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La verifica du 22 juin 2011, une journée ordinaire au Parlement italien (ou pourquoi Silvio Berlusconi n’est pas tombé)

Publié par ericvalmir le @ sur libye, actualité, société, politique | Pas de commentaire

LA VERIFICA

Dans la 1ère république, elle était souvent utilisée. Si la législature était en difficulté, le chef de l’Etat, garant des institutions pouvait ordonner qu’on procède à un débat ou un vote afin de determiner la solidité de la majorité parlementaire. Souvent les gouvernements tombaient.

A l’issue de la déroute électorale aux dernières municipales, le président Napolitano a jugé important la tenue d’ un débat parlementaire qui détermine la force des blocs en présence. 

Les résultats du référendum confirme cette nécessité. Le pays tourne le dos au gouvernement. La coalition majoritaire se trouve fragilisée par les défaites et dans les rangs de la Ligue du Nord (parti allié à Berlusconi), la contestation grandit. Le pacte avec le Cavaliere est contesté.

La verifica est fixée au 22 juin. Et la Ligue du Nord orchestre son grand rassemblement à Pontida le 19.

[1]  © Lega

© Lega

Des slogans hostiles à Berlusconi. Les militants ne veulent pas que le Cavaliere entraine le parti dans sa chute. 

Umberto Bossi le président, et Roberto Maroni actuel ministre de l’intérieur, futur président pressenti du parti autonomiste affichent la couleur très vite :

Nous restons avec Berlusconi seulement s’il respecte nos conditions : réforme fiscale, baisse des impots et un désengagement en Libye. Dans une crise économique, le pays ne peut supporter une guerre aussi chère. Déjà 1 milliard d’euros dépensé, dit Umberto Bossi.

Or Berlusconi a besoin des voix de la Ligue pour se maintenir.

[2]  © Ansa

© Ansa

Après une nuit de négociations entre leaders de la Ligue et du Popolo della libertà, une entente semble trouvée.

Le 22 juin au matin, deux heures avant l’intervention de Berlusconi devant le parlement, Franco Frattini, ministre des affaires étrangères annonce que l’Italie demandera au Conseil européen la suspension des opérations militaires en Libye pour raisons humanitaires.

Bossi prend note mais demande que les paroles soient accompagnées des actes. Un conseil supreme de défense est programmé le 6 juillet pour redéfinir les politiques italiennes en Libye et en Afghanistan.

La Ligue du Nord votera la confiance à Berlusconi. Dans l’immédiat. Umberto Bossi affirme qu’il faut tout supporter pour ne pas provoquer d’élections qui mettraient la gauche au pouvoir.

C’est donc confiant et sur de son fait que Berlusconi attaque son discours de politique générale le 22 juin 2011 à 11h 10.

J’ai retranscris plus bas quelques interventions importantes de cette journée parlementaire très ordinaire. Rien ne change, les mêmes discours et mêmes arguments chez les uns et les autres.  Comme si le mécontentement électoral ne portait en lui même qu’une valeur très relative.

Sivio Berlusconi, président du conseil des ministres (Popolo della libertà) centre droit

[3]  © Ansa

© Ansa

 Dans une situation de crise comme celle là, on devrait tous travailler ensemble dans l’intérêt du pays. Se déchirer serait irresponsable. Notre majorité est forte et compacte. Nous devons aller jusqu’au bout de la législature et à son terme les citoyens jugeront le travail effectué…/…

Si on élargit le regard aux grandes nations occidentales, on s’aperçoit que ni les médias, ni l’opposition, ni l’opinion ne réclament la démission d’un chef d’Etat ou premier ministre après une défaite dans des élections locales intermédiaires…/…

L’Italie doit être gouvernée par ceux qui ont été élu en 2008 et jusqu’en 2013 selon les termes de la Constitution…/… 

Les agences d’évaluation financières ont placé l’Italie sous observation… si le gouvernement tombait, le déficit public serait alourdi et nous devrions tailler les budgets de la santé, l’éducation et la culture pour remettre les comptes à flots…/…

Ce gouvernement doit continuer, parce que nous travaillons bien et qu’il n’existe pas d’alternative à cette majorité… (applaudissements nourris)…/…

Les trois quatre forces d’opposition sont divisées entre elles,  incapables de désigner un leader et de rédiger un programme… (applaudissement nourris)… Donc la seule crédibilité est l’alliance entre le Popolo della libertà et la Ligue du Nord. NOUS.

Je ne veux pas rester à vie au Palais Chigi ou être le leader du centre droit   (Des “Non”, “Bien sur que non” ironiques fusent des bancs du centre gauche)…/…

Je vous assure que c’est un grand sacrifice, énorme sacrifice  (la provocation fonctionne : sifflets, cris, appaludissements)… 

…D’ici 2013, les 5 points essentiels du programme : le fédéralisme fiscal, la réforme de la justice, l’immigration et la sécurité des citoyens, un plan extraordinaire pour le Sud…/…

Pendant cinq minutes, Silvio Berlusconi défend son bilan économique, social et institutionnel, les retraites et la réforme de l’Université. (Applaudissements à droite, protestations à gauche).

…/…Nous avons combattu la Mafia avec des résultats jamais obtenus auparavant (colère de l’opposition qui conteste ce fait, estimant que les petits caids ont été, certes, arrêtés mais les liens entre le crime organisé et la politique auraient été en revanche renforcés… Sur les bancs du centre droit, une standing ovation accompagne le commentaire de Silvio Berlusconi)…/…

Tout le monde attend la réforme fiscale. Et nous allons la mettre en oeuvre. La baisse des impôts est pour bientôt. Relançons la croissance…

En politique étrangère,  je partage les préoccupations de ceux qui redoutent une prolongation des opérations militaires en Libye. 

Le gouvernement est fier de ses succès, surtout en période de crise. Nous avons su tenir la barre et garder le cap. Je veux remercier ici les alliés du gouvernement. Et je voudrais porter toute mon affection et à Umberto Bossi et mes amis de la Ligue du Nord…/…. (protestations, hurlements)…/… Avec la Ligue, une alliance solide et loyale.

…/… mais je veux pas verser dans l’autosuffisance, un parlement doit être uni et solidaire… Et votre contribution à tous est importante, je le répète, travailler ensemble est le meilleur moyen de servir notre pays… /…. J’espère que vous nous aiderez à voter les réformes importantes… Pour le pays, la justice et la liberté…/… Vive l’Italie.

[4]  © CaGi

© CaGi

Mais pendant que Silvio Berlusconi parle devant les députés… dehors, la situation s’envenime.

Les comités de chômeurs et syndicats d’enseignants, offusqués par les nombreuses coupes budgétaires programmées avaient planté un stand à l’entrée de la place de Montecitorio.  200 militants s’étaient rassemblés. Les forces de l’ordre le démantèlent.

Affrontements.

[5]  © Ansa

© Ansa

A l’intérieur, les débats commencent.

La première à prendre la parole dans l’opposition est Rosy Bindi (Parti Democrate)

[6]  © Rosy Bindi

© Rosy Bindi

 

Encore une fois, le Président du Conseil adoucit son discours et présente le visage modéré du grand rassembleur à chaque fois que sa confiance est engagée devant ce Parlement…/…

Facile de dire qu’il n’y a pas d’alternative…/… Retournons aux élections et vous verrez, Monsieur le Président du Conseil que les Italiens veulent le changement et qu’il existe une force alternative…/…

Et vous vous bercez d’illusions, vous décrivez une Italie qui n’existe ou plus exactement une Italie qui vit sous la concession du pouvoir, mais vous n’avez aucune idée de ce qu’est l’Italie des travailleurs, des familles, des étudiants et des entreprises. Vous avez perdu le contact.  

L’économie est bloquée depuis des années. Vous nous enseignez que le déficit n’encourage pas la croissance… mais vous devriez nous expliquer comment sans croissance combattre le déficit.

Vous voulez vraiment nous faire croire que la réforme fiscale et la baisse des impôts que vous promettez depuis 1994 seront enfin appliquées dans les prochains mois ? Vous n’avez pas convaincu votre propre ministre de l’économie, vous pensez convaincre ce parlement ?  

Puis Leoluca Orlando (Italie des Valeurs) Gauche

[7]  © Leoluca Orlando

© Leoluca Orlando

Aucune perspective d’avenir dans votre programme. Les familles souffrent, les entreprises aussi. Le chomage augmente, l’éducation et la culture suffoquent et notre crédibilité internationale est au degré zéro…/…

…/… Aucune agence d’évaluation n’accorde sa confiance à l’Italie. Vous êtes un gouvernement qui produit des précaires  et ignore le désespoir de millions de concitoyens…/… Pour la énième fois, vous promettez réforme fiscale et un plan pour le sud. Mais le sud est déjà un désert…/… Et le poids du clientelisme est encore plus marqué, avec les histoires de la P4 et des affaires de corruption qui vont au coeur du Palais Chigi.

Puis Mauro Libè (Union Democrate Chrétien pour le Troisième Pôle) Centre

[8]  © Mauro Libè UDC per il Terzo Polo

© Mauro Libè UDC per il Terzo Polo

Vous nous donnez l’impression de ne plus être en mesure de prendre le pouls du pays. Et surtout vous ne parvenez pas à écouter ce que vous disent les gens, les familles en difficulté. Vous ne les voyez pas. Au delà des problèmes, vous n’avez pas la moindre idée d’un futur…/…

Vous nous dressez une liste de mesures comme si vous êtiez neuf en politique et que vous ne portiez aucune responsabilité sur l’état dans lequel se trouve le pays. Le problème est tout autre. Vous êtes aux affaires depuis des années.  

Qui pensez vous duper avec encore un champ de promesses qui sont toujours les mêmes ?  

Le pays vous a tourné le dos, et vous vous en êtes rendus compte.

Puis Benedetto Della Vedova, (FLI pour le Troisième Pole) Centre Droit 

  [9]  © Benedetto Della Vedova

© Benedetto Della Vedova

  

Dans son allocution, Silvio Berlusconi a évoqué “les manoeuvres de palais” qui avaient cherché à l’écarter lors d’un vote de confiance le 14 décembre dernier. Le député Benedetto della Vedova (ex PdL) aujourd’hui (Fli) réfute cette présentation des faits.

Pendant cinq minutes, BDV revient sur les faits. En 2008, après que soit tombé Romano Prodi, Silvio Berlusconi lance un grand parti qui rassemble toutes les forces du centre droit. Le parti Alliance Nationale de Gianfranco Fini fusionne avec Forza Italia. Le popolo della Libertà est né.

Nous sommes venus vers vous avec notre expérience politique et nos bulletins de vote. Nous sommes venus avec l’espoir de fonder un grande formation de droite modérée directement inspiré du Parti Populaire Européen et vous avez tout gaché.

Aux yeux des centristes et des Finiens, Silvio Berlusconi est plus chevillé avec la Ligue du Nord que les modérés de son propre parti. Le camp finien demande plus d’attention et le lancement des réformes. Le Cav s’intéresse davantage à ses ennuis judiciaires et au maintien d’une coalition majoritaire. Le groupe Fil (Fini) voit le jour à l’Assemblée et demande à Berlusconi de monter un autre gouvernement élargi aux centristes.

Dans un pays aux abois qui ne croyait plus en la majorité, vous avez choisi l’épreuve de force, Monsieur le Président du conseil, plutôt que de négocier un programme avec nous…vous avez preféré le vote de confiance du 14 décembre. Et vous l’avez fait en achetant les consciences. Et vous avez gagné avec 3 voix.

Nous avons reçu des dizaines et des dizaines de coups de fil promettant monts et merveilles, des postes mirobolants en échange de nos voix…/… Dans notre groupe, certains ont cédé. Ils n’ont plus mon estime politique…/…  ”Les manoeuvres de palais” comme vous dites relèvent plus de vos agissements…/…  Votre majorité ne s’est pas construite avec une conviction politique mais avec des nominations en cascade de sous secrétaires d’Etat de pacotille.

…Plutôt que le débat d’idées dans votre mouvement, vous préferez chasser ceux qui osent penser différemment… Ce n’est pas ainsi que doit s’imaginer la conception d’un grand parti politique… La mauvaise humeur du pays grandit et vous vous préoccupez seulement de votre majorité…

Monsieur le Président du Conseil, vous dites “être resté fidèle aux électeurs qui vous ont élu en 2008″, mais vous ne l’êtes pas avec le programme que vous leur avez promis…

Et cette réforme fiscale, vous aviez trois ans pour la faire, pourquoi dire à nouveau aujourd’hui “allez cette fois çi, on y va”… Vous parlez de vous et de votre gouvernement comme un éternel adolescent…Mais vous tenez le pays depuis 2001… Vous ne pouvez pas vous exprimer comme si l’histoire allait commencer demain… Vous êtes le passé.

Pier Ferdinando Casini (UDC) leader centriste du Troisième Pole

[10]  © Pier Ferdinando Casini

© Pier Ferdinando Casini

Nous avons indiqué le chemin : un gouvernement de responsabilité nationale. Vous refusez cette option. Or il faut une secousse, un effort pour reconstruire le pays avec des mesures impopulaires et indispensables qui sont repoussées de législature en législature…/… des choix qui, je le crains, ne seront pas retenus après vous par vos successeurs ou contradicteurs   si la logique de la politique dans ce pays ne change pas…/…  

Et en attendant dehors, se propage le malaise social, les familles glissent dans la pauvreté, et les jeunes ne voient aucun futur…/… Ainsi l’antipolitique grandit dans l’opinion…/…

Et très chers députés, le discredit général qui affecte Berlusconi et son fragile gouvernement  aujourd’hui nous balaiera tous si nous ne changeons pas notre façon de procéder…/… parce que l’opinion ne veut plus vivre de démagogie, de promesses non tenues, de déceptions et de populisme…/…

C’est le moment de vérité et j’espère que vous en avez conscience.


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