En Italie, Silvio Berlusconi face Ă la contestation des urnes
Le quorum, enjeu de ce rĂ©fĂ©rendum, est largement atteint : 57 % en Italie, ce qui est une valeur historique pour une consultation de ce genre. En revanche, Ă l’Ă©tranger, la mobilisation des Italiens, plus faible, a pour consĂ©quence, d’abaisser le taux global de participation Ă 54,8%.
 Toute la nuit, les comitĂ©s pour le OUI (il fallait voter OUI pour dire NON aux projets du gouvernement sur le nuclĂ©aire, l’eau et la justice) ont donc cĂ©lĂ©brĂ© une victoire qu’aucune imagination n’avait prĂ©dit aussi large.
Les militants ont posĂ© les drapeaux et savourĂ© une soirĂ©e qui marquait le dĂ©but d’une nouvelle ère. Pour autant, il n’y a pas d’euphorie. A s’opposer, on ne rĂ©sout rien. La satisfaction vient du soulagement de ne pas laisser agir en toute impunitĂ© un pouvoir politique dĂ©connectĂ© du pays, disent Luca et Mariastella (31 et 36 ans)

© EV
Dans le détail, les résultats définitifs
Question 1. Privatisation de l’eau.
Participation: 54,81% Â OUI Ă l’abrogation : 95,35 % Â NON : 4,65%
Question 2 : Profit que les sociĂ©tĂ©s (privĂ©es ou publiques) peuvent tirer de la gestion de l’eau.
Participation : 54,82%. OUI Ă l’abrogation de ce principe : 95,80%. NON : 4,20%
Question 3 : La relance du nucléaire.
Participation : 54,79%. OUI Ă l’abrogation des projets de construction de centrales : 94,05 % NON : 5,95%
Question 4 : L’empĂŞchement lĂ©gitime qui autorise le PrĂ©sident du Conseil et les ministres du gouvernement Ă ne pas rĂ©pondre aux convocations judiciaires du fait de leurs fonctions.
Participation : 54,75% OUI Ă l’abrogation de ce principe : 94,62%Â NON : 5,38%
Dès l’annonce des rĂ©sultats, des rassemblement s’organisent spontanĂ©ment dans les quartiers. A Rome, près de la Bocca della veritĂ (la bouche de la vĂ©ritĂ©), une scène est dressĂ©e pour suivre les rĂ©sultats et les dĂ©pouillements en direct.
Et les premières tendances ne laissent planer aucun doute. C’est un ras de marĂ©e. D’abord la participation est anormalement forte et le chiffres de 95% de votants pour le OUI apparait dès les premières projections.
L’inquiĂ©tude s’Ă©vanouit. Le sentiment de joie l’emporte.
“Une lame de fond de la sociĂ©tĂ© civile”. Elena exulte. “Comment pouvions nous y croire ? Les tĂ©lĂ©visions n’ont pas jouĂ© le jeu. Pas de spot d’information civique aux heures de grande Ă©coute et les grandes messes du 20 h qui donnent de fausses dates, qui parlent du dĂ©but de vacances, d’un week end Ă passer Ă la mer…/
/…Nous, quand on est allĂ© dans les rues de Pescara, chez moi, on s’est rendu compte qu’une personne sur trois savait qu’il y avait un rĂ©fĂ©rendum. Et deux jours avant le scrutin, Silvio Berlusconi annonce qu’il n’ira pas voter, que ça ne sert Ă rien…/
… Et Ă l’arrivĂ©e, le taux de participation explose et tout le pays vote contre ce dĂ©ni de dĂ©mocratie. Je le rĂ©pète, c’est une lame de fond de la sociĂ©tĂ© civile”.
Tous les grands acteurs de la campagne de mobilisation se congratulent. Vittorio Cogliati Dezza, prĂ©sident de Legambiente voit un coup d’arrĂŞt portĂ© Ă l’arrogance du pouvoir politique.
“Une des raisons pour laquelle on chante et on danse ce soir, c’est que le pouvoir donnait l’impression de mener ses petites affaires en toute impunitĂ© sans que le citoyen ne puisse interferer. Les municipales et ce rĂ©fĂ©rendum ont inversĂ© la tendance. DĂ©sormais, l’Italie donne un autre signal : la sociĂ©tĂ© civile est forte et le pouvoir politique faible. Le politique se rĂ©clame toujours des Italiens, mais est incapable d’Ă©couter ce que lui dit la sociĂ©tĂ©”.
A travers ce vote, les Italiens dĂ©montrent leur dĂ©termination Ă ĂŞtre des protagonistes de l’action politique, surtout quand elle cible des thĂ©matiques de la vie quotidienne : l’Ă©nergie, l’eau, la justice.
Pour Pierluigi Bersani, un des leaders de l’opposition, ” c’Ă©tait un rĂ©fĂ©rendum sur le divorce… un divorce entre le gouvernement et le pays. Le gouvernement Ă©volue sur un chemin qui n’est pas celui sur lequel marche le pays.”
Tout comme au lendemain des Municipales, Silvio Berlusconi peine Ă analyser les raisons d’une telle dĂ©convenue. Ses recettes tactiques d’homme de communication aguerri ne fonctionnent plus. Berlusconi est un homme des annĂ©es 80, Ă©poque de l’avènement de la tĂ©lĂ©vision commerciale dont il est un des empereurs Ă l’Ă©chelle internationale. Et cette puissance de feu au service de son action politique est devenue stĂ©rile.
Au contraire, les campagnes ”Ă l’ancienne”, type rencontres de quartier, forums, discussions sur les marchĂ©s, concerts et meetings, ont fait leurs preuves. Â
Sans oublier le rôle non négligeable des nouvelles technologies. Le tam-tam sur Internet, les réseaux sociaux, les blogs, twitter.
Il y a lĂ peut ĂŞtre un symbole de changement gĂ©nĂ©rationnel. Le multimĂ©dia plutĂ´t que la tĂ©lĂ©vision. Comme si Berlusconi n’avait pas cru en cette mutation.
Des slogans, des symboles, des logos qui resteront dans la postérité.
Berlusconi balayĂ©, humiliĂ©… K.O debout… La gifle, la dĂ©culottĂ©e, la baffe…. Les mots employĂ©s par la presse italienne utilisent un vocabulaire d’artillerie lourde pour mieux souligner l’ampleur de la dĂ©faite.
En revanche, la presse internationale s’Ă©tonne encore une fois que Berlusconi ne remette pas sa dĂ©mission. A ShangaĂŻ, pour le site Affaritaliani (Libero), Alberto Fattori cite le dĂ©sarroi des mĂ©dias asiatiques qui ne comprennent pas que le prĂ©sident du Conseil reste en place après un tel dĂ©savoeu de sa politique.
Les observateurs s’en remettent, donc,  au vote de dĂ©fiance que subira le gouvernement au Parlement les 21 et 22 juin prochain.
Berlusconi susceptible de tomber ?Â
Pierfernando Casini, le leader de l’UDC (Centre ChrĂ©tien) n’y croit pas.
“Il ne faut rien attendre de l’environnement parlementaire. Silvio Berlusconi dispose encore d’une majoritĂ© Ă l’AssemblĂ©e et chez les dĂ©putĂ©s hĂ©sitants, la tentation d’un poste au gouvernement pour avoir son heure de gloire ou la simple peur de perdre son fauteuil dans une lĂ©gislative anticipĂ©e est trop forte. Il ne faut rien attendre des palais de l’AssemblĂ©e et du SĂ©nat, la nouveautĂ© et les innovations, c’est le pays qui nous les donne“.
Attention alors Ă ne pas paraitre trop en dĂ©calage avec la voix des urnes, tonne la gauche. Sinon, nous le paierons tous très chers.Â
Si les parlementaires restent sourds aux messages de l’opinion, le ras le bol de Berlusconi peut s’Ă©tendre Ă tout l’excĂ©cutif et la classe politique. La fracture, dĂ©jĂ importante, s’Ă©largirait .
D’un autre cotĂ©, l’alternative n’existe pas. A droite, la guerre de succession a commencĂ©. A gauche, les leaders se regardent entre eux. Antonio di Pietro, ancien juge, leader de la formation IDV (Italie Des Valeurs), Ă l’origine du rĂ©fĂ©rendum d’initiative populaire, modère son propos. Pour la première fois , il n’a pas appelĂ© Ă la dĂ©mission de Berlusconi et le Parti DĂ©mocrate n’a toujours pas rĂ©digĂ© son fameux projet rĂ©formiste.
Qui pourra remplir le vide de la politique italienne ?  questionne Stefano Folli dans le quotidien Ă©conomique, Il Sole 24 ore. La dĂ©bacle de Berlusconi n’est pas un plĂ©biscite pour la gauche.
Le pays ne veut plus de Berlusconi, certes mais QUI et QUOI Ă la place ?
Pour autant, les cercles du pouvoir ne baignent pas dans la sĂ©rĂ©nitĂ©. Le PDL et la Ligue du Nord savent qu’ils sont en train de perdre le pays, Ă©crit Massimo Franco dans le Corriere mais Bossi n’a pas le courage de rompre avec Berlusconi. On voit mal, cependant, comment cet attelage pourra tenir jusqu’Ă la fin de l’annĂ©e.
 La débacle de Berlusconi est aussi celle de Bossi.
En VĂ©nĂ©tie, terre de prĂ©dilection de la Ligue du Nord qui dĂ©tient la rĂ©gion, les taux de participation sont au dessus de la moyenne nationale et les scores sont aussi fleuves qu’ailleurs.
La base militante de la Ligue qui s’exprime sur les forums ou sur Radio Padania ne cesse de rĂ©clamer la rupture du pacte entre le PdL et le parti autonomiste.
Pour Francesco Bei dans la Repubblica, une question obsède Berlusconi : la guerre des colonels qui anime la Ligue du Nord… Et un Bossi qui semble perdre le controle de son parti. Or cette pseudo anarchie n’est pas sans risque pour le vote de confiance au Parlement le 22 juin. Â
En attendant, Silvio Berlusconi minimise publiquement les rĂ©sultats du rĂ©fĂ©rendum, arguant qu’il s’agit d’un vote de protestation qui parcourt l’Europe”. Et il n’a nullement l’intention de s’en aller.
De surcroit il accélère le calendrier parlementaire pour que soit examiné au plus vite la réforme de la magistrature. Notamment le texte du procès abrégé qui allonge les délais de prescription.
OUI à l’empĂŞchement lĂ©gitime, ce texte qui permet au PrĂ©sident du Conseil et ses ministres de ne pas rĂ©pondre aux convoncations judiciaires est un message clair : la loi est Ă©gale pour tous.
Les électeurs demandent donc à Silvio Berlusconi de se soustraire à ses obligations judiciaires. En réponse, il propose une loi qui devrait de facto annuler toutes les procédures à son encontre. .
Les caricaturistes s’amusent avec un nouveau slogan “jouissance lĂ©gitime”
Silvio Berlusconi sait dĂ©sormais que sa façon de procĂ©der avec la magistrature ne plait pas au pays. Conscient que sa rĂ©forme est impopulaire, il l’accompagne d’une promesse de baisse des impĂ´ts, sujet sensible pour son Ă©lectorat de centre droit, cet Ă©lectorat qui lui a tournĂ© le dos aujourd’hui.
Car si les mouvements de gauche ont cĂ©lĂ©brĂ© la victoire toute la nuit, les Ă©lecteurs de centre droit ont adressĂ© un message fort au leader de la coalition gouvernementale. Basta cosi. La gauche seule n’aurait pas Ă©tĂ© capable de provoquer un tel tsunami Ă©lectoral. L’Ă©lectorat de droite ne veut plus de Berlusconi et l’a fait savoir.
Reste à savoir si cette crispation sur la figure politique du Cavaliere est passagère ou si elle a déjà atteint le point de non retour ?
Autre Ă©lĂ©ment qui n’est pas Ă nĂ©gliger, le rĂ´le de l’Eglise. Les paroles du pape contre le nuclĂ©aire prononcĂ©es trois jours avant le rĂ©fĂ©rendum ne sont pas anodines. Tout comme la position de la ConfĂ©rence Episcopale Italienne sur l’eau qui doit rester un bien public … Ces interventions ont forcĂ©ment eu un impact sur l’Ă©lectorat catholique…
… Et Berlusconi doit le percevoir, lui qui au lendemain de la dĂ©faite Ă Milan annonce Ă ses Ă©lecteurs qu’ils se repentiront de leurs choix mais que lui, Berlusconi, priera pour eux dans les difficultĂ©s Ă venir“…
Et Ă la question, cette dĂ©convenue Ă©lectorale ne vous chagrine t-elle pas, il rĂ©pond : “Non, parce que mes enfants sont tous venus me soutenir. Ensemble, nous constituons une famille unie“.
Visiblement ce message subliminal n’a pas Ă©tĂ© entendu.























15 juin 2011 Ă
Dire oui pour dire non, ce qui exact, semble être une autre des multiples ambiguités dont l’Italie est friande. Dans la réalité, une fois n’est pas coutume, le concept référendaire italien est assez simple, quelques lignes pour le préciser?
Au niveau national il existe deux types de référendum: en cas de révision constitutionnelle, ce ne fut pas le cas ce week-end et ceux abrogatifs. Abrogatif: il abroge une loi ou une partie d’une loi. Les lois, comme dans tout système démocratique, sont approuvées par le parlement, promulguées par le président de la république, ensuite les ayants droit peuvent saisir la cour constitutionnelle pour vérifier leur légitimité constitutionnelle. En parallèle la constitution permet un contrôle direct des citoyens par le biais d’un référendum abrogatif si 500 000 électeurs, en signant une pétition, demandent que le corps électoral s’exprime sur l’opportunité de l’existence de x loi, d’où le oui pour l’abrogation. Pourquoi un quorum? parce que dans ce cas, les électeurs se substituant aux députés élus, les constituants ont considéré qu’ils devaient représenter au moins la majorité des citoyens. Les premiers référendums donnèrent lieu à d’intéressants débats, puis on s’aperçut qu’il fallait faire en sorte de ne pas obtenir ce quorum pour invalider la consultation, c’est depuis la tactique retenue par les partisans des lois en vigueur.
Je n’ai pas une grande estime de la société dont je fais partie, les 150 dernières années ne furent pas particulièrement fameuses, cependant cette constitution est certainement une exception (la seule?) et c’est bien dommage qu’elle ne soit pas un peu mieux observée à l’étranger, elle pourrait être source d’inspiration