L’Amérique par les chemins de traverse

Le blog de Fabienne Sintes


Nashville tea party

Barack Obama saison 2

Ce week end, j’avais plusieurs options.J’aurais pu être là.

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Festif tant qu’on a encore du chauffage. Cette photo a été prise par Michel, qui travaille avec moi à Washington. Juste après avoir constaté que tout avait sauté chez lui y compris l’électricité.

Au fond j’ai bien fait de fuir la tempête de neige. A la place, j’ai choisi ça :

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Festif aussi. Dans un tout autre genre.

Sarah Palin a fait la clôture de la « Tea Party Convention » qui s’est tenue tout le week-end à Nashville Tennessee.

Les « Tea Party », nous en avons déjà parlé ici, ce sont ces gens qui les premiers ont lancé la fronde anti-Barack Obama au printemps dernier. Avec pour point d’orgue à l’époque une grande manifestation à Washington. Ils ont emprunté leur nom à un épisode très célèbre de la révolution Américaine, lorsque les patriotes Américains se sont révoltés contre les Anglais. La version 2010 part du même rejet de l’Etat et du pouvoir. Les Tea Partier refusent en bloc les dépenses publiques, les impôts qu’on leur impose, et ceux qui les imposent. Obama est certes leur cible favorite, mais Washington, avec un grand W est l’ennemi. Leur dernier héros c’est Ronald Reagan. Et faute d’un parti Républicain en ordre de marche, et face à des Démocrates trop sûrs d’eux d’abord et débordés ensuite, ils occupent le terrain de l’opposition avec un message simple : NON.

Forcément j’ai la tentation de vous décrire le décor en forçant à peine le trait : un rassemblement de brushings à la Dolly Parton et de blazers croisés devant. Des baby boomers endimanchés réunis dans un hôtel-centre-de-vacances- le plus grand des Etats-Unis après les mastodontes de Las Vegas. Fontaine géante, rivière intérieure avec balade en barque pour aller d’un point à un autre. Plus de 2000 chambres. Je n’aurais pas craché sur un GPS pour aller de la mienne à la salle de conférence. Je peux aussi vous faire un inventaire à la Prévert des perles volées ici et là : « Barack Obama est pire qu’Hugo Chavez » - « Les démocrates vont changer les programmes scolaires » - La plus belle, entendue par ma consÅ“ur d’RFI « Obama a été jusqu’au Caire pour dire que les Etats-Unis étaient un pays musulman »- Sic.

Le plus impressionnant de vous à moi c’est le manque hallucinant de culture politique et historique de tous ces gens. Et le plus terrifiant c’est que beaucoup ont choisi de sortir leurs enfants du système scolaire pour les éduquer à la maison afin d’éviter qu’ «on leur bourre le crâne d’idées communistes». Re-Sic

A côté de cela, certains ont un parcours qui laisse songeur et qui donne des clefs pour comprendre cette Amérique. Comme cette dame qui se défini comme une « conservatrice du 11 septembre ». Elle m’a raconté qu’elle était hôtesse de l’air en 2001. Son avion a été détourné vers Halifax, ça lui a donné le temps de réfléchir dit-elle. Elle était démocrate, elle a intégralement viré de bord. Elle a compris à cette occasion que son pays avait besoin de revenir aux valeurs des pères fondateurs. Avec un Gouvernement consacré à  la défense.

Les Tea Party sont pluriels. Ils sont divisés aussi. Ceux ce week end ont payé plus de 800 dollars pour un package « Conférence/Sarah Palin », ce qui a fait hurler d’autres branches du mouvement, qui elles même veulent présenter des candidats indépendants aux Elections de Novembre, quand d’autres refusent de donner leur quitus à qui que ce soit. Il n’empêche. Quand ces groupes aussi divers soient ils décident de prendre le siège de Ted Kennedy, ils font venir de l’argent de partout dans le pays. Ils obligent les Républicains à pencher à droite. Donnent des accents populistes aux Démocrates. Ce sont des agitateurs. Mais ils font de la politique. (Là, le NYTimes)

Leurs outils, Internet, les réunions de quartier, les rendez vous de communautés sont exactement ceux qu’Obama avait utilisés pendant sa propre campagne. Ils ont derrière eux un maillage très impressionnant de Radios Conservatrices qui les nourrissent constamment, sans parler de FoxNews.

D’ici à novembre ils ont prévu de nombreux rendez vous nationaux pour faire vivre leur mouvement : en Avril, à la date du rendu de la déclaration d’impôt par exemple.

Les Tea Party ont-ils un avenir politique réel ? Leur extrémisme peut faire fuir les indépendants. Il existe déjà un exemple dans l’Etat de New York. Mais leur colère est utile à entretenir avant 2011. Ils n’ont pas de leader. Ils n’en veulent pas. C’est bien ce qui les rend « frais » mais illisibles. Le mouvement de Ross Perot en 92 et 96 avait… Ross Perot.

Palin alors ? Celle « qui parle comme on veut que l’on nous parle, sans rhétorique et sans prompteur » m’a dit une petite dame hier. L’ancienne gouverneure d’Alaska sait se montrer partout en esquivant la question de son propre avenir. Pour cette convention, elle a demandé 100 000 dollars de cachet. Quand les critiques ont commencé à monter elle a expliqué qu’elle reverserait l’argent à la « cause », sans dire de quelle cause elle pouvait bien parler.

La sienne peut être…

Bon. C’est pas le tout, mais maintenant que Sarah et ses copains sont tous rentrés chez eux, je fais comment moi pour regagner Washington ?

Bof… Il y a pire endroit que Nashville pour être coincée par la météo.

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Vas y Bob, refais-moi la sérénade pendant que je téléphone à American Airlines

Have a nice day.

Jour de Panda

En passant...

Ce matin en me levant, j’avais un message sur facebook d’un jeune aspirant journaliste en quête de conseils. (Fais informatique Wolfgang !!). Immédiatement après avoir dégluti sur mon… antériorité disons, ce message m’a flatté bien entendu. Un peu comme quand ma mère m’appelle pour me dire qu’elle a croisé notre ancien voisin qui me trouve formidable. J’en ai conclu que ma puissante capacité d’analyse avait enfin trouvé de l’écho.

C’est après que ça s’est gâté.

Quand mon ego, ma capacité d’analyse et moi avons été envoyés au zoo de Washington faire un sujet sur le départ du Panda géant pour la Chine.

 Sur le coup en arrivant j’ai bien cru que j’étais sauvée par le gong

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Joie, bonheur ! C’est fermé ! Il doit être en train d’écrire des cartes postales. Une dame m’a gentiment indiqué  que “non non, il est à l’intérieur”. Aaarght.

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“Ca vous rend triste de voir partir le Panda ?” “Ben oui !” - “Vous êtes venus le visiter souvent depuis qu’il est né ?” “Oh oui !” - “Vous pensez que son retour en Chine va arranger les relations entre Washington et Pékin ?” “Heu…” - “Et vous croyez qu’il a beaucoup de bagages ?” “…”

C’est une petite pluie mêlée de neige qui m’a poussée en sortant vers le magasin de souvenirs.  

Ca y est ! Je le tiens mon sujet !!!

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NON A L’ELEVAGE DE PANDAS EN BATTERIE !!!!  ;-))

Have a nice day.

Mauvais coton

Barack Obama saison 2

Les élections à mi mandat sont dans 10 mois. Et la campagne a donc bel et bien commencé. Voila qui nous promet 10 mois de blocage maintenant que les républicains ont ravi aux démocrates leur majorité à 60 au sénat. Ou 10 mois à utiliser des arguties pour faire passer des lois. Ou les deux.

Le camp présidentiel n’a pas encore trouvé la clef pour ne pas perdre complètement sa loi sur la santé. Le temps n’est pas au passage en force, mais au risque de perdre sa gauche après les indépendant, Obama va devoir trancher. Les éditorialistes commencent à le presser. Il devra choisir lui suggère le Washington Post (ici) entre rendre les armes face aux républicains en les accusant d’avoir tué la loi. Ou se battre bec et ongles pour trouver un moyen d’assurer les 46 millions d’Américains privés d’assurance santé.  Une autre idée assez répandue demande à Obama de ne garder que ce qui fait consensus. C’est à dire par exemple l’interdiction pour les compagnies d’assurance de refuser des patients pour “condition préexistante” Ou interdire les primes d’assurances ultra chères. (là). En tout état de cause, tout le monde semble d’accord pour souffler dans l’ oreille du président s’il ne l’a pas compris lui même, que ces temps tourmentés sont un “leadership moment” pour lui. Il doit montrer qu’il sait répondre aux revers sans sombrer dans les jeux politiques mais en reprenant le contrôle sur le débat public et sur son parti.

Pour l’instant, le président des Etats Unis, dont les sondages post-Massachusetts prouvent qu’il est contesté sur tous les fronts (clic), a plutôt choisi de changer de sujet. Vous connaissez cette phrase peut être, tagguée dans la pièce principale du siège de campagne de Clinton en 92 à Little Rock: “It’s the economy stupid!”. Un message qu’Obama une fois de plus semble reprendre à son compte. Il est de retour sur les routes. Il fait ce qu’il fait le mieux… campagne ! Hier il était dans l’Ohio, l’un des symboles de la crise. Son nouveau “tour” s’appelle “From the White House to Main street“. Une manière de recoller avec le peuple Américain qui l’accuse de l’avoir perdu de vue. Et pour recoller à Main Street, rien de tel que d’engueuler Wall Street. C’est fait. La veille dans l’ annonce des nouvelles mesures contre les banques, Obama a promis aux Lobbyistes qu’ils auraient la bagarre s’ils la cherchaient. (Tout à la fin dans la vidéo qui suit). Quitte à prendre des accents populistes assez inédits chez lui.

Et justement, en parlant des Lobbyistes. Comme une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule, Obama a perdu une nouvelle bataille hier. Devant la cour suprême des Etats Unis cette fois. Les sages, très divisés (5 voix sur 4) ont décidé de renverser une règle vielle de 20 ans qui interdisait aux entreprises de puiser directement dans leur trésorerie pour financer des spots de campagne en faveur ou défaveur d’un candidat. (Là, dans le détail). La cour suprême a jugé au nom du sacro saint premier amendement de la constitution. Celui qui place la liberté d’expression au premier rang des valeurs Américaines.

Imaginez ce que ça veut dire pour 2010 et 2012. Tous les groupes pétroliers Américains, les entreprises Charbonnières, les établissements privés de Wall Street, les compagnies d’assurance-maladie pourront mettre des sommes énormes au service de leur champion.

Obama est furieux. Et un peu dans le pétrin quand même. Il est grand temps en effet de repartir en campagne. Ressouder et réveiller les énergies démocrates.

Have a nice day.

Pourquoi Scott Brown a remporté le Massachusetts

Barack Obama saison 2

La réponse en images…

 © cosmo

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La photo date un peu. C’était en 1982. Scott Brown aujourd’hui vénérable sénateur, a été mannequin avant d’entrer à la Boston Law School. A l’époque, il avait été désigné par Cosmo USA “l’homme le plus sexy de l’année”.

Voila. C’était la minute “homme objet” de ce blog. Il n’y a pas forcément de suite. Inutile d’envoyer vos photos.

Have a nice day.

Chose promise…

Barack Obama saison 1

 Comme promis 2 ou 3 réflexions au passage après les questions que vous m’avez laissées sur cette première année de Barack Obama. En quelques lignes à chaque fois, y compris lorsque la réponse nécessiterait de me plonger dans le droit constitutionnel Américain. Merci Brahim ;)

Pierre, vous me demandez pourquoi les Américains se lassent si vite de leurs politiciens.Très franchement, je ne suis pas sûre que cela soit le cas. Leurs présidents ont souvent fait 2 mandats et ils sont souvent très fidèles à leurs sénateurs. Regardez la longévité politique de Ted Kennedy. Robert Byrd en Virginie Occidentale est élu depuis… 1959 ! Christopher Dodd dans le Connecticut depuis plus de 30 ans. Il y a bien d’autres exemples. Les Américains ne se lassent pas je crois, mais ils sanctionnent. Ce qui vous donne peut être cet effet de tourbillon, c’est que l’on vote souvent  finalement aux Etats-Unis. Le  renouvèlement des représentants à la Chambre (contrairement au sénat) se fait tous les 2 ans. Les mandats sont très courts. Et les campagnes électorales quasi permanentes.

Alexis, en politique étrangère, Obama attend effectivement de récolter les fruits qu’il a semés, c’est-à-dire un résultat de sa politique de la main tendue. Vis-à-vis de l’Iran, on ne peut pas lui reprocher de ne pas avoir essayé. Mais rien ne bouge de ce côté-là. Sauf à imaginer (vous m’étonnez !) qu’il regarde de très très près ce que la rue Iranienne va dire dans les prochaines semaines. C’est surtout la déception Arabe après le discours du Caire qui pèse à mon sens. Le processus de paix au Proche Orient a abouti à une année stérile. On verra comment les Etats-Unis essaient de le relancer. Au final quand même, la politique étrangère d’Obama tranche avec celle de Bush. Et Obama a remis son pays dans le circuit des négociations internationales. Je ne crois pas que ce soit l’opinion qui bloque. Même si elle aussi attend de savoir si Obama est vraiment plus efficace que son prédécesseur. C’est sur l’Afghanistan en revanche que les Américains sont le plus circonspects. Et là que pour le coup, la stratégie « renforts + retrait » ressemble à celle de la fin du mandat de Bush en Irak. Là-dessus, l’appui d’Obama il est… républicain.

Anne, votre question sur les élections régionales dans le Massachusetts a trouvé sa réponse hier soir…

Fabienne, A votre question sur « exploit ou victoire au rabais » au sujet de la santé je ne peux plus répondre. Hier encore, j’aurais dit « exploit » même sans une éventuelle option publique. Après tout, Obama aurait été le premier à réformer la santé depuis Johnson. Et avec le temps, la loi aurait pu être modifiée. Mais désormais… il doit tout faire pour essayer de faire passer un texte qui sera pour le coup au rabais. S’il échoue, il échoue sur le thème central qui devait marquer sa présidence. Dur. Les Lobbys ? Du pétrole, du charbon et d’ailleurs ? Regardez où en est la réforme sur le climat, vous comprendrez que les choses bougent très lentement. C’est aussi tout le système politique Américain qui repose sur le Lobbying. Comme pour la santé, hier encore j’aurais dit qu’Obama essaie en tout cas de faire bouger les lignes. Son Agence Gouvernementale de Protection de l’Environnement par exemple impose enfin des normes. Mais il faut voter une loi. Et les choses deviennent plus difficiles. Sarkozy ? Si j’étais diplomate, je dirais que la France et les Etats-Unis sont des partenaires naturels. La course à l’échalote notamment en Haïti alimente cette idée entendue ici et là que les deux hommes ne passeraient pas leurs vacances ensemble. Sang froid contre sang chaud. Ca ne va pas très bien ensemble.

Douidou, j’ai en partie répondu sur les rapports des Etats-Unis et le monde. Vis-à-vis de l’Europe, même chose. Obama ne snobe pas ses partenaires comme Bush avant lui. En revanche, son regard (commercial !) est évidemment tourné vers la Chine.

Matthieu, sur le mariage Gay Obama est plus que prudent. Il est contre. Mais ne fera rien pour empêcher les états de faire ce que bon leur semble. La communauté gay a voté Obama à une écrasante majorité. Mais elle est déçue. Sur le mariage, mais surtout sur ce que les Américains appellent le « don’t ask don’t tell » qui est de rigueur dans l’armée. Lorsque vous êtes militaires vous n’avez pas le droit d’afficher votre homosexualité. Et quand je dis afficher, il est question tout simplement de le DIRE si vous le souhaitez. Obama avait promis de jeter cette règle aux orties. Il le promet toujours il l’a redit à la fin de l’été quand les gay ont manifesté à Washington. Mais il n’a rien fait pour l’instant.

Valérie, je ne me souviens pas d’avoir écrit que les états de grâce des présidents Américains duraient moins longtemps que chez nous. (mais puisque vous le dites ;) ). Mais c’est vrai que la maladie du sondage permanent est largement partagée d’un bout à l’autre de l’atlantique. Et l’état de grâce d’Obama était si haut l’année dernière que chaque baisse (inévitable) a été scrutée à la loupe. Voire interprétée comme une lassitude des Américains. Sur la division des démocrates, vous avez raison. Ne perdez pas de vue que l’on peut être démocrate dans ce pays, mais élu d’un état du centre et porter un pistolet à la ceinture et militer contre l’avortement. Je crois que l’un des échecs d’Obama cette année aura précisément été de n’avoir pas su rassembler sa majorité. La contestation de la loi sur la santé elle est beaucoup là. Les républicains sont opposés à cette réforme, c’est une chose. Mais grâce à sa majorité Obama aurait dû parvenir à faire passer son texte. Encore une fois, avec des élections tous les 2 ans, certains “démocrates-conservateurs” soucieux de rester sur leur siège n’ont pas osé aller contre leurs électeurs. Ils ont un nom d’ailleurs, les “blue dogs democrats”. J’ajoute quand même qu’il existe aussi sur les 2 côtes, des républicains nettement plus démocrates que certains démocrates ( !) mais je crois qu’il y a aux Etats-Unis comme ailleurs une meilleure discipline de vote à droite qu’à gauche.

Brahim, Je ne vais pas me lancer dans un cours de droit constit’, j’en suis incapable. Mais OUI, les chambres ont un réel pouvoir aux Etats-Unis. Les ultraconservateurs te diraient que l’exécutif ne doit servir qu’à protéger le pays. Que c’est comme ça que les pères fondateurs ont voulu la constitution. Bâtie sur le pouvoir du peuple. Qui élit ses représentants dans les 2 chambres. Historiquement, les Américains ont une aversion pour l’Etat avec un grand E. Il représente l’oppresseur. Cette idée que l’Etat Fédéral empêche les états de prendre leurs discisions propres et restreint du même coup les libertés individuelles et collectives existe encore aujourd’hui. Les problèmes électoraux d’Obama en sont la preuve. Washington est l’ennemi. Ce qui est intéressant (historique aussi) dans le fonctionnement de cette démocratie, c’est le sénat. Si à la chambre des représentants, le nombre d’élus est fonction de la grosseur de l’état, au sénat les 50 états Américains ont 2 sénateurs quelle que soit leur taille. Une loi peut donc potentiellement être bloquée par 1 sénateur d’un tout petit état. Le Rhode Island est aussi puissant que la Californie. Le Michigan industriel (enfin, ce qu’il en reste) aussi puissant que le Kansas rural. Chacun luttant pour ses intérêts propres. C’est aussi ce qui rend les lois très compliquées à voter.

Xavier, j’ai peur de faire la même réponse que plus haut au sujet de la loi sur les banques. Non pas que l’on ne puisse pas gouverner sans majorité aux Etats-Unis.  D’autres présidents l’ont fait avant Obama (Clinton et Reagan entre autre après 2 ans de mandat).  Mais en l’état, après leur victoire dans le Massachusetts j’ai un peu peur que la stratégie des républicains avant les élections à mi mandat soit de faire blocage quasi systématiquement. On devrait le savoir assez vite. Pour ce qui est de la perception de l’opinion, s’attaquer à la libre entreprise dans ce pays n’est pas une mince affaire. Et chaque intervention de l’Etat fédéral est vécue comme une atteinte aux libertés. La violence de la crise a un peu changé cette donne à mon sens. Même si l’on sait pourquoi Obama l’a fait, l’argent donné aux banques a été très mal perçu. (Non à l’Etat) Et les milliards de bonus sont mal passés quand le chômage est à 10%. (Que fait l’Etat ?) Donc les taxations aux yeux des démocrates en tout cas, sont souvent vues comme un juste retour des choses. Un retour de l’argent des impôts dans les caisses. Obama va d’ailleurs aller encore plus loin, il propose cette semaine d’imposer des restrictions à la prise de risques financiers des banques.

PhP, l’identité nationale aux Etats-Unis… Aarght… Vaste question, je ne suis pas sûre d’avoir la réponse en peu de mots. Ou même en beaucoup de mots ( !) Du coup pour résumer de façon un peu abrupte je dirais que c’est le drapeau le dénominateur commun. Derrière lequel tout le monde se regroupe sachant que plus encore que chez nous, chacun a forcément des parents venus d’ailleurs. On récite l’allégeance au drapeau la main sur le cÅ“ur quand on devient américain. C’est bien soit dit en passant le fait que l’immigration a construit l’Amérique qui rend les débats sur la régularisation des illégaux assez tordus. Pourquoi les Mexicains n’iraient pas chercher un « mieux vivre » aux Etats-Unis comme les Irlandais, les Italiens et d’autres l’ont fait avant eux ? En général, on vous répond qu’Ellis Island, c’était légal. Ce sont les même qui comme chez nous confondent un peu tout et mettent en avant l’Amérique chrétienne, en opposition bien entendu à l’Islam. Une différence de taille en revanche, pour comparer avec les débats qui secouent la France : On regarde certes parfois (souvent) de travers les femmes intégralement voilées ici ; mais interdire le voile ou toute autre chose est impensable. Souvenez-vous d’Obama dans le discours du Caire. « Pas question de dicter à qui que ce soit la façon de s’habiller ». (Ou une phrase du même genre)

Chers étudiants en cours de Civilisation Américaine. Vous arrivez les derniers. Sorry. Vous piocherez donc souvent vos réponses dans ce qui précède. Sorry again. Sur l’état de grâce d’Obama après le Massachusetts, je vous renvoie au Post précédents ainsi qu’aux commentaires d’ailleurs… Mais rapidement, oui, l’état de grâce est bien fini. Il avait déjà flanché même un peu avant. C’est un peu le coup de grâce après l’état de grâce. Certes il reste 3 ans de mandat et comme précisé plus haut, il n’est pas rare qu’un président gouverne sans majorité. La présidence Obama n’est pas à l’eau. Mais certains dossiers devaient passer lors de ce début de mandat. La réforme de la santé en tout premier lieu. Obama dit qu’il ne change pas de cap. Mais très franchement quand on demande comment désormais, ils feront voter cette loi, les démocrates n’ont pas encore de réponse. A votre question sur l’état providence, je vous renvoie à la question de Brahim sur le pouvoir des chambres et la suspicion historique des Américains vis-à-vis de tout pouvoir central. Ca s’appelle clairement de la philosophie politique. Pas de renforcement de l’Etat et de hausse des dépenses publiques. Pas d’impôts supplémentaires surtout.  JE choisis ce que je paye. Et comment je dois vivre. Pour terminer de répondre à votre question en oubliant la politique, juste un exemple. Les radios dites « de service public » aux Etats-Unis ne sont financées que par des levées de fond régulières auprès des auditeurs. Ou du mécénat. Quand j’explique que nos radios publiques sont financées par l’impôt et l’état, j’ai droit au même regard interdit que si j’avais dit une grossièreté.  Quant à Sarah Palin, elle me semble trop occupée à gagner de l’argent sur FoxNews en ce moment pour penser à autre chose. Mais elle reste bien visible au cas où elle choisirait de se présenter en 2012. Très franchement, je ne l’imagine pas une seconde remporter les primaires républicaines. En revanche, elle représente trop de monde pour être laissée de côté. Elle va donc probablement faire des meetings dès 2010 et entraîner derrière elle tous les ultraconservateurs dont le parti républicain ne peut pas se passer. D’autant moins, que les premiers à avoir lancé une « révolte » contre Obama l’été dernier, se sont eux, les électeurs à droite de la droite. Les champions toute catégorie du non à toute forme d’intervention de l’état. Ceux qui ont dans une main la bible, dans l’autre la constitution.

Voila. Salut à tous, merci de vos questions, j’espère avoir été à peu près claire faute d’avoir été exhaustive. Vous m’avez épuisée. ;)

Have a nice day.

Kennedy vient de faire 3 tours dans sa tombe

Barack Obama saison 1

Nous ne sommes pas encore tout à fait Mercredi jour anniversaire chez moi, je laisse donc vos questions de côté pour demain, mais avouez que cette élection catastrophique dans le Massachusetts change radicalement l’allure du bilan Obama.

Je suis la première à avoir dit d’un ton très assuré ces dernières semaines, que certes, la réforme sur la santé était douloureuse à mettre en forme, mais qu’elle passerait quand même. Bravo. Parce qu’en l’état, les Etats-Unis ne disposant par du 49.3 (!) je ne vois pas comment on pourrait l’envisager même à moyen terme.

Les démocrates qui sentaient venir le vent du boulet, ont envisagé quelques scénarii comme par exemple le fait de faire voter par la Chambre le texte du Sénat qui est nettement plus restrictif, et s’éviter ainsi le passage de la mise en commun des 2 textes pour aller directement à la signature (ici). L’idée ne semble pas séduire les libéraux de la chambre. Et en l’état de l’opinion Américaine, il ne semble pas très malin de passer au forceps.

Ce qui est très inquiétant pour Obama, c’est que c’est bien lui qui perd dans le Massachusetts. On peut toujours argumenter sur la candidate démocrate Martha Coakley n’a effectivement pas fait une bonne campagne, mais son adversaire républicain a orienté tous ses arguments contre le président. Contre les dépenses de l’état, contre les mesures économiques, contre la réforme de la santé. Le référendum dont nous parlions hier est net. Le siége qui vient de tomber était démocrate depuis 50 ans, Obama a perdu les Indépendants et si l’on compte, avec les élections de gouverneurs de Virginie et du New jersey il y a quelques semaines, il a été recalé lors de 3 élections partielles coup sur coup. J’ai presque envie d’écrire, sans que les républicains y soient pour grand chose. Voila un parti sans leader. Sans programme clair. Mais qui capitalise sur un mécontentement croissant. (clic)

Que reste t il de cette journée du 20 janvier 2009, quand des milliers de personnes mortes de froid se sont rassemblées pour voir leur président tou neuf prêter serment. “Un an après, les électeurs envoient un message différent” titrait cette nuit le New York Times (là). Même Obama n’a pas su, ou pas encore, prouver qu’il est bien le président différent qu’il a promis. Le président anti-establishment. Le président loin de ce Washington que les Américains détestent.

Ca s’appelle être du mauvais côté du mécontentement; Et après tout, c’est bien aussi sur un mécontentement que les républicains ont perdu coup sur coup les élections de 2006 et 2008. Là cependant c’est d’autant plus impressionnant que nous sommes à 1 an de pouvoir à peine. Avant les mid-terms. Les démocrates viennent d’inventer une défaite cuisante à mid-mid-term. Joli.

En attendant, pauvre Ted Kennedy, qui s’est battu littérallement jusqu’à sa mort pour une réforme de la santé. Son siége se retrouve occupé par un républicain dans son Massachussetts qui avait voté à 62% pour Obama. A l’heure qu’il est il doit toujours tourner dans sa tombe.

Have a nice day.

Avant la saison 2- Foire aux Questions

Barack Obama saison 1

Après demain mercredi (mais c’est déjà demain pour vous), commence la saison 2 de Barack Obama.

On verra d’ailleurs si ce démarrage se fait dans la douleur. Ce mardi soir se tiennent des élections déterminantes pour les démocrates. Un vrai référendum Pour ou Contre Obama: Le siège de Ted Kennedy dans le Massachussett est mis en jeu. Et les démocrates ne sont pas très bien partis dans les sondages.

Si la candidate Démocrate perd. LES démocrates perdent leurs majorité à 60 voix au sénat. Et toute la réforme de la santé peut s’en trouver bouleversée. Voire tuée dans l’ oeuf. Toutes les réformes à venir, à commencer par la loi sur le climat peuvent aussi être rangées au placard. Les républicains auront en effet la possibilité de faire ce qu’ils appellent un “Fillibuster” à chaque texte qui passera devant eux, c’est à dire de l’obstruction parlementaire.

L’enjeu est considérable.

Cette Saison I de Barack Obama, nous l’avons passée ensemble. Beaucoup sur les antennes, un peu ici. Je propose donc de la conclure par une petite foire aux questions. J’aurais aimé pouvoir tchater avec vous, mais techniquement, c’est trop compliqué.

Venez donc dans les commentaires parler de ce qui vous tracasse, ce qui vous intrigue, ce qui vous passionne, ce que vous voulez mieux comprendre, ce qui vous interroge sur cette année Américaine écoulée et celle à venir. Je répondrai mercredi matin ici même.

(Soyez cools, ne me laissez pas toute seule ;)) )

Have a nice day.

Son premier tweet

Barack Obama saison 1

Vous vous souvenez sans doute de Jacques Chirac intrigué par un “mulot”. Obama rassurez vous est nettement moins manchot devant un ordinateur, il s’est même battu pour ceux qui ont de la mémoire, pour qu’on lui fabrique un blackberry spécial. Nouvelle grande première aujourd’hui, Barack Obama est devenu le premier président à avoir tweeté. (ici) Si vous suivez la Croix rouge américaine, vous avez vu passer “Obama pushed the botton on the last tweet. It was his first ever tweet“. Et bien il a effectivement appuyé sur “enter”. Quel talent.

La performance présidentielle mise à part, vous avez entendu le chiffre de dons récoltés via Tweeter qui renvoie en fait à un numéro de Texto. Cette catastrophe en Haïti a permis à la seule Croix Rouge Américaine de récolter 103 millions de dollars. Dont 22 millions viennent par “text messaging”. Text To Help, c’est le message simple envoyé par tous les canaux numériques. Et initié par le département d’état. 10 dollars par message. A titre de comparaison, après le passage de Katrina, 250 000 dollars seulement avaient été récoltés par Texto.

Le don numérique ici comme chez nous permet de donner plus et plus vite. Haïti aura au moins gagné ça…

Have a nice day.

Aaarght ! Au moment où je m’apprête à mettre en ligne, CNN nous en fait encore une bonne dans la couverture de cette tragédie. Pour ceux qui connaissent: Anderson Cooper dans ses oeuvres. Je vous en parlais déjà hier. Eloignez les enfants.

Obama et Haïti

Barack Obama saison 1

 J’ai encore eu des plaintes.J’ai laissé le blog en jachère. Aaarght. C’est vrai. Mais pour ma défense, l’Amérique que je préfère vous raconter est celle de l’intérieur, et je suis à peine sortie en reportage depuis mon retour de vacances. Cueillie à froid par un attentat manqué et un tremblement de terre à suivre.

Voilà pour les prétextes. Mais puisque je m’y recolle, l’une de mes rédactions m’a demandée ce matin ce que les Américains pensaient de la polémique entre Paris et les Etats-Unis. Très franchement. Pas grand-chose. Les télévisions sont trop occupées à se mettre en scène quotidiennement.

Le premier jour, CNN a été impressionnante. L’Interview de René Préval errant sur le tarmac de l’aéroport, assommé par l’ampleur de la catastrophe était il faut l’avouer, un vrai moment de télévision. Depuis,  je vous laisse juger avec 2 exemples qui me laissent assez songeuse. Vous avez peut être déjà vu ce qui suit : le sauvetage en direct live :

Il y a surtout ceci : le correspondant médical de CNN qui tombe, par hasard bien entendu, sur un bébé blessé à la tête alors qu’il marche dans les rues de Port Au Prince.  

Concernant notre polémique sur la prise en main de la catastrophe par les Américains, (ici, un mot dans le Washington Post), la question qui suit est de savoir si Barack Obama est en train d’essayer de récupérer cette tragédie pour la faire tourner à son avantage.

Il n’a échappé à personne que nous sommes à 48 heures des bilans de la première année du président. Ce bilan est plus que mitigé. Obama est critiqué à l’intérieur comme à l’extérieur. Il n’a échappé à personne qu’avant le tremblement de terre, dans une ITW à People Magazine, il a expliqué que son grand regret était de ne pas avoir su rassembler le pays (là). On voit bien donc, l’avantage d’appeler à la rescousse Georges Bush et Bill Clinton. Les deux anciens présidents ont passé tout leur dimanche dans tous les talk-shows des grandes chaînes. Obama devient celui qui restaure l’unité Américaine en même temps que son image. Il ne fait pas les mêmes erreurs que son prédécesseur à l’époque de Katrina. Il montre que la toute puissante armée de son pays peut servir à bien autre chose que faire la guerre dans des pays improbables. ET, il évite pour l’avenir, (il essaye en tout cas), une vague d’immigration Haïtienne vers les Etats-Unis. (Allez voir ici, les mises en garde de Janet Napolitano contre ceux qui auraient l’intention de traverser vers Miami)

Ceci étant dit, et même si les bonnes intentions ne sont pas forcément dénuées d’arrières pensées, le seul à avoir mis les pieds dans le plat, accusé le président Américain de tirer avantage de la catastrophe, encouragé les Américains à ne rien donner c’est Rush Limbaugh. L’ultra conservateur que l’on connaît.(ici) L’un des hommes les moins recommandables de ce pays. Et au final, sans le déploiement Américain, on en serait probablement réduit à balancer des denrées alimentaires par hélicoptère.

La vraie question à mon sens n’est pas tant côté Américain (et côté français !) ce qui se passe aujourd’hui, mais ce qui se passera demain. Obama a promis que les Etats-Unis n’abandonneraient pas Haïti une fois l’urgence passée. « Comment repartir de zéro ? » demande le Washington post de ce matin. Elle est là la bonne question. Parce que, au regard de l’histoire entre les 2 pays, si effectivement cette promesse de rester aux côtés d’Haïti est tenue, alors pour le coup, ce serait une grande première.

Have a nice day.

Johnny je t’aime, mais je te quitte

En ville

Cher Johnny,

On vient à peine de faire connaissance, mais je crois pourtant que c’est la dernière fois que je t’écris.

Je te lâche. Je décroche.

J’ai vécu pour toi cette après midi mon dernier bain de micros aéroportuaire à l’arrivée de ton ami Jean Claude Camus. J’ai ma dose. Le gars du Starbucks me reconnaît maintenant ; il m’a même demandé si je venais tous les jours. Ca m’a fichu un coup.

Cette fois, on a bien noté que les services de l’aéroport avaient repéré cette bande de Français parfaitement indisciplinés que nous sommes. Il y avait 3 policiers dans notre périmètre et on a assisté mi-amusés mi-honteux aux allers-retours du chef de la sécurité. Il avait l’air inquiet et composait un numéro de téléphone aussi frénétiquement que régulièrement. On a vite compris qu’il attendait l’arrivée de la limousine de ton producteur. Dès qu’elle a été là, Camus a foncé, les portes étaient déjà ouvertes. Et rideau.

J’aime autant ne pas te raconter les 4 heures suivantes à attendre devant l’hôtel.

Entre hier et aujourd’hui cependant, il y a du neuf. Mon Jojo tu vas être content : la presse Américaine est là. J’aimerais pouvoir te dire qu’elle s’inquiète de ta santé. Qu’elle tremble d’impatience à l’idée que tu ne pourras pas chanter pendant un bout de temps. Mais… comment te dire… les journalistes de Los Angeles en fait ne sont pas venus pour toi. Ils sont là pour nous. Ta meute. Ta glu.

Si la station locale d’ABC a posé un camion satellite à côté de celui de nos télévisions,  c’est pour faire un sujet sur ces Français qui gènent en campant devant l’hôpital et provoquent un remue-ménage terrible dans le terminal 2 de l’aéroport. Si le LA Times a fait déjà 2 papiers, c’est pour se demander qui tu peux bien être. Ici. Ou pourquoi on est bien les seuls à se soucier te toi. Là, hier. Pareil sur « npr » la radio publique nationale Américaine, pour laquelle Valérie Cantié, ma consÅ“ur et copine correspondante-pigiste ici à Los Angeles a donné une interview. Elle a expliqué à l’Amérique combien tu étais cher à notre cÅ“ur. Tu la connais Valérie peut-être : regarde par la fenêtre de ta chambre. Elle est juste en bas. A tous ceux qui posaient la question, tu penses bien qu’on a répondu que tu étais notre « Elvis » à nous. Ils ont probablement aimé. Ils t’appellent tous comme ça désormais. Histoire de calmer nos frustrations on a aussi raconté que si les membres de ton staff avait bien voulu nous donner des informations fiables au moins une fois, on aurait levé le camp depuis bien longtemps. Tu imagines à quel point ça a pu les émouvoir.

Les confrères m’ont raconté que des gars de CNN étaient passés aussi. Et puisqu’ils entendaient que tu étais le plus connu de tous les chanteurs français, ils ont demandé à entendre une chanson. Le groupe qui n’avait rien de mieux à faire, a posé les caméras pour se lancer dans une interprétation du plus bel effet de « Allumez le feu ».

Je décroche.

Je te lâche.

Des bises.