Barack Obama saison 1
Publié le 21 janvier 2010
 Comme promis 2 ou 3 réflexions au passage après les questions que vous m’avez laissées sur cette première année de Barack Obama. En quelques lignes à chaque fois, y compris lorsque la réponse nécessiterait de me plonger dans le droit constitutionnel Américain. Merci Brahim ;)
Pierre, vous me demandez pourquoi les Américains se lassent si vite de leurs politiciens.Très franchement, je ne suis pas sûre que cela soit le cas. Leurs présidents ont souvent fait 2 mandats et ils sont souvent très fidèles à leurs sénateurs. Regardez la longévité politique de Ted Kennedy. Robert Byrd en Virginie Occidentale est élu depuis… 1959 ! Christopher Dodd dans le Connecticut depuis plus de 30 ans. Il y a bien d’autres exemples. Les Américains ne se lassent pas je crois, mais ils sanctionnent. Ce qui vous donne peut être cet effet de tourbillon, c’est que l’on vote souvent finalement aux Etats-Unis. Le  renouvèlement des représentants à la Chambre (contrairement au sénat) se fait tous les 2 ans. Les mandats sont très courts. Et les campagnes électorales quasi permanentes.
Alexis, en politique étrangère, Obama attend effectivement de récolter les fruits qu’il a semés, c’est-à -dire un résultat de sa politique de la main tendue. Vis-à -vis de l’Iran, on ne peut pas lui reprocher de ne pas avoir essayé. Mais rien ne bouge de ce côté-là . Sauf à imaginer (vous m’étonnez !) qu’il regarde de très très près ce que la rue Iranienne va dire dans les prochaines semaines. C’est surtout la déception Arabe après le discours du Caire qui pèse à mon sens. Le processus de paix au Proche Orient a abouti à une année stérile. On verra comment les Etats-Unis essaient de le relancer. Au final quand même, la politique étrangère d’Obama tranche avec celle de Bush. Et Obama a remis son pays dans le circuit des négociations internationales. Je ne crois pas que ce soit l’opinion qui bloque. Même si elle aussi attend de savoir si Obama est vraiment plus efficace que son prédécesseur. C’est sur l’Afghanistan en revanche que les Américains sont le plus circonspects. Et là que pour le coup, la stratégie « renforts + retrait » ressemble à celle de la fin du mandat de Bush en Irak. Là -dessus, l’appui d’Obama il est… républicain.
Anne, votre question sur les élections régionales dans le Massachusetts a trouvé sa réponse hier soir…
Fabienne, A votre question sur « exploit ou victoire au rabais » au sujet de la santé je ne peux plus répondre. Hier encore, j’aurais dit « exploit » même sans une éventuelle option publique. Après tout, Obama aurait été le premier à réformer la santé depuis Johnson. Et avec le temps, la loi aurait pu être modifiée. Mais désormais… il doit tout faire pour essayer de faire passer un texte qui sera pour le coup au rabais. S’il échoue, il échoue sur le thème central qui devait marquer sa présidence. Dur. Les Lobbys ? Du pétrole, du charbon et d’ailleurs ? Regardez où en est la réforme sur le climat, vous comprendrez que les choses bougent très lentement. C’est aussi tout le système politique Américain qui repose sur le Lobbying. Comme pour la santé, hier encore j’aurais dit qu’Obama essaie en tout cas de faire bouger les lignes. Son Agence Gouvernementale de Protection de l’Environnement par exemple impose enfin des normes. Mais il faut voter une loi. Et les choses deviennent plus difficiles. Sarkozy ? Si j’étais diplomate, je dirais que la France et les Etats-Unis sont des partenaires naturels. La course à l’échalote notamment en Haïti alimente cette idée entendue ici et là que les deux hommes ne passeraient pas leurs vacances ensemble. Sang froid contre sang chaud. Ca ne va pas très bien ensemble.
Douidou, j’ai en partie répondu sur les rapports des Etats-Unis et le monde. Vis-à -vis de l’Europe, même chose. Obama ne snobe pas ses partenaires comme Bush avant lui. En revanche, son regard (commercial !) est évidemment tourné vers la Chine.
Matthieu, sur le mariage Gay Obama est plus que prudent. Il est contre. Mais ne fera rien pour empêcher les états de faire ce que bon leur semble. La communauté gay a voté Obama à une écrasante majorité. Mais elle est déçue. Sur le mariage, mais surtout sur ce que les Américains appellent le « don’t ask don’t tell » qui est de rigueur dans l’armée. Lorsque vous êtes militaires vous n’avez pas le droit d’afficher votre homosexualité. Et quand je dis afficher, il est question tout simplement de le DIRE si vous le souhaitez. Obama avait promis de jeter cette règle aux orties. Il le promet toujours il l’a redit à la fin de l’été quand les gay ont manifesté à Washington. Mais il n’a rien fait pour l’instant.
Valérie, je ne me souviens pas d’avoir écrit que les états de grâce des présidents Américains duraient moins longtemps que chez nous. (mais puisque vous le dites ;) ). Mais c’est vrai que la maladie du sondage permanent est largement partagée d’un bout à l’autre de l’atlantique. Et l’état de grâce d’Obama était si haut l’année dernière que chaque baisse (inévitable) a été scrutée à la loupe. Voire interprétée comme une lassitude des Américains. Sur la division des démocrates, vous avez raison. Ne perdez pas de vue que l’on peut être démocrate dans ce pays, mais élu d’un état du centre et porter un pistolet à la ceinture et militer contre l’avortement. Je crois que l’un des échecs d’Obama cette année aura précisément été de n’avoir pas su rassembler sa majorité. La contestation de la loi sur la santé elle est beaucoup là . Les républicains sont opposés à cette réforme, c’est une chose. Mais grâce à sa majorité Obama aurait dû parvenir à faire passer son texte. Encore une fois, avec des élections tous les 2 ans, certains “démocrates-conservateurs” soucieux de rester sur leur siège n’ont pas osé aller contre leurs électeurs. Ils ont un nom d’ailleurs, les “blue dogs democrats”. J’ajoute quand même qu’il existe aussi sur les 2 côtes, des républicains nettement plus démocrates que certains démocrates ( !) mais je crois qu’il y a aux Etats-Unis comme ailleurs une meilleure discipline de vote à droite qu’à gauche.
Brahim, Je ne vais pas me lancer dans un cours de droit constit’, j’en suis incapable. Mais OUI, les chambres ont un réel pouvoir aux Etats-Unis. Les ultraconservateurs te diraient que l’exécutif ne doit servir qu’à protéger le pays. Que c’est comme ça que les pères fondateurs ont voulu la constitution. Bâtie sur le pouvoir du peuple. Qui élit ses représentants dans les 2 chambres. Historiquement, les Américains ont une aversion pour l’Etat avec un grand E. Il représente l’oppresseur. Cette idée que l’Etat Fédéral empêche les états de prendre leurs discisions propres et restreint du même coup les libertés individuelles et collectives existe encore aujourd’hui. Les problèmes électoraux d’Obama en sont la preuve. Washington est l’ennemi. Ce qui est intéressant (historique aussi) dans le fonctionnement de cette démocratie, c’est le sénat. Si à la chambre des représentants, le nombre d’élus est fonction de la grosseur de l’état, au sénat les 50 états Américains ont 2 sénateurs quelle que soit leur taille. Une loi peut donc potentiellement être bloquée par 1 sénateur d’un tout petit état. Le Rhode Island est aussi puissant que la Californie. Le Michigan industriel (enfin, ce qu’il en reste) aussi puissant que le Kansas rural. Chacun luttant pour ses intérêts propres. C’est aussi ce qui rend les lois très compliquées à voter.
Xavier, j’ai peur de faire la même réponse que plus haut au sujet de la loi sur les banques. Non pas que l’on ne puisse pas gouverner sans majorité aux Etats-Unis. D’autres présidents l’ont fait avant Obama (Clinton et Reagan entre autre après 2 ans de mandat). Mais en l’état, après leur victoire dans le Massachusetts j’ai un peu peur que la stratégie des républicains avant les élections à mi mandat soit de faire blocage quasi systématiquement. On devrait le savoir assez vite. Pour ce qui est de la perception de l’opinion, s’attaquer à la libre entreprise dans ce pays n’est pas une mince affaire. Et chaque intervention de l’Etat fédéral est vécue comme une atteinte aux libertés. La violence de la crise a un peu changé cette donne à mon sens. Même si l’on sait pourquoi Obama l’a fait, l’argent donné aux banques a été très mal perçu. (Non à l’Etat) Et les milliards de bonus sont mal passés quand le chômage est à 10%. (Que fait l’Etat ?) Donc les taxations aux yeux des démocrates en tout cas, sont souvent vues comme un juste retour des choses. Un retour de l’argent des impôts dans les caisses. Obama va d’ailleurs aller encore plus loin, il propose cette semaine d’imposer des restrictions à la prise de risques financiers des banques.
PhP, l’identité nationale aux Etats-Unis… Aarght… Vaste question, je ne suis pas sûre d’avoir la réponse en peu de mots. Ou même en beaucoup de mots ( !) Du coup pour résumer de façon un peu abrupte je dirais que c’est le drapeau le dénominateur commun. Derrière lequel tout le monde se regroupe sachant que plus encore que chez nous, chacun a forcément des parents venus d’ailleurs. On récite l’allégeance au drapeau la main sur le cÅ“ur quand on devient américain. C’est bien soit dit en passant le fait que l’immigration a construit l’Amérique qui rend les débats sur la régularisation des illégaux assez tordus. Pourquoi les Mexicains n’iraient pas chercher un « mieux vivre » aux Etats-Unis comme les Irlandais, les Italiens et d’autres l’ont fait avant eux ? En général, on vous répond qu’Ellis Island, c’était légal. Ce sont les même qui comme chez nous confondent un peu tout et mettent en avant l’Amérique chrétienne, en opposition bien entendu à l’Islam. Une différence de taille en revanche, pour comparer avec les débats qui secouent la France : On regarde certes parfois (souvent) de travers les femmes intégralement voilées ici ; mais interdire le voile ou toute autre chose est impensable. Souvenez-vous d’Obama dans le discours du Caire. « Pas question de dicter à qui que ce soit la façon de s’habiller ». (Ou une phrase du même genre)
Chers étudiants en cours de Civilisation Américaine. Vous arrivez les derniers. Sorry. Vous piocherez donc souvent vos réponses dans ce qui précède. Sorry again. Sur l’état de grâce d’Obama après le Massachusetts, je vous renvoie au Post précédents ainsi qu’aux commentaires d’ailleurs… Mais rapidement, oui, l’état de grâce est bien fini. Il avait déjà flanché même un peu avant. C’est un peu le coup de grâce après l’état de grâce. Certes il reste 3 ans de mandat et comme précisé plus haut, il n’est pas rare qu’un président gouverne sans majorité. La présidence Obama n’est pas à l’eau. Mais certains dossiers devaient passer lors de ce début de mandat. La réforme de la santé en tout premier lieu. Obama dit qu’il ne change pas de cap. Mais très franchement quand on demande comment désormais, ils feront voter cette loi, les démocrates n’ont pas encore de réponse. A votre question sur l’état providence, je vous renvoie à la question de Brahim sur le pouvoir des chambres et la suspicion historique des Américains vis-à -vis de tout pouvoir central. Ca s’appelle clairement de la philosophie politique. Pas de renforcement de l’Etat et de hausse des dépenses publiques. Pas d’impôts supplémentaires surtout.  JE choisis ce que je paye. Et comment je dois vivre. Pour terminer de répondre à votre question en oubliant la politique, juste un exemple. Les radios dites « de service public » aux Etats-Unis ne sont financées que par des levées de fond régulières auprès des auditeurs. Ou du mécénat. Quand j’explique que nos radios publiques sont financées par l’impôt et l’état, j’ai droit au même regard interdit que si j’avais dit une grossièreté. Quant à Sarah Palin, elle me semble trop occupée à gagner de l’argent sur FoxNews en ce moment pour penser à autre chose. Mais elle reste bien visible au cas où elle choisirait de se présenter en 2012. Très franchement, je ne l’imagine pas une seconde remporter les primaires républicaines. En revanche, elle représente trop de monde pour être laissée de côté. Elle va donc probablement faire des meetings dès 2010 et entraîner derrière elle tous les ultraconservateurs dont le parti républicain ne peut pas se passer. D’autant moins, que les premiers à avoir lancé une « révolte » contre Obama l’été dernier, se sont eux, les électeurs à droite de la droite. Les champions toute catégorie du non à toute forme d’intervention de l’état. Ceux qui ont dans une main la bible, dans l’autre la constitution.
Voila. Salut à tous, merci de vos questions, j’espère avoir été à peu près claire faute d’avoir été exhaustive. Vous m’avez épuisée. ;)
Have a nice day.