Bienvenue à New-York

Le blog de Fabienne Sintes


Désespérer Detroit

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J’ai habité en Lorraine. Je ne vais donc pas faire semblant de découvrir à quoi ressemble un Etat dont l’industrie quelle qu’elle soit meurt à petit feu. Je ne vais pas faire semblant non plus de découvrir que l’industrie automobile Américaine est presque morte. Si vous en avez l’occasion, revoyez “Roger and me” de Michael Moore qui a été fait en… 1989 !

Detroit, ce n’est pas faire injure à ceux qui y vivent que de le dire, c’est moche. Voila.  Comme toutes les villes qui ont été. Et qui ne sont plus.

Mon guide du jour, qui s’appelle Al. Il a travaillé 30 ans chez Général Motors. La première chose qu’il a voulu me montrer c’est ça:

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(J’aurais pu éviter la grosse tâche de soleil en haut à droite; mais permettez moi de garder ma signature de “nulle en photos”) Ce bâtiment qui autrefois a été beau, c’est l’ancienne gare de Detroit. Des centaines de milliers de personnes sont passées par ces grandes portes  pour aller chercher du travail dans la grande ville industrielle. La gare a été construite dans les années 20. Voila ce qu’il en reste. Rien.

J’ai retrouvé chez Al ce que je trouvais autant touchant que déprimant chez les Lorrains (qu’ils me pardonnent) il y a plusieurs années. Cette nostalgie du “bon vieux temps”; de ces années d’avant où l’on pensait vivre 30 ans dans la même entreprise, comme son père et son grand-père… Le tout en contemplant  des bâtiments désormais déserts ou détruis.

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 Nous sommes ici sur le Site Ford que tout le monde appelle “the rouge”, à Dearborn à cause de la rivière “rouge”. Il y avait 100 000 ouvriers autrefois ici. Il en reste moins de 10 000.

Je ne vais vous refaire l’histoire de l’industrie automobile Américaine; la puissance des syndicats qui ont obtenu des pensions, des couvertures santé telles pour leurs ouvriers que les finances des entreprises en ont été étranglées; ou les erreurs manifestes des patrons qui ont persisté à faire des 4X4 pendant que les japonais envahissaient de marché de voitures plus économiques; chacun y va de son explication pour essayer de comprendre une dégringolade vertigineuse accélérée en quelques mois par la hausse du prix de l’essence et la crise du crédit.

Il n’empêche qu’on en est là. Dans le rouge (justement !). Pour certains il faut laisser partir les sociétés en faillite pour mieux les relever dès qu’elles seront moins lourdes (mais vous achèteriez une voiture construite par une société en faillite vous ?); pour d’autre il faut donner vite vite les 25 milliards réclamés par les constructeurs parce que la situation ne tiendra jamais jusqu’au 21 janvier.

Au milieu de tout cela, le public Américain, qui n’a pas raté l’arrivée des 3PDG en Jets Privés lors de leur dernière tentative de convaincre le congrès de les aider, semble ne plus trop savoir quoi penser. Il a vu citi-group sorti des ronces avec un gros coup de pouce de 20 milliards pas plus tard qu’hier, mais reste coupé en 2 sur la question de l’automobile. ici un sondage Gallup très parlant.

Barack Obama hier a redit qu’il fallait aider l’inductrie automobile sans “lui donner de chèque en blanc”.

En attendant une décision, Detroit et tout le Michigan qui n’ont jamais été dans une situation économique aussi catastrophique font le gros dos en comptant les emplois en balance. 3 millions au bas mot.

Vous me direz, il pourrait pleuvoir.

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Et ben c’est fait.

Have a nice day.

Encore un mot…

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Vous me permettez une minute populiste ?

Comme j’ai la télé allumée en permanence sur le Sénat en ce moment, pour suivre le sauvetage ou pas de l’industrie automobile, je suis tombée de ma chaise en voyant ceci. Surtout ne regardez pas tout, c’est à mourir d’ennui. Allez juste une minute avant la fin à la “standing ovation”.

Le monsieur que le sénat laisse partir avec une pleine minute d’applaudissements s’appelle Ted Stevens. Il a 85 ans. Il a été sénateur d’Alaska pendant 40 ans. Il a un aéroport à son nom. Il vient de perdre son siége au profit du maire démocrate d’Anchorage.

C’est aussi un monsieur qui sort d’un procès au cours duquel il a été reconnu coupable des 7 chefs d’accusation pour lesquels il comparaissait. Il est le premier sénateur en exercice devant la justice depuis 1981. Il a été condamné pour corruption après avoir notamment accepté 250 000 dollars d’une compagnie pétrolière.

Bravo en effet. Ca mérite une standing ovation…

Et puisqu’on est en Alaska, je vous laisse savourer cette petite vidéo de Sarah Palin dans une “cérémonie de Pardon à la Dinde”. Il y a une tradition à Thanksgiving: épargner une dinde. Tous les Etats jouent à ça, y compris le président des Etats-Unis qui organise un concours pour donner un nom à la dinde épargnée de l’année. L’heureuse élue défile même à New York le jour de Thanksgiving. Mais regardez bien en arrière plan de l’ ITW de Sarah Palin ce qui se passe… Eloignez les enfants comme dirait le présentateur et promis, demain j’arrête de regarder MSNBC, je me colle devant FoxNews et je dis du mal des démocrates :)

Have a nice day.

Hillary, arrête de m’écrire et décide !!!

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 J’ai encore reçu un mail d’Hillary Clinton. Comme au bon vieux temps. Et comme au bon vieux temps, elle veut des sous !

Dear fa,

We are living in a very special time in American history, with an election that has redefined the boundaries of possibility and set our nation on a positive path with new leadership.

Things are changing in Washington and we have reason to hope that the next four years will look much different and better than the last eight.

As we look forward to a new era in Washington, there is still one piece of unfinished business where Hillary needs your help.

We need to do all we can to help Hillary by acting now to reduce her remaining debt.

 

Clinton a encore 7,6 millions de dettes après sa campagne pour les primaires. Les mauvaises langues disent que si elle tarde à dire si oui ou non elle prend le job de SOS (secretary of state), c’est parce qu’elle attend de la campagne Obama qu’ils payent cette ardoise. Si elle accepte le poste, elle n’aura plus le droit de lever des fonds.

Il y a d’autres raisons. Plus ou moins avouées dans ce silence qui commence à devenir ridicule. Je vous conseille la lecture du New York Times de ce matin (ici) pour mieux comprendre. Bill Clinton semble avoir levé tous les obstacles qui le concernaient. “Je ferai tout ce qu’ils voudront” a-t-il dit. Il a donc donné la liste des bienfaiteurs de sa fondation et semble même prêt à faire vérifier ses discours à l’avenir.

Du coup la vraie question devient: Est-ce qu’Hillary en a vraiment envie ? J’ai fait une interview aujourd’hui sur un tout autre sujet avec une ancienne conseillère de Bill Clinton. Proche du couple mais qui en parle avec recul et avec humour. Et si me disait-elle, la présidence Obama tournait à une “présidence Carter” ? C’est à dire beaucoup d’espoir pour commencer et beaucoup de déception tout du long. Cela donne une fenêtre de tir à Hillary pour 2012. Si elle a un poste aussi haut placé dans le cabinet Obama, elle sombrera avec lui s’il échoue. Et adieu 2012.

Si Obama se débrouille bien, Hillary a probablement envie d’autre chose qu’une place au sénat pour terminer sa carrière. Secretary of State c’est plutôt bien. A condition d’être d’accord pour être la voix du président. De soumettre ses decisions au Président. D’être une “employée” du Président. Peut être que cette pilule (là)n’est pas si facile à avaler…

Have a nice day

Rester dans le mood

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A chaque fois que je passe devant les vendeurs à la sauvette de mon quartier, je n’en reviens pas de les voir vendre des tonnes de T-Shirts et casquettes Obama. Ce qui m’étonne, ça n’est pas qu’ils soient encore là une semaine après l’élection; c’est plutôt qu’ils aient encore des clients, tant j’ai le sentiment que tout le monde est déjà pourvu en gadgets de toutes sortes. Les gens ont semble t-il décidé de s’ “habiller en Obama” jusqu’au 20 janvier, date de l’investiture. Et désormais, toute cette petite famille Obama c’est la famille royale.

Dans un tout autre genre, on donne pour prénom Obama à des bébés dans le pays et dans le monde entier.

Je n’ose pas imaginer l’état des rues de Washington le 20 janvier prochain. Les réservations pour les bus qui feront le voyage sont déjà parties et déjà la plupart des associations ou organismes en charge des “inauguration trips” sont débordées de demandes. Il n’y a plus une chambre d’hôtel libre dans la capitale; et on vend des tickets pour une place le long de la parade pour 300 ou 500 dollars sur Internet alors que cet exercice traditionnel est bien évidemment gratuite. Les billets lorsqu’il y en aura, seront distribués la semaine précédent le jour de l’investiture. Ils seront probablement réservés comme ceux de la soirée à Chicago, aux volontaires de la campagne.

Quand l’occasion viendra, nous auront le temps de reparler de cette passation de pouvoir (comptez sur moi pour être quelque part dans la foule !) et je vous raconterai quelques épisodes savoureux désormais entrés dans l’ histoire, comme par exemple le départ furieux des démocrates en 2000 après une élection de Georges W Bush calamiteuse. Les équipes de Clinton avaient enlevé tous les “W” des claviers des ordinateurs de la maison blanche !

En attendant, la ruée sur les journaux n’en fini pas !  Après les quotidiens le lendemain de l’élection, voici les hebdos.  Ils sont sortis cette fin de semaine et il n’en reste plus un nulle part. Il faut viser tellement juste l’heure à laquelle arrivent les rééditions, que je n’ai toujours pas réussi à mettre la main sur autre chose que “The economist” (mouais…). Quelqu’un a par ailleurs piqué mon “Time” dans la boite aux lettres. Comme tout le monde, je me suis rattrapée sur Internet et je vous conseille de faire pareil. Pour ceux qui maitrisent l’anglais, voici le numéro de cette semaine de “Newsweek“.

Vous verrez sur le bandeau du haut de la page 7 chapitres. C’est long mais ça se lit comme un roman. Toute la campagne racontée et décryptée par des journalistes qui ont suivi les candidats pendant plus d’un an avec pour tâche de ne commencer à écrire que le lendemain des résultats. Leurs récits sont des modèles du genre. Un document. Les doutes d’Obama, la désorganisation d’Hillary, les décisions de McCain … Tout est un régal.

Quand on pense qu’aux Etats-Unis (comme ailleurs) les journaux vivent très mal. La plupart des grands quotidiens ont tout misé sur leurs sites et licencient à tour de bras dans les autres secteurs. Mon ami Mike, que vous connaissez maintenant, n’est pas sûr d’avoir encore un travail l’année prochaine. Son journal, le Rocky Mountain News songe à fermer tous ses bureaux en dehors de Denver. Y compris celui de Washington.

Mais quand survient l’histoire, on se souvient qu’ Internet, c’est bien; sauf que rien ne remplace un correspondant radio qui bafouille un peu mais fait lever ses auditeurs à 5h du matin :) et ce papier qui encombre les sacs, salit les mains et que l’on conserve ensuite pour les enfants.

Have a nice day.

Day 1

En campagne

Un grand merci à tous d’avoir bien voulu me suivre dans cette traversée Américaine qui s’achéve sur une victoire pour l’Histoire. Pour ne rien vous cacher, je n’ai plus tout à fait les yeux en face des trous. Je ne suis pas la seule. Les journalistes désormais ne se repèrent plus aux accréditations qui pendent autour du cou, mais aux valises sous les yeux. Tout à l’heure sur l’antenne de France-Info, on m’a demandé quel était selon moi le moment fort de toute cette folle campagne, je suis restée sèche comme une vielle affiche de John McCain moitié décollée par le soleil d’Arizona (!) Il s’est passé tellement de choses depuis plus d’un an que je ne sais plus par où ça commence. Et c’est pas fini.

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Il y aura d’autres traversées Américaines, d’autres images et d’autres sentiments à partager avec vous dans les jours,  les semaines et les mois qui viennent. En attendant, profitez des quelques clichés pris au hasard dans rues de Chicago hier. Vous remarquerez que les photos sont d’une autre qualité que celles que vous voyez habituellement ici (!)  C’est normal. J’ai laissé l’appareil à Eric Gérard, le technicien qui nous accompagnait pour ces dernières heures de voyage. Un homme du son qui sait faire de l’image.

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 J’ai acheté comme tout le monde un exemplaire du “Chicago Tribune” que je conserverai précieusement. Le tirage de tous les journaux Américains a égalé voire dépassé celui du 11 septembre. C’est peut-être le premier symbole d’une Amérique qui a choisi de tourner une page.

Have a nice day.

Vivement tout à l’heure

En campagne

Un peu de backstage juste pour dire bonjour, en attendant mieux…

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Ohio, Nouveau Mexique, et Virginie… La course est pliée, mais on n’a pas le droit de le dire, alors on regarde ailleurs… et c’est beau…

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Les centaines de milliers de personnes du parc, et nous, regardons  CNN,  la chaîne que la campagne Obama a choisi de mettre sur ses écrans géants. Pour les amateurs et les connaisseurs, la carte magique de John King est en train de chauffer, et le grand truc du jour, c’est ça:

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Vous ne voyez pas ? Regardez le léger trait de lumière autour de Will I Am. Le rappeur est en direct et… en HOLOGRAMME !!!  

Comme dirait l’un de mes confrères, on dirait la princesse Leila dans StarWars.

Ils sont trop forts ces Américains !!

A tout à l’heure…

Vivement mardi

En campagne

Pourquoi le cacher, voici typiquement le genre d’exercice qu’après un peu plus de 15 ans à exercer ce métier, je ne sais plus faire.

Aller demander au pharmacien si c’est bien ici qu’Obama vient acheter son aspirine; ou au premier chaland qui passe s’il a déjà croisé son désormais prestigieux voisin.

Je sais pourquoi je suis là, et que ce genre de reportage s’il est parfaitement anecdotique donne à voir une ville au centre du monde. Ca s’appelle “Le Chicago d’Obama”. Et bien entendu, nous y passons tous. Mais comment en vouloir au coiffeur de la 53ème rue qui m’envoie bouler parce qu’il a déjà répondu à une télé Allemande il y a 2 heures et à des Espagnols dans la 1/2 heure qui a suivi ?

J’ai bien repéré le petit resto où Obama va de temps en temps déjeuner en famille. J’y suis déjà passée au moment du Super-Tuesday. Dans ces cas là en général, je commence par prendre un café. Pour éviter d’avoir juste le nez en l’air je note 2 ou 3 trucs sans importance dans un carnet à spirale tout en longueur qui m’identifie immédiatement comme appartenant à la communauté des journalistes; espérant secrètement que quelqu’un de formidable viendra à moi en souriant et se portera immédiatement volontaire pour me raconter qu’il connaît Obama depuis l’enfance. Tu parles.

Donc, mine de rien je lève les yeux régulièrement à la recherche des “happy faces” qui accrocheront mon regard. Avec un peu de chance,  lorsque la conversation commencera, ils trouveront charmant cet accent français qui fait “Ziss” au lieu de “this”. Et le tour sera joué.

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Les Américains sont formidables pour ça: ils ont nettement moins peur du micro que chez nous. J’ai fait bonne pioche et passé 20 minutes délicieuses avec 2 messieurs qui passeront leur soirée de mardi chez Jesse Jackson à la “Rainbow push coalition” pour un “watch meeting”. C’est une tradition qui date de l’époque de l’esclavage. En 1863 lorsque Lincoln a proclamé l’abolition, les noirs Américains se sont réunis pour prier ensemble et regarder la nouvelle année venir. Mes amis du jour m’ont posé 1000 questions sur la France et son regard sur Obama. Ouf. Me voila ragaillardie, parce que c’est pas fini…

N’étant aucunement différente des autres, mon arrêt suivant est pour la maison de la famille Obama, histoire de voir à quoi ça ressemble. Un peu tard. La sécurité est partout. Inutile de vous montrer 3 voitures de police qui barrent une rue.  Voici plutôt une maison proche. 

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Ca doit lui leur faire tout drôle quand même dans cette famille, d’avoir la photo du voisin sur une des fenêtres (!)

Dans la foulée, j’ai fait comme tout le monde, (encore !)  j’ai voulu aller voir ici:

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Altgeld Garden, où le jeune Obama était travailleur social dans sa jeunesse. Paulette qui tient une association ici est adorable. Elle a vu passer 6 journalistes. Dont moi. Mais j’ai bien été briefée par la petite communauté de mes confrères et amis que  sa voisine, qui pour le coup a bien connu Obama dans les années 80 n’en peut plus. Comme je la comprends.

Nous sommes décidément tous incorrigibles.

Have a nice day.

 PS: Au fait, rien à voir… Vous avez entendu que les Québéquois avaient encore frappé ? ici Un faux Sarkozy au téléphone avec la vraie Sarah Palin. Moyen drôle.

Km 4880 Chicago.

Here's my vote, En campagne

Ouf !  J’avais fini par donner un nom à mon GPS (Il s’appelle Maurice), et je me suis surprise à lui parler plus d’une fois. Il était temps que ça finisse ! :)

J’ai raconté ce matin chez Bruno Duvic qu’en prenant un café avant de partir, je suis tombée sur ce papier, dans le Columbus Dispatch. Ou comment les électeurs sont incroyablement stressés 5 jours avant le résultat. Lisez surtout l’encadré à droite, qui m’a fait beaucoup rire. Des psychologues donnent des conseils pour se détendre, comme dormir (!), arrêter de regarder la télévision tout le temps ou aller faire du camping (!!) Vous me direz, nous les journalistes, quand on commence à tourner en rond sur le fond, on finit toujours pas aller chercher des angles tirés par les cheveux… Tout de même, ce stress décrit par tout le monde est effectivement palpable c’est l’une des choses que je retiens de ces 15 jours à courir l’Amérique.

Dans les swing-states ou l’on ne sait toujours pas qui va l’emporter sur qui, les Républicains chuchotent quand ils parlent de McCain autour de gens qu’ils ne connaissent pas de peur de se voir taxer de racisme. Les démocrates, lorsqu’ils sont noirs, doivent se défendre de voter Obama parce qu’il est noir. Dans l’ensemble, chacun du coup reste entre soit, ne s’informe que sur des sites internet “amis” et évite de parler politique en public.

Chrystie, que j’ai croisée dans un petit restaurant de route, est une républicaine convaincue qui après s’être fait voler la pancarte “McCain/Palin” plantée dans son jardin, a décidé de la coller pour que ça ne se reproduise pas (!) Michelle en revanche, qui est démocrate et que j’avais croisée la veille dans un groupe de volontaires, raconte que dans un café encore, elle n’a pas pu s’empêcher de jubiler et de mettre ostensiblement ses tracts sur la table, quand elle a entendu ses voisins s’inquiéter des sondages de leur candidat républicain.

En virginie, avant un meeting © fs

En virginie, avant un meeting © fs

J’ai couvert déjà les présidentielles de 2000 et 2004. Je me souviens de la résignation démocrate après l’épisode calamiteux des bulletins à recompter. Je me souviens très bien aussi il y a 4 ans, d’avoir fait un long reportage pour le magazine “Interception” sur France-Inter  sur le ” Divorce à l’Américaine”. La guerre semblait couper ce pays en 2. Résultat Bush l’a emporté bien plus largement qu’en 2000. Cette fois  certes le pays est polarisé; coupé entre 2 visions de l’Amérique et du monde. Mais plus encore, je dirais que les Américains se toisent. 

Quelque part en entrant en Caroline du Nord je crois...  © fs

Quelque part en entrant en Caroline du Nord je crois… © fs

Jamais une élection n’a cristallisé autant de peurs et d’espoirs. L’espoir (immense !) d’une Amérique nouvelle sur tous les points que suscite Barack Obama chez beaucoup de démocrates est proportionnel à la peur que le même Obama suscite chez les républicains. A cause de cette histoire de socialisme et de partage des richesses. A cause de la couleur aussi.

C’est un autre enseignement de cette balade Américaine. Et c’est Lorette qui me l’a résumé en peu de mots: ” Les gens font semblant de croire qu’il n’y a pas de problème racial dans ce pays. Mais à la fin tout revient à une équation Noir et Blancs”. Elle a raison, la couleur est partout. Dans ces Etats ouvriers, aux résultats incertains, tout le monde m’en a parlé. Avant même que je pose la question. Soit pour dire que ça n’a pas d’importance, soit pour dire l’inverse. Y compris bien sur chez les blancs. Soit pour dire que ça n’a PLUS d’improtance, soit pour dire qu’il faut arrêter d’en parler. La crise économique, contrairement à ce qu’on a beaucoup lu, n’a pas effacé la couleur. Au mieux, selon moi, elle l’a diluée.

Quelque part en Pennsylvanie © fs

Quelque part en Pennsylvanie © fs

Ca ne veut pas dire qu’Obama ne sera pas élu. Juste que l’Amérique reste l’Amérique et que de ce point de vue là, elle a encore des choses à régler.

Au positif, je dirais que cette élection aura peut-être servi de catharsis. Au moins tout aura été mis sur la table. Et mercredi matin, si Obama gagne, c’est une autre Amérique qui se réveillera avec peut-être le sentiment de laisser derrière elle les oripeaux d’un autre temps.  S’il perd, pour le coup le rapport Noirs/Blancs mettra du temps à se décrisper.

Have a nice day.

Km 4300, retour à Cleveland et grève du blog

Here's my vote, En campagne

Je vous le dit tout net, je ne prends que 5 minutes pour vous donner des nouvelles de la campagne par la route aujourd’hui. Il est tard, j’ai voulu prendre de l’avance dans les reportages pour les antennes  avant de tracer vers Chicago, donc je fais la grève du Blog.

Juste en un mot, j’ai fait pour le plaisir aujourd’hui, ce que l’on fait trop rarement dans nos métiers trop rapides, je suis retournée voir un monsieur croisé l’an dernier au même endroit. Je faisais un reportage sur la crise des Subprimes ici même à Cleveland, dans une association qui s’appelle l’ESOP. Pour votre info, l’un des comtés juste dans la proche banlieue de Cleveland détient la palme du nombre de saisies immobilières en un an: 9344.

Voici la déco des locaux de l’ ESOP. Contre les requins de banquiers et d’organismes de crédit.

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Bref, j’aime cet endroit, parce qu’on y croise des gens ordinaires. Aujourd’hui, une infirmière mère de 4 enfants qui va perdre sa maison parce qu’elle a eu un accident et n’a pas travaillé pendant 3 mois 1/2. Elle a surtout voulu me parler de sa dernière fille qui a 9 ans et qui ne sait pas faire du vélo parce que sa mère n’a pas les moyens d’en acheter un. Aujourd’hui aussi une femme de 36 ans venue avec sa mère qui raconte que le taux de son prêt immobilier a augmenté de 2X 300 dollars en 6 mois. Pour l’instant, elle peut payer, elle travaille et sa mère lui donne un coup de main, mais elle sait que ça ne va pas durer longtemps. Ou ce monsieur qui vit dans un quartier assez chic pour l’école des enfants et vient d’urgence refinancer son crédit.

Pas de misérabilisme. Juste des histoires ordinaires. Et cette phrase de la jeune infirmière: “je n’ai jamais voté. Je vais le faire pour la première fois. Obama dit-elle “speaks like he cares for us”. Pour moi ça veut dire il “semble se préoccuper de nous. Pourvu qu’il le fasse”.

L’an dernier donc, j’avais rencontré Marc. Un prof d’anglais pris à la gorge. Licencié, il avait pris un travail de prof auxiliaire et cumulait avec un job de vendeur de billets dans un théâtre.
J’ai pris un verre avec Marc. Il a toujours son 2eme travail, mais il a retrouvé un poste de professeur. Il a sauvé sa maison en arrivant à refinancer son prêt grâce à l’intervention de l’ESOP. Il a l’air d’aller bien. Vous avez quoi ? Ca m’a fait une pause bien agréable. Et ça m’a fait plaisir.

Voilà.

Quand même, avant de vous quitter, Obama hier s’est offert une grosse demi heure en prime time sur tous les grands networks. Voici l’exercice. Et son analyse. On appelle ça de l’ “infomerciale”. Le prix ? 1 million de dollars.

Have a nice day.

Km 4023, Columbus OH

Here's my vote, En campagne

L’ambiance est studieuse, au Veterans Memorial de Columbus, Ohio. Nous sommes dans le Franklin county, cette grande salle est le seul endroit où les électeurs peuvent voter en avance.

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Voici une idée de la file d’attente avant d’accéder au vote. 1h30 à 2h. Ce qui n’est rien à côté des 4 ou 5h de patience qu’il a fallu à ces même gens pour voter en 2004. Le nombre de machines était si peu suffisant, que l’on estime, pour ce seul comté à 25 ou 30 000 le nombre de ceux qui sont repartis sans avoir pu exercer leur droit…

Et je vous laisse deviner dans quels districts (il y a en tout 852 districts dans le comté) les problèmes ont été les plus importants: les quartiers noirs bien entendu.

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C’est en partie pour éviter de revivre cette situation que l’on encourage très fortement au “early voting” (le vote en avance). Pour la première fois dans l’Etat, les électeurs n’avaient pas besoin de justifier de leur absence le 4 novembre pour voter avant l’heure. La consigne est très bien passée. Ici, en un peu moins d’un mois 32 000 personnes ont voté. Dans tout l’état 1,5 millions d’électeurs. Soit 23%. C’est beaucoup, mais indispensable si l’on songe que depuis janvier dernier l’Etat de l’Ohio a vu 700 000 personnes supplémentaires s’inscrire sur les listes électorales.

Les sondages sortis des urnes en tout cas, donnent 13 points d’avance à Obama. Ce qui ne veut pas dire grand chose. Leur mauvaise expérience de 2004 pousse surtout les noirs à voter en avance. Comme mon ami du jour, qui bouquine devinez quoi en attendant sa mère qui n’a toujours pas fini de cocher ses cases…

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L’Ohio, vous l’avez probablement suivi, a commencé à être dans l’ oeil du cyclone avec le scandale d’ACORN. Un “advocacy group” comme on dit ici, c’est à dire une association en charge des plus démunis, qui est accusée d’avoir inscrit les mêmes personnes plusieurs fois dans plusieurs bureaux. Le scandale touche tout le pays. Les républicains en ont fait leurs choux gras. Obama a travaillé pour ACORN lorsqu’il était travailleur social. Un scandale de plus avec des machines défectueuses ou pas de machines du tout serait désastreux pour un Etat vers lequel tous les yeux de l’Amérique sont tournés à chaque élection.

Cette fois, donc, on a enlevé définitivement les vielles machines “façon Floride” avec le système des poinçons. On les a remplacées par des machines à écran tactile bien plus pratiques et on a multiplié leur nombre par deux. 4200 en tout. Comme vous le savez, on vote pour une multitude de choses le 4 novembre, outre le président; et  la taille du bulletin de vote varie en fonction du nombre d’élections locales dans chaque district. En moyenne ici, entre les sénateurs, les juges, le procureur, le bureau des écoles, les référendums, chaque électeur aura à voter entre 24 et 30 fois. Les machines ont donc été réparties de cette manière: plus il y a d’élections dans un district, mieux il est doté en machines, puisque logiquement, les gens mettront plus de temps à voter.

SAUF QUE. Les machines étant neuves, on autorise ceux qui préfèrent à cocher des cases sur un papier. Ca s’appelle le “paper ballot”. Or ces paper ballots ne seront comptés qu’APRES les votes recueillis pas les machines. Vous suivez ? Pour le détail, c’est ici, dans le “Columbus dispatch”.

On ne parle bien entendu que d’UN comté. Celui qui entoure Cleveland, la plus grosse métropole de l’Ohio a changé ses machines 4 fois en 4 ans.

En fait, tous les “swing states” soulèvent l’un après l’autre des problèmes de machines. La Floride bien sur, la Virginie aussi… voire en West-Virginia ou pourtant il n’y a pas d’enjeu par rapport au résultat final.

Cela vous donne une idée de la tension qui entoure cette élection, dont je finirai bien par faire un sujet avant d’arriver à Chicago.

Au final, si le résultat est tranché, on oubliera les petits tracas des machines. Si le résultat est serré… On n’est pas couchés !!!

Have a nice day.