L’électrochoc des municipales partielles, le désaveu de Silvio Berlusconi que personne n’attendait
Les sondages ne l’avaient pas prédit… Silvio Berlusconi était assuré d’une victoire au premier tour à Milan… Comme le veut la tradition depuis qu’il est entré en politique… Jamais le centre gauche n’est arrivé au second tour, le centre droit l’a toujours emporté avec des scores fleuves.
A Milan, le résultat d’hier est donc historique avant d’être inattendu. Ce matin, le centre droit abasourdi, ko debout peine à analyser les raisons de la défaite et les militants du centre gauche n’en croient par leurs yeux. Certes, rien n’est joué, il reste un deuxième tour mais la dynamique a changé de camp.
Surtout, Silvio Berlusconi s’est placé lui même dans la position du perdant. Pendant toute la campagne, il s’est impliqué, a voulu faire de ces élections locales un référendum autour de la popularité de son gouvernement. Le Président du Conseil n’a cessé de répeter qu’un ballotage à Milan équivaudrait à une défaite personnelle et qu’il n’envisageait pas un tel scénario.
Et pourtant…
MILAN
Au terme d’une campagne excécrable, le ballotage apparait nettement dès les premières heures du dépouillement des urnes. Pire encore, la maire sortante Laetizia Moratti est derrière. 41, 58%. L’avocat Giuliano Pisapia (PD) arrive en tête avec 48,04% des voix. L’effet de surprise passé, c’est la fête dans les rangs de la gauche milanaise.
Giulianio Pisapia (PD/Idv/Sel) : 48,04%
Letizia Moratti (PdL/Lega) : 41, 58%
Manfredi Palmeri (UDC) : 5, 54%
Mattia Calisse (5 stelle) : 3,43%
Le Parti Démocrate que l’on disait éteint dans le Nord, analyse Ezio Mauro directeur de la Repubblica, ce PD l’emporte dès le premier tour à Turin, Bologne et Sienne, et se trouve en position de ballotage à Trieste et Milan.
Et dans le camp adverse, la surprise est aussi de taille. L’équipe de Letizia Moratti est sonnée. Silvio Berlusconi reporte sa réaction au lendemain mardi.
Pour La Stampa, Milan est la porte d’entrée du pouvoir berlusconien. Et cette porte n’est plus blindée. Elle n’est pas encore ouverte, mais tous les verrous sautent les uns après les autres.
Cette métaphore n’est pas du gout de la Ligue du Nord qui ne prévoyait pas une telle débacle. Berlusconi entraine la Lega dans sa chute, affirme Ezio Mauro à la Republica et Giovanni Cerruti raconte dans la Stampa la soirée Via Bellerio, au siège milanais de la Ligue :
Très vite, Matteo Salvini pressenti pour être le 1er adjoint de Letizia Moratti remercie devant les caméras de Télé Lombardi ceux qui ont voté pour la Ligue. La phrase type du candidat perdant. Une seule bonne nouvelle, l’élection au premier tour de Leonardo Muraro, président de la province de Trevise avec 60% des voix, mais les municipales virent au cauchemar.  Novara et Domodossola où la Ligue détenait les mairies sont en ballotage. Milan connait un séisme politique. Bossi n’arrive pas y croire. Persuadé de la victoire dans la capitale lombarde, le voilà tour à tour nerveux, furieux, embarassé. Silence radio, ordonne-t-il dans un premier temps, avant de concéder que la Ligue a perdu par la faute de Berlusconi.
La majorité gouvernementale est donc menacée dans ses fondations. Tous les éditorialistes se posent la question de l’avenir de cette coalition. D’autant que la base militante de la Ligue demande la fin du partenariat avec Silvio Berlusconi. Le spectre des élections législatives anticipées se présente à nouveau.
La magic touch de Silvio Berlusconi n’existe plus, écrit Giangiacomo Schiavi dans le Corriere della Sera. Il a engagé son nom dans la bataille. C’est sa défaite. Milan n’aime pas les excès. Les insultes contre les juges comparés aux Brigades Rouges et l’agressivité à l’égard du candidat de gauche, un ancien communiste proche des terroristes n’ont pas été appréciés des électeurs milanais, analyse l’éditorialiste.
Se profile un deuxième tour incertain. Letizia Moratti dit “vouloir retrouver les valeurs du terrain“, consciente que la gauche milanaise a joué la proximité dans une tournée des quartiers quand la droite faisait de grands meetings sur les juges communistes et les années de plomb, Silvio Berlusconi demandant aux milanais un soutien inconditionnel contre la magistrature qui le harcèle.
Le Président du Conseil a voulu se construire l’image d’un modéré face à un adversaire de gauche extremiste. Mais la virulence de ses attaques ont donné le résultat contraire de l’effet escompté.
Même Marcello Foa, dans le quotidien conservateur appartenant à la famille Berlusconi “Il Giornale“, le reconnait : le centre droit a perdu. Malgré les interventions de dernière minute de Silvio Berlusconi en meeting et à la télévision. Pour la première fois, le coup de rein final du Cavaliere n’a produit aucun résultat. C’est une nouveauté et nous devons la méditer.
Marcello Foa déplore que le centre droit n’ait pas su capter l’humeur des citoyens et recommande au centre gauche de ne pas trop pavoiser vu que ce sont des extremistes gauchistes qui ont gagné.
Fait important à la lueur des résultats, depuis les scandales à répétition qui affectent Berlusconi ( corruption, vote acheté au Parlement, Rubygate ),  aucune consultation électorale n’avait eu lieu pour mesurer le pouls des citoyens à cet égard. Un test national grandeur nature qui se révèle négatif. Mais la gauche n’a aucun mérite. Ce qui s’est exprimé hier apparait comme un rejet de Silvio Berlusconi, une lassitude de ses procédés et de ces promesses non tenues (notamment la réforme fiscale).
Leoluca Orlando (IDV) affirme que le succès de la gauche vient de l’organisation de ses primaires (Sky TG24 à 22h10 le lundi 15), mais les dites primaires ont souvent été contestées. Et la gauche s’est souvent présentée en ordre dispersé. Notamment à Naples.
NAPLES
La grande surprise du suffrage napolitain est le score de Luigi De Magistris (Italie des Valeurs). Le parti d’Antonio Di Pietro, l’ancien juge, n’a pas été capable de s’entendre avec son partenaire le Parti Démocrate. Deux listes différentes qui auraient du profiter au centre droit berlusconien. Il n’en a rien été. Certes, Gianni Lettieri du PdL arrive en tête, mais en totalisant les voix du Pd et de l’IDV, le ballotage est nettement défavorable à l’équipe Berlusconi. Surtout que le terzo polo (coalition centriste) ne soutiendra pas la liste du centre droit au deuxième tour, en raison de la présence de Nicola Cosentino, maintenu par Berlusconi alors qu’il est sous le coup d’un mandat d’arrêt, (protégé par l’immunité parlementaire) et soupçonné d’être l’interlocuteur politique de la Camorra dans le trafic des déchets.
Donc,  bien que deuxième, Luigi De Magistris est symboliquement le grand vainqueur de ce premier tour, avec une campagne active sur la culture de la légalité (fond) et de nombreuses interventions sur le net et les réseaux sociaux (forme).
Giovanni Lettieri (PdL) : 38,59%
Luigi De Magistris (IDV) : 27,7 %
Mario Morcone (PD) : 19,23%
Raimondo Pasquino (Terzo polo) : 9,73%
Clemente Mastella (Udeur) : 2,17%
Roberto Fico (5 stelle) : 1,37 %
Autre fait majeur, l’abstention à 40%. Avec 2000 tonnes de poubelles encore dans les rues, les ordures et les odeurs pestilentielles accompagnant la vie quotidienne des Napolitains, la désafection civique se veut un message clair pour les formations politiques de gauche comme de droite : Tous coupables !
Et cette crise des déchets joue indéniablement un rôle dans le verdict des urnes.
 SALERNO
De l’autre coté du Vésuve, plus au sud, à Salerno, Vincenzo De Luca, le maire sortant, sénateur et président de la commission d’enquête parlementaire sur le trafic des déchets, a mis en place dans sa ville un système de tri sélectif qui s’impose comme un modèle au niveau national. Sans l’Italie des Valeurs et sans le Parti Démocrate qui lui ont laissé la voie libre, il recueille dès le premier tour un des scores les plus larges recueillis hier soir.
Vincenzo De Luca (Liste civique/Sel) : 74,42 %
Anna Ferrazzano (PdL) : 17,51%
Salvatore Gagliano (UDC) : 3,72%
TURIN
Enfin dans les autres élections majeures concernant des villes de plus de 100 000 habitants, les instituts de sondage avaient vu juste. Piero Fassino devient le nouveau maire de Turin. La gauche piémontaise a festoyé toute la nuit.
 Piero Fassino (PD) : 56,66%
Michele Coppola (Pdl) : 26,30%
Vittorio Bertola (5 stelle) : 4,97%
Alberto Musy (Terzo polo) : 4,86 %
BOLOGNE
Et à Bologne, la victoire du centre gauche est beaucoup plus étriquée que prévue, en raison de la percée du candidat des 5 stelle, le mouvement de l’humoriste Beppe Grillo, près de 10% des voix. Encore une fois, un vote contestataire, pas seulement contre la droite Berlusconienne mais aussi contre les cadres du Parti Démocrate, Beppe Grillo étant perçu par tous les politologues et observateurs comme un populiste.
En attendant, son porte parole, candidat à Bologne, savoure.
Virginio Merola (PD/IDV) Â : 50,46%
Manes Bernardini (Pdl/Lega) : 30,35%
Massimo Bugani (5 stelle) : 9,50%
Le deuxième tour de ces municipales partielles se tiendra les 29 et 30 mai 2011.
























17 mai 2011 Ã
l’italie est vraiement un pays original : c’est la seule dictature ( c’est bien ainsi que la presentent les medias français) où l’opposition gagne des élections
17 mai 2011 Ã
Et si enfin la générosité, l’intelligence, la culture humaniste refaisaient surface en Italie.
Il y a des matins comme ça où je me prends à espérer qu’à l’interrogation sur mes origines je ne sois plus obligé de répondre:
“Non, non, je ne suis pas italien, je suis de San Marino ou je suis né au Vatican…”
Speriamo bene!
17 mai 2011 Ã
Bonjour Michel,
1/ Il n’ a jamais été dit, en tous cas ici, que l’Italie était une dictature. L’idée a même été réfutée sur ce blog à plusieurs reprises.
2/ La gauche n’a pas encore gagné. Il reste un deuxième tour très ouvert.
Cordialement
17 mai 2011 Ã
Je viens de faire un commentaire qui s’est inscrit malheureusement sous le post précédent, ayant lu les 2 post à la suite et n’ayant pas fait attention à l’ordre. Je le précise pour la cohérence.
Bien cordialement.
18 mai 2011 Ã
L’Italie est-elle une dictature? et qu’est-ce une dictature ? la république des soviets en était sûrement une, l’époque mussolinienne aussi et puis bien avant Tocqueville parlait de dictature de la majorité. Un exemple très récent, la nouvelle constitution hongroise, me semble bien répondre à cette dernière définition.
Retour en Italie…le projet, physiquement incarné par Berlusconi depuis une quinzaine d’années, est un système où le pouvoir est légitimé par un consensus sur des mots clés qui périodiquement bombardent l’opinion publique, ainsi faisant les porteurs de propositions alternatives finissent par devoir converger s’il tiennent à se faire, non pas écouter, mais seulement entendre. Ce n’est donc pas un hasard si tous les contre-pouvoirs institutionnels et encore garantis (ouf !), sont périodiquement attaqués et déligitimés. Ce n’est pas une maladie qu’italienne mais ici elle bien évidente et aurait dû être facile à cerner, la difficulté à le faire m’a toujours laissé pantois.
Pour en revenir à l’actualité: petite éclaircie mais nuages toujours présents.
18 mai 2011 Ã
Vous avez raison, Eric, de rappeler qu’il y a encore un deuxième tour, qui peut refroidir l’enthousiasme qu’on sent naitre des résultats inespérés de Milan.
Mais quand meme, ces résultats marquent un tournant: SB a perdu son referendum personnel, le premier ’sondage’ à échelle large et significative sur le soutien réel qu’il a dans la population.
Son argument massif s’effondre, ses ‘preferenze’ sur la liste de Milan sont divisées par 2. Il y a la comme un petit tremblement de terre.
Pendant ce temps, en France, un autre tremblement de terre.
Alors, pas un mot sur ce qui se passe en Italie (sur Franceinfo? sur LeMonde? j’ai rien vu d’autre que des dissertations sur le ‘pilori médiatique’ auquel est soumis DSK).
Comprenne qui voudra pourquoi je mets les 2 choses en parallèle.
18 mai 2011 Ã
J’adore la tonalité douce amère de vos chroniques et je me réjouis de découvrir votre livre dont vous faites la promo sur Facebook mais je suis allé à la Fnac aujourd’hui et je n’ai pu le commander parce qu’ils ne l”avaient pas sur leur ordi. Est il déjà sorti ?
En tous cas, c’est toujours un plaisir de se brancher sur ce blog et comme le dit Philippe, heureusement que vous êtes là pour nous parler du résultat surprenant des municipales. La presse française monomaniaque l’a totalement oublié. Ce n’est pas Ruby et les histoires d’orgie qui peuvent faire tomber les politiques mais les électeurs.
Continuez comme ça Eric, on vous suit
Isa
19 mai 2011 Ã
Encore merci à Eric Valmir : le resumé des elections en Italie c’est ici sur ton blog que je me regale de lire, parfait dans son resumé, et sa sobrieté. Sur les journaux et les sites d’informations italienne, trouver ces qualités est un parcours du combatant.
Même si ironique j’ai apprecie beaucoup la blague de Michel : c’est ne pas une dictature “canonique”, mais “douce” comme bien a expliqué Raffaele Simone dans son magnifique livre “Le Monstre douce” : dans le même temps on ne parle pas seulement de urluberlu’(ne me fait pas repeter son nom svp)mais de comment tout l’Occident est en train de virer à droite. Faut l’apatie des masses, les pouvoirs qui maitrisent bien le regne de l’information et du populisme qui donne une reponse en nano secondes plutôt qu’ apres de mures reflexions. C’est comme ça que l’immigration, la violence et tout ce qui peut stimuler emotionnellement est en train de gagner, comme recement en France la montée d’une nullité comme Marine LePen. Les italiens sont passés dejà par la : ils ont eu la Lega, le parti xenophobe au pouvoir, ils ont eu un monopole editorial qui a detruit et uniformé les medias. Ils ont fini’ dans les mains d’une oligarchie au pouvoir et dans ce sens ressentie comme une “dictature”. Ces elections sont une bouffée d’oxigene : maintenant qui on est en train de reprendre les forces, relevons les têtes et cherchons l’unité ensemble.
19 mai 2011 Ã
On ne peut que se réjouir de ce camouflet à Benito 2o ! Mais bon , ce fut surtout un vote contestataire ( surtout à Milan et Naples ) peut-être éloigné du contenu réel des différents programmes des politiques élus ou en passe de l’être … J’aimerais y voir un tournant , j’aimerais …
Puis , encore une fois , Silvio 1o n’est que le fruit d’un système , comme le dit Paolo . La route est encore bien longue avant de voir ENFIN un vrai programme proche des italiens et leurs vrais préoccupations , sans haines envers l’”autre” , basé sur la SOLIDARITE .
Car , on l’oublie peut-être un peu , la seule vraie force en pleine “bourre” du gouvernement , n’est pas le PDL mais bel et bien la Ligue ( il suffit de voir le score effarant du candidat de Trévise ! ) . Et ça , c’est vraiment dangereux car ils vont aussi pouvoir profiter de ce “ras-le-bol” de Silvio et pas forcément pour le bien des italiens …
19 mai 2011 Ã
A ceux qui déplorent l’absence du traitement des municipales italiennes sur les antennes de Radio France.
Nous en avons parlé sur Inter avec Audrey Pulvar, sur Culture en reportage dans les journaux du matin et à 12H30 encore plus en longueur, sur Info, notamment en longueur le soir avec Olivier De Lagarde. Mais bon, c’est vrai qu’il faut être à l’écoute à ce moment là et que c’est une question de timing !
Merci en tous cas pour tous vos messages de sympathie.
Isa, pour les ordi de la Fnac, je n’ai pas la réponse !
21 mai 2011 Ã
Les résultats de ce premier tour redonnent de l’espoir c’est sur, mais meme si Milan devait tourner la page du berlusconisme je ne pense pas qu’on puisse extrapoler si facilement à toute l’Italie. Lese citoyens milanais me semblent en moyenne plus tournés vers l’Europe, plus diplomés peut-etre, ont souvent étudié ou travaillé hors d’Italie avant de sinstaller ici; beaucoup de femmes mènent de front carrière professionnelle et vie de mère de famille et mesurent quotidiennement les carences du système d’aide familiale…
Je ne voudrais pas sembler pessimiste mais au vu des résultats du prmier tour j’ai l’impression qu’on va- sauf exceptions bien sur - vers un creusement de l’écart entre un sud qui s’évertue à voter à droite/extreme droite meme, et un nord qui commence peut-etre à virer lentement de bord.
Merci Eric pour toutes ces infos, mais pouriez-vous nous donner plus de précisions sur ce livre dont il est question plus haut dans le commentaire d’Isa ?
Gabrielle
24 mai 2011 Ã
Bonjour Gabrielle, Le livre qui parait cette semaine “Italie, belle et impossible” fera l’objet d’un post dans les jours qui viennent.
Merci de votre intérêt en tous cas
Eric