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01 juillet 2011

Naples, de la “più bella” à la “poubelle”

Posté dans: actualité, social, naples, environnement, société

A Naples, la crise des déchets est majeure. A tous les sens du terme. En 2011, elle fête ses 18 ans.

Cycliquement, les poubelles débordent dans les rues, la tension monte, et l’état d’urgence est décrété.

Silvio Berlusconi n’a rien résolu en dépit des promesses formulées en 2008 (campagne pour les législatives) et rien n’indique que le nouveau maire Luigi de Magistris (IDV) obtiendra des résultats plus probants.

Sa première mesure fut d’interdire l’utilisation de récipients en plastique. Mais deux semaines après son élection, les ordures continuent à s’entasser dans les faubourgs de Naples.   Et la colère explose chez les habitants, qui comme d’habitude, finissent par bruler les barrières d’immondices. (26 juin 2011)

 © EV

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La chaleur est déjà accablante. 35 degrés.

Les médecins napolitains lancent une alerte sanitaire. Bruler les déchets produit de la dioxyne, un danger pour la santé publique.

Et plus spécifiquement les pédiatres relèvent une forte augmentation des problèmes respiratoires chez les nouveaux nés et enfants en bas âge.

 © EV

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Le parquet met en examen Stefano Caldoro (PdL), le président de la Région pour ” propogation d’épidémie par imprudence”.

Dans une conférence de presse, Stefano Caldoro ne veut pas payer seul 15 années d’irresponsabilité générale et dénonce le boycott de la Camorra. 

 © Caldoro

© Caldoro

En ce sens, il rejoint le point de vue du maire de gauche Luigi de Magistris qui voit dans cette énième situation de crise la main de la Mafia napolitaine. “La Camorra me souhaite la bienvenue”.

Mais c’est oublier un peu vite que les sphères politiques, économiques et mafieuses se croisent et se recroisent dans cet univers trouble. Les méchants mafieux ne sont pas les seuls à la manoeuvre.

Sans douter de la bonne volonté de Stefano Caldoro et Luigi de Magistris, les partis de gauche et de droite subissent l’infiltration camorriste. Désormais, c’est de notoriété publique et les citoyens ont compris que la politique ne résoudrait rien.

Sinon la crise n’aurait jamais duré 18 ans.

Alors, les plus jeunes décident d’orchestrer eux mêmes le ramassage des ordures et le nettoyage des rues. Comme si la réponse pouvait venir de la société civile.

 © Ansa

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Le traffic des déchets ne se limite pas à Naples. Les environs de Palerme, les Pouilles et même Rome (avec des enquêtes ouvertes sur la gestion de Malagrotta) sont dans le collimateur de la justice et des écologistes.

Mais à Naples, la situation est plus explosive parce que les poubelles s’entassent dans les rues, se voient et se respirent. 

 Le gouvernement apparait divisé sur la question.

Berlusconi a voulu un décret qui formalise le transfert des ordures napolitaines dans d’autres régions d’Italie. La Ligue du Nord a voté contre, estimant que c’était aux Napolitains de gérer leurs problèmes.

C’est oublier un peu vite que les entreprises du nord utilisent parfois la filière mafieuse pour envoyer leurs déchets industriels dans le sud.

Le décret est approuvé, mais personne n’est content. Surtout pas les écologistes qui ne comprennent pas pour quelles raisons les parlementaires s’obstinent à parler d’évacuation des ordures.

Diminuer la production des déchets est la base de toute politique répètent en choeur Legambiente, Greenpeace, Terra Futura et WWF.

Et en circulant dans la ville, je me demande : “Comment la plus belle au monde s’est elle laissé réduite au rang de poubelle ?

Médiatiquement parlant, Naples atteint le degré zéro.  Triste représentation : “Un quart monde peuplé d’analphabètes mafieux “. C’est la nouvelle image d’Epinal. Or, la ville regorge encore de trésors.

Evidemment dans les quartiers périphériques, les immondices sont partout.

 © EricValmir

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Et dans certaines rues, la proximité de panneaux publicitaires devient presque cynique. Ici le visage de Vincent Cassel pour une nouvelle voiture et ce slogan : le luxe est un droit.

 © EricValmir

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Et puis lundi et mardi (les 27 et 28), d’un coup, sans que personne ne sache ni comment, ni pourquoi, les ordures sont ramassées.

Des tractopelles se fraient un passage dans des océans de sacs poubelles éventrés et conduisent les déchets dans une benne stationnée au bout de la rue.

Plus l’on s’approche du centre, plus les quartiers apparaissent propres.

Containers contenus devant une agence immobilière.

 © EricValmir

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Et comme souvent, tout devient une question de regard.

Les poubelles sont à ras du sol, mais si nos yeux se lèvent pour prendre de la hauteur, Naples redevient la più bella.

 © NicoMathias.RF

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Bien sur à Naples, tout regard extérieur se laisse happer par la beauté naturelle de la baie dans laquelle se dessine le Vésuve.

 © EricValmir

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Même plaisir dans la contemplation de la mer qui apparait toujours au détour d’une rue, ou d’un faubourg…

 © EricValmir

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Evidemment, Naples est aussi connu pour ses trésors culturels et architecturaux, Le Castello, le San Carlo, le Dôme…

Mais pas seulement…

Souvent, il suffit de laisser son propre regard caresser les façades napolitaines…

Avec la même langueur que le soleil qui décline…

 © EricValmir

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 © EricValmir

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 © EricValmir

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Un jeu d’ombres et de lumières à l’image de la ville…

 © EricValmir

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Et à la nuit tombée, la rumeur de Naples monte… Sans pour autant affecter le calme qui règne sur les hauteurs.

 © EricValmir

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Le jour se lève à Capodimonte…

 © EricValmir

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Et les zones populaires aussi possèdent ce charme qui font ou faisaient la renommée de Naples…

 © EricValmir

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Une ville tentaculaire où l’on peut vivre à 100 à l’heure….

 © NicoMathias.RF

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Ou au ralenti….

 © NicoMathias.RF

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Et puis a-t-on déjà oublié que la pizza est née à Naples ?

Ici, dans tous les quartiers, on connait la meilleure pizz’ de la ville et ce n’est jamais la même !

Une certitude, même dans une modeste trattoria, c’est un régal !

 © NicoMathias.RF

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Voilà Naples dans ses contrastes… ses richesses, et sa pauvreté… ses combines et ses secrets…

Un joyau de l’humanité que le clientelisme détériore, que la Camorra pollue à tous les sens du terme.

Et l’on peut pleurer le gachis de ces dernières années causé par les magouilles politico-mafieuses.

Mais Naples en dépit de ses poubelles, ses mafias, et ses quartiers pauvres reste une des plus belles villes au monde…

 © EricValmir.RF

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Et loin de Milan, l’élégance est ici, aussi, un art de vivre.

 © NicoMathias.RF

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