Sur les routes du Salento…
Bien sur, je pourrai présenter le Salento comme “la plus belle région d’Italie” en oubliant toutes les autres. ![]()
Pour être plus objectif, disons alors que ses couleurs et ses lumières (quelle que soit la saison) m’ont toujours interpellé.
Du port d’Otranto part un bateau pour Corfù et c’est vrai que la côte Adriatique a déjà un air de Grèce.
Le Salento est le sud des Pouilles, en regardant la carte de l’Italie, le talon de la botte en partant de la ville de Lecce. Dans les années 70, il fut même question d’en faire une région à part entière et de la détacher des Pouilles, mais un “salentino” alors dans les cercles du pouvoir, Aldo Moro s’y est opposé, estimant que son “paese” adoré n’aurait jamais eu les moyens de s’en sortir seul. Au moins intégré dans les Pouilles, le Salento profitait de la dynamique économique de Bari.
C’est un peu moins vrai aujourd’hui. La région ignorée, plongée dans une misère au soleil, (son cadre naturel paradisiaque), trouve aujourd’hui des moyens de subsistance à travers le tourisme. Il y a encore quelques années, se vendaient de splendides “masserie”, la masseria est un corps de ferme en pierre, on les vendait donc pour presque rien. Les Agriturismo ou plutôt Bed and Breakfast ont poussé à une allure vertigineuse (américains et allemands).
L’an dernier avec un ami de Lecce, Danielle (sa famille vit ici depuis 4 générations), on est allé visité une masseria à retaper. J’étais interessé par l’idée d’avoir une petite masure à rénover avec quelques oliviers. E come no ?Et pourquoi pas ? Mais là, la masseria était rovinata. En ruines. Il y avait en tout et pour tout une quinzaine de pierres. Pas de toits, deux oliviers, un bout de terrain. Pas grand chose à voir et à dire. J’attendais la sentence.
Le propriétaire, un sexagénaire au visage buriné, annonce la couleur : 350 000 euros ferme. Je réponds surpris qu’il n”y a même pas de murs. Alors, mon interlocuteur s’approche d’une des pierres. “Elle est historique, appartient au Patrimoine, elle dâte du XIVe siècle.” Je refrène mon envie de rire, et joue le jeu en admirant avec lui d’un hochement de tete solennel la pierre historique, mais “purtroppo”, (c’est ma réponse) je n’ai pas les moyens de m’offrir une si belle pierre.
Je ne lui en voulais même pas. Les gens du “paese” ont compris que les étrangers étaient prêts à mettre beaucoup d’argent dans leur région devenue à la mode. Alors ils en profitent, n’ayant aucun autre moyen de subsistance.
Le plus furieux, c’est Daniele. Il ne décolère pas sur le chemin du retour. A peine entré à la maison, il en parle à sa femme. “Tu comprends, on est en train de vendre notre Salento et il n’y a plus rien pour nous parce que tout le monde préfère vendre à l’étranger. Les jeunes doivent dégager de notre terre parce qu’ils ne trouvent pas de boulot, mais plus tard ils ne peuvent même pas revenir, la faute à la spéculation immobilière”.
Le Salento est beau mais y vivre n’est pas facile. Problème classique d’une province du Mezzogiorno. Services publiques deficients, taux de chomage important, clientelisme. Pas de perspective. Ceux qui restent serrent les dents.
Le système D. Les olives et la vigne. Son coin de potager pour vivre comme on l’a décidé. Avec toute la famille… Tous les 11 novembre, on célèbre la San Martino dans les villages du Salento. Comme tout un chacun fait son propre vin, on décide de sortir les tables et de faire gouter sa vendange au voisin. Un air de liesse et de fête. Animations musicales. Musique populaire. Le village de Leveranno danse toutes les nuits.
Pour les promenades, on ne se lasse pas des circuits du Salento. On a l’impression d’être sur une île avec des oliviers à perte de vue.
Au centre, la ville de Maglie, au sud Santa Maria de Leuca.
Sur la côte Adriatique, Otranto, un peu plus au sud Castro Marina, louer une barque et longer les rochers blancs qui abritent des grottes sous marines. Sorte de Lascaux sous marins… Les criques pour des baignades dans une mer transparente.
Sur la mer ionienne, Gallipoli. Au bout de la ville nouvelle, un pont et le centre historique. Merveille. Au nord, jusqu’à Porto Cesaero, les plages de sables.
On peut s’installer dans un transat avec un livre de Gianrico Carofiglio. Un ancien magistrat qui raconte les Pouilles à travers la vie d’un avocat Guido Guerrieri. Entre polar et déambulation existentielle, loin de la “chaleur de la pierre” du soleil des Scorta, Carofiglio raconte sa région avec amour et fluidité.
Ses romans sont traduits en français et je recommande dans un ordre chronologique de lecture : Témoin involontaire, Les yeux fermés, Le passé est une terre étrangère.
Et pour finir, si on mangeait la pasta locale, gli orecchiette. Attention, la vraie, celle qui se prépare 24 heures à l’avance.
http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/ete/ciao-ragazzi/index.php?id=80901