Comprendre l’Italie à travers ses nuances

Le blog de Eric Valmir


Article(s) de octobre 2010

A Naples, un air déjà respiré

Lundi 25 octobre 2010

C’était dans l’air.

A Rome, Silvio Berlusconi pouvait répeter à l’infini que la crise des déchets appartenait à une époque révolue. A Naples, on savait très bien que la réalité était tout autre. 17 ans que ça dure. Les poubelles n’étaient peut être plus visibles dans les rues, mais au dessus des décharges à ciel ouvert,  les vapeurs irrespirables chargeaient l’atmosphère.

Corruption, clientelisme, camorra. Les comités de gestion des déchetteries infiltrés par la Mafia. Un marché lucratif. 6 milliards d’euros par an, au mépris des règles environnementales et de la santé publique. Une responsabilité collective. Plutôt que d’emprunter les filières législatives couteuses, les entreprises réparties dans toute la péninsule préfèrent confier leurs déchets industriels souvent toxiques à des intermédiaires peu recommandables, sous le sceau du secret. Transactions opaques, pas de bordereaux. Des camions emmènent les ordures et les déversent dans la région napolitaine, saturée ces dernières années. Désormais le périmètre s’élargit aux Abruzzes.

Les compromissions politiques sont grandes. Au niveau local et national. A gauche comme à droite. Les citoyens ne font plus confiance aux institutions, dAlfonso Pecoraro Scanio (ministre de l’environnement de Romano Prodi) en son temps,  au chef de la protection civile Guido Bertolaso aujourd’hui. 

Et les audiences du procès d’Antonio Bassolino, ancien président de région et de vingt sept élus locaux poursuivis pour fraude sur les fournitures publiques et abus de pouvoir dans la crise des déchets vont de renvoi en renvoi.

Depuis que Silvio Berlusconi a officiellement et définitivement résolu la question du trafic des ordures, la tension est vive dans tous les sites réquisitionnés pour acceuillir des milliers de tonnes de déchets. A Chiaiano, à cinq cent mètres d’un hopital, un immense espace vert transformé en décharge. Les comités de quartier ont fini par s’épuiser à s’époumoner dans le vide. Plusieurs délégations de la commission européenne ont dénoncé cet état de fait et demandé à l’Italie de prendre des mesures. En vain.

Le plan gouvernemental prévoit de réquisitionner des espaces verts, transformer en décharge les sites choisis pour y déposer les déchets en surplus.

Curieusement, la zone de Terzigno, dans une réserve naturelle logiquement protégée, a été retenue. Pourtant, nous sommes au coeur du Parc National du Vesuve.  

 © Panneau indicateur du Parc du Vesuve

© Panneau indicateur du Parc du Vesuve

 Outre le fait qu’il est interdit de déteriorer la faune et la flore, que lit-on sur la sixième ligne de ce panneau indicateur ?

 © zoom

© zoom

Ne pas déposer de déchets, quels que soient leurs natures.

Et que trouve t-on quelques kilomètres plus loin  ?

Des amoncellements d’ordures entre Pompei et Terzigno….

 © Parc du Vesuve

© Parc du Vesuve

Parce que la première décharge est arrivée à saturation…

Au gré des vents, l’odeur pestilentielle aux alentours des déchetteries à ciel ouvert installé par le plan gouvernemental  gêne non seulement la vie quotidienne des riverains, mais surtout pose de réels problèmes de santé publique.

A proximité des décharges et de terrains où les déchets industriels sont brulés à l’air libre, les médecins de la zone ont enregistré une multiplication de cas de cancers et tumeurs ces dernières années. Seul élément statistique officiel (Conseil national de la recherche) : nombre de cancer du foie 3 fois plus élevé que la moyenne nationale.

A Terzigno, les troubles respiratoires affectent les enfants et les personnes âgées. Les yeux piquent, la gorge gratte.

Les pouvoirs publics rejettent ces allégations. Guido Bertolaso affirme que les travaux qui ont transformé les sites en décharge ont respecté les normes en vigueurs. Et qu’il existe un moyen simple de s’en apercevoir : l’absence de mouettes signifie qu’il n’y a pas de matière organique, que l’ensemble des déchets a donc été traité, et que le site ne présente, en conséquence, aucun danger. (Conférence de presse tenue dans les locaux de la stampa estera à Rome)

Malheureusement pour le chef de la protection civile, les mouettes sont partout.

 © décharge saturée

© décharge saturée

Et donc le 30/12/2010, il est décidé d’ouvrir une seconde décharge dans le Parc national du Vésuve. Les travaux de bonification commencent.

On rase vignes, pins, oliviers pour construire un chemin qui permette aux poids lourds de passer.

La zone est bouclée par l’armée : zone d’intérêt stratégique national, comme à Chaiano, et personne ne peut entrer.

 © Décharge n°2

© Décharge n°2

 Cette fois-ci, la colère l’emporte chez les habitants.

Depuis 6 mois, ils s’opposent, écrivent, argumentent, sollicitent des entrevues. Géologues, agriculteurs, médecins tirent le signal d’alarme.

Aucune réponse. Condescendance et indifférence.

Alors que le décret valide l’ouverture de la deuxième décharge, la colère explose.

 © Le face à face

© Le face à face

Et les forces de l’ordre prennent position.

Bruxelles annonce des sanctions. Dans un communiqué, la Commission estime que “les mesures prises par le gouvernement italien sont insuffisantes”. La Cour européenne de justice qui a ouvert une procédure d’infraction demande à l’Italie de se doter d’un réseau d’élimination des déchets digne de ce nom.

Silvio Berlusconi propose alors  14 millions d’euros aux communes de la zone. Mais les maires, pour la plupart (Popolo della libertà-Centre Droit, son propre parti) considèrent que la somme allouée est une manière d’acheter leur silence.

La situation se radicalise.

Les nuits d’octobre sont des nuits d’affrontements entre policiers et groupes bien organisés qui incendient des voitures

 © La Stampa

© La Stampa

Les maires de la zone condamnent ces débordements et surtout ne reconnaissent pas les fauteurs de troubles. Ce ne sont pas des gens du pays.

Classique.

Des mouvements extremistes récupèrent une cause et une colère pour venir incendier, détruire et charger les forces de l’ordre.  

 © La Stampa

© La Stampa

On voit mal les familles qui font des sit ins pacifiques la journée se transformer en mercenaires la nuit.

Mais tout est fait pour détourner l’information sur cet axe.

Comme tout a été dit sur le trafic des déchets, on se concentre sur les affrontements de plus en plus violents. Roberto Maroni (ministre de l’intérieur)  annonce des renforts sur zone, Stefania Prestigiacomo (ministre environnement) voit le bras de la Camorra derrière les manifestations et à Terzigno, on affirme que c’est le gouvernement qui est en affaire avec les camorristes.  Des citoyens qui n’en peuvent plus d’être criminalisés alors qu’ils réclament une écoute.

Les éditorialistes s’emparent du sujet. Il Giornale, sous la plume de Carmine Spadafora : “pendant que les talibans du Vésuve lancent des molotov, Bruxelles tire sur notre chef de la protection civile“, ne fait qu’attiser un feu partisan tandis que Lorenzo Mondo dans la Stampa revient au problème principal : les déchets. La dangerosité de ces sites élaborés dans l’urgence. L’inefficacité des déchets acheminés par train vers l’Allemagne ou par navire vers la Sardaigne.

Dans Il Mattino, le comédien napolitain Alessandro Siani (excédé de voir sa ville ainsi traitée) opte pour une figure métaphorique cinématographique.  “On tourne le remake de la crise des déchets avec des protagonistes qui ont des ordures dans les poumons. Un octogénaire est conduit aux urgences. De sa narine gauche, sort du verre, de la droite du plastique.”

Et les spécialistes de l’environnement ne cessent de réclamer aux pouvoirs publics la mise en place du tri sélectif qui réduirait de 30% au moins la production de déchets. Mais personne ne répond…

Parce qu’ici… ces ordures qui sentent mauvais et propagent des ondes cancérigènes ont le pouvoir magique de se tranformer en or.

Un week end à Matera

Samedi 23 octobre 2010

Matera, en Basilicate, doit sa réputation aux Sassi, habitations troglodytes classées au patrimoine mondial de l’humanité en 1993. Le plateau calcaire à force d’être creusé à l’époque paléolithique a façonné des grottes dans lesquelles les hommes se sont réfugiés.

Ancien site préhistorique, la ville a subi ensuite les influences de l’Empire romain et de la Grèce antique. C’était un carrefour de routes commerciales entre l’Orient et l’Occident, la plus connue étant la Via Appia.

Celle qui part de Rome, l’Antica là où le dimanche, Alex et Laura digèrent le pranzo en accompagnant les enfants sur leurs vélos… Bien sur pour rallier la Basilicate, désormais, les autoroutes Naples-Salerno-Potenza, ou Avellino offrent des temps records.

Mais pourquoi ne pas céder aux charmes de la lenteur…   Poursuivre sur la Via Appia justement

 © EricValmir.RF

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Et trouver alors…

… Des paysages de solitude à perte de vue…

 © EricValmir.RF

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La Basilicate n’est pas touristique…

Les amis romains ne sont pas tous passionnés par cette province qu’ils estiment perdue au bout du monde (ce n’est pas l’expression qu’ils emploient mais la métaphore de l’orifice ne me semblaient pas très appropriée ici, surtout que je ne partage pas ce point de vue)…Il y a ici une beauté à couper le souffle…

Les paysages que traversent l’Appia  sont tellement désertiques que sous Mussolini étaient envoyés ici les opposants au régime. Le texte d’un médecin turinois, Carlo Levi assigné à résidence à Eboli, deviendra un des chefs d’oeuvre de la littérature italienne adopté au cinéma par Francesco Rosi… “Le Christ s’est arrêté à Eboli”.

La malaria décime une population affamée, analphabète et laissée à son propre compte. Les paysans qui n’ont plus rien à cultiver répètent inlassablement « nous ne sommes pas chrétiens, le Christ s’est arrêté à Eboli ».

Aujourd’hui l’image de misère continue à coller à la terre de cette province du mezzogiorno. Ne dit on pas la cuisine des pauvres pour qualifier les recettes locales, des soupes simples de légumes, froides et désaltérantes l’été, chaudes l’hiver ? Des plaisirs culinaires accompagnés d’un Aglianico,  un cépage à la mode, sur les pentes du Vulturne, le vieux volcan…

Sur la route désertique de l’Appia

…Arrêter la voiture,

…Gouter le silence…

 © EricValmir.RF

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Prendre une photo…

Faire quelques pas…

Méditer…

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 Ici, en trente minutes,

il n’est passé….

… personne…

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L’arrivée à Matera…

… la ville propose des coins d’ombres… plutôt rares depuis Potenza…

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 Ici…

.. Le soleil s’ecrase directement sur les façades…

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Et

La chaleur fatigue les couleurs…

… Sans jamais les ternir…

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Les hauteurs de Matera…

….  prendre un café…

… ou un verre de vin…

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Et puis une avancée

Avec une vue panoramique sur les plus vieilles habitations…

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Descendre à pied…

Fort heureusement…

La flanerie sans bruits de moteurs…

Quoique, au détour d’une ruelle, une voiture a réussi l’exploit d’arriver jusqu’ici…

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Elle doit être garée là depuis des décennies…

Et seule une Fiat 500 peut se faufiler de la sorte en ce lieu

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Nouvelle sortie panoramique,

 mais le ciel lumineux a la faveur de l’appareil.

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Une représentation de la Matrona.

 © EricValmir.RF

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Dans la Rome antique, elle était la mère de famille digne et respectable. dispensée des taches ménagères et agricoles. Surnommée aussi la Domina, elle avait en charge l’éducation des enfants…

Quand les pierres concèdent un peu d’espace à la terre…. grandit un olivier.

 © EricValmir.RF

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Et puis au détour d’une ruelle, le choc….

La pierre, la terre, la roche, les maisons ne forment plus qu’un seul élément.

 © EricValmir.EF

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Depuis que Matera a été reconnue patrimoine mondial de l’humanité…

Des programmes de rénovation ont été entrepris pour attirer les nouvelles générations…

Mais les manques de perspective et d’emploi font que le bassin de population diminue d’années en années…

les maisons se vendent

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D’autres subissent l’épreuve du temps et de l’abandon.

 © EricValmir.RF

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 Tout en gardant dans la lumière automnale

un éclat éblouissant

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Et

on croit sans peine

que derrière cette porte

se cache un bonheur de fraicheur

dans les journées caniculaires

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Il est temps de repartir…

A pied…

Aucun empressement à retrouver la voiture

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Simplement prendre de la hauteur

S’élever au dessus des cactus et des oliviers…

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Et garder l’illusion

qu’on puisse toucher le ciel !

Se souvenir d’Angelo Vassallo et oublier Ivan Bogdanov

Vendredi 22 octobre 2010

Il faut le répèter. Il n’est pas normal qu’en 2010 un maire se fasse tuer à coups de pistolets devant chez lui. Les consciences sont tellement anesthésiées qu’elles finissent par trouver une normalité dans cette tragédie. Personne ne s’en offusque“   Roberto Saviano est furieux. On l’entend sur les chaines de radio, il intervient à la télé sur Rai News 24, mais il est seul. L’auteur de Gomorra entame un combat pour l’information, conscient que 2 jours plus tard, plus personne ne parlera de cet assassinat. 

Angelo Vassallo, le maire anti camorra de Pollica dans la province de Salerno est assassiné de neuf balles de calibre 9, alors qu’il rentrait à son domicile. “Dans n’importe quel autre pays, un meurtre de cette nature provoquerait une indignation collective. Ici, rien. Même pas une réaction symbolique de la part de l’Etat. Aucun commentaire ou hommage venus de Rome poursuit Roberto Saviano, redoutant même que la macchina del fango ne se mette en route. En clair, déverser des torrents de boue sur l’intégrité de l’homme, en laissant entendre qu’il n’était pas si net que ça. La mafia tue aussi ses adversaires de cette manière. En les salissant, même une fois mort.

 © Angelo Vassallo

© Angelo Vassallo

Angelo Vassallo, 57 ans, à la tête d’une liste civique, réelu, engagé sur le front de la défense de l’environnement s’est toujours opposé au recyclage de l’argent sale dans sa commune. Les constructions abusives et les immeubles n’ont jamais réussi à pousser sur ce littoral.  Les décharges abusives n’ont pas atteint le territoire dont il avait la charge. Il recherchait sans cesse à promouvoir l’agriculture locale, la pêche, et le slow food. “Dans cette zone camorriste, il n’ya pas grand chose de bon, mais ce “pas grand chose”, il faut s’en contenter et le valoriser” est une phrase qu’il répetait souvent. 

Mais son frère Claudio affirme que la raison de son meurtre est ailleurs. pourquoi le tuer aujourd’hui alors qu’il mène cette politique depuis des années ? “. Claudio Vassallo poursuit. Cet été, étant pêcheur de profession, Angelo aurait remarqué des allées venues douteuses dans le port, soupçonnant un trafic de drogue. Il aurait été en outre convaincu que des policiers de la capitainerie du port y étaient mêlés. Dans une lettre envoyée à Rome, il a confié ses doutes et réclamé une enquête. Il n’a jamais reçu de réponse. Je ne dis pas que des hauts placés l’ont fait tuer, je ne le dis pas et je ne le pense pas. Mais une chose est sure, personne n’a bougé“.

Ce laxisme des pouvoirs publics que dénonçait Roberto Saviano.

En revanche, l’émotion est vive à Pollica

 © Pollica

© Pollica

48 heures plus tard, la presse, à l’exception des titres locaux, ne parle plus d’Angelo Vassallo. C’est un deuxième meurtre. Les télévisions auront diffusé à outrange les images de la voiture mitraillée, les traces de sang de la victime et les témoignages affligés des proches qui l’aimaient. Plutôt que d’évoquer son combat qui produisait des résultats, on divulgue un tout autre message : regardez ce qu’il arrive à ceux qui s’opposent. Des funérailles sans hommage politique. Un cerceuil sans fleurs, selon les dernières volontés. Les fleurs, c’est fait pour rester dans les champs, pas pour gagner les cimetières disait Angelo Vassallo

Si le nom d’Angelo Vassallo disparait assez vite de la sphère médiatique, en revanche, celui d’Ivan Bogdanov (rien à voir avec les frères de la SF française) va rester à la une des jours et des jours.

 © Ivan Bogdanov

© Ivan Bogdanov

Ce charmant Monsieur est le leader des supporters ultras serbes à l’origine des violences au stade de Gênes le 12 octobre dernier. Le match Italie/ Serbie a d’ailleurs été suspendu. Bogdanov, cagoulé pendant les incidents, mais dont les bras recouverts de tatouages l’ont rendu facilement identifiable, est devenu un centre d’intérêt médiatique : Plan machiavélique prémédité ou fauteur de trouble occasionnel, vrai supporter ou nationaliste qui n’a rien à voir avec le foot. Des polémiques stériles qui conduisent aux excuses d’Ivan le terrible “Je ne voulais pas faire de mal aux italiens. L’Italie est un beau pays”   Merveilleux

Et le talk show de la Rai 1, Porta a Porta orchestre un face à face entre Roberto Maroni, ministre de l’Intérieur (Ligue du Nord)  et Walter Veltroni, ancien secrétaire général du Parti Démocrate “Centre Gauche”.

Walter Veltroni dit ne pas vouloir instrumentaliser à des fins des politiques les incidents du stade de Gênes. Mais tout de même, un sévère examen autocritique s’impose.

Roberto Maroni répond que la bonne gestion de l’ordre public a prévenu des phénomènes de violence plus graves et reconnait que cette soirée restera comme une des pages les plus noires du sport italien.

Walter Veltroni dit que des mesures plus draconiennes auraient du être respectées.

Roberto Maroni rétorque que s’agissant d’ultras, les plans mis en place dans les stades italiens ont déjà fait leurs preuves.

Walter Veltroni fait le pas de trop : “Oui, mais là, il s’agit de serbes“.

En italien, on appelle ça una “tràppola” et Veltroni est tombé à pieds joints dedans. Si un Rom est criminel, cela ne veut pas dire qu’ils le soient tous, mais si un serbe est un nationaliste assoiffé de sang et de bière, le modèle s’applique à toute la population de Serbie ?

Voilà que les messages subliminales de la Ligue sont portés inconsciemment par les adversaires politiques. Est ce un sourire qui se dessine sous la moustache de Maroni ?

L’ancien SG du Parti Démocrate, lui,  se rend compte trop tard de son approximation. “Les serbes sont connus pour avoir les supporters les plus dangereux d’Europe“.  

On parle ensuite de sécurité, d’immigration, de mafia… Mais pas d’Angelo Vassallo…

Saviano a raison. Un maire anti mafia assassiné,  il n’y a rien de plus normal !

Le dossier Daniele Franceschi, une friction franco italienne

Mercredi 20 octobre 2010

Comment les italiens voient ils la grève en France ?

Les rédactions en chef quand elles se tournent vers l’étranger sont persuadées que les voisins ont les yeux braqués sur les manifestations en France. En Italie, ce n’est pas le cas. 

Les unes sont occupées par le retour de la crise des déchets à Naples, un fait divers dans les Pouilles qui tient le pays en haleine depuis un mois, et les nouveaux déboires judiciaires de Silvio Berlusconi.

Cela dit, évidemment, la forte mobilisation de la rue a attiré l’attention. Mais seulement  quelques signes factuels. Les commentaires ont porté sur la guérilla urbaine (terme employé par la presse italienne) entre les lycéens et la police. Les images ont l’avantage de parler d’elles mêmes. Comme les files d’attente aux stations services. Le blocus des raffineries est apposé aux paroles de fermeté de Nicolas Sarkozy qui compte employer la force pour rétablir l’ordre.

Mais de la  réforme des retraites, pas un mot. Et les journaux italiens ne voient pas là un sujet “social”, ils le traitent sous l’angle politique. C’est avant tout contre Nicolas Sarkozy que la France manifeste écrit Stefano Montefiori dans le Corriere della Sera.

Et c’est tout.

En revanche, il est beaucoup question de la France dans la presse italienne, mais à travers le dossier Daniele Franceschi. Les médias français friands d’informations passerelles entre les deux pays ne sont pas intéressés par le sujet. “Tu comprends coco, ici c’est la grève, ça bouffe tout !” Certes ! C’est la loi du genre.  Cela dit, l’histoire provoque un tel malaise dans les relations franco italiennes qu’elle mérite réflexion. L’affaire en question a en effet heurté l’opinion italienne et gagné le ministère des affaires etrangères. 

De quoi s’agit il ?

Daniele Franceschi, 31 ans est incarcéré en France pour utilisation frauduleuse d’une carte bancaire dans un casino. Dès les premiers mois de sa détention, il écrit à sa famille pour évoquer les mauvais traitements qui lui sont infligés. Sa mère brandit aujourd’hui devant les caméras les feuillets où Daniele décrit les sévices et les vexations. Le 26 aout dernier, il meurt d’une crise cardiaque dans sa cellule de la prison de Grasse. Il laisse une femme et un petit garçon de neuf ans.

Mais les siens ne croient pas du tout à une mort accidentelle. Et ils le font savoir. Ils demandent une enquête. Une autopsie confirmera le décès par un malaise cardio vasculaire, en excluant des chocs traumatiques. Le consul général d’Italie avait réclamé par souci de neutralité un médecin légiste qui n’appartienne pas au milieu judiciaire. Sa requête a été rejetée et le compte rendu de l’examen ne sera jamais fourni à la famille qui réclame, alors, à corps et à cri le rapatriement du corps. Les procédures trainent et il faut l’intervention du ministre italien des affaires étrangères , Franco Frattini (qui va même jusqu’à demander officiellement une deuxième autopsie) pour voir enfin le cercueil arriver à Viareggio en Toscane, 55 jours après la mort de Daniele Franceschi.

Sauf que la deuxième autopsie n’est, techniquement, pas réalisable. Les autorités françaises rendent un corps en décomposition avancée et privé d’organes, les yeux et le foie ont été prélevés.

La mairie de Viareggio a écrit officiellement au Président de la République. Dans la lettre adressée à Nicolas Sarkozy, Luca Lanardini pointe les contradictions de la version officielle et réclame une réponse rapide et exhaustive de la justice française, estimant que l’information judiciaire ouvert par le Parquet est restée au point mort.

Redoutant une affaire classée, la mère de Daniele s’est donc tournée vers la sensibilité de Carla Bruni. Dans une longue lettre publiée par toute la presse italienne dimanche dernier, Cira Antignao écrit   :

« Je vous écris au lendemain du retour du corps de mon fils en Italie  pour vous lancer un appel affligé afin que vous interveniez pour faire toute la lumière sur sa mort.  Seulement une mère peut comprendre la douleur que provoque la mort d’un fils, mais encore plus grande est la douleur de ne pas pouvoir lui donner une digne sépulture. Daniele est rentrée en Italie sans ses organes ; ils me seront rendus, peut-être à la fin de décembre. Je ne pourrai même pas lui donner le dernier adieu : son corps est en stade avancé de décomposition parce que, durant 51 jours, ils ne l’ont pas tenu à la température de -22 degrés.”

Cira a rencontré hier soir Franco Frattini, le ministre italien des Affaires Etrangères. 

Des affaires de Daniele Franceschi, notamment ses notes personnelles, n’ont pas été restituées à la famille.

Sa mère Cira, tour à tour combattante et prostrée, garde espoir. 

Mais à vrai dire, de cette France trop occupée par ses grèves, personne n’attend plus rien.

Le Blog Saison 3

Dimanche 17 octobre 2010

Troisième saison pour un blog qui n’en est pas un.

Le concept même du blog est une forme courte et personnelle. Ici, il s’agit d’un travail qui prolonge les reportages réalisés sur les antennes de Radio France. Une forme quasi indispensable pour donner le cadre des informations qui proviennent de l’Italie.

En radio, (et en télévision c’est encore pire), les formats sont courts. Dans les journaux, les reportages de France Culture et France Inter n’excèdent pas une minute et trente secondes. On monte à deux minutes sur France Info. Une telle durée est suffisante quand il s’agit d’un sujet franco français, l’auditeur connaissant, par son éducation,  le contexte et l’environnement de l’information donnée.

En revanche, ce qui vient de l’étranger demande toujours qu’on reprenne tout à zéro en raison d’une culture et d’une histoire différente. Et les interprétations peuvent être biaisées.  En quatre vingt dix secondes, il faut évoquer le “factuel” en le replaçant dans son contexte initial. Une mission difficile. La synthèse devient l’ennemi des nuances, pourtant primordiales mais souvent altérées. Internet représente donc une opportunité pour approfondir ce qui, à l’antenne, est formulé de manière générique.

Aujourd’hui, la course au news a pris des proportions démesurées avec les nouvelles technologies. Twitter, Facebook et autres relais donnent l’information en temps réel. Le challenge ne consiste plus à la recevoir mais à la comprendre. Tout est fait pour qu’elle soit instrumentalisée et déformée. D’où le besoin de décrypter.

Alors que tout est dit d’une phrase ou deux, ce site prendra, comme l’an dernier, le pari de la longueur. Votre intérêt en audience et commentaire m’incite à poursuivre en ce sens. Bien sur, la forme continuera à proposer une matière audio, vidéo, et photographique et n’excluera pas le module court, notamment pour les billets d’humeur.

 En marge des sujets dits d’actualité, des séquences photos de régions traversées et des témoignages.  Les histoires, les anecdotes,  les situations locales, les tranches de vie qui au final composent un panorama de la société italienne. La culture et le sport ne seront pas oubliés.

Les premiers post seront publiés les 21 et 22 octobre.

Blog est un donc un mot passe partout pour définir cet espace multimédia où s’affichera avant tout l’amour de l’Italie. Le mien, le votre.

Car plus que jamais, chercher à  comprendre le pays ne signifie pas le dénigrer, bien au contraire.