Qu'est-ce que c'est? A partir de cette page, vous pouvez envoyer ce lien par e-mail.

E-mail

Envoyer par E-mail
21 mars 2009

Les faits, rien que les faits

Posté dans: journalisme, religion

Sans jeux de mots, l’Osservatore Romano est un exemple de mauvaise foi quand son édito accuse la presse de “polemiquer jusqu’à insulter Benoit XVI” avec une “propagande qui déforme les faits“.

A ce point précis, qui insulte qui ? Et qui fait de la propagande ?

Les faits, rien que les faits. Facile, j’étais sur place. Comme d’habitude, dans un voyage apostolique, peu après le décollage, le pape se rend au fond de l’appareil pour répondre aux questions des journalistes. Cet exercice n’a rien d’improvisé. Les journalistes soumettent leurs questions à la direction de la communication du Vatican plusieurs jours avant le départ. Les questions sont sélectionnées, parfois réécrites et souvent posées par le père Lombardi au souverain pontife

Pour le voyage en Afrique, une nouveauté, les journalistes peuvent s’adresser directement à Benoit XVI. Mais le pape connait les sujets à l’avance. Aucun piège, aucune improvisation. Premier point.

Bref, concernant la lutte contre le sida,  la question est posée tel qu’elle est rédigée sur le feuillet officiel.

Ensuite…deuxième accusation :   la presse décontextualise ou donne une traduction biaisée.

Alors allons y, voilà en brut (version non montée) les paroles de Benoit XVI en italien.

ev.rf

Et la traduction qui nous intéresse ici concerne une phrase : ”On ne peut résoudre le problème du Sida avec de l’argent, on ne peut pas le résoudre avec une distribution massive de préservatifs, au contraire, ils (les préservatifs) aggravent le problème“.

aumentano il problema peut se traduire au mot à mot par augmenter le problème, sauf qu’ un problème ne s’augmente pas (aggraver, épaissir, amplifier, accentuer), mais  là on joue sur les mots, le sens est bien celui  qui a été donné.

D’ailleurs dans l’entourage du pape, personne ne s’en formalise. Ni son porte parole, ni Tarcisio Bertone, le cardinal secrétaire d’Etat à ses cotés pendant le brief. Quand Benoit XVI prononce ces mots, personne ne réagit. Le plus important pour eux est la suite de la phrase, “une sexualité humanisée, mieux respecter l’autre à travers une compréhension mutuelle”, “inculquer la notion de responsabilité” “une responsabilité qui se délite face au préservatif qui incite à des comportements dangereux“. Ces mots entre guillemets sont ceux du pape et ceux répétés le lendemain par le père Lombardi à titre de précision.

Quand l’Osservatore Romano écrit : “on peut être en désaccord avec la vision catholique“, ce n’est pas la question. Que le dogme s’oppose aux moyens contraceptifs au nom des règles naturelles, soit ! Mais évoquer l’inéfficacité du préservatif dans la lutte contre le Sida relève du domaine de la santé publique.

En outre, il existe de nombreux clergé et des associations chrétiennes qui travaillent avec des malades du Sida et qui reconnaissent l’utilité du préservatif (la solution du moins pire). Le seul problème (mais était ce le point de vue du pape) est l’utilisation de produits périmés qui peuvent tromper son utilisateur.

Il n’y a pas d’anti papisme (en tout cas, pas sur ce blog), il y a les paroles de Benoit XVI , chef d’Etat et représentant d’une communauté importante à travers le monde, des paroles que les Ong et des Nations ont le droit de commenter si elles sont estimées choquantes.

Ce n’est pas le premier débat entre théologie et science. Dans l’Histoire, l’Eglise s’est déjà trompée et a reconnu ses erreurs. Il ne s’agit pas de renoncer à la doctrine mais ici de réflechir à une vérité médicale.  L’Osservatore Romano en accusant la presse de propagande trouve là son argument le plus faible. Pourquoi ne pas défendre la position assumée de Benoit XVI plutôt que de jouer les martyrs ?

D’ailleurs, le pape et son entourage ne paraissent pas  affectés par la polemique. Dans l’avion qui nous amenait du Cameroun à l’Angola, l’ambiance était détendue. Le porte parole du pape a même arpenté le Boeing pour présenter aux photographes de presse une tortue dans un panier, cadeau des pygmees à Benoit XVI.

On nous a d’ailleurs bien précisé que tout était en règle. L’animal pourra regagner l’Europe. Qu’on aille pas accuser le Vatican de trafic illicite d’animaux !!!

Les faits, rien que les faits. La presse manque parfois de rigueur, ce qui fait le jeu de l’Osservatore Romano. A l’heure où se développe une autre polemique relative à l’avortement thérapeutique, une précision :  Benoit XVI n’ a jamais excommunié la jeune fille brésilienne avortée après un viol. Le Vatican n’a émis aucune position officielle sur cette histoire. C’est donc une non information.

Quoiqu’il en soit, le pape est très loin de ce tapage. Dans l’Angola, où la moitié de la population est catholique pratiquante, des centaines de milliers de personnes se sont pressées sur la route de la papamobile. Benoit XVI sourit, heureux devant d’énergie démonstrative. Cette nuit à Luanda (32 degrés et fort taux d’humidité), des centaines de processions sillonent les rues de la capitale en l’honneur de sa visite. La ferveur est grande.

Dernière minute. L’Onu Sida déclare que le pape en qualité de ”guide spirituel entretient l’ignorance”. Alors que Benoit XVI à travers ce voyage en Afrique cherche à éveiller les consciences sur les notions d’éthique dans la vie publique. Parler de la responsabilité politique, de la corruption, de l’aide au développement.

C’est une autre réalité, celle là spécifiquement médiatique : La question du préservatif a éclipsé toute la thématique “justice et paix”.