Comprendre l’Italie à travers ses nuances

Le blog de Eric Valmir


Article(s) de juillet 2011

L’ultimo pezzo, dernier post avant fermeture définitive

Vendredi 15 juillet 2011

Aucun correspondant de Radio France à l’étranger n’est tenu de tenir un blog. La décision appartient à chaque journaliste. Cet investissemement supplémentaire n’est pas rémunéré.  L’outil existe, à disposition.  

L’utilisent ceux qui le souhaitent !

En dépit d’une réelle surcharge de travail, cet espace m’est apparu vital et je l’ai occupé dès les élections législatives de 2008.

Ce blog n’en était pas vraiment  un dans la mesure où l’exercice dans sa définition est une forme courte et personnelle. Ici, il s’agissait souvent de dossiers multimédias avec le pari (je devrais dire le défi) de la longueur. Cet espace se voulait un “complément” du travail fourni à l’antenne.

La difficulté dans les reportages diffusés en radio réside dans la question des formats. 2 minutes au maximum sur France Info, 1mn30 sur France Culture, 1mn 15 sur France Inter. Si pour des sujets ”nationaux”, ce laps de temps est suffisant pour décrire une situation donnée, ce n’est pas le cas avec une info venue de l’étranger. 

L’actualité hors frontière doit être sans cesse contextualisée pour que l’auditeur sache de quoi il retourne. Or, ce besoin de poser les bases prend un tiers du temps octroyé… En clair, et en prenant pour métaphore la presse écrite, on fait le titre, le chapô et l’attaque, rarement l’article, faute de place. 

Et encore sur Radio France, je m’estime très chanceux car chaque chaine dispose d’un espace décryptage où des formats plus longs offrent échanges et débats dans lesquels les indispensables nuances peuvent se développer.

Souvent dans les médias généralistes, plus par souci de synthèse que par malhonnêteté intellectuelle, l’information peut être biaisée. Me revient en tête l’exemple de Laurence Ferrari sur TF1, mais elle ne fut pas la seule à être approximative. 

La présentatrice du 20h en lançant le sujet sur les résultats du référendum des 12 et 13 juin dernier a placé deux contre vérités en trois phrases : un réferendum à l’intiative du pouvoir.  FAUX. C’était un réferendum populaire réclamée par l’opposition (IDV)… l’immunité pénale de Silvio Berlusconi était en jeu. FAUX. Rien à voir avec l’immunité. La question réferendaire portait sur le texte de loi de l’empêchement légitime.

Certes, il est impossible de présenter les tenants et aboutissants de cette proposition de loi en quelques mots.  Qui plus est, résumer en quatre phrases UN référendum qui en comptait TROIS était pour les présentateurs de journaux télés un casse tête. Mais avec des raccourcis commodes, on crée une distorsion.

Si Informer demande responsabilité et précision, S’informer est aussi un réel investissement. Chacun de nous dans sa vie quotidienne a ses préoccupations et ses contraintes. (emploi, famille, santé, argent). Une information s’attrappe au vol à la radio le matin, deux trois articles entre les lignes dans la journée, quelques images à la télé le soir, et hop, on la digère selon la façon dont on l’a reçue et interprétée. Pour être bien informé, il faudrait plusieurs sources et du temps. Ce que le quotidien ne nous donne pas forcément.

Et puis, il est un autre constat qui vaut surtout pour les informations venues de l’étranger. Entre la vérité et l’idée qu’on s’en fait, des rédacteurs en chef (tous médias confondus)  préferent souvent l’idée qu’on s’en fait.  Là encore, c’est le désir de simplification qui guide ce choix, je pense pas qu’il y ait une volonté de nuisance… Mais cette paresse intellectuelle explique partiellement pourquoi le traitement de l’actualité italienne est toujours soumis à polémique. (Cette obsession sur Berlusconi et la vision d’un pays où règne un désordre d’opérette et de folklore).

Pour cet ensemble de raisons, le choix de tenir ce “blog” s’est imposé naturellement. Je me suis rendu compte au fil des mois que les lecteurs n’étaient pas forcément auditeurs, que sa notoriété dépassait le cadre de ceux qui le fréquentaient. L’audience est confidentielle (10 000 connectés réguliers ne sont rien au regard des millions d’auditeurs sur les chaines de Radio France). Mais en même temps, cet espace multimédia me donnait le sentiment d’affiner un travail commencé à l’antenne. Même si les posts ont souvent été écrits “à l’arrache“. Il n’a jamais été question de “porter” une “vérité” mais de donner des éléments factuels qui puissent permettre de saisir quelques mécanismes. Ce blog n’était qu’un espace parmi tant d’autres pour les passionnés de la Péninsule à la recherche d’informations.

 © EDITALIE

© EDITALIE

Et au terme de cinq années de correspondance, j’ai acepté la proposition des editions Editalie (je collaborais déjà avec eux dans Radici) d’en faire un livre. Un carnet de reportages entrecoupés de quelques pezzi du blog réecrits.

Ce travail, je l’ai voulu simple et direct. Ce texte n’a pas la prétention d’être juge ou de porter une analyse. Il n’y a pas l’ambition d’une démonstration. Je laisse ce soin aux “chercheurs” proclamés ou autoproclamés “spécialiste de l’Italie”. Leurs travaux précis et intéressants sont sur la place publique. Ma démarche était tout autre. Revenir sur cinq années de reportage et livrer la parole des Italiens que j’ai croisés. Raconter le pays à travers leurs tranches de vie placées en corrélation avec l’actualité.

Italie, belle pour le belpaese, la culture, les Arts, la nature, l’archéologie, les Italiens. Impossible pour le clientélisme et un niveau record de corruption qui pèse sur les finances publiques, la Mafia, les combines, un pouvoir et une classe dirigeante déconnectée du pays . Belle et impossible, ces deux visions cohabitent ensemble et font qu’on aime ce pays envers et contre tout malgré ces travers.

Tout est fait pour le fragmenter. Tout n’est pas noir, tout n’est pas rose. Le livre cherche à sortir de ce regard manichéen qui est régulièrement porté sur l’Italie.

Ora, me ne vado. Je m’en vais. C’est le jeu des mandats. A Radio France, un correspondant signe un contrat de deux ans, renouvellable une fois (total =4 ans) avec la possibilité d’une cinquième année exceptionnelle (dont j’ai bénéficié). Au 1er septembre, Anaïs Feuga, aujourd’hui journaliste à France Bleu (Metz) deviendra la nouvelle correspondante du groupe Radio France en Italie.

Même si je n’en parlerai plus dans mon travail de journaliste, la péninsule restera toujours en moi. Pour plusieurs raisons, une petite romaine, Alessandra, va naître dans les jours qui viennent (même dans les heures qui viennent).

:-)

Ensuite, je serai toujours lié à cette terre sur laquelle je reviendrai souvent, du fait d’amis qui sont réellement devenus “très proches”. Ces jours çi, la tournée des “au revoir ” est forte émotionnellement parlant mais sans tristesse. Nous savons tous que nous ne nous perdrons pas de vue. Et puis, un roman italien sera publié en février et je vais collaborer à la prochaine édition du festival du film italien d’Annecy.

Enfin, à la question, mais que feras tu en septembre Eric ? Question qui m’est posée sans cesse ces derniers temps. Je peux seulement répondre que je serai sur la grille de rentrée de France Inter et que mon travail portera sur la campagne électorale pour la présidentielle. Avec une visibilité “multimédia” importante. Mais en l’état, je ne peux en dire plus.

 Arriverderci, Ciao, e un pensiero per tutti. Le succès de cette petite expérience communautaire internaute a été un moment fort. Merci à tous…   UN ABBRACCIO

Lettre ouverte à Erri De Luca

Mardi 5 juillet 2011

 © Erri De Luca

© Erri De Luca

Carissimo,

Très cher Erri,

Cette lettre, j’aurais pu l’écrire à Fabio, Giulia, Vito, Francesca, Orlo, Marco et tant d’autres devenus des amis au fil de mes reportages à travers la péninsule et que le jargon journalistique désigne par le mot “anonyme“.

J’ai toujours détesté l’emploi de ce mot qui revient souvient dans la bouche de présentateurs ou reporters “une foule d’anonymes, des anonymes“.  Il ne veut rien dire et je sais que tu es d’accord avec moi. Personne n’est anonyme, et surtout pas les tempéraments que l’on croise par hasard au détour d’une interview. Au contraire, s’affirment avec force des personnalités.

Et si j’ai choisi de t’écrire, à toi, rien qu’à toi, (permets moi di dare del tu), ce n’est pas en raison de ta notoriété. Bien sur, le titre de ce post est plus parlant que si je m’adressais à Luca Erri, plombier à Pescara. Mais le fait que tu sois connu n’entre pas en ligne de compte.

D’ailleurs, je te vois déjà “irrité”, comme lorsque tu refuses les applaudissements quand tu montes sur une scène. Tu n’es pas “quelqu’un“  dirais tu… Ces marques d’attention à ton égard te touchent et t’embarassent. Tu réponds d’un geste géné de la main. 

Le choix de t’écrire est éminement personnel. Nous nous sommes vus trois fois en cinq ans. Deux fois chez toi. Une fois dans une trattoria. 

Tous les Italiens croisés en reportage durant mon mandat qui s’achève à la fin de l’été, je les revois et les reverrai dans les jours qui viennent. C’est l’heure des derniers verres, des derniers éclats de rire, un abbraccio fort et émouvant, des larmes contenues ou pas, c’est l’instant où les sentiments se livrent à eux mêmes. Vifs et justes. Sans fard, effets de style, excès. Sans pudeur ou fausse pudeur. 

Bref, la relations entre les hommes telle qu’elle est racontée dans tes livres et ton regard. 

Notre première rencontre. Après le succès de Gomorra de Saviano, je devais recueillir les réactions d’intellectuels et personnalités littéraires italiennes. C’était au printemps 2008. Tu m’as proposé de venir chez toi. Une pratique courante, les auteurs reçoivent souvent à domicile.

Mais toi, tu vivais à la campagne. Loin de Rome. Sans adresse. Un navigateur GPS n’aurait pas trouvé ta demeure. Alors j’ai pris le train et tu es venu me chercher à la gare. Dans la voiture, nous ne parlions pas, ou de tout et de rien, quelques échanges brefs… le véhicule glissait au milieu des champs… Une route cahotée… Une maison dans sa plus simple expression… Pas de superflu… En un coup d’oeil, ce qui compose tes oeuvres se trouvait là…

Dans l’interview, j’ai apprécié ton parler vrai, ta réflexion, je n’étais pas toujours d’accord avec ce que tu disais, mais ce n’était pas grave. Il y avait dans tes propos une rare générosité. Dans les paroles dites au micro, tu as donné de toi. Ensuite, malgré l’urgence d’un agenda rempli, je n’ai pas pu m’en aller comme un voleur.  Face à un tracteur qui labourait, on a pris un café.

La deuxième fois, l’année suivante en 2009, je gardais un tel souvenir de notre rencontre que l’idée de te dédier un espace dans la série “Ciao Ragazzi” que je produisais sur France Inter est venue tout naturellement. Nous avons passé l’après midi chez toi , avons évoqué ton parcours, le militantisme de Lotta Continua, Fiat, l’Afrique, la Bosnie, l’engagement, l’écriture, ton amour de la nature, les Dolomites, l’escalade… et tu t’es livré avec justesse dans l’interview, évoquant les souvenirs douloureux et ceux que tu taisais. Les joies et les peines.

Beaucoup garde de toi l’image du militant de Lotta Continua au début des années 70, mais tu n’as jamais cédé à la violence des attentats. Tu ne les as pas cautionné. Tes armes sont restés les mots que tu utilisais, les discours et les manifestations. Et tu n’as jamais écrit au sujet des causes que tu défendais. La littérature, c’était autre chose. “le contrepoids d’une journée de travail” disais tu…

Ou encore ces mots “quand on me demande de signer une pétition, je refuse toujours. Si je veux m’engager, je manifeste, je m’implique, je ne signe rien“.

Dans tes yeux, il y a une sincerité.

Le plaisir des retrouvailles dans les allées du Parco della musica un soir de l’automne 2010 se lit dans nos prunelles, tu vas monter sur scène avec Giamaria Testa, le chanteur poète turinois. L’interview porte sur le spectacle et puis tu me demandes de venir partager une pasta et un verre de vin avec les tiens. On est en petit comité. Tu m’ouvres naturellement ton intimité.

Je repense souvent à ce que tu m’as dit dans l’interview que les lecteurs de ce blog peuvent écouter (ci dessous en Audio)… quand tu écris, tu n’utilises pas d’ordinateur, même pas une machine à écrire… Mais un cahier et un stylo… Il te faut la lenteur de la main…

Et en y réflechissant, cette lenteur se retrouve dans la lecture. On parcourt tes pages tranquillement en prenant soin de savourer la phrase, elles ne s’avalent pas à toute vitesse… C’est tout le contraire…

Prendre le temps de s’arrêter et regarder l’autre, voilà ce que je retiens de nos trois rencontres…

Erri, tu m’as dit “ci vediamo a Parigi“… Je t’assure que oui, nous nous verrons, et cette fois ci c’est moi qui ouvre les portes  de chez moi et débouche la bouteille.

Un abbraccio grande

 Eric 

 © Erri De Luca

© Erri De Luca

AUDIO : 30 minutes. Une interview chez lui réalisée en 2009. C’est la version brut qui est proposée ici. Les blancs qui séparent parfois les réponses des questions sont là pour favoriser les coupes au montage.

EV

L’ actualité d’Erri De Luca

En France : Le poids du papillon…

  © Gallimard

© Gallimard

Un texte court, vif et précis. Un vieux chamois en fin de règne qui domine pourtant la vallée depuis des années… Un vieux chasseur qui n’a plus l’agileté de l’alpiniste qu’il était… Tous les deux savent leur temps compté… L’homme cherchera à abattre l’animal… qui essaiera de lui échapper une fois de plus… Le décor : la montagne, les aigles, la nature, et la prose d’Erri De Luca

81 pages

En Italie : Le sante dello scandalo

 © Giuntina

© Giuntina

5 femmes dans les générations d’Abraham et Jésus.

5 portraits qui font de la grâce féminine une force de combat pour forcer les lois, confondre les hommes et imposer des exceptions.

60 pages

Toujours en Italie : Un spectacle avec Gianmaria Testa, chanteur turinois. Le premier s’appelait “Don Quichotte et les invisibles“…Il existe aujourd’hui en DVD. 

Le principe : des textes lus par Erri, entrecoupé de chansons de Gianmaria, les deux proses se complètent et se rejoignent…

La bella gente en Ombrie, la cattiva gente camorriste, Silvio for ever et Gianmaria Volontè dans nos coeurs

Lundi 4 juillet 2011

Un mot de cinéma aujourd’hui pour les sorties DVD en France de ces dernières semaines. D’abord un applaudissement à France Télévision pour son intérêt porté au cinéma italien. 3 parutions ces dernières semaines.

D’abord, Bella Gente d’Ivano de Matteo, son deuxième long métrage après Ultimo Stadio réalisé en 2002. Monica Guerritore, actrice de théâtre renommée en Italie tient le rôle de Susanna qui travaille dans un centre social d’aide aux femmes victimes de violence. Antonio Catania incarne son mari, un homme aux idées larges et au caractère souple. Elio Germano joue leur fils.

Ce couple de quincagénaire passe ses vacances en Ombrie, près de voisins qui paraissent être leurs extrêmes opposés, grossiers et racistes. Pourtant ils partagent leurs journées, marché le matin, piscine l’après midi.

A quelques kilomètres de chez eux, sur la route du village, une jeune prostituée ukrainienne tapine. Un jour, Susanne surprend son mac en train de la frapper. Elle va tout faire pour secourir la jeune femme. La recueillir chez eux et s’en occuper. Quelques jours plus tard, le fils du couple surgit avec sa jeune fiancée.

Il y a des films qui nous tiennent en haleine tout le long et dont la fin éclate comme un pétard mouillé, laissant un gout d’inachevé. Bella Gente est l’exact contraire. Démarrant piano piano, rien ne parait tenir. A tel point que l’on redoute très vite l’accumulation de clichés et bons sentiments.

En fait, au fil des minutes, l’atmosphère s’alourdit, les personnages grandissent en nuances et s’épaissisent, les premières scènes à priori généreuses et gentilles débouchent sur une féroce étude de caractère.

Bella gente est vraiment une curiosité italienne à découvrir en DVD. Un film dérangeant et subtilement mené. A ne pas rater. 

Autre proposition de France Télévision, Videocracy, un documentaire sur le pouvoir de la télévision, mais qui pêche par un ton trop démonstratif. A regarder pour découvrir Lele Mora, un des proches de Berlusconi, impliqué dans le Rubygate et incarcéré aujourd’hui pour invasion fiscale.

Bien que n’étant pas un documentaire, Fortapàsc ne tient que par la véracité de l’bistoire qu’il raconte. Si l’oeuvre de Marco Risi, fils de Dino, était une fiction, les critiques cinéma l’auraient massacré sans états d’âme. Seulement voilà, Fortapàsc raconte une histoire vraie émouvante. Les quatre derniers mois de la vie de Giancarlo Siani, journaliste du quotidien napolitain, Il Mattino, assassiné le 23 septembre 1985 en bas de chez lui.  

Tout sonne cliché et pourtant c’est la réalité qui est ainsi tournée. D’ailleurs le réalisateur porte ce projet depuis 15 ans sans parvenir à le tourner. Et si on se montre très indulgent à l’égard de la mise en scène, c’est pour rester attaché à la valeur informative du propos. Un jeune journaliste qui grandit à Torre Annunziata, à quelques kilomètres de Naples et qui va s’attaquer au coeur du système économique et politique en collusion avec la Camorra. Ici, la guerre des gangs fait rage, d’où le nom Fortapàsc, Fort Apache en dialecte.

Dans le film, on voit les compromissions politiques, le rôle essentiel des entreprises, pivot des transactions, l’achat de vote, la corruption, le clientélisme, le role trouble de la magistrature et l’impuissance des forces de l’ordre. Personne n’a été en mesure de protéger ce gamin de 26 ans qui s’est fait massacrer de 10 balles à bout portant en bas de chez lui. Et tout le monde l’a utilisé.

Un film qui n’est pas documentaire mais qui sonne tel quel.

Le documentaire est d’ailleurs un genre très en vogue en Italie depuis une dizaine d’années et qui prend de l’ampleur de saisons en saisons.

Ce printemps 2011, l’idée de Gian Antonio Stella et Sergio Rizzo, par ailleurs auteurs du livre La casta, a bénéficié d’une grande couverture médiatique. Et pour cause le film relate la vie de Silvio Berlusconi.

 Silvio Forever, de Roberto Faeza et Filippo Macelloni

Le film n’ a pas eu un grand succès en Italie. Les défenseurs de Berlusconi savaient que l’autobiographie n’était pas autorisée par l’intéressé qu’ils soutiennent et les anti Berlusconi étaient fatigués d’entendre parler du Président du Conseil à la télé, à la radio et dans les journaux. Ils n’avaient nullement envie de retrouver le visage du Cavaliere en soirée sur les grands écrans .

De surcroit, le film est confus. Un montage d’images d’archives qui ne respecte pas un ordre chronologique. Et rien n’est daté. Autant dire que pour les novices, c’est un marécage. Emerge seulement une mégalomanie de Berlusconi. Un film non construit mais qui distille des infos.  Par exemple, des images du mausolée qui accueillera sa dépouille. Un temple egyptien façon désign milanais dans lequel reposeront aussi ses “lieutenants”. Dans les années 90, Silvio Berlusconi ouvrait les portes de ce lieu pas comme les autres aux caméras de télévision.

Et puis pêle mêle, le conflit avec la magistrature, les liens présumés avec la Mafia, les filles, le clientelisme, les affaires douteuses, la politique, l’anti communisme…

Peu d’éléments sur l’enfance… Un seul fait marquant : à l’école, alors jeune adolescent, il se faisait payer par les élèves de sa classe en difficulté scolaire. Il les aidait dans leurs devoirs et si à la fin du trimestre, la moyenne du cancre ne dépassait pas 6, Berlusconi Junior le remboursait.  

Bref, le film n’a pas su éviter les écueils du genre. Trop d’approximations. Les images d’archives tiennent l’attention du spectateur, mais ne l’informent sur rien. Ou le confortent dans l’idée que Silvio Berlusconi dit tout et son contraire, capable de changer d’opinion du jour au lendemain avec un aplomb incroyable. Il a résolu la crise des déchets, (images des poubelles toujours présentes à Naples), il s’investit à l’Aquila (rien n’est résolu), en 1995, il affirme : plus jamais d’alliance avec Umberto Bossi, le pire des traitres en qui on ne peut placer aucune confiance (c’est aujourd’hui son allié le plus important pour tenir la majorité) et qu’il n’est pas venu en politique pour s’enrichir. Son argent, il le donne au bien public. Son patrimoine personnel est passé de 1 milliard 6 $ en 1994 à 7 milliards $ aujourd’hui.

En Italie, la sortie DVD du superbe film de Claudio Cupellini “Una vita tranquilla“. Après Lezioni di cioccolato, le jeune réalisateur démontre une grande maitrise de la mise en scène et de la direction d’acteur. Le sujet ne brille pourtant pas par son originalité, mais en resserrant le propos sur les personnages, Claudio Cupellini donne une épaisseur et une atmosphère étouffante à son film.

Toni Servillo (Rosario), un des plus grands acteurs italiens, toutes générations confondues (le conseguenze dell amore, il divo, l’uomo in più) livre encore une prestation de très haute tenue. Mais les deux jeunes qui l’entourent, Marco D’Amore (Diego) et Francesco Di Leva (Edoardo) sont tout aussi justes dans l’incarnation de leurs roles. Ils décrochent depuis plusieurs mois des prix d’interprétation dans les festivals européens. Un grand film italien qui sortira sur les grands écrans français en Aout. (mais en vente en DVD en Italie depuis deux mois, ah les cohérences européennes ! )

Enfin mention spéciale à la Villa Medicisà Rome pour un hommage à Gianmaria Volonté dans le cadre de la programmation cinéma plein air dans ses jardins en juillet.

 © Gianmaria Volontè

© Gianmaria Volontè

L’acteur était célèbre pour ses roles de méchants dans les westerns spaghettis mais sa dimension allait bien au delà de ses prestations dites commerciales. Gianmaria Volonté est un des comédiens les plus en vue du cinéma politique. C’est cet angle qu’a retenu la Villa Medicis.  L’armata brancaleone de Mario Monicelli disparu cette année, le suspect de Francesco Maseli; ou encore la magnifique Enquete sur un citoyen au dessus de tout soupçon, l’acteur y est à la fois remarquable et glacial. Ne figure pas dans la programmation, l’affaire Mattei (le meurtre du patron de l’Eni dans les années 60 maquillé en accident d’avion)

Naples, de la “più bella” à la “poubelle”

Vendredi 1 juillet 2011

A Naples, la crise des déchets est majeure. A tous les sens du terme. En 2011, elle fête ses 18 ans.

Cycliquement, les poubelles débordent dans les rues, la tension monte, et l’état d’urgence est décrété.

Silvio Berlusconi n’a rien résolu en dépit des promesses formulées en 2008 (campagne pour les législatives) et rien n’indique que le nouveau maire Luigi de Magistris (IDV) obtiendra des résultats plus probants.

Sa première mesure fut d’interdire l’utilisation de récipients en plastique. Mais deux semaines après son élection, les ordures continuent à s’entasser dans les faubourgs de Naples.   Et la colère explose chez les habitants, qui comme d’habitude, finissent par bruler les barrières d’immondices. (26 juin 2011)

 © EV

© EV

La chaleur est déjà accablante. 35 degrés.

Les médecins napolitains lancent une alerte sanitaire. Bruler les déchets produit de la dioxyne, un danger pour la santé publique.

Et plus spécifiquement les pédiatres relèvent une forte augmentation des problèmes respiratoires chez les nouveaux nés et enfants en bas âge.

 © EV

© EV

Le parquet met en examen Stefano Caldoro (PdL), le président de la Région pour ” propogation d’épidémie par imprudence”.

Dans une conférence de presse, Stefano Caldoro ne veut pas payer seul 15 années d’irresponsabilité générale et dénonce le boycott de la Camorra. 

 © Caldoro

© Caldoro

En ce sens, il rejoint le point de vue du maire de gauche Luigi de Magistris qui voit dans cette énième situation de crise la main de la Mafia napolitaine. “La Camorra me souhaite la bienvenue”.

Mais c’est oublier un peu vite que les sphères politiques, économiques et mafieuses se croisent et se recroisent dans cet univers trouble. Les méchants mafieux ne sont pas les seuls à la manoeuvre.

Sans douter de la bonne volonté de Stefano Caldoro et Luigi de Magistris, les partis de gauche et de droite subissent l’infiltration camorriste. Désormais, c’est de notoriété publique et les citoyens ont compris que la politique ne résoudrait rien.

Sinon la crise n’aurait jamais duré 18 ans.

Alors, les plus jeunes décident d’orchestrer eux mêmes le ramassage des ordures et le nettoyage des rues. Comme si la réponse pouvait venir de la société civile.

 © Ansa

© Ansa

Le traffic des déchets ne se limite pas à Naples. Les environs de Palerme, les Pouilles et même Rome (avec des enquêtes ouvertes sur la gestion de Malagrotta) sont dans le collimateur de la justice et des écologistes.

Mais à Naples, la situation est plus explosive parce que les poubelles s’entassent dans les rues, se voient et se respirent. 

 Le gouvernement apparait divisé sur la question.

Berlusconi a voulu un décret qui formalise le transfert des ordures napolitaines dans d’autres régions d’Italie. La Ligue du Nord a voté contre, estimant que c’était aux Napolitains de gérer leurs problèmes.

C’est oublier un peu vite que les entreprises du nord utilisent parfois la filière mafieuse pour envoyer leurs déchets industriels dans le sud.

Le décret est approuvé, mais personne n’est content. Surtout pas les écologistes qui ne comprennent pas pour quelles raisons les parlementaires s’obstinent à parler d’évacuation des ordures.

Diminuer la production des déchets est la base de toute politique répètent en choeur Legambiente, Greenpeace, Terra Futura et WWF.

Et en circulant dans la ville, je me demande : “Comment la plus belle au monde s’est elle laissé réduite au rang de poubelle ?

Médiatiquement parlant, Naples atteint le degré zéro.  Triste représentation : “Un quart monde peuplé d’analphabètes mafieux “. C’est la nouvelle image d’Epinal. Or, la ville regorge encore de trésors.

Evidemment dans les quartiers périphériques, les immondices sont partout.

 © EricValmir

© EricValmir

Et dans certaines rues, la proximité de panneaux publicitaires devient presque cynique. Ici le visage de Vincent Cassel pour une nouvelle voiture et ce slogan : le luxe est un droit.

 © EricValmir

© EricValmir

Et puis lundi et mardi (les 27 et 28), d’un coup, sans que personne ne sache ni comment, ni pourquoi, les ordures sont ramassées.

Des tractopelles se fraient un passage dans des océans de sacs poubelles éventrés et conduisent les déchets dans une benne stationnée au bout de la rue.

Plus l’on s’approche du centre, plus les quartiers apparaissent propres.

Containers contenus devant une agence immobilière.

 © EricValmir

© EricValmir

Et comme souvent, tout devient une question de regard.

Les poubelles sont à ras du sol, mais si nos yeux se lèvent pour prendre de la hauteur, Naples redevient la più bella.

 © NicoMathias.RF

© NicoMathias.RF

Bien sur à Naples, tout regard extérieur se laisse happer par la beauté naturelle de la baie dans laquelle se dessine le Vésuve.

 © EricValmir

© EricValmir

Même plaisir dans la contemplation de la mer qui apparait toujours au détour d’une rue, ou d’un faubourg…

 © EricValmir

© EricValmir

Evidemment, Naples est aussi connu pour ses trésors culturels et architecturaux, Le Castello, le San Carlo, le Dôme…

Mais pas seulement…

Souvent, il suffit de laisser son propre regard caresser les façades napolitaines…

Avec la même langueur que le soleil qui décline…

 © EricValmir

© EricValmir

 © EricValmir

© EricValmir

 © EricValmir

© EricValmir

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 © EricValmir

© EricValmir

Un jeu d’ombres et de lumières à l’image de la ville…

 © EricValmir

© EricValmir

 © EricValmir

© EricValmir

Et à la nuit tombée, la rumeur de Naples monte… Sans pour autant affecter le calme qui règne sur les hauteurs.

 © EricValmir

© EricValmir

Le jour se lève à Capodimonte…

 © EricValmir

© EricValmir

Et les zones populaires aussi possèdent ce charme qui font ou faisaient la renommée de Naples…

 © EricValmir

© EricValmir

Une ville tentaculaire où l’on peut vivre à 100 à l’heure….

 © NicoMathias.RF

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Ou au ralenti….

 © NicoMathias.RF

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Et puis a-t-on déjà oublié que la pizza est née à Naples ?

Ici, dans tous les quartiers, on connait la meilleure pizz’ de la ville et ce n’est jamais la même !

Une certitude, même dans une modeste trattoria, c’est un régal !

 © NicoMathias.RF

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Voilà Naples dans ses contrastes… ses richesses, et sa pauvreté… ses combines et ses secrets…

Un joyau de l’humanité que le clientelisme détériore, que la Camorra pollue à tous les sens du terme.

Et l’on peut pleurer le gachis de ces dernières années causé par les magouilles politico-mafieuses.

Mais Naples en dépit de ses poubelles, ses mafias, et ses quartiers pauvres reste une des plus belles villes au monde…

 © EricValmir.RF

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Et loin de Milan, l’élégance est ici, aussi, un art de vivre.

 © NicoMathias.RF

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