Comprendre l’Italie Ă  travers ses nuances

Le blog de Eric Valmir


Article(s) du 25 mai 2011

Un après midi chez Cristina Comencini pour parler de la condition de la femme en Italie

Mercredi 25 mai 2011

 Cristina Comencini, 55 ans, cinĂ©aste Ă©crivain, vient de finir le tournage de l’adaptation à l’Ă©cran de son roman “Quand la nuit” Ed.Grasset … Titre original “Quando la notte” Ed. Feltrinelli… Son film sortira le 11 octobre sur les grands Ă©crans italiens et sera prĂ©sentĂ© en compĂ©tition officielle à la prochaine Mostra de Venise.

 © Cristina Comencini

© Cristina Comencini

Cristina Comencini mĂŞle son travail d’auteur cinĂ©aste avec l’engagement politique. En employant le mot “politique”, il ne s’agit pas de rallier un parti mais de manifester Ă  voix haute ses propres idĂ©aux. La fille de Luigi Comencini n’a jamais cachĂ© son “fĂ©minisme”, et elle est Ă  l’origine du rassemblement “Si ce n’est pas maintenant, quand ?”.

Le 13 fĂ©vrier dernier Ă  Rome, des dizaines et des dizaines de milliers de femmes ont ralliĂ© la place du peuple pour rĂ©clamer la reconnaissance de leurs droits. L’Ă©galitĂ© des chances n’existe pas, niveau de diplome Ă©levĂ© mais des qualifications qui ne sont jamais reconnues. Comme les jeunes et les femmes peinent Ă  trouver un emploi, quand on est Ă  la fois jeune et femme, il est difficile de s’en sortir, gagner sa vie et fonder un foyer. Les Italiennes ne font plus d’enfants. Le taux de natalitĂ© connait une baisse inexorable. De surcroit, la sociĂ©tĂ© basĂ©e sur de vieux ressorts machistes  voit la femme soit au foyer, soit lĂ©gère et sexuelle.

La manifestation organisĂ©e au moment oĂą l’on ne parlait que de Bunga Bunga, de Ruby et Silvio Berlusconi n’Ă©tait pourtant pas une rĂ©action aux scandales sexuels prĂ©sumĂ©s dans lesquels Ă©tait impliquĂ© le PrĂ©sident du Conseil. Il s’agissait d’une prise de conscience plus large sur le droit des femmes en Italie.

Une minute de silence Piazza del popolo à Rome le 13 février dernier avant la musique, des prises de paroles et des lectures publiques.

La très forte mobilisation incite les organisatrices du rassemblement Ă  aller encore plus loin. L’association Di Nuovo crĂ©ee par Cristina Comencini rĂ©unit des femmes de toutes professions, toutes gĂ©nĂ©rations, toutes tendances politiques et obĂ©diences religieuses.

La dimension mercantile de la femme et sa rĂ©duction Ă  une esthĂ©tique doivent ĂŞtre combattues. Sur Internet, les forums attaquent cette tĂ©lĂ©vision qui dicte le fait que les jeunes filles pourront s’en sortir dans la vie en usant les armes de la sĂ©duction.

Après la manifestation du 13 fĂ©vrier, plus de cent comitĂ©s naissent Ă  travers l’Italie, de Bergame Ă  Palerme. L’idĂ©e est de crĂ©er les Etats gĂ©nĂ©raux de la femme.

En marge de ce mouvement, Cristina Comencini Ă©crit une pièce de thĂ©atre “Libere“. Libres au fĂ©minin.  Deux femmes sur scène, une jeune et une plus âgĂ©e reviennent sur les dĂ©faites du mouvement fĂ©ministe en Italie.

Un DVD a même été tourné par la soeur de Cristina, Francesca

Cristina Comencini parle de la condition fĂ©minine en Italie avec Eric Valmir. AUDIO : durĂ©e 6′

LE SON

Les solutions prĂ©conisĂ©es  : agir avant tout sur la prĂ©caritĂ© et les disparitĂ©s. La crise Ă©conomique aggrave toujours la situation des plus faibles et vulnĂ©rables. Les femmes doivent acquĂ©rir la libertĂ© de faire ou non des enfants. La dĂ©cision ne doit pas ĂŞtre la consĂ©quence d’une situation sociale et financière. La femme n’a aucun droit Ă  la maternitĂ©, l’Italie manque de crèches ou celles qui existent sont hors de prix. Une situation paradoxale pour un pays Ă  tradition catholique oĂą la valeur de la famille reste une rĂ©fĂ©rence incontournable.

Dans une autre pièce de théâtre, Due Partite, actuellement en tournĂ©e Ă  travers l’Italie, Cristina Comencini explore deux gĂ©nĂ©rations de femmes… Les mères des annĂ©es 50 et leurs filles des annĂ©es 90.

Extrait

Cristina Comencini parle de Due Partite. AUDIO : durĂ©e 2′

LE SON

Aux yeux de Cristina Comencini, seule l’entrĂ©e des femmes en politique Ă  des postes clĂ©s peut modifier le cours des choses. Aussi parce que le regard fĂ©minin dans des situations de blocage est susceptible d’apporter des solutions aux problèmes de la collectivitĂ©.

Les femmes du gouvernement Berlusconi n’ont aucun poids. Elles sont sans doute compĂ©tentes, mais elles savent que d’autres critères ont dĂ©terminĂ© leur ascension. Quoiqu’il en soit, elles ne sont pas Ă©coutĂ©es pour autant par l’Ă©quipe dirigeante. 

Mara Carfagna, ministre pour la paritĂ© et l’Ă©galitĂ© des chances, et Stefania Prestigiacomo, ministre de l’Environnement se sont plaintes de travailler et parler dans le vide ces derniers mois. Elles ont menacé  de dĂ©missioner Ă  plusieurs reprises.

QUAND LA NUIT

Les relations hommes/femmes occupent d’ailleurs le coeur du dernier roman de Cristina Comencini. La rencontre de Manfred, montagnard endurci, sa femme vient de le quitter, emportant ses deux enfants…  et Marina, qui complexe de ne pas bien s’occuper de son jeune garçon de deux ans et qui dĂ©cide de monter un mois Ă  la montagne pour ĂŞtre pleinement avec son fils, le père/mari Ă©tant retenu Ă  la ville par ses obligations professionnelles.

Marina et le petit Marco vont descendre dans une chambre d’hĂ´te tenue par Manfred. 

 © Grasset

© Grasset

Roman âpre, cru et pourtant pudique. L’histoire d’une Ă©vidence. Notre alter ego existe forcĂ©ment quelque part. 

Cristina Comencini parle de son dernier roman “Quand la nuit” avec Eric Valmir. AUDIO : durĂ©e 9′

LE SON