numĂ©rique de votre appareil. Je crois qu’il y a prescription. Si on me demande, je nierais tout et dirais qu’il est venu tout seul Ă  la nage. J’aime Ă  penser cependant que je l’ai sauvĂ© d’une mort atroce dans l’antre de la Maison Ronde. La rĂ©glette pour votre info, c’Ă©tait celle de Christophe Hondelatte. Modèle de luxe avec la petite mousse en dessous. Je crois qu’il me l’a donnĂ©e… J’ai un vieux doute, mais lĂ  dessus aussi il doit y avoir prescription. Depuis il est aussi chanteur. Je crois que la rĂ©glette n’y est pour rien. Ni vous non plus.

La biz

Have a nice day.

Apocalypse No

En ville

Plus que 15 jours !!!

La fin du monde c’est comme les cadeaux de noĂ«l. A chaque fois on jure de s’y prendre Ă  l’avance, et puis on se retrouve la veille ou presque avec rien de prĂŞt. Pas d’abri, pas de farine, pas d’AK-47.

Vous me direz, si c’est bien la fin du monde le 21 dĂ©cembre prochain, on aura l’air fin avec nos sacs plastiques pour calfeutrer les fenĂŞtres. Mais on n’est jamais trop prudents.

Seuls les mieux prĂ©parĂ©s d’entre nous pourront survivre Ă  TEOTWAWKI (The End Of The World As We Know It ; La fin du monde tel qu’on le connaĂ®t). Certains ont Ă©tĂ© malins, ils n’ont pas attendu les Mayas pour comprendre qu’on allait tous mourir, en particulier, ici, aux Etats-Unis oĂą (comment j’ai pu rater ça !), il existe une Ă©mission de tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ©, diffusĂ©e sur National Geographic TV, qui met en scène les meilleurs « preppers » du pays. Ceux qui se prĂ©parent contre toutes les catastrophes rĂ©pertoriĂ©es.

Vous serez contents d’apprendre qu’il suffit de craquer une allumette pour connaĂ®tre le sens du vent et courir dans l’autre sens en cas d’attaque chimique ; vous ignoriez sans doute que seul un type du Nevada survivra Ă  l’engloutissement du Groenland (!) grâce Ă  son abri en matĂ©riel de rĂ©cupĂ©ration ; vous me remercierez quand vous saurez que si vous mettez dans 3 bidons de sable, de charbon et de gravier l’un sur l’autre, vous obtenez un filtre Ă  eau apprĂ©ciable qui vous empĂŞchera de mourir dĂ©shydratĂ©s. En voici la preuve. (Et c’est pas la pire des vidĂ©os)

Des sites de « preppers », il y en a des dizaines. Et les vidĂ©os qui annoncent la fin du monde ont Ă©tĂ© vues dans le pays des millions de fois. Très sĂ©rieusement, l’approche de l’apocalypse est si bien documentĂ©e que les officiels du gouvernement AmĂ©ricain commencent Ă  prendre peur. La NASA a ouvert une page spĂ©ciale pour expliquer que le 21 dĂ©cembre prochain serait une journĂ©e comme les autres (ici), avec un question/rĂ©ponse prĂ©cis. « La terre se porte très bien depuis 4 milliards d’annĂ©es, il n’y a aucune raison que ça change ».

Pour essayer de rassurer encore un peu plus, David Morisson qui est le « monsieur réponse à tout » de la NASA a posté une vidéo sur U-Tube

David Morisson n’a pas du tout envie de rire. Depuis 2008 (2008 !), il reçoit des dizaines de questions liĂ©es Ă  la fin du monde. A l’approche du 21 dĂ©cembre, les courriers se font plus angoissĂ©s et angoissants : il lit des emails ou des lettres de gens qui projettent de se suicider et sont inquiets de savoir quel est le meilleur moment. MĂŞme des enfants lui posent la question.

Le site USA.gov qui renvoie lui aussi à la NASA, a posté un message qui se veut rassurant :

 ”False rumors about the end of the world in 2012 have been commonplace on the Internet for some time. Many of these rumors involve the Mayan calendar ending in 2012 (it won’t), a comet causing catastrophic effects (definitely not), a hidden planet sneaking up and colliding with us (no and no)” .

Dans un pays qui reste crĂ©ationniste Ă  46% il n’est pas sĂ»r que l’âge rĂ©el de la terre soit l’argument le plus percutant. Ni d’ailleurs que les avertissements du gouvernement ne contribuent pas Ă  conforter les conspirationnistes de tout poil.

Il existe donc aussi de nombreux sites qui visent Ă  relaxer les angoissĂ©s de la fin du monde. Y compris une antenne de Wikipedia , WikiHow, qui vous conseille de penser Ă  autre chose, de vous informer, ou d’aller voir un psy (!). Le site est d’ailleurs truffĂ© de pubs embarquĂ©es sur les troubles de la personnalitĂ© (!!)

Je suis personnellement très fan du conseil n°6 : «Allez voir le film 2012 », et encore plus du conseil n°10 en image:

  © wikihow

© wikihow

«Comparez les symboles du calendrier Maya avec 2 OrĂ©os, et imaginez que c’est le centième anniversaire des gâteaux ».

Enfin, bon… Moi je suis plutĂ´t Figolu.

Have a nice day

Postpartum

En campagne

Ranger mon bureau

Jeter les fiches cartonnées de bachotage

Aller dîner dehors avec des amis

Aller chez Starbucks sans son ordi

Aller faire du ski Ă  Salt Lake sans passer par la case Mormons

Lire un livre sans le truffer de Post-it

Aller voir le dernier James Bond

Rattraper les épisode ratés de Homeland

Rattraper les épisodes ratés de Dexter

S’offrir un marathon « law and order » sur TNT Network

DĂ©couper le bout de moquette qui a un trou de clope

Arrêter de se nourrir avec des Oréos

Se désabonner des listes de Todd Akin

« Défollower » Mitt Romney

Lire les mails en retard du “Tea Party” juste pour se marrer.

Lire d’abord les “comics” dans le Washington Post

Inventer des idées de reportage pour mes chefs pour aller dans les 3 états qui me manquent encore

Regarder un film à la télé en plein après-midi

Aller se faire papouiller chez le coiffeur

Remplir le frigo

Aller flamber Ă  Las Vegas pour un week-end

Se faire inviter Ă  une dinde de Thanksgiving

Faire rĂ©parer la moto avant de la coucher pour l’hiver

Trier et envoyer 3 mois de factures en retard

Acheter des moufles pour l’investiture

Dormir la nuit

Have a nice day

Le dernier “meetingometre”

En campagne

Au meetingometre du jour, le dernier de cette campagne, les deux candidats ont fini de ratisser large. Si hier encore ils visaient dans les 9 ou 10 swing-states, aujourd’hui ils se concentrent sur ceux qui peuvent les faire gagner.

Leur route du jour, c’est leur chemin vers la victoire. Ou pas.

Mitt Romney, qui sait que l’Ohio sera difficile Ă  conquĂ©rir a impĂ©rativement besoin des 29 grands Ă©lecteurs de Floride, il y commence sa journĂ©e. Il doit consolider sa petite avance en Virginie, c’est donc par lĂ  qu’il enchaine. Il passe forcĂ©ment par l’Ohio quand mĂŞme, et son tout dernier meeting, se sera pour ce petit Ă©tat du New Hampshire, 4 grands Ă©lecteurs seulement, mais qui Ă  ce stade peuvent faire la diffĂ©rence. Le New Hampshire est voisin du Massachussetts. La moitiĂ© des gens fortunĂ©s de Boston font du ski lĂ  haut. Romney c’est le voisin qu’on aime bien. Les chances d’Obama sont minces.

Le prĂ©sident AmĂ©ricain pour ce dernier jour, c’est le middle Ouest qui l’accapare. Le  Wisconsin, l’Ohio et Iowa. Ce sont les 3 Ă©tats qui donnent 277 grands Ă©lecteurs Ă  Obama. S’il les gagne, il peut tranquillement laisser tout le reste Ă  Romney : la Floride, la Virginie, le Colorado et le New Hampshire.

Ca donne donc ceci : CLIC

Pour brouiller les pistes hier, Mitt Romney s’est retrouvĂ© lĂ  oĂą il n’avait jamais mis les pieds: en Pennsylvanie. Depuis longtemps, c’est un Ă©tat sĂ»r pour les dĂ©mocrates. Cette annĂ©e c’est semble-t-il un peu plus compliquĂ©. Si les dĂ©mocrates de Philadelphie ou de Pittsburg boudent les urnes, Romney a une ouverture. Il tente le coup. « Une manĹ“uvre dĂ©sespĂ©rĂ©e » a sèchement interprĂ©tĂ© David Axelrod, ce qui n’a pas empĂŞchĂ© la campagne Obama d’envoyer dare-dare Bill Clinton faire son numĂ©ro de magicien. La Pennsylvanie, c’est 20 grands Ă©lecteurs. Le moyen pour Romney de rafler l’Ă©lection sans l’Ohio.  

La Pennsylvanie qui entre sur la piste la dernière semaine. Le New Hampshire qui suscite toutes les convoitises quand il ne reprĂ©sente pas grand chose. Tout cela prouve avant tout que personne n’est vraiment certain de la combinaison idĂ©ale qui donnera la victoire Ă  l’un ou Ă  l’autre.

Quant Ă  l’hypothĂ©se d’un recomptage des voix… Autant aller se coucher tout de suite pour gagner des heures de sommeil.

Have a nice day.