Le grand Bazar, in italiano si dice “un casino”
Posté dans: europeennes, journalisme, politique
Et si “Il Giornale” s’appelait ainsi pour se donner parfois l’illusion d’être un journal ?
C’est un article daté du 19 mai 2009…”Il falso mito dei giornali stranieri” signé Gianni Pennacchi, on pardonne déjà le pseudo article qu’il a écrit vu que le journalisme ne doit être à ses yeux qu’une notion abstraite et lointaine.
Donc en substance, quelques extraits :
* “les correspondants étrangers en Italie sont un lobby proche de la gauche radicale chic. Et pour écrire leur articles, ils se réfèrent à Repubblica et à l’Unità. “
* “De tous temps, ils vont manger à Monserrato chez Pierluigi…/… on les a jamais vu à une conférence de presse du gouvernement ou à l’Assemblée…/… Après diner, on les retrouve sur les terrasses romaines l’été ou les salons l’hiver fréquentés par les collègues italiens de la gauche radicale chic, intellectuels et démocrates de seconde zone…/… ils ont de somptueux appartements à Trastevere ou sur le Campo di Fiori…/… ils sont tous amoureux de l’italie, de Rome et de la Toscane en particulier.”
* “Quand travaillent ils ? C’est un mystère, mais on est certain de ne pas les rencontrer dans les barques de clandestins ou sur les tremblements de terre ou à la rencontre des hommes politiques !”
Et je pourrai continuer ainsi pendant des paragraphes. Je vous renvoie au site internet (www.ilgiornale.it) pour ceux qui comprennent l’italien. Pour les autres, on a déjà la teneur du propos.
Deux mots de présentation du titre qui publie cet article :
Il Giornale est un quotidien milanais de centre droit, fondé par un journaliste venu du Corriere della Sera Indro Montanelli en 1974. Quatre ans plus tard, Silvio Berlusconi qui n’est pas encore en politique acquiert 30 % du capital avant de prendre le controle du titre (82%). Le quotidien a une ambition politique : s’opposer aux communistes de Berlinguer et inciter à voter Démocratie Chrétienne.
Montanelli subira même une agression des Brigades Rouges. Blessé à la jambe, le journaliste s’en sortira.
C’est un journal de droite et indépendant de toutes pressions politiques. En 1990 une loi (legge Mammi) fixe de nouvelles règles entre presse audiovisuelle et écrite. Silvio Berlusconi, détenteur de Médiaset, cède ses actions à son frère Paolo. On reste en famille.
Le vent va tourner avec la création de Forza Italia et l’entrée du roi de l’audiovisuel en politique. Berlusconi s’invite lui même en salle de rédaction pour donner ses directives de campagne. Montanelli claque la porte. Il ne supporte pas perdre l’ indépendance journalistique qui lui était chère. Le 12 janvier 1994, il signe même un éditorial d’adieu.
Le journal a beau avoir une identité berlusconienne affirmée, la rédaction a fait grève quand le journal de la liberté, organe de l’association de Michela Vittorio Brambilla, aujourd’hui ministre du Tourisme devient le supplément de l’édition du vendredi… en 2007.
Comme toujours à bas les généralités. Dans la rédaction, il existe de bons éléments. Je pense notamment à Andrea Tornielli, certainement le meilleur vaticaniste en poste actuellement. Mais le journal peut être aussi un tissu ordurier.
Il Giornale s’est fait remarquer pendant la campagne électorale avec des délits de faciès caracterisés concernant Romano Prodi. On était plus dans l’insulte qu’autre chose. On retrouve cette teneur dans l’”article” de Gianni Pennacchi.
Bien entendu Il Giornale a le droit de revendiquer un soutien inconditionnel à Silvio Berlusconi. Rien à redire là dessus. La Repubblica fait bien de l’Anti-Berlu son fonds de commerce et reste étroitement lié au Parti Démocrate. Mais on est en droit d’attendre des arguments, des démonstrations étayées, plutôt qu’un édito à deux balles dont la manoeuvre grossière n’échappe à personne.
CAR
La presse étrangère, surtout anglaise, tape sur Silvio Berlusconi depuis des mois. A noter au passage aussi une lutte d’interêt en terre italienne (Murdoch le britannique contre Berlusconi l’italien = Sky contre Mediaset, la bagarre de deux empires télévisuels).
La Repubblica et l’affaire Noemi ont été largement repris par la presse internationale. L’idée du Giornale : démontrer à quel point ces fourbes de journalistes étrangers profitent des somptueux appartements de lItalie pour en dire du mal…Ils se lient d’amitié avec de sales communistes pour abattre le Cavaliere… Alors que Berlusconi fait tant pour le pays… Mais la haine des journalistes des étrangers est trop forte..
Et la boucle est bouclée.
Parce qu’aujourd’hui il n’y a QUE la Repubblica, la gauche et la presse internationale pour penser que Berlusconi est touché par l’affaire Noemi !!! Alors qu’elle semblerait plutôt lui profiter.
D’ailleurs…
Qui donne (entr’autre) du grain à moudre dans cette “affaire Noemi”? Emilio Fede, patron de Rete 4… qui raconte l’histoire du press book oublié sur son bureau et que Berlusconi trouve par hasard. Et Emilio Fede confirmerait… Allons donc, dans le staff berlusconien, on ferait de telles erreurs de communication.
Un paparazzo empêché de publier des photos de fêtes privées dans la villa de Sardaigne de Berlusconi. On y verrait de jeunes filles en tenue légères danser au bord de la piscine ! Allons donc (bis)….Il n’y a que la morale anglaise pour être éprouvé ! Ici, en Italie, n’importe quel septuagénaire fortuné organise sa boum avec les jeunes de 20 ans (ou pire rêve de le faire) !
Reste le problème des avions affréttés par l’Etat depuis que le chanteur napolitain ami de Berlusconi s’est fait photographier à la descente d’un avion de l’armée de l’air qui le conduisait à une fête en Sardaigne ….
MAIS… une fois les élections passées, la semaine prochaine on aura Berlusconi vainqueur, la gauche par terre. On aura déjà oublié Noemi et on parlera alors de la gauche à reconstruire. D’autres débats plus politiques arriveront…Et on regrettera peut être l’absence de programme pendant la campagne… Cette campagne pour les Européennes, c’est coup pour coup sur Noemi…. Et les italiens sont fatigués de ces querelles… Comme l’écrit Stefano Folli dans Il Sole 24 Ore, “Berlusconi tend le climat pour gagner les élections.”…Et la gauche de son coté montre son aspect le plus médiocre : soit tomber dans le piège tendu ou alors se concentrer essentiellement sur l’anti berlu, au niveau de la ceinture, sans proposer d’alternative. On tourne en rond.
Et pendant ce temps là, David Mills silence radio. Il est pourtant avéré que Silvio Berlusconi a corrompu cet avocat (600 00 euros) pour qu’il dépose un faux témoignage dans un procès intenté au Président du Conseil.
Et pendant ce temps là, la crise des déchets à Palerme, silence radio. Differends entre Lombardo (PDL) et Berlusconi. L’ombre de la Mafia sur le traitement des déchets.
Et pendant ce temps là, l’Aquila, le chantier de la reconstruction. L’ombre de la Mafia, les soupçons de collusion et détournements…. remplacés par d’autres soupçons : Berlusconi est volage avec des jeunes femmes. Sans blagues. Tu parles d’une révélation.
Son image à l’étranger, Berlusconi s’en moque depuis des lunes. Ce qui l’intéresse, c’est son destin italien. Et dans son pays, regardez, il n’est que la victime combinée des communistes et des journalistes étrangers… Et l’article de Gianni Pennacchi tombe à point nommé.
Au fait Gianni, t’as entendu parler des pigistes qui vivent dans des chambres de bonne parce que les rédactions n’ont plus les moyens de payer des correspondants ? Il n’y a pas que CNN et Times dans la vie.
Au fait Gianni, c’est drole que tu en parles parce que j’étais à Lampedusa et à l’Aquila. Et toi ?
Au fait Gianni, les interviews des hommes politiques du PDL. C’est drole que tu en parles parce qu’à chaque fois qu’on veut les interviewer ils veulent la listes des questions 3 jours avant. Tu me diras peut être que c’est un procédé italien et qu’on doit s’adapter. On ne respecte décidément rien.
Au fait Gianni, on se connait ?