Les 3 coups du Carnaval de Venise 2010
Posté dans: Week-end, venise, société, culture
La première fois que je suis allé à Venise, c’était en 1993. Un reportage sur le Carnaval.
Je démarrais à peine dans le journalisme et celui qui devait couvrir le sujet est tombé malade. Logiquement, un autre reporter aurait du y aller, mais il avait prévu de tondre sa pelouse le samedi et ça ne l’arrangeait pas.
L’argument m’avait glacé d’effroi, je ne l’oublierai jamais. D’un ton morne, on m’a demandé si ça me branchait. Tu parles !!!! un rêve éveillé !!! Venise et de surcroît le carnaval. J’ai foncé.
Nous voilà quasiment 20 ans plus tard, le carnaval démarre aujourd’hui, je n’ai aucune envie d’y aller. Je n’ai pourtant pas de pelouse à tondre.
Je ne reviens pas sur le phénomène “tourisme de masse” évoqué à plusieurs reprises sur ce blog. Même si la foule altère le plaisir, Venise doit rester accessible à tous.
Mais comme le disent les Vénitiens, le Carnaval n’est pas un spectacle, c’est une fête. Le visiteur ne pense qu’aux déguisements qu’il va photographier, il ne pense pas à se costumer lui même.
Paroles de vénitiens : “Le vénitien déguisé devient malgré lui une bête de foire, un produit touristique prêt à être consommer, on perd l’envie de porter un masque en sortant de chez soi. “
Le vrai Carnaval se trouve dans les fêtes privées des palais vénitiens. Et ces dix dernières années, les touristes moribonds trainaient les pieds emportés par la foule qui entraine, écrasés l’un à l’autre, où l’on ne forme qu’un seul corps, poussés par un flot sans efforts dans la même direction. Une déambulation pachydermique et étouffante.
Peu de spectacles de rue, des mendiants, des vendeurs de contrefaçon, une fête foraine. L’âme du Carnaval vanté par le dépliant touristique est très éloigné du décor ambiant.
On voudrait acheter son masque à un vieil artisan vénitien qui pourrait parler de la Venise d’autrefois, les stands sont à 80% tenus par des asiatiques qui proposent du made in china. Déceptions et frustrations en série.
Alors il y a 3 ans, la ville a confié l’organisation du festival à une agence spécialisée dans l’évènementiel.
Venezia Marketing & Eventi a mis sur pied un programme de spectacles et d’animation qui s’enrichit chaque année. Les visiteurs venus du monde entier trouvent alors leurs comptes.
Les organisateurs ont voulu rester fidèle à la tradition : le carnaval des enfants, les concours des plus beaux masques, des festivités dans le Rio Cannareggio, la comedia dell arte, des jardins fantastiques inspirés par les contes de fées, des installations avec sentiers en verre, jeux de miroir et sculptures végétales.
La tradition est respectée avec le premier dimanche de chaque carnaval, le vol de l’ange… Qui s’élance du Campanile
En 2010, programmé le dimanche 7 à midi.
Enfin, dans le désormais rituel, un spectacle de théâtre ouvre le Carnaval. L’an dernier, c’était Dario Fo, on parle pour l’an prochain d’un Pinocchio joué par Roberto Begnini.
Ce soir, à 21 heures, Ferruccio Soleri, illustre acteur de théâtre milanais, montera sur la scène de la Piazza San Marco pour jouer “Arlequin, serviteur de 2 maîtres” de Carlo Goldoni, sur une mise en scène de son compère et ami Giorgio Strehler. La première mise en scène du Piccolo Teatro de Milan remonte à 1960. Ce spectacle est une référence du théâtre italien contemporain.
Mais à coté de ces temps forts…
… surtout concentrés ce week end et la semaine prochaine du 13 jusqu’au mardi gras…
… Des surprises féériques ne sont jamais à exclure…
… Comme ces voltiges vénitiennes.
Et puisque le Carnaval porte en lui des notions exentriques…
… l’an dernier, les drag queen ont défilé…
… et reviennent cette année, vendredi prochain, piazza San Marco.
Au sujet de ce carnaval à la programmation dense, les avis vénitiens sont partagés.
Pourquoi faire un show qui ressemble à un spectacle télévisuel alors qu’il serait judicieux de revenir à des notions plus simples et moins gigantesques ?
L’Association de quadra (40 pour Venise) croit au contraire que les vénitiens doivent s’impliquer dans l’organisation pour se réapproprier le Carnaval, ce qu’il représente en terme de patrimoine, et le réintégrer dans la vie d’une cité.
Que Venise reste une ville et non pas le décor d’un spectacle.
Je continue d’adorer Venise, mais elle est trop occupée en période de Carnaval. Je ne veux plus la déranger… Je viendrai plus tard, peut être même juste après, vers le 20 février, quand fatiguée, elle se remettra doucement, se détendra pour redevenir elle même.
Venezia est un joyau de l’humanité VIVANT, un project architectural sublime et fou, mais avant tout une VILLE alors que trop souvent on la considére comme un parc d’attraction, un musée à ciel ouvert, quand ce n’est pas un centre commercial de l’amour et de l’art.
Mais Venise et son carnaval, ce sont encore les vénitiens qui en parlent le mieux.
Je ne me lasserai jamais de vous conseiller le blog de Lorenzo. Tramezzinimag. La seule référence possible sur Venise. Lorenzo avec sensibilité nous entraine dans l’histoire, dans le temps, dans les vies de quartier d’hier et d’aujourd’hui. Avec ce qu’il faut d’humeur pour rendre le blog encore plus vivant. Chaque post recèle mille détails et invite chaque jour à la découverte.
Suivre Lorenzo, c’est déjà apercevoir la lagune au loin quand l’avion descend sur Marco Polo. Venise à domicile.
http://tramezzinimag.blogspot.com/2010/01/voici-que-revient-enfin-le-temps-des.html
