Douleurs Siciliennes
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AGRIGENTO/FAVARA
Favara, dans la province d’Agrigento au sud de la Sicile.
Le 23 janvier dernier, une maison du centre historique s’écroule sur elle même. Chiara 3 ans et sa soeur Marianna 14 ans sont tuées. Leur frère Giovanni est miraculeusement sauvé des décombres.
Ce drame a secoué l’Italie pendant deux journées.
Deux journées de direct et de polémiques sous le titre : “une tragédie annoncée”. Annoncée parce que des maisons vétustes s’écroulent régulièrement, les maires des environs chiffraient à  400 le nombre de bâtisses qui dans la zone d’Agrigento menacent de s’effondrer.
Des subventions avaient pourtant été débloquées ces dernières années pour la rénovation des centres historiques, les habitations étant également considérées comme un symbole du patrimoine culturel. L’argent a été détourné et on a entassé les familles les plus pauvres dans ces maisons à risques.
Dans les larmes explosent la colère et la polémique : “on le savait mais personne n’a rien fait. Maintenant que le fait est porté à la connaissance publique, engageons des travaux pour qu’une telle tragedie ne se reproduise plus.”
Il y a un mois, je n’ai pas évoqué cette affaire. Il y a un mois, je me suis dit “attendons et allons sur place plus tard pour voir si une fois l’émotion passée, on entreprend des travaux de restructuration”.
L’aspect “tragédie annoncée” a tendance à se répèter un peu trop souvent. Qu’il s’agisse d’une coulée de boue, de l’écroulement d’une maison ou d’une catastrophe ferroviaire. Prévention Zéro.
D’ailleurs Monseigneur Francesco Montenegro, l’archevêque d’Agrigento a refusé de célébrer les funérailles des deux enfants. Dans une lettre écrite à Guido Bertolaso, le chef de la Protection Civile, Mgr Montenegro affirme que “sa place sera dans l’église aux cotés des parents et qu’il se réfugiera dans la prière mais qu’il ne peut officier, la mort de ces 2 enfants aurait pu être évitée.”
Les funérailles seront célébrées par le père Mimi Zambito. Durant la cérémonie, il fustigera les spéculateurs, les esprits optus, les profiteurs, les mafieux qui volent et détruisent leurs prochains tout en dénigrant la justice. A la sortie de l’église, les témoignages recueillis par tous les reportages de télévisions évoquent une grande douleur, d’autant qu’”on savait tous que ça devait arriver un jour“. C’è la rabbia.
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Un mois après…
… Nous voilà à Agrigento, province célèbre à travers le monde pour sa vallée des temples…
Et dans le centre historique…
Sur les hauteurs d’Agrigento, si la nuit offre un spectacle féerique…
En revanche, la journée, en contrebas de l’église, des zones entières habitées menacent de s’écrouler…
Mon ami Gianjosef qui habite à deux pas de cette masure me disait que l’an dernier une dizaine de maisons s’était écroulée dans le semestre…
Sans faire de victimes…
“Mais qu’attendons nous ? Qu’il y ait des morts ? Ils bloquent la rue, nettoient les gravas et puis plus rien jusqu’au prochain éboulement”.
Et des morts à Favara, cette fois-ci, il y en a.
Pire, deux enfants, deux filles 14 et 3 ans. Deux innocentes.
L’écroulement à Favara
Un mois après, le constat est triste et sans surprise.
Rien n’a été entrepris.
Les mêmes maisons en ruines. Et les promesses du “plus jamais ça ” formulées sous le coup de l’émotion…  envolées.
La seule voie que semblent suivre les décideurs est la destruction de ces maisons.
Ben voyons, marmonne Giovanni, septuagénaire qui a toujours vécu ici. Mettre notre patrimoine en l’air pour construire des baraques neuves dehors et s’en mettre plein les poches au passage. La Mafia ne tue plus physiquement, elle détruit nos biens. Elle n’essaie plus de prendre la couleur du peuple, elle est ouvertement maintenant du coté des puissants et brule sa propre terre, la notre, au nom du fric.
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MESSINA/ GIAMPILLIERI
Une histoire qui se répète tristement sur les cotes Est de l’ile dans la province de Messine.
Le 1er octobre 2009, une coulée de boue emporte tout sur son passage et frappe plusieurs communes. La plus touchée Giampilieri. Bilan : 28 morts. Avec une figure martyre Simone Neri qui sauvera la vie à 7 personnes avant d’être lui même écrasé. (cf post du 6 octobre dans rubrique Sicile)
Encore une fois, les reportages titrent tous :  ”un désastre annoncé”.
Comme ce diaporama de YouReport.
Désastre annoncé en raison de constructions abusives.
Mais quelles constructions abusives hurlent les habitants exédés. Giampilieri existe depuis des siècles. Les autorités ont décrété que notre malheur relevait de notre seule faute. Mais ce sont eux les irresponsables. Depuis 11 ans, on réclame que les rivières et torrents soient nettoyés, les terrains en amont défrichés, les terres ne sont plus cultivés et la topographie des lieux a changé ces dernières années,  on écrit aux autorités compétentes mais tout le monde s’en fout” dit Gabriele Avigliani du Comité 25 Octobre.
Même le maire de Scaletta Zanclea, Mario Briguglio reconnait qu’il “n’y a jamais d’argent investi dans la prévention, les budgets sont débloqués toujours pour les secours, quand il est trop tard”.
Et encore, on ne voit pas la couleur de l’argent soupire Gianfranco Fasciana, un commerçant. Il y a deux ans, il y a eu une coulée de boue de la même nature. Les fonds octroyés pour la relance ont été envoyés. A qui ? Je me le demande. J’ai retapé mon magasin tout seul avec les moyens du bord. Avec deux trois économies en bossant tous les jours. Aujourd’hui, je ne peux plus. Je ferme. Et je n’aurais pas d’indemnités. Pourquoi sommes nous ainsi abandonnés ?
Stupéfiant de passer ici un ou trois  mois après les catastrophes. Les promesses faites dans la lumière des téléobjectifs se sont envolées une fois que la caravane presse a quitté les lieux.
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VAMPOLIERI/CATANIA
Un peu plus au sud : la province de Catania. Et la colline de Vampollieri.
C’est désormais officiel, même si tout le monde le pressentait depuis des années. Les 4000 habitants vivent sur une faille sismique. Les nombreuses fissures dans les habitations en témoignent.
Ici, l’on peut vraiment parler de constructions abusives. La colline est soumise à de nombreux risques hydrogéologiques. Qu’importe, avec une vue panoramique sur la mer, les constructions de centre résidentiel continuent. On parle là de villas avec piscine. Occupés par des notables, voire quelques personnalités du coin, quelques footballers de l’équipe de Catania.
Le béton prolifère, la végétation recule. Et 7 cours d’eaux sur 10 ont un lit irrégulier. Le risque coulée de boue est réel indique le Génie Civil. Sans que personne ne réponde.
Des comités techniques citoyens formés par des ingénieurs géologue de profession ou de formation, et des écologistes se réunissent régulièrement. Et écrivent à la Protection civile et au Président de Région sans jamais recevoir de réponses.
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 BAGHERIA/ESTdePALERME
Les plus grands succès cinématographique sur la Sicile dépeignent tous un univers en crise. La trilogie du Parrain, i Cento passi, 100 jours à Palerme, etc.
Avec Baari, Giuseppe Tornatore (Cinema Paradiso, Il camorrista, Malèna) a cherché à transposer à l’écran les couleurs de sa Sicile natale en donnant une image positive de l’île. L’intention est louable. La Sicile d’un point de vue culturel, paysager, archéologique et gastronomique est une merveille. Le problème est qu’il est difficile d’y vivre à cause d’une Mafia qui comprime l’ascenceur social et détruit l’environnement.
Mais dans fond, Tornatore a tous les droits de vouloir retrouver ses souvenirs d’enfance avec un esprit positif. Tout comme les moyens mirobolants apportés à Berlusconi n’ont pas à entrer en ligne de compte dans le jugement d’un film.
Aux yeux des critiques, le film est mauvais. Cette saga de Bagheria des années 20 aux années 80 ne prend pas.
Bande annonce
Difficile de reconnaitre les lieux quand on rentre dans la ville. Et pour cause, le film a été tourné en Tunisie avec des décors reconstitués.
Evidemment explique Gianfranco, loueur de DVD/Video, il a filé en Afrique du Nord parce qu’ici avec les constructions en ciment qui ont proliféré sans aucune cohérence urbanistique, c’est moche et dénaturé. Baaria ne correspondra jamais à la réalité, sauf à celle qui est restée dans la tête de Tornatore“
Mais autre caractéristique, la ville croule sous les déchets. Et l’on revoit les images des poubelles de Naples qui avaient fait le tour du monde cette fois ci  dans une cinquantaine de commune des environs de Palerme, de Misilmeri à Ficarazzi.
Depuis mars 2009, régulièrement, les immondices s’accumulent pendant des semaines, et puis sont ramassés un beau matin… avant qu’à nouveau la puanteur ne se réinstalle.
Fin novembre, l’air était tellement irrespirable en ville avec des déchets partout que les écoles ont été fermées.
Crise financière et faillite des sociétés qui gèrent les décharges, désengagement de celles qui doivent veiller au respect de l’environnement, Franco Lo Piparo, prof de philo, un intello de Bagheria ne connait pas la langue de bois : Les ordures représentent bien la classe dirigeante de la ville, parce qu’ici, la collecte des déchets répond à des besoins précis qui consiste à détourner l’argent public”.
Le maire lui se désole seulement du fait que sa ville soit sous les poubelles au moment où le monde entier apprendra par le film de Tornatore qu’elle existe.”
Il devrait se demander si cette coincidence est le fait du hasard !
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CAPACI/NORD-OUESTdePALERME
Ici, les voitures passent à 130 kilomètres/heures.
Capaci, à mi chemin entre l’aéroport et Palerme.
Et si on n’y prête pas garde. On voit à peine ce monument rouge.
Et pourtant, c’est ici que 5 tonnes d’explosifs ont soulevé l’asphalte…
le 23 mai 1992
… Et détruit le convoi auto du juge Giovanni Falcone.
La mémoire impose qu’on ralentisse et stoppe la voiture pour se recueillir quelques minutes devant ce monument, plus visible à l’arrêt.
Eux se sont battus
pour que la Sicile ne soit plus une somme de douleurs.
























