Comprendre l’Italie à travers ses nuances

Le blog de Eric Valmir


Douleurs Siciliennes

mafia, sicile, société, politique

  

AGRIGENTO/FAVARA

Favara, dans la province d’Agrigento au sud de la Sicile.

Le 23 janvier dernier, une maison du centre historique s’écroule sur elle même. Chiara 3 ans et sa soeur Marianna 14 ans sont tuées. Leur frère Giovanni est miraculeusement sauvé des décombres.

Ce drame a secoué l’Italie pendant deux journées.

Deux journées de direct et de polémiques sous le titre : “une tragédie annoncée”. Annoncée parce que des maisons vétustes s’écroulent régulièrement, les maires des environs chiffraient à 400 le nombre de bâtisses qui dans la zone d’Agrigento menacent de s’effondrer.

Des subventions avaient pourtant été débloquées ces dernières années pour la rénovation des centres historiques, les habitations étant également considérées comme un symbole du patrimoine culturel. L’argent a été détourné et on a entassé les familles les plus pauvres dans ces maisons à risques.

Dans les larmes explosent la colère et la polémique : “on le savait mais personne n’a rien fait. Maintenant que le fait est porté à la connaissance publique, engageons des travaux pour qu’une telle tragedie ne se reproduise plus.”

Il y a un mois, je n’ai pas évoqué cette affaire. Il y a  un mois, je me suis dit “attendons et allons sur place plus tard pour voir si une fois l’émotion passée, on entreprend des travaux de restructuration”.

L’aspect “tragédie annoncée” a tendance à se répèter un peu trop souvent. Qu’il s’agisse d’une coulée de boue, de l’écroulement d’une maison ou d’une catastrophe ferroviaire. Prévention Zéro.

D’ailleurs Monseigneur Francesco Montenegro, l’archevêque d’Agrigento a refusé de célébrer les funérailles des deux enfants. Dans une lettre écrite à Guido Bertolaso, le chef de la Protection Civile, Mgr Montenegro affirme que “sa place sera dans l’église aux cotés des parents et qu’il se réfugiera dans la prière mais qu’il ne peut officier, la mort de ces 2 enfants aurait pu être évitée.”

Les funérailles seront célébrées par le père Mimi Zambito. Durant la cérémonie, il fustigera les spéculateurs, les esprits optus, les profiteurs, les mafieux qui volent et détruisent leurs prochains tout en dénigrant la justice. A la sortie de l’église, les témoignages recueillis par tous les reportages de télévisions évoquent  une grande douleur, d’autant qu’”on savait tous que ça devait arriver un jour“. C’è la rabbia.

 

Un mois après…

… Nous voilà à Agrigento, province célèbre à travers le monde pour sa vallée des temples…

 © NicoMathias.RF

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Et dans le centre historique…

Sur les hauteurs d’Agrigento, si la nuit offre un spectacle féerique…

 © EricValmir.RF

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En revanche, la journée, en contrebas de l’église, des zones entières habitées menacent de s’écrouler…

 © EricValmir.RF

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Mon ami Gianjosef qui habite à deux pas de cette masure me disait que l’an dernier une dizaine de maisons s’était écroulée dans le semestre…

Sans faire de victimes…

“Mais qu’attendons nous  ? Qu’il y ait des morts ? Ils bloquent la rue, nettoient les gravas et puis plus rien jusqu’au prochain éboulement”.

Et des morts à Favara, cette fois-ci, il y en a.

Pire, deux enfants, deux filles 14 et 3 ans. Deux innocentes.

L’écroulement à Favara

 © Sicilia

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 © Sicilia

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Un mois après, le constat est triste et sans surprise.

Rien n’a été entrepris.

Les mêmes maisons en ruines. Et les promesses du “plus jamais ça ” formulées sous le coup de l’émotion…  envolées.

 © EricValmir.RF

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La seule voie que semblent suivre les décideurs est la destruction de ces maisons.

Ben voyons, marmonne Giovanni, septuagénaire qui a toujours vécu ici. Mettre notre patrimoine en l’air pour construire des baraques neuves dehors et s’en mettre plein les poches au passage. La Mafia ne tue plus physiquement, elle détruit nos biens. Elle n’essaie plus de prendre la couleur du peuple, elle est ouvertement maintenant du coté des puissants et brule sa propre terre, la notre, au nom du fric.

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MESSINA/ GIAMPILLIERI

Une histoire qui se répète tristement sur les cotes Est de l’ile dans la province de Messine.

Le 1er octobre 2009, une coulée de boue emporte tout sur son passage et frappe plusieurs communes. La plus touchée Giampilieri. Bilan : 28 morts. Avec une figure martyre Simone Neri qui sauvera la vie à 7 personnes avant d’être lui même écrasé. (cf post du 6 octobre dans rubrique Sicile)

 © Ansa

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Encore une fois, les reportages titrent tous :  ”un désastre annoncé”.

Comme ce diaporama de YouReport.

Désastre annoncé en raison de constructions abusives.

Mais quelles constructions abusives hurlent les habitants exédés. Giampilieri existe depuis des siècles. Les autorités ont décrété que notre malheur relevait de notre seule faute. Mais ce sont eux les irresponsables. Depuis 11 ans, on réclame que les rivières et torrents soient nettoyés, les terrains en amont défrichés, les terres ne sont plus cultivés et la topographie des lieux a changé ces dernières années,  on écrit aux autorités compétentes mais tout le monde s’en fout” dit Gabriele Avigliani du Comité 25 Octobre.

Même le maire de Scaletta Zanclea, Mario Briguglio reconnait qu’il “n’y a jamais d’argent investi dans la prévention, les budgets sont débloqués toujours pour les secours, quand il est trop tard”.

Et encore, on ne voit pas la couleur de l’argent soupire Gianfranco Fasciana, un commerçant. Il y a deux ans, il y a eu une coulée de boue de la même nature. Les fonds octroyés pour la relance ont été envoyés. A qui ? Je me le demande. J’ai retapé mon magasin tout seul avec les moyens du bord. Avec deux trois économies en bossant tous les jours. Aujourd’hui, je ne peux plus. Je ferme. Et je n’aurais pas d’indemnités. Pourquoi sommes nous ainsi abandonnés ?

Stupéfiant de passer ici un ou trois  mois après les catastrophes. Les promesses faites dans la lumière des téléobjectifs se sont envolées une fois que la caravane presse a quitté les lieux.

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VAMPOLIERI/CATANIA

Un peu plus au sud : la province de Catania. Et la colline de Vampollieri.

C’est désormais officiel, même si tout le monde le pressentait depuis des années. Les 4000 habitants vivent sur une faille sismique. Les nombreuses fissures dans les habitations en témoignent.

Ici, l’on peut vraiment parler de constructions abusives. La colline est soumise à de nombreux risques hydrogéologiques. Qu’importe, avec une vue panoramique sur la mer, les constructions de centre résidentiel continuent. On parle là de villas avec piscine. Occupés par des notables, voire quelques personnalités du coin, quelques footballers de l’équipe de Catania.

Le béton prolifère, la végétation recule. Et 7 cours d’eaux sur 10 ont un lit irrégulier. Le risque coulée de boue est réel indique le Génie Civil. Sans que personne ne réponde.

Des comités techniques citoyens formés par des ingénieurs géologue de profession ou de formation, et des écologistes se réunissent régulièrement. Et écrivent à la Protection civile et au Président de Région sans jamais recevoir de réponses.

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 BAGHERIA/ESTdePALERME

Les plus grands succès cinématographique sur la Sicile dépeignent tous un univers en crise. La trilogie du Parrain, i Cento passi, 100 jours à Palerme, etc.

Avec Baari, Giuseppe Tornatore (Cinema Paradiso, Il camorrista, Malèna) a cherché à transposer à l’écran les couleurs de sa Sicile natale en donnant une image positive de l’île. L’intention est louable. La Sicile d’un point de vue culturel, paysager, archéologique et gastronomique est une merveille. Le problème est qu’il est difficile d’y vivre à cause d’une Mafia qui comprime l’ascenceur social et détruit l’environnement.

Mais dans fond, Tornatore a tous les droits de vouloir retrouver ses souvenirs d’enfance avec un esprit positif. Tout comme les moyens mirobolants apportés à Berlusconi n’ont pas à entrer en ligne de compte dans le jugement d’un film.

Aux yeux des critiques, le film est mauvais. Cette saga de Bagheria des années 20 aux années 80 ne prend pas.

Bande annonce

Difficile de reconnaitre les lieux quand on rentre dans la ville. Et pour cause, le film a été tourné en Tunisie avec des décors reconstitués.

Evidemment explique Gianfranco, loueur de DVD/Video, il a filé en Afrique du Nord parce qu’ici avec les constructions en ciment qui ont proliféré sans aucune cohérence urbanistique, c’est moche et dénaturé. Baaria ne correspondra jamais à la réalité, sauf à celle qui est restée dans la tête de Tornatore

Mais autre caractéristique, la ville croule sous les déchets. Et l’on revoit les images des poubelles de Naples qui avaient fait le tour du monde cette fois ci  dans une cinquantaine de commune des environs de Palerme, de Misilmeri à Ficarazzi.

 © EV.RF

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Depuis mars 2009, régulièrement, les immondices s’accumulent pendant des semaines, et puis sont ramassés un beau matin… avant qu’à nouveau la puanteur ne se réinstalle.

Fin novembre, l’air était tellement irrespirable en ville avec des déchets partout que les écoles ont été fermées.

Crise financière et faillite des sociétés qui gèrent les décharges, désengagement de celles qui doivent veiller au respect de l’environnement, Franco Lo Piparo, prof de philo, un intello de Bagheria ne connait pas la langue de bois : Les ordures représentent bien la classe dirigeante de la ville, parce qu’ici, la collecte des déchets répond à des besoins précis qui consiste à détourner l’argent public”.

Le maire lui se désole seulement du fait que sa ville soit sous les poubelles au moment où le monde entier apprendra par le film de Tornatore qu’elle existe.”

Il devrait se demander si cette coincidence est le fait du hasard !

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CAPACI/NORD-OUESTdePALERME

Ici, les voitures passent à 130 kilomètres/heures.

Capaci, à mi chemin entre l’aéroport et Palerme.

Et si on n’y prête pas garde. On voit à peine ce monument rouge.

 © EricValmir.RF

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Et pourtant, c’est ici que 5 tonnes d’explosifs ont soulevé l’asphalte…

le 23 mai 1992

… Et détruit le convoi auto du juge Giovanni Falcone.

La mémoire impose qu’on ralentisse et stoppe la voiture pour se recueillir quelques minutes devant ce monument, plus visible à l’arrêt.

 © EricValmir.RF

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Eux se sont battus

pour que la Sicile ne soit plus une somme de douleurs.

Deux jours à Palerme

Week-end, sicile

 Avant d’évoquer les “plaies ouvertes de la Sicile” dans le prochain post…

…Les quelques photos qui suivent invitent à la flanerie,

… descendons en bas de la serviette

 © NicoMathias.RF

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Pour nous arrêter sur son point Nord Ouest…

… Palerme….

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… Et puis…

Oublions les photos des lieux touristiques évidents que l’on peut facilement trouver sur le net…

… Et laissons aller le pas au gré des humeurs et des odeurs…

… Palerme est une ville que j’adore…

Tous mes amis palermitains me répondent en souriant qu’il est difficile d’y vivre parce que difficile d’y travailler… La méritocratie est une utopie

La première fois que j’étais allé à Palerme, le nombre important de parcs et jardins m’avaient surpris…

Véritable lieu de quiétude et méditation.

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Lieu de méditation pendant que les gamins sont à l’école…

… Ensuite c’est la foire au chahut…

Allez…

Un caffè pris en lisant le journal sicilien…

Et on plonge dans le centre historique…

 © NicoMathias.RF

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Un des centres historisque les plus importants d’Europe…

… En terme de superficie…

 © EricValmir.RF

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Un centre historique qui affiche plusieurs visages…

… Et qui malgré des blessures béantes dues à la vétusté…

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… ne ternit pas le plaisir de la déambulation…

… Dans les zones populaires…

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Il y a encore 20 ans…

… Tout le centre historique ressemblait un peu à ça…

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… on le laissait tomber en ruines…

… on préferait investir sur des complexes résidentiels dans les quartiers périphériques…

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Mais au mileu des années 80, la défense du Patrimoine culturel  lance un chantier qui passe par la rénovation du Centre Historique.

… D’autant que les habitants apportent une touche personnelle colorée…

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Tous les quartiers n’ont pas été restructurés…

… Et l’on peut passer en trente mètres d’une zone où sont entassées des populations immigrées dans des immeubles vétustes… à des façades rénovées…

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… La beauté et le charme du centre historique de Palerme,

… Ce sont aussi ses 4 marchés…

… De la couleur, du bruit, de l’atmosphère…

… Mais mieux que le marché, il y a le vendeur ambulant…

Pas le camion qui klaxone dans les campagnes…

Non , le type qui hurle dans la rue, avec une clochette quand l’extinction de voix menace…

… Et alors si le commerçant ambulant nous plait…  on amène son panier au balcon et à l’aide d’une corde…  © NicoMathias.RF

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…on le descend aux pieds du vendeur…

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Panier rempli…

… Et hop, il repart vers les sommets…

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L’autre sur le balcon n’est pas content…

Hé mec, t’as oublié un truc !

Et le panier redescend. Tu ne crois pas que je vais déplacer aussi, non ?

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Toutes ces émotions…

Ces odeurs…

ont creusé mon ami Nico

qui ne choisit jamais les formules les plus light pour combler l’appel de son estomac.

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Un petit passage anodin qui nous rappele à quel point nous sommes sur une terre de religion….

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… Déjà les dernières lumières du jour…

Un regard vers le ciel bleu pur palermitain…

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Et le programme de la soirée pas décidé…

Un opéra au théâtre…

Ce théâtre et ses escaliers où a été tournée la scène finale et monumentale du Parrain III.

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… Oublions le ciné..

… Il est évident désormais que les cinémas de quartiers ne sont plus que des antiquités du XXème siècle…

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Qui n’existent plus qu’à travers un sentiment nostalgique…

Non…

Pour la soirée..

Rien de tel que la découverte de lieux incongrus dans le sillage d’un ami palermitain…

Par exemple qui pourrait soupçonner que derrière cette façade…

 © EricValmir.RF

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… Se cache une église à ciel ouvert…

Où sont jouées des représentations de théâtre aux beaux jours…

 © NicoMathias.RF

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Notte.

:-)

Tous contre le smog, la corruption, la mafia et la drogue : c’est beau une campagne électorale!

environnement, société, politique

Dimanche 28 février, journée anti smog à Milan, Turin et 80 communes du Piémont, de Lombardie, de Vénetie et d’Emilie Romagne.

A Milan, le mois de janvier fut épouvantable avec un niveau de pollution atmosphérique rarement atteint, la quantité de particules en suspension PM10 dépassant la limite autorisée pendant plus de 20 jours.

Milan dans le Smog.

 © Ecologia

© Ecologia

Dans la Stampa du 31 janvier, l’écrivain Antonio Scurati dénonçait une plongée vers l’apocalypse due en grande partie à l’irresponsabilité politique. Aucune mesure concrète de prise alors que les niveaux d’alerte étaient dans le rouge et que les hopitaux enregistraient une hausse  des cas de bronchites, pneumonies, crises respiratoires et infarctus.

Laetizia Moratti, la maire de Milan avait rétorqué que l’alerte n’était pas aussi importante que l’année précedente et son adjoint de vanter les résultats de l’écopass, un péage urbain pour centreville : -14,4% de voitures dans l’ultra centre de Milan en 2009.

Mais la contestation gagne les rangs de l’opposition municipale. Et pas seulement. Au sein même de la majorité Centre Droit de Milan, des voix s’élèvent : “Il y a un problème de fond. Ne laissons pas à la gauche cette thématique”.

Des masques de plus en plus visibles dans le centre de Milan

 © Ansa

© Ansa

Alors le 31 janvier, la mairie de Milan a décidé d’interdire la circulation automobile. Riccardo de Corato, premier adjoint pense que la “mesure ne peut être efficace qu’une fois étendue à une zone allant au delà du territoire milanais“.

C’est vrai que la Lombardie, aux dires des géographes, est la zone la moins ventilée d’Europe. Ajouté à cela, une plaine peuplée et industrielle. Cette équation génère la pollution.

Pour aujourd’hui, la préocupation citoyenne est prise en compte disent d’une voix les 80 communes qui ont décidé l’autostop, avec en chef de file Sergio Chiamparino, maire de Turin (Centre Gauche) et Laetizia Moratti, maire de Milan (Centre Droit).

Pas une voix discordante, exceptée celle des élus de la Ligue du Nord. “Priver de voiture toute la Padanie, une folie qui ne sert à rien“. D’ailleurs Verone gérée par la Ligue n’adopte aucune contrainte en la matière. Chacun sera libre de prendre sa voiture le 28.

Même si la mesure peut paraitre dérisoire en terme d’efficacité, sa valeur est symbolique et doit être un signal pour développer une réflexion politique sur la sujet et la lutte anti pollution.

Les associations écologistes applaudissent aujourd’hui mais ne se font pas d’illusions. “La campagne électorale pour les Régionales aiguisent soudainement les consciences”.

Il en est de même pour le nucléaire. Tournant le dos à un réferendum voté en 1987, l’Italie a relancé son programme nucléaire, sans aucune consultation. Des centrales seront construites, mais la carte de l’implantation des sites ne sera connue qu’après les régionales. Les chantiers débuteront en 2013.

Mais fait étonnant, cette mesure imposée par le gouvernement Berlusconi est contestée par les candidats locaux des listes du même Berlusconi. Renata Polverini (PDL), en lice dans le Latium ne veut pas en entendre parler. 

Sujet bien délicat. Le gouvernement assure que toutes les dispositions seront prises pour ne rien imposer à personne. Les collectivités qui accepteront recevront des compensations financières importantes. L’unité de mesure de la persuasion sera le nombre de zéro présent sur le chèque.

Compensation financière ne signifiera pas corruption. Cette tumeur maligne révélée par la Cour des Comptes. Et le gouvernement Berlusconi annonce aussi un arsenal législatif pour lutter contre ce fléau.

D’ailleurs Silvio Berlusconi a répété qu’il entendait éradiquer la Mafia d’ici 2013.

Pendant ce temps au Parlement, les députés acceptent de se soumettre au test antidrogue après que des reportages de l’émission Le Iene aient laissé entendre que les 2/3 de l’Assemblée tournait à la cocaîne et à l’herbe. Un seul résultat positif sur les 232 députés qui ont accepté de passer le test, mais l’identité de ce parlementaire ne sera pas dévoilée.

Donc tous les élus ne se droguent pas et ne vont pas voir les trans comme le laissent entendre les nombreuses affaires de ces dernières semaines.

Nous voilà rassurés.

La Mafia, la corruption, la pollution, c’est bientôt fini.

C’est vrai que c’est beau une campagne électorale, on se parle, on se sourit, on se comprend, le bien commun devient un objectif, on réflechit et on débat

Le ciel est bleu, le soleil brille, et en ce dimanche allons tous ensemble courir dans les champs, main dans la main, la vie est si belle.

Buona domenica

La corruption, l’impôt occulte du citoyen italien

corruption, social, economie, politique

L’impôt occulte des italiens est une expression employée par les rapporteurs de la Cour du Compte qui évalue le coût de la corruption en 2009 à 60 milliards d’euros. “un impôt occulte pour couvrir une corruption déferlante

+ 229% par rapport à l’exercice précédent.

Pas une journée ne passe sans qu’un cas de corruption ne soit rapporté par les journaux. Aujourd’hui Camillo Milko Pennisi, conseiller municipal de Milan (Centre Droit PDL) arrêté le 11 février et depuis en prison. L’ex Président de la Commission Urbaniste fut surpris en flagrant délit par les carabiniers. Il recevait des mains de l’entrepreneur Mario Basso la somme de 5 000 euros.

C’est pire qu’à l’époque de la Démocratie Chrétienne et du Parti Socialiste italien décimés par l’affaire mains propres (abus de biens sociaux, corruption et collusion avec la Mafia). Ainsi parle Paolo Galassi, président de Confapi (association des PME italiennes). A ses yeux, la corruption est à un niveau jamais atteint dans la première république. Ou on change de registre, ou l’on ira tous au fond. Tous“.

Les responsabilités ne font aucun doute pour Paolo Galassi : la faute à une classe politique qui a perdu de vue le bien commun, dont le seul objectif est de gerer le consensus pour rester en selle, accordant des faveurs aux catégories ou aux groupes de pouvoir susceptible de leur garantir des voix aux élections. Et la bureaucratie mise en place par les administrations publiques est une forme de corruption légalisée imposée aux entreprises pour favoriser les lobby porteurs de votes…/…

…/… Si il y a un chantier à réaliser. Comme administration publique, je m’invente une série de consultations obligatoires, et plethore de commissions et contre commissions pour évaluer les projets. Mais je ne fais rien d’autre que créer des structures inutiles pour faire travailler les amis des amis qui dans le même temps me payent. Plus le temps passe, plus tu te noies et ce système de corruption généralisée met à genoux les plus petites entreprises. La crise n’arrange rien, les PME sont pris à la gorge et certains acceptent quelquefois de tomber dans ce système : payer pour pouvoir travailler. “

 Le rapport de la Cour desComptes décrit la corruption comme une “tumeur maligne contre laquelle il n’existe pas d’anticorps dans l’administration publique“.

La Cour des Comptes réclame d’urgence le développement d’un sens éthique par la voix du Président de la Magistrature comptable Tullio Lazzaro. Un sens éthique indispensable. Pour combattre la corruption, les carabiniers, les juges et les forces de l’ordre ne suffisent plus. “

Le scandale du G8 sarde occupe évidemment les esprits. Le chapitre de la Protection Civile qui exerce sans contrôle est un exemple flagrant ajoute Tullio Lazzaro.

Il existe même un Top 10 des régions où les affaires pénales de corruption sont le plus souvent traitées. (ceux qui se sont fait prendre la main dans le sac, ce classement n’est pas celui des plus corrompus car beaucoup passe à travers les mailles du filet).

Les 5 premiers donc  : Toscane, Lombardie, Pouilles, Sicile et Ombrie.

Devant le fatalisme ambiant, les PME n’excluent pas de descendre dans la rue pour manifester leur colère.

Sarko-No ou Sarko-Si, mais qu’elle est belle Carla Bruni ! La vidéo de San Remo

Carla Bruni, chanson

San Remo, 60ème du nom, c’est parti.

Le festival qui révèle les pointures de la variété italienne a ouvert ses portes hier… 11 millions de téléspectateurs pour ce premier rendez vous.

15 candidats en lice, il n’en reste plus que 12 à l’heure où j’écris ces lignes. (ma chouchou, c’est Malika Ayane, mais chut !) … Chut parce que la sensation est Simone Cristicchi.

A l’écran, Antonella, la blonde animatrice légendaire annonce “la suite du programme… dans un instant… avec un chanteur très attendu….”

… et POUM tunnel de pub…

Révelateur…

Retour sur la scène de San Remo…

…pour accueillir “le 7ème candidat ironique et caustique qui a failli provoquer un incident diplimatique avec la première dame de France. 

Simone Cristicchi n’est pas d’accord. Bien au contraire, il raille l’Italie et l’info people mais prend la métaphore du couple présidentiel français.

Plutôt que de s’étriper autour de la politique, les pour ou contre Sarkozy (Sarko-No et Sarko-Si), on préfère se concentrer sur la beauté de Carla Bruni. Ainsi on évacue les problèmes et on se sent bien. “

 C’est une allégorie plaide la production. Aucune hostilité envers l’Elysée.

Aux yeux de Simone Cristicchi, l’actualité sérieuse, les enquêtes journalistiques n’interessent pas le citoyen plus friand de la légereté des potins de l’été.

CQFD.

Eccolo… Simone Cristicchi chante “Meno Male”… Toujours en lice ce soir. Il figure même parmi les favoris… Mais un favori ne gagne pas forcément. Verdict samedi soir.

Quelques bribes traduites pour avoir le sens général.  

Les gens n’ont pas envie de penser aux choses négatives

Les gens veulent se réjouir et profiter de leurs vacances d’été

On en a plein le dos d’entendre que tout va mal,

De l’avalanche de mauvaises nouvelles au journal télévisé

Il y a la crise mondiale qui avance

Et les victimes du tremblement de terre encore en vacances.

REFRAIN

Mais heureusement qu’il y a Carla Bruni

Nous sommes faits ainsi, de sarko-no et sarko-si

Qu’elle est belle Carla Bruni

Si on parle de toi, il n’y a plus de problème

Je ris.

Il y a l’Italie des vidéos refaites

Il y a la grand mère avec les seins refaits

Tous heureux et contents

Mais désinformés sur l’essentiel

Oussama est encore un fugitif

Je l’ai vu hier soir au restaurant

Je sais que vous ne me croyez pas

Mais allez y, corrigez moi si je me trompe.

REFRAIN

Heureusement qu’il y a Carla Bruni

Nous sommes faits ainsi de Sarko-No et Sarko-Si

Mais qu’elle est belle Carla Bruni

Si on parle de toi il n’y a plus de problèmes

Je ris.

Et dans la salle, on rigole ?

Glissement de terrain en direct, la vidéo la plus regardée en Italie aujourd’hui

catastrophe naturelle

Depuis plusieurs jours, les trombes d’eaux s’abattent sur la Calabre et la Sicile.

En Sicile, le village de San Fratello évacué menace d’être emporté.

 Sur la vidéo qui suit, la scène a été tourné hier en Calabre. La montagne s’écroule, et la terre contourne les habitations comme si elle suivait le lit d’un énorme fleuve.

Ces images tournées par une caméra amateur sont reprises par toutes les télévisions italiennes

DERNIERE MINUTE.

Des maisons se sont écroulées dans la nuit. Le glissement de terrain a provoqué des failles importantes dans les fondations. Des routes ont été fissurées et fermées à la circulation.

En Sicile, à San Fratello, 3 000 personnes ont été évacués. 200 maisons seraient sérieusement endommagées. Inhabitables (risque d’écroulement)

La protection civile italienne dans la tourmente. 1/3. Un Etat dans l’Etat ?

corruption, actualité, affaires

En France, la protection civile est impliquée dans les missions de premiers secours, d’aide humanitaire et sociale. Une association agrée de sécurité civile en complément des services publics.

En Italie, la protection civile bénéficie d’un statut à part défini par la loi. La gestion des premiers secours évidemment, mais aussi des travaux liés à la prévision et la prévention des risques.  A ce titre, la protection Civile gère aussi les préparatifs de grands évènements (type G8), responsable des chantiers (prévention des risques liés à la sécurité).

La protection civile, c’est aussi toi est le slogan de cet organe qui au fil de l’histoire a démontrer des compétences d’organisation unique au monde dans la gestion des catastrophes naturelles : les inondations, les tremblement de terre dans le Frioul, en Campanie, dans la Basilicate, dans les Abbruzzes, les glissements de terrain, les coulées de boue, les catastrophes ferroviaires.

Pendant des décennies, la gestion des secours relevait du Minsitère des Travaux Publics avec les services du Génie Civil.

Le premier projet de loi en 1970 confie à la forme embryonnaire de la protection civile la gestion des premiers secours aux populations frappées de calamité. Après les tremblements de terre du Frioul (1976) vient la necessité de nommer un Commissaire Extraordinaire. Giuseppe Zamberletti souvent présenté comme la tête pensante de l’organisation actuelle (le père fondateur).

C’est le 24 février 1992 que nait officiellement le service national de la Protection Civile. La loi 225/92 lui confère le droit d’opérer sur “l’avant et l’après”. La majeure partie des interventions doit se situer dans la prévention des risques.

Quand un Etat d’urgence est proclamé,  la Protection Civile a tous les droits pour gérer les fonds destinés à l’urgence. Même en matière de reconstruction. Le commissaire extraordinaire peut confier les travaux à des entreprises de son choix. MAIS ce cas de figure n’intervient (au regard de la loi) seulement dans les urgences de catégorie C.

C’était le cas à l’Aquila.

La protection civile italienne a toujours bénéficié d’une excellente réputation (méritée et légitime) dans la gestion des premiers secours, mais sa politique en matière de prévention des risques subit souvent le feu des critiques.

A l’Aquila, la population inquiétée par des secousses préliminaires avait sollicité le QG de la protection civile. Pas d’inquiétude auraient répondu les services concernés.

Après, les entrepreneurs et les habitants ont vivement critiqué l’opacité qui entourait la reconstruction de L’Aquila. Pleins pouvoirs à la protection civile qui octroie alors les marchés sans appels d’offre à des entrepreneurs dits qualifiés. Problème, figure dans les entreprises choisies, une société de BTP liée à la Mafia.

 Les reproches formulées par les accusations judiciaires à l’encontre de la protection civile italienne : corruption, absence de système de contrôle, tous les symptomes d’un Etat dans l’Etat.

Avec le décret du 17 décembre 2009, la Protection Civile est en voie de privatisation. L’opposition ne veut plus en entendre parler à la lumière du dernier scandale (G8 sarde).  Le gouvernement Berlusconi recule sur le sujet.

Pour Perluigi Bersani, chef de file de l’opposition de centre gauche, “ce décret loi permettrait à la Protection Civile d’échapper aux regards de la Cour des Comptes.”

Pour Don Ciotti, fondateur du mouvement anti mafia Libera : “Une protection civile sans contrôle, c’est la polique qui fuit ses responsabilités”.

Giancarlo Caselli, procureur de Turin : Avec l’état d’urgence, on instaure le danger d’accorder des faveurs au nom d’intérêts illicites.

Paolo Buzetti, le président de l’Ance, Association nationale des constructeurs du bâtiment “ce système des pleins pouvoirs favorise la corruption. La loi extraordinaire ne nous plait pas. L’état d’urgence élimine la libre concurrence”.

  

La protection civile italienne dans la tourmente.2/3. Le scandale du G8 sarde

corruption, actualité, affaires

Avant d’être déménagé à l’Aquila, le G8 2009 devait se tenir en Sardaigne sur l’île de la Maddalena.

A la Protection Civile revenait la gestion logistique. Directement dépendant de la Présidence du Conseil des ministres depuis 1992, l’organisation des grands évènements est dans le cahier des charges de la Protection Civile Italienne. (en 2009, mondiaux de natation à Rome et le G8)

Le scandale du G8 sarde : avec des subventions publiques, (Région/Etat), une enveloppe de 327 millions d’euros a été attribué à des entrepreneurs pour la conduite des chantiers. Pas d’appel d’offres, c’est la Protection Civile qui décide. Problème, selon les accusations et l’enquête du Parquet de Florence, les marchés auraient été octroyés en échange de faveurs financières, immobilières et sexuelles.

L’entrepreneur Diego Anemone (son nom ressort dans plusieurs affaires), Angelo Balducci (vice directeur de la protection civile en charge des travaux publics), Fabio de Santis, un intermédiaire toscan (à l’origine de l’enquête) et Mauro Della Giovampaola, fonctionnaire ministeriel intervenu dans les transactions. Ces  4 personnes arrêtées mercredi dernier sont aujourd’hui sous les verrous.

En Sardaigne, la colère est palpable chez la population.

Parmi les abus, un hotel de luxe de 5 étoiles qui aurait du devenir le pole hotelier et nautique le plus important de Méditerranée : palais des congrès, centre de fitness ultramoderne, plusieurs accès privés au port et une piscine suspendue. Cout des travaux : 145 millions d’euros.

Une facture gonflée par l’urgence de l’échéance G8. L’inauguration aurait été royale avec Barak Obama et la délégation américaine qui devaient séjourner ici. Pas de G8, pas de Barak, pas de berline, pas d’hélico, pas d’hôtel. Il n’a jamais ouvert ses portes.

Les travaux pharaoniques devaient générer des créations d’emplois. Ce ne fut pas le cas, l’activité n’a jamais démarré. Et la société de surveillance vient de licencier les 23 vigiles qui gardaient le batiment neuf, mais vide et abandonné.

Et plus si neuf que ça. Les autorités ont pensé le vendre ou le louer. Difficile. Tous les murs de l’hotel sont imprégnés de traces d’humidité. La faute à une mauvaise isolation de la piscine sur le toit. Des histoires d’infiltrations.

Aux yeux des sardes, personne n’a songé au développement de l’île. C’est une escroquerie grandeur nature. Encaisser les chèques, faire les travaux sans se soucier d’une cohérence urbanistique et s’en aller sans imaginer la suite.

La Marine a obtenu la restructuration de ses logements et la construction de cours de tennis et de terrains de basketts : 12 millions d’euros.

Son ancien hopital a été transformé en hotel 5 étoiles : 68 millions d’euros. Là aussi pour accueillir des délégations, mais comment imaginer qu’un établissement qui s’auto proclame de luxe peut ensuite attirer une clientèle en étant certes face à la mer, mais sans plage, avec une route passagère empruntée par les camion… sans oublier des sorties d’égouts à quelques mètres.

Nanzo un voisin est dépité : “Ils ont pensé à toucher du  fric et nous laissent des boites vides inutilisables. Pourquoi avoir imaginé des hotels de luxe qui ne servent à rien quand il nous manque les infrastructures les plus basiques. Sur l’île de la Maddalena, nous n’avons pas d’eau potable, les égouts ne sont pas aux normes. Le G8 représentait une parfaite aubaine qui n’a pas été saisie“.

Une station d’épuration a pourtant vu le jour. 11 millions d’euros. Jamais mis en service en raison de  travaux interrompus avant  la fin, apparition de problèmes techniques où tout devait être repensé. Autant tout laisser en état.” La faute aux décideurs qui ont voulu déménager le G8 “disaient les ouvriers de chantier qui répondaient à la colère des îliens.

Ce scandale de corruption éclabousse aussi la sphère politique. Denis Verdini, coordinateur national du PDL (collaborateur de Silvio Berlusconi) a été entendu hier par les magistrats qui le soupçonnent d’avoir joué un rôle dans l’affaire du G8 sarde.

Guido Bertolaso, le chef de la protection civile est aussi visé par l’enquête. Il a remis sa démission à Silvio Berlusconi. Le Président du Conseil italien l’a refusé arguant que “Guido Bertolaso est  un héro national.

La protection civile italienne dans la tourmente. 3/3. Guido Bertolaso, portrait à double facette.

corruption, actualité, affaires

Guido Bertolaso, chef de la Protection Civile italienne.

Son parcours : Diplomé d’un master de santé publique à l’Ecole des médecines tropicales de Liverpool. Il développe des programmes de recherche scientifique en Afrique dans les années 80.

Repéré par le ministère italien des affaires étrangères, il coordonne les projets sanitaires et humanitaires, puis il est nommé chef du département des Affaires Sociales avant de devenir en 1994 directeur exécutif adjoint de l’UNICEF.

Prend une première fois la direction de la protection civile sous le gouvernement Prodi (1996). Puis sa capacité à gérer les grands évènements le porte au pilotage du jubilé italien pour l’An 2000.  Retrouve la direction de la protection civile sous le gouvernement Amato en février 2001 et la fonction de commissaire extraordinaire pour la gestion des risques en 2003 sous le gvt Berlusconi.

Il gère directement les etats d’urgence décretés après le séisme dans le Molise (2003), les incendies de la forêt de Gargano, le tremblement de terre de l’Aquila, les coulées de boue en Sicile, la catastrophe ferroviaire de Viaréggio.

Nommé commissaire extraordinaire pour régler la crise des déchets à Naples par Romano Prodi en 2007. Démissione en juillet en raison des nombreuses polémique provoquées par l’ouverture de nouvelles décharges à proximité de sites écologiques protégés.

Revient en 2008, nommé par Silvio Berlusconi, avec la superfonction de Sous Secrétaire à la Présidence du Conseil en charge de la crise des déchets.

Marié, père de famille. 2 enfants.

Fait chevalier de la légion d’honneur par la France. Insigne remis le 9 juin 2008 au nom de Nicolas Sarkozy par l’ambassadeur de France à Rome, Jean-Marc de la Sablière. La Protection Civile ayant aidé la France dans la gestion des incendies de forêt en Provence Côte d’Azur.

Un héro aux yeux de Silvio Berlusconi qui envisageait de lui confier un portefeuille ministeriel.

MAIS…

Visé par de nombreuses enquêtes, l’accusation voit dans l’empressement du gouvernement Berlusconi de le nommer ministre une voie royale pour obtenir une immunité pénale.

Que lui reproche t-on ?

Une opacité dans la gestion des préventions de risques et dans les octrois de marché lié à la reconstruction. Etant le grand patron de la protection civile, les magistrats sont persuadés qu’il est forcément impliqué dans les affaires qui frappent cette organisation.

Enquête sur la nature des  corruptions. Faveurs financières et sexuelles en échange de marché lucratif (mondiaux de natation à Rome et G8 sarde). La presse italienne est friande de “l’affaire sexuelle” au village sportif de la Salaria à Rome où une brésilienne Regina Profeta gère les soirées festives de la structure (en contact avec l’entrepreneur Diego Anemone). Soirées festives et privées. Guido Bertolaso aurait profité des talents d’une certaine Monica qui confirme dans le Corriere della Sera mais dément dans la Stampa.

En tout état de cause, Regina Profeta est proche des milieux politiques. Elle a soutenu la candidature de Rutelli (Centre) à la maire de Rome en 97. Walter Veltroni connaitrait aussi d’après Il Giornale les soirées de Regina à la Salaria.

Quoiqu’il en soit, la corruption par le sexe est un système dans lequel se croisent plusieurs affaires. (les méandres tortueux entre politique et affaires)

Guido Bertolaso est surtout visé aussi par une enquête du Parquet de Naples. Son nom apparait dans la procédure en février 2009. L’enquête “Rompiballe” conduite par les juges Giuseppe Noviello et Paolo Sirleo. De nombreuses irrégularités et magouilles dans la gestion des crises des déchets : décharges maquillées en dépit des règles environnementales, magouilles foncières, corruption.

Cette enquête survient en toile de fond d’un sentiment général. A Naples, la disparition des poubelles et des ordures ne signifiaient pas que la crise des déchets ait été résolue pour autant. Pour l’accusation, Guido Bertolaso est un homme de consensus, aussi proche des élus de gauche et de droite.  Conséquence, il aurait trouvé des équilibres parfaits pour résoudre en coulisse les divergences d’opinions. Le trafic des déchets comporte trop d’enjeux politique (collusion mafia avec élus de tous bords)  et financiers pour être résolu en quelques semaines. D’où les soupçons. Soupçons stériles tant qu’ils resteront à l’état d’intuitions investigatives sans preuves formelles.

Guido Bertolaso se dit serein en attendant les avancées des deux enquêtes respectivement menées par le Parquet de Florence et le Parquet de Naples.

Un week-end à Lampedusa sous le soleil de février

Week-end, tourisme, société, immigration

Avant de rejoindre l’île de Lampedusa entre l’Afrique et la Sicile, quelques minutes à Rome

 La scène se passe chez moi. Hier soir (vendredi 12) Un apéro dinatoire avec des amis romains. Quelques blagues sur le TG1 de la Rai et subitement une question de leur part : mais comment sont les journaux télévisés français ?

J’aime l’idée qu’on soit seul juge et j’ai donc allumé la télé. TV5 monde reprend en différé le 20h de France 2. Et comble de malchance, Laurent Delahousse a ce moment précis parlait de “Rome sous la neige, ça n’était pas arrivé depuis 24 ans et le Colisée et le Forum avaient été fermés”, disait le présentateur du JT

Une fois la stupeur passée, un éclat de rire général dans l’assistance et la dérision : “Ah ben bravo l’info à la française, ils peuvent critiquer la presse italienne !!!!”

Je me suis fait gentiment chambrer.

Oui, parce que dans les faits. Il a neigé de 7h50 à 8h12. Et de 10h24 à 11h36. Et la fine pellicule blanche a résisté 40 minutes à peine avant de fondre. Il était amusant de voir d’ailleurs les romains se précipiter avec leurs appareils photos pour immortaliser l’instant qui n’allait pas durer.

 © K.UDF

© K.UDF

Immortaliser l’instant, parce qu’à midi, tout était fini. Plus une trace de la neige et quand le soir le JT de France 2 annonce une Rome enneigée, il y a longtemps que l’épisode est rangé au rayon souvenir et que les promeneurs arpentent le forum sans problèmes…

D’ailleurs ce matin, le soleil est revenu…

La lumière change déjà et vire printanière…

Et puisqu’en France et en Europe, les images de neige et de froid l’emportent, je préfère vous entrainer au sud sur l’île de Lampedusa. Entre Tunisie, Malte et Sicile.

Lampedusa sous le soleil de février.

L’île de Lampedusa réputée ces dernières années pour son afflux de clandestins qui échouaient sur les côtes.

Désormais, le centre d’accueil et de premier secours a été transformé en un centre d’identification, une sorte de prison, mais les autorités via le ministère de l’Intérieur affirme que les structures sont vides. Il n’arrive plus de clandestins à Lampedusa.

Et pour cause en vertu d’un accord avec la Lybie, ils sont interceptés dans les eaux internationales et reconduits immédiatement à leur point de départ. Tripoli.

 © IOF

© IOF

Pourtant chez les habitants de Lampedusa, circulent des témoignages d’une autre nature : il y aurait encore des clandestins emmenés du port au centre. Mais ensuite, rien ne filtre, on ne les voit jamais. Et comme le centre est situé au bout des pistes de l’aéroport, il est facile de les transférer en Sicile ou en Calabre sans que personne n’en sache rien.

Lampedusa ne doit plus être identifiée comme l’île des clandestins.

Cet endroit où les immigrés qui avaient survécu à la traversée en mer racontaient aux ONG les conditions de leur voyage.

 © Santolini

© Santolini

Les départs tranquilles de chez soi, puis les passeurs, les coups, les brimades, les viols, le racket, la condition d’esclave, les traversées, la mort, la terreur…

Ces mots ne peuvent plus être entendus à Lampedusa, les ONG n’ont plus accès au centre puisqu’officiellement il n’y a plus personne.

Lampedusa doit retrouver son heure de gloire des années 80.

Celle du Tourisme.

A cette époque, les milanais venaient en masse dès le mois d’Avril pour profiter d’un week end ensoleillé et de températures déjà estivales.

Pour arriver à Lampedusa, un bateau part d’Agrigento en Sicile (traversée 9 heures) ou alors un avion, (si si celui là), fait deux aller retour quotidiens à partir de Palerme.

 © NicolasMathias.RF

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Mais quand on fait le tour de cette petite île, on trouve encore les vestiges de l’immigration clandestine…

les chalutiers mis à la mer par les passeurs lybiens finissent dans un cimetière improvisé

 © EricValmir.RF

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Un cimetière…

… véritable casse où les bateaus sont broyés…

Quand on les a inspecté avec Damiano, un ancien pêcheur, il m’a confirmé que les coques étaient quasi-neuves et que c’était du gâchis.

 © NicolasMathias.RF

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Et puis il y a les chalutiers qu’on vient juste de sortir de l’eau…

… encore sur le port…

… Sur la route du retour de l’école…

 © NicolasMathias.RF

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Lampedusa n’oublie pas qu’elle est une île et une petite ville…

… avec son quotidien et ses affaires…

… Il faut bien vivre… Avec l’idée que l’île reste encore une porte de l’Europe, à l’image de cette porte plantée sur les rochers plein sud…

… Une porte franchie symboliquement en mémoire des clandestins morts en mer…

 © EricValmir.RF

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2010, année cruciale pour Lampedusa qui veut relancer son activité touristique…

… Et à dire vrai, compte tenu de ses ressources naturelles, elle en a les moyens…

… Une eau somptueuse, bleue turquoise, rocher et sable blanc…

 © EricValmir.RF

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Avec au fond à droite de la photo ci dessus… de quoi s’agit il ? Des camions de police ?

Oui parce que les hôtels sont encore réquisitionnés par les forces de l’ordre…

Il s’agit de rester vigilant, surtout à l’approche des beaux jours où le flux des barques clandestines risque de connaître un renouveau…

Le type à la voiture blanche doit se sentir un peu seul à l’hôtel.

 © NicolasMathias.RF

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Mais en même temps, il peut profiter en solitaire…

… d’un cadre réellement paridiaque…

…Ne pas perdre de vue que ces photos sont prises en février…Hors saison, il n’y a personne…à part ce chien noir sur sable blanc.

 © EricValmir.RF

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Et chacun se livre tranquillement à son hobby…

…. parce qu’hors saison, il faut bien s’occuper sur cette île déserte (5000 habitants, pas d’activité excepté pêche, commerce et tourisme) …

Petits plaisirs du quotien en profitant de cette lumière exquise…

 © NicolasMathias.RF

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Soleil,

Linge

& Vespa….

à Lampedusa…

 © NicolasMathias.RF

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… Du coup

Se dégage une sérénité communicative…

En plus le touriste peut profiter de conditions attractives… La voiture de location coute 20 euros la semaine. Bon d’accord, c’est pas le cabriolet du flambeur mais vu les trajets à accomplir (l’île est minuscule, et mieux vaut la parcourir en vélo, sauf quand on a dix tonnes de matériel) , ces petites Fiat sont parfaites.   :-)

 © NicolasMathias.RF

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De la Via Roma, l’artère principale, un peu plus haut…

… part cette rue qui descend vers le port…

 © NicolasMathias.RF

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Et le voilà…

Le port…

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Lampedusa est aussi réputé pour un film…

Respiro tourné en 2002 a connu un immense succès international pendant qu’il était décrié en Italie.

Les français ont adoré le film, les italiens l’ont détesté.

A Lampedusa, on est fier de l’époque du tournage et on en parle souvent, le résultat à l’écran a déçu les locaux.

Si Lampedusa veut relancer son tourisme…

… c’est aussi parce que l’autre activité de l’ile est au point mort.

La pêche.

Les fonds sont raclés. Plus rien à pêcher…

Au chomage technique, on en profite pour mettre son bateau sur quille…

 © EricValmir.RF

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Pour mieux le retaper…

… En esperant des jours meilleurs et une législation pour préserver les zones…

La concurrence déloyale des japonais et la non preservation des especes font qu’il n’y a plus rien à pêcher.

 © EricValmir.RF

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La réelle détresse des pêcheurs…

… Et la solitude de l’ingénieur du son perfectionniste à la recherche de la rumeur aquatique…

 © EricValmir.RF

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Quand le soir tombe à Lampedusa…

… il fait un peu moins chaud…

Mais dans les maisons comme il  n’y a pas de radiateur…

avant d’attaquer la soupe de poissons avec cette famille de pêcheurs, on reste bien couvert.

 © NicolasMathias.RF

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 Et puis à table l’on parlera forcément du bon vieux temps…

Où gamin, on courait pieds nus sur le port et qu’on se baignait dans une eau encore plus transparente…

Où les bateaux revenaient avec des poissons pleins leurs filets…

Où l’on courait à l’aéroport début juin pour mater le débarquement des jolies milanaises aux robes légères et virevoltantes qu’on emmenerait en vespa danser sur la plage des lapins…

Un temps d’avant où tout était forcément mieux…

Un dernier soupir d’aise dans les souvenirs…

Et une dernière confidence au soleil…

 © EricValmir.RF

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Notte…

A la prochaine.