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04 février 2010

Bavards comme des pies, ces mafieux repentis

Posté dans: mafia, justice, politique

C’est le monde à l’envers.

Autrefois, il fallait des instruments de torture pour desserer les dents des mafieux repentis. La loi du silence régnait, implacable. La moindre syllabe ou sonorité émise était analysée, décortiquée.

Aujourd’hui rebaptisés “collaborateurs de justice”, ces repentis énumèrent des faits précis, des dates, des chiffres et citent même des noms. Mais personne ne semble les entendre et quand un témoignage s’affiche dans un journal ou fait les gros titres, sa crédibilité est tout de suite remise en cause.

Ces derniers jours, les paroles de Massimo Ciancimino, fils de Vito, ex-maire mafieux de Palerme a affirmé que son père condamné pour collusion avec la Mafia avait été remplacé en 1992 par Marcello Dell Utri (bras droit de Silvio Berlusconi) devenu principal interlocuteur de Casa Nostra.

Massimo Ciancimino n’est pas un mafieux repenti. Il est simplement le fils d’un ex mafieux politique. Ciancimino affirme aussi à la barre quela fortune d’origine criminelle générée par son père fut investie dans la construction du projet immobilier de Silvio Berlusconi Milano 2″.

Les avocats du Président du Conseil démentent et annoncent qu’ils vont porter plainte.

Ces accusations et témoignages se font toujours en marge du procès en appel de Marcello Dell Utri, ancien sénateur et condamné à 9 ans de réclusion criminelle en première instance. Au centre des débats : un pacte signé entre la Mafia et la nouvelle classe dirigeante politique au lendemain de l’Affaire Mains Propres.

Pour l’accusation qui s’appuie sur des documents saisis et le témoignage de repentis, Forza Italia aurait été fondé en 1994 après un accord passé avec Cosa Nostra. Et Marcello Dell Utri serait le principal artisan de cette alliance.

En décembre, les déclarations fracassantes d’un pentito Gaspare Spatuzza mettent  en cause Silvio Berlusconi qui aurait conclut un pacte avec la Mafia pour gouverner le pays.

Le témoignage de Spatuzza s’appuie sur une conversation rapportée par son boss Giuseppe Graviano, lui même “signataire” du pacte.

Interrogé une semaine plus tard par la Cour d’Appel de Palerme, (il est incarcéré depuis 1994), le dénommé Graviano rétorque que des problèmes de santé ne lui permettent pas de répondre aux questions. (on revient enfin aux bonnes vieilles méthodes où les mafieux sont malades, amnésiques et ne savent rien).

Conséquence, les déclarations de Spatuzza ne valent rien et c’est toutes les paroles de repentis qui sont alors frappés par un sentiment de défiance.

Que peuvent valoir des témoignages qui se contredisent les uns les autres ? D’autant que ces gens là ont du sang sur leurs mains. Ils ont menti, trahi, tué.

Toujours en décembre, la chambre rejette la levée de l’immunité parlementaire du sous secrétaire d’Etat à l’économie Nicola Consentino. Au terme d’une enquête longue de deux ans, le magistrat napolitain Rafaelle Piricillo avait déposé une demande d’interpellation. Au moins 8 repentis impliquaient Nicola Cosentino dans le trafic illégal de déchets, corruption, blanchiment d’argent et le désignaient même comme chef camorriste.

L’accusation n’ira pas au delà. Le Parlement a décidé de ne pas donner une suite favorable arguant qu’il était difficile d’accorder un crédit aux témoignages de mafieux repentis.

Mais en janvier, la Cour de Cassation (elle intervient rarement) publie un communiqué : les motifs de l’accusation pour interpeller Nicola Consentino étaient fondés.

Mais le secrétaire d’Etat ne démissionera pas, bientôt protégé par la loi voté epar le Parlement hier (qui doit être ratifiée par le Sénat avant d’être approuvée), la loi de l’”empêchement légitime“. En clair, les ministres sont trop occupés à gouverner le pays et n’ont pas le temps de répondre aux convocations judiciaires. Ils ont donc le pouvoir de reporter et suspendre un procès pendant 18 mois (maximum).

Autre éclat, hier alors que je me trouvais à Montecitorio pour les débats autour de ce projet de loi, des députés de gauche et de l’UDC m’ont affirmé que certains des leurs avaient rejetté la demande du Parquet de Naples, de peur que Berlusconi provoque des élections anticipées (la menace était sérieuse à ce moment là, c’était avant l’incident du Dôme et Berlusconi réfléchissait à cette éventualité).

Et avec des élections, comme ces chers députés n’étaient pas surs de retrouver leurs fauteuils, ils ont préféré décliner la levée de l’immunité penale de Cosentino plutot que de courir le risque.  Et la justice s’est arrêtée aux portes du Parlement. 

De surcroît, hier, était annoncée une intiative d’un parlementaire du Popolo della libertà, un projet de loi contre les pentiti.

Roberto Saviano, l’auteur de Gomorra écrivait en décembre dans L’Espresso : “les paroles de repentis sont essentielles dans les enquêtes sur les relations entre mafia et politique, mais la parole ne suffit pas, elle doit être accompagnée de preuves“.

Silvio Berlusconi, souvent visé par des accusations, la plupart du temps indirectement, de collusion avec la Mafia parle lui d’”un coup bas des mafieux en réponse d’une politique répressive à leur encontre.” Berlusconi affirme que “son gouvernement n’a jamais autant  arrêté de boss mafieux dans l’histoire politique du pays. “

C’est vrai.

Mais Roberto Maroni , le ministre de l’Intérieur déclare que  c’est grâce à “la collaboration des repentis”.  Maroni qui d’ailleurs rejette sans concessions l’idée d’une loi anti pentiti.

Pourquoi les pentiti seraient ils crédibles quand il s’agit de dénoncer des caids et des chefs mafieux et manipulateurs menteurs quands ils évoquent les liens avec le monde politique qu’il soit de gauche ou de droite ?

Dans un de ses témoignages, Massimo Ciancimino qui déposait contre le général des carabiniers Mario Mori accusé de complicité avec la Mafia raconte que “les deux parrains de Cosa Nostra (Provenzano/Riina)  étaient en guerre, et qu’il fallait éliminer celui qui était le plus sanguinaire. Provenzano s’est entendu avec des élus et la police pour procéder à l’arrestation de Riina en échange d’une impunité“.

Provenzano serait resté ensuite dans une bergerie sans être inquiété, et un beau matin, 14 ans plus tard en 2006, la police l’a arrêté. Il avait été grillé par un autre.

Idem pour le procès Spartacus, les parrains  de la Camorra ont vu leurs peines de prison confirmées par la Cour. Saviano affirme que cette décision de justice est à saluer mais ces mafieux ne jouent plus aucun rôle depuis 15 ans dans l’organigramme camorriste.

Les vraies têtes pensantes sont dans l’ombre, les caids sont interchangeables.

 C’est la raison pour laquelle les enquêtes en cours sont déterminantes. L’Italie a-t-elle connue une vraie transition à l’issue de l’affaire Mains propres et de cette crise ou au contraire, les nouveaux venus politiques ont repris le modèle existant ?

Tant que cette question restera sans réponses, le soupçon, le doute et la calomnie gangrèneront institutions et consciences.