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28 octobre 2008

la première gorgée de grappa et autres plaisirs italiens minuscules

Posté dans: humeur

La première gorgée de grappa. Sévère. Les touristes préfèrent le limoncello, liqueur de citron plus douce. Mais l’intégration passe aussi par l’adoption de la grappa, et avec le temps on s’y fait. Un peu comme le café  ristretto. La première fois, un effet pâteux dans la bouche et une pulsation cardiaque crescendo. Comme tout français qui débarque, au début j’ai carburé à l’americano, un café long. Mais lassé de voir les serveurs me vider une bassine d’eau chaude dans mon café, j’ai opté pour le ristretto au final beaucoup plus digeste.  

Les policiers et leurs casquettes. Un soin infini à l’image de leurs uniformes toujours impeccables. Tout le monde s’attarde sur les gants blancs. Moi rien à faire, ma préférence va à la casquette. Toujours rangée avec méticulosité dans la voiture sur la banquette arrière, posée bien à plat. Me plait énormément le rituel de la portière arrière. En montant dans le véhicule, on pose la casquette avant de s’installer au volant. En descendant, on se précipite sur la portière arrière pour vite récupérer la casquette et la revêtir.   

Le Come no que l’on peut traduire par « pourquoi pas » ou « bien entendu ». Mais au-delà de l’expression, ce qui  me ravit, c’est le ton qui accompagne l’expression. On dirait une indignation comme s’il y avait une offense. E come no ???   Très répandu dans le langage quotidien…. Tout comme le assolutamente si, prononcé là aussi avec une grande conviction. 

La nota politica du TG1. La page politique du 20h de la Rai 1. Quelque chose à part. Impossible de regarder avec sérieux. Le journaliste toujours en direct devant le Palais Chigi (palais du conseil des ministres) lance les interviews du jour qui porte sur le sujet du jour. Construit comme un devoir scolaire : d’abord ce que pense la majorité, puis ce que dit l’opposition, et enfin ce qu’il faut en retenir. A quelques mètres derrière le journaliste, tenus à distance par des policiers, été comme hiver, des dizaines de badauds, téléphone portable à l’oreille pour prévenir la famille, font bonjour à chacune des interventions du journaliste.  

Un rendez vous pour une interview. Impossible de fixer dès le premier coup de fil une date, une heure, un lieu précis. Il faut se téléphoner 5 ou 6 fois avant de se rencontrer. Une spécificité italienne.

On dirait qu’on est en Angleterre, on roule à gauche. Jean Louis Trintignant à Vittorio Gassman dans Il sorpasso, le film de Dino Risi. Et de fait, on roule à gauche, ou au milieu. A Rome, on roule toujours au milieu parce qu’on ne sait jamais si la file la plus rapide sera celle de gauche ou de droite. Et puis avec les stationnements en double file ou triple file, le milieu est la position la plus stratégique. Sur les autoroutes à 3 voies, jamais rouler à droite. Ça doit être la honte. Au milieu ou à gauche.  

La voiture toujours. Interdit de téléphoner au volant sans son oreillette. Pas de problème, sauf qu’une caricature se vérifie. On parle avec les mains. Vous doublez parfois des automobilistes au téléphone avec l’oreillette, mais les mains ne sont pas sur le volant.  

Fabio et ses clients. Fabio est mon marchand de journaux, je l’adore. Tous les matins, on s’échange quelques mots, on plaisante. Et pendant ce temps là, les clients défilent. Pas un mot, un bonjour, un merci ou quoi que ce soit. Ils arrivent, ils ont la pièce d’un euro. Ils la posent devant Fabio. Fabio regarde de qui il s’agit, il sait précisément quel est le journal adapté à chaque visage et le sert. L’autre sans broncher repart avec son canard sous le bras.  

Les français à Rome. Les touristes.  Entendu Piazza Navona :« oh  les italiens, quand ils te sourient, c’est simple, ça veut dire qu’ils t’ont baisé la gueule ». Oui, c’est simple, quand j’entends parler ainsi, j’ai honte.  Quant à quelques français de Rome (je suis mal tombé), les diners dans le centre historique « les italiens sont comme ci, sont comme ça, patati et patata ». On dirait des ethnologues au zoo. Les italiens à Paris doivent faire la même chose, sans doute. Ce n’est pas une raison. Le pire que j’ai entendu « Oh je n’ai vraiment pas confiance en leur produit, moi je préfère aller à Auchan Fiumicino (15kms de Rome), là bas ils ont du caprice des dieux ». Bon séjour en Italie les amis. Désormais je dine avec les italiens. Au moins, ça m’aide à comprendre le pays.  

Les lunettes de soleil. Dans les sous sols de la salle de gym, les filles les portent. Pour ne pas être ébloui par les néons peut être…. A une barrière de péage sous des trombes d’eaux, avec qui plus est une  brume qui réduit la visibilité, l’automobiliste à mes cotés porte ses lunettes de soleil… là, j’ai beau me creuser, je ne trouve pas d’explications.  

La lingua italiana. J’adore cette langue. J’adore les voix féminines italiennes, les masculines aussi. Mais à Rome, elles sont souvent gutturales avec un accent romain prononcé et pour ceux qui connaissent, ce n’est pas vraiment charmant et élégant. La musicalité de la langue m’enchante. J’aimerai la maitriser un jour, mais mon italien reste contaminé par des pointes d’accento francese. Mes amis italiens me disent que c’est mignon, un peu comme les français quand ils sont sous le charme de l’accent italien. Alors je pense à mon ami Ruggero, en France depuis… depuis combien de temps Ruggero ????? …. Et toujours son accent italien irrésistible.  

Dernier mot sur la langue italienne, elle est si rapide qu’on la croit bougonnée. Faux, c’est une langue qui s’ar-ti-cu-le. Handicapé par les joies d’un appareil dentaire pendant deux ans, j’ai senti la différence quand on me l’a enlevé. Comme il faut bien articuler quand on parle l’italien (curieusement plus que le français), l’élocution est devenue plus facile.   

La lumière d’octobre sur Rome. Le soleil moins puissant, une lumière orange et douce sur les facades ocres.

Les oiseaux. En tous lieux, ils se rassemblent pour migrer. Dans le ciel de Rome, ils dessinent des farandoles ondulantes à couper le souffle.

Etc……………………………………………………………………………………………