Fiat, le jour d’après
Dimanche 16 janvier 2011Le day after, ainsi baptisé par la presse italienne.
Fiat le jour d’après, autrement dit le lendemain du rĂ©ferendum oĂą les ouvriers de Mirafiori ont acceptĂ© par rĂ©ferendum le durcissement de leurs conditions de travail. Les alentours de l’usine sont dĂ©serts.
Le oui l’a emporté à 53,9%. Et le taux de participation au vote a dépassé les 95%.
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Pendant que dans l’usine, les salariĂ©s votaient, Ă l’extĂ©rieur, dans les rues de Turin, sur les marchĂ©s, dans les restaurants, les habitants croisaient les doigts pour la victoire du “Oui”. D’autres, moins nombreux, espĂ©raient que les ouvriers n’allaient pas cĂ©der au “chantage” dĂ©noncĂ© par les syndicats.
Pour beaucoup, l’usine de Mirafiori ne devait pas courir le risque d’être dĂ©mantelĂ©e. 5 500 salariĂ©s, y travaillent, mais pas seulement. De ce pole de production dĂ©pendent 15 000 emplois externes Ă l’entreprise. Des pans entiers de l’Ă©conomie turinoise s’accrochent Ă Fiat.Â
La nuit derrière, devant les grilles de l’usine, des syndicalistes et ouvriers ont pris place dans l’attente du résultat du Réferendum. Même des anciens sont venus, des retraités de l’usine. Ils ont parlé du bon vieux temps qui ne reviendra pas.
Francesco, un salariĂ© qui a votĂ© “non” conteste la mĂ©thode “Si ils veulent investir, qu’ils le fassent. Si ils veulent dĂ©localiser, pareil. Pourquoi nous fragiliser encore plus ? Nous demander d’accepter Ă voix haute la flexibilitĂ© ou ils nous balancent par la fenĂŞtre….  et jeter en plus la responsabilitĂ© sur nos Ă©paules ? Leur cynisme est Ă©coeurant”
Il fait froid, on se réchauffe d’un café, et on parle.
Les opposants au nouvel accord refusent le discours fataliste ” Pas le choix, pas le choix, si on veut maintenir l’emploi”.. Les syndicats minoritaires qui ont paraphé l’accord parlent du contrat de l’espoir.
C’est de la naïveté disent les militants de la Fiom. “A long terme, le site fermera. Rester en Italie coute trop cher à Sergio Marchione”.
L’administrateur délégué de Fiat ne cesse de répeter que les 6500 salariés polonais travaillent plus vite et mieux que les 22000 italiens.
Les plus pessimistes (réalistes disent ils) pensent que Marchione a seulement voulu affaiblir les syndicats dans l’entreprise par ce nouvel accord. Et que l’éventualité de la fermeture du site sensible de Mirafiori (usine historique du groupe à Turin) provoquerait un impact susceptible d’imposer un contrat qui bafoue la convention collective et révise en profondeur le dialogue social.
Pour les militants de la CGIL, l’intervention solidaire de Silvio Berlusconi aux cotés des patrons de Fiat (alors que leurs relations sont historiquement excécrables) montre qu’il y a là un intérêt commun : réduire la marge des manoeuvres des syndicats dans le monde de l’entreprise.
A 1 h du matin, le “non” est donnĂ© lĂ©gèrement en tĂŞte, Ă 4h l’ égalitĂ© est parfaite, Ă 5h15 plus personne n’y croit ! Le “oui” va l’emporter in extremis.
Une grande fatigue et lassitude s’abat sur les Ă©paules. Les drapeaux sont repliĂ©s. Le froid est encore plus vif. Le brouillard et l’obscuritĂ©. Et pourtant, Fiat continue Ă Turin. Avec un milliard d’euros investi et la promesse de monter la nouvelle Jeep et la nouvelle Alfa, 280 000 unitĂ©s l’annĂ©e. Le chomage technique s’Ă©loigne.Â
Mais pour combien de temps se demande Angelo, 38 ans, d’une voix cassĂ©e. Dans deux ans, le chantage d’aujourd’hui se rĂ©pètera.
















