Le permis de séjour à point pour immigrés n’est pas un projet
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Intégré au “Dossier Sécurité” approuvé l’an dernier, aux dires du ministre de l’Intérieur Roberto Maroni, le decret d’application de la loi sera publié dans les jours qui viennent.
Tous les éditoriaux politiques s’entendent pour juger le “timing opportuniste” d’une telle annonce à 7 semaines des élections régionales. Un signal fort pour l’électorat de la Ligue du Nord.
Que dit le texte ?
Les immigrés demandeurs d’un permis de séjour disposeront de deux ans pour remplir les conditions suivantes : avoir un contrat de travail, fournir une attestation de logement en Italie, la maitrise de l’italien à l’oral et une parfaite connaissance de la Constitution.
Une fois ces documents fournis et le test de controle (langue et constitution) réussi, l’immigré obtiendra un permis de séjour doté de 30 points.
Chaque infraction ou délit commis, outre une sanction pénale, entrainera de facto une perte de points. Les points peuvent aussi être perdu si l’immigré grille un Stop. Autant pousser la métaphore avec le le permis de conduire à point jusqu’au bout.
Dans un café où se réunissent des électeurs de la Lega, cette parole bien à propos : “Nous on est emmerdé au quotidien par la bureaucratie, pourquoi les immigrés ne connaitraient pas cette contrainte aussi ? Là, ils vont voir ce que c’est de vivre en Italie. Ils veulent s’intégrer. Bienvenus“
Tonnerre d’éclats de rire.
Les commentaires autour de la publication de ce décret :
Roberto Maroni : Ce permis à point est une aide à l’intégration pour les immigrés qui viennent travailler ici.
Communiqué du Parti Démocrate : On instaure une pression. Ces complications administratives vont décourager l’immigré qui va préférer la voie de la clandestinité.
Roberto Cota, député de la Ligue du Nord, président du groupe de la Ligue du Nord à l’Assemblée : “Au Canada, ces mesures sont déjà adoptées”
Livia Turco, responsable du Pôle “Immigration” au Parti Démocrate : “Dans un pays où il faut un an pour renouveler son permis de séjour et où les cours de langue sont gérés par des bénévoles et les paroisses, on ne peut pas faire comme si on était au Canada. il manque les structures“.
Pour l’Eglise italienne et les associations de défense de droits de l’Homme, “cette loi est une entorse au processus d’intégration”.
En toile de fond de cette loi plane un message subdiminal qui se diffuse dans l’opinion publique. Un permis à points pour immigré sous entend qu’il commettra à coup sur une faute. 30 points accordés représente une générosité.
Dans la presse italienne, une perplexité : Jusqu’à présent, un immigré criminel était expulsé. Pourquoi ne pas continuer ainsi ? Il y a évidemment des vandales, des mafieux et des criminels dans la population immigrée, mais ceux là ne sont guère intéressés par un processus d’intégration. On va pénaliser les bonnes volontés.
Sur la toile, les bloggers aussi reprennent l’annonce de la publication de ce décret. Avec ironie. Beaucoup se demandent combien d’italiens connaissent la Constitution de leur pays sur le bout des doigts
Pananini imagine une loi pour italiens s’appuyant sur les mêmes principes : Ceux qui s’expriment seulement en dialecte ne pourront pas compter sur une sécurité sociale et ceux qui ne sont pas capables de citer au moins 4 ou 5 articles de leur constitution n’auront pas accès aux bulletins de vote.
Daniele Sensi qui dans son blog décortique les mécanismes de la Lega, voit dans cette politique d’immigration une pratique sadique et s’appuie sur une définition apportée par le portail Wikipedia :
“Traditionnellement combinée au masochisme le sadisme comme le disait le philosophe français Gilles Deleuze est pourtant incompatible. Le sadique est impliqué dans un processus de destruction par le pouvoir, éliminant de facto tout accord possible, pendant que le masochiste cherche à institutionnaliser sa soumission dans un cadre formel. Pourtant le sadique va au delà de ce cadre…/… Le sadique impose la torture sans le consentement de sa victime, jusqu’à dépassser les limites de la légalité tout en rendant responsable de cet acte préjudiciable celui ou celle qui la subit“.
Quant aux bloggers de la Ligue du Nord, personne ne relève. Est seulement évoquée “une question de bon sens. Cette loi est juste et bien fondée. “