Le procès Ruby, un fantasme médiatique
Un procès médiatique est d’abord facile à comprendre. Avec le Rubygate, finies les histoires de montages financiers douteux et complexes, les sociétés écrans frauduleuses, les abus de biens sociaux difficiles à expliquer.
Ici, le propos est simple. Il y a du sexe, un chef du gouvernement qui doit comparaitre pour des prétendues orgies qu’il organise dans sa villa milanaise avec des prostituées mineures et enfin des peoples sont appelés à la barre. .
Et pourtant, dans les affaires qui impliquent Silvio Berlusconi, deux autres sont tout aussi importantes. Mediatrade dans laquelle son fils Piersilvio est aussi poursuivi par l’accusation et le dossier Mills, cet avocat reconnu coupable d’avoir été corrompu par Silvio Berlusconi. 600 000 dollars pour déposer un faux témoignage en sa faveur dans un procès à la fin des années 90.
David Mills a été condamné à 4 ans et demi de prison en première instance, une peine confirmée en appel, mais la Cour de Cassation n’a demandé aucune incarcération, car entre temps, grâce à une loi votée au Parlement, les faits sont devenus prescrits. David Mills échappe à la condamnation, même si dans les faits, le tribunal reconnait la corruption.
Après le corrompu, c’est donc au corrupteur d’être jugé, mais la prescription arrive déjà à grands pas. Alors, la presse se détourne de l’affaire Mills pensant que le Rubygate sera explosif.
Le procès tant attendu depuis des semaines (des journalistes sont venus du monde entier) aura duré 9 minutes. Le temps de prononcer le renvoi au 31 mai. Ce n’était pas une surprise, le Parlement ayant soulevé, la veille, le conflit d’attribution.
Rappel des faits. En mai 2010, Ruby la voleuse de coeur, surnom donné à la jeune prostituée marocaine est interpellée pour vol. Silvio Berlusconi appelle en personne le commissariat et demande à ce qu’elle soit libérée au plus vite. En alibi, le chef du gouvernement avance que la jeune femme est la nièce d’Hosni Moubarak. La conseillère régionale Nicole Minetti est chargée de la récupérer un peu après minuit.
Selon l’accusation, il y a là un abus de pouvoir caractérisé. Silvio Berlusconi était terrorisé à l’idée de savoir Ruby au milieu de policiers. Allait-elle raconter les soirées de la Villa Arcore ? Les 380 pages du premier rapport de la magistrature évoquent les relations sexuelles tarifées avec mineures, les cadeaux en nature, les logements, les postes de la fonction publique offerts aux jeunes femme en échange de leurs faveurs. Deuxième délit donc, incitation à la prostitution.
Les écoutes téléphoniques constituent des éléments à charge. La procédure d’urgence pour une comparution immédiate est requise et acceptée.
La défense de Silvio Berlusconi nie tout en bloc. Giuliano Ferrara organise même une journée de discours et de rencontre dans un théâtre milanais le 12 février. L’ancien ministre de Silvio Berlusconi et directeur du quotidien Il Foglio se postionne contre le puritanisme et la magistrature politisée. A ses yeux, Silvio Berlusconi est un homme généreux. Il aime faire des cadeaux à tout le monde, aussi bien aux parlementaires qu’aux filles, et cela regarde sa vie privée. Rien à voir avec un réseau de prostitution.
La défense cite tout un parterre de stars de cinéma et du show biz prêts  à déposer en faveur de Silvio Berlusconi pour vanter la bonne tenue des soirées organisées dans sa résidence privée milanaise.
Entre les jolies femmes, les prostituées, les acteurs, les animateurs (trices) de télé, les mannequins susceptibles de comparaître et la lourdeur de la sanction en cas de condamnation du chef du gouvernement italien (3 à 12 ans de prison ferme), la presse du monde entier s’enflamme.
C’était sans compter le conflit d’attribution.
Quand l’affaire éclate,  Silvio Berlusconi nie avec ferveur avoir téléphoné au commissariat pour obtenir la libération de Ruby, et puis un jour ses avocats qui cherchent un système de défense, lui conseillent de dire le contraire. Le lendemain Silvio Berlusconi reconnait l’appel téléphonique ,le justifiant par le fait qu’il était convaincu que Ruby était la nièce de Moubarak.
Il a agi pour raison d’Etat et pour éviter ainsi un incident diplomatique avec l’Egypte. Ce fait change la donne. En invoquant la raison d’Etat, l’affaire relève d’un tribunal des ministres actionné par une voie parlementaire. La juridiction de Milan serait donc incompétente pour traduire cette affaire.
Problème, la juge des enquêtes préliminaires ne retient pas l’argument, le considérant farfelu. Le gouvernement saisit alors le Parlement. (le droit l’y autorise). A l’issue du vote, on totalise 314 députés qui soutiennent l’idée d’une intervention de Silvio Berlusconi en faveur de la jeune prostituée marocaine pour raison d’Etat. Décision enterinée. A la cour constitutionnelle de statuer, mais en attendant, en terme juridique, le calendrier est suspendu. Sans compter que ni Silvio Berlusconi, ni ses avocats n’ont répondu à la convocation des juges ce 6 avril.
9 minutes montre en main. Caméras et micros interdits à l’intérieur. L’accusé n’est pas venu, ses avocats non plus, les filles et les peoples encore moins. Rien à filmer, rien à raconter. 9 minutes, quasi à huis clos, pas d’images. La frustration médiatique commence à se dessiner.
Comme il faut des images, des publicitaires ont exploité une idée. Des hommes sandwichs se positionnent devant le tribunal avec le visage de Ruby avec un slogan ” c’est la moi qui la paie“. Mais ce n’est qu’une pub pour un site internet. Joli coup marketting. Les flashs crépitent.
A leurs cotés, des militants de l’Italie des Valeurs, parti d’Antonio di Pietro, brandissent des panneaux et des caricatures.
En face du palais de justice, les militants de Silvio Berlusconi ont installé un stand pour dénoncer la magistrature communiste qui persécute le chef du gouvernement. L’injustice où qu’elle soit est une menace à la justice.
Les anti et les pro Berlusconi s’affrontent d’abord avec des banderolles.
Les chiens de Berlu
Et le comité de soutien de Silvio Berlusconi demande à ce que soit jugée la présidente de la Cour, esclave de l’idéologie communiste. Une marxiste lenniniste avérée. Ces écoutes téléphoniques n’auraient pas du être pratiquées. Une réforme de la justice doit être votée au plus vite.
En face, deux femmes qui se prétendent apolitiques veulent défendre le droit des magistrats à accomplir leur devoir.
Puis viennent les mots.
Les affrontements verbaux entre les deux camps. Les uns fustigent les communistes, les autres dénoncent la mise en péril de la démocratie par des méthodes fascistes.
Avec porte voix, les berlusconiens hurlent qu’il n’y a pas de justice là où il n’y a pas de liberté.
La politique sur les sièges du parlement et pas au tribunal“.
Réponse de la gauche :
La justice au tribunal et pas au Parlement.
Tous les citoyens sont égaux devant la loi. Les lois sur mesure, ça suffit.
 Ces jours çi, les débats de l’Assemblee se centrent  sur  des textes et des propositions de loi qui tournent autour de la justice. Les députés de l’opposition dénoncent cet état de fait : En dépit d’une crise économique, d’une situation sociale difficile, d’un contexte international tendu, la majorité parlementaire impose l’examen et le vote de la procédure judiciaire abrégée qui réduit les délais de prescription, le non recours aux écoutes téléphoniques dans les enquêtes judiciaires, et les premiers pans de la Réforme de la justice qui devraient affaiblir l’indépendance de la magistrature. Est ce la priorité du pays ou le parlement répond il à l’obsession de Silvio Berlusconi à échapper à ses procès ?
On ne touche pas à la constitution.
Et qui la touche ?  répond Silvio Berlusconi, elle me dégoûte !
Ce 6 avril, Silvio Berlusconi a obtenu une double victoire. Sur le plan pénal, l’ouverture du procès est renvoyée. Sur la scène médiatique, les reportages n’ont montré que les éternels affrontements entre pro et anti berlusconi, accusations de tout et de rien qui fatiguent tout le monde. Les termes du débat judiciaire ont été oubliés, le fond des affaires en cours aussi. Parce que dans ce monde, les mots n’ont pas de poids face aux photos et aux vidéos. L’image prime.
Et l’ image est un genre que Silvio Berlusconi maitrise.
Mais les dégats collatéraux existent. Son électorat et celui de la Ligue apprécient moyennement qu’une extracommunautaire prostituée reçoivent autant de faveurs d’une équipe gouvernementale qui muscle son discours contre l’immigration et la prostitution. En ce sens, la côte de popularité de Silvio Berlusconi accuse une baisse sensible.
Mais les sondages, ça va…  ça vient !















8 avril 2011 Ã
rien de neuf dans l’affaire ruby
l’information du jour en italie c’est l’analyse de moody’s sur la situation budgétaire italienne : l’italie n’est pas un pays à risque et devrait dégager un excédent budgétaire d’ici 3 ans
mais les bonnes nouvelles d’italie , ça n’interesse personne en france
9 avril 2011 Ã
Pourquoi parle-t-on encore et encore de ce buffone ? Il ne recherche que ça ! Que les journalistes ENFIN le laisse dans sa mégalomanie , il ne devrait plus intéresser qui que ce soit ! Quant à ces “partisans” ( à part par clientélisme , qui peut encore le suuporter ? ) , qu’il sache que le parti communiste n’existe plus et que les “rouges” ont disparu depuis belle lurette du paysage ( depuis le temps que l’on dit qu’à gauche il n’y a plus personne ! ) … BASTA !
Par contre parlons un peu de la rencontre des deux ministres ( à tendance facho quand même ) de l’intérieur français et italien au sujet des immigrés tunisiens : on décide de les bloquer … en Tunisie ou en Lybie ! On reprend les bonnes vieilles habitudes d’avant révolution dans le Maghreb …( c’est bien pour ça qu’ils sont em… par la guerre en Lybie , leur pote Muammar faisait barrage aux migrants en les enfermant dans ses camps à lui )
Parlons de la reconstruction de l’Aquila ( au fait on en est où ? ) , des déchets de Naples , de Fiat d’après le chantage ignoble à l’embauche … en bref de ce qui touche vraiment les italiens ! Le reste n’est que poudre aux yeux .
Et au fait , les 150ans de l’unité italienne , ils sont où ?!?! Je suis allé dernièrement à Milan , pas grand chose sur les 150 ans , par contre des affiches de Ligue “Milano Capitale” là oui , il y en avait ! Quelle tristesse …
10 avril 2011 Ã
Devant tant de turpitudes, on se demande où va l’Italie… La justice, le droit et la morale impuissants sont tournés en dérision tandis que la pourriture, le vice et l’injustice paradent devant l’assemblée. Cela finira certainement très mal.
Merci encore EV pour ces articles toujours pleins de compréhension pour ce qui dépasse la compréhension !
11 avril 2011 Ã
Synthèse excellente, encore une fois bravo !
14 avril 2011 Ã
Le projet de loi ” processo breve” vient de passer à la Chambre des députés hier avec 314 votes , soit exactement le même nombre de voix que lors du débat devant la même Chambre sur le renvoi de l’affaire Rubygate devant un tribunal des ministres. Belle constance dans l’hypocrisie! Du coup c’est le proces “Mills” qui a toutes les chances d’être annulé ( et une floppée d’autres procès par la même occasion )
Au fait, ça se dit comment ” passer entre les gouttes ” en italien ?? Réponse: scendere in campo!
Attention Silvio, toi qui te prends pour un Don Juan émérite, et qui en a séduit plus de mille e tre, rappelle-toi bien que Don Juan à la fin tombe sous la vengeance du Commandeur!
Qui sera le Commandeur ? e quando verrà ? Questa è la domanda…