Caravaggio. Splendido. Entre une exposition au Quirinale et un hommage scientifique.
 Avec l’art et les sentiments qu’il provoque chez l’homme, les mots trouvent là une limite qu’ils n’ont jamais su dépasser. Comment traduire en quelques paroles l’étendue et la complexité des sensations ressenties en déambulant dans une galerie ?
Dès qu’on se lance dans cet excercice, on est certain de trahir la pensée, dans le sens de dénaturer l’expérience vécue. “C’était formidâaaable ! Quel génie ! “
On se perd dans des superlatifs infinis et contribuons ainsi à donner une image caricaturale des amateurs d’art quand ils évoquent les merveilles de l’artiste.
Alors, je ne dirai rien des courants qui m’ont traversé dans les écuries du Palais Quirinale de Rome. Je parlerai seulement de la chance d’avoir visité cette exposition, seul à 8h30 du matin, 1h30 avant l’ouverture des portes au public.
30 minutes accordées dans ces conditions. Vous imaginerez sans peine dans la silence et la pénombre des salles parcourues ce que l’on peut ressentir. Un moment de grâce.
24 toiles de Michelangelo Merisi dit Le Caravage, il Caravaggio, du nom du village lombard dont il serait originaire même si des voix affirment aujourd’hui qu’il est plutôt né à Milan.
D’emblée, on est accueilli en haut du premier escalier, dans la première salle par Le garçon et sa corbeille de fruit, et La corbeille de fruit en solo. La notion de relief est si forte qu’on a l’impression de pouvoir attraper la grappe de raisin blanc qui semble sortir de la toile et du cadre
Une salve d’applaudissement pour le travail de lumière des équipes qui ont monté l’exposition. Dans l’oeuvre du Caravagge, les clairs/obscurs ont une importance fondamentale. Le “Bacon/Caravage” de la Galerie Borghese à Noël (une nullité absolue) n’avait pas respecté cette dimension, et les reflets empêchaient de discerner les profondeurs de l’oeuvre.
Ici, le seul reflet que l’on perçoit est celui crée par le peintre sur l’armure. Là aussi, on a l’impression que l’on peut toucher le métal et ressentir toute la froideur de l’acier.
Sur les 24 toiles,
3 partiront fin mars…
Elles viennent du monde entier, Dublin, Berlin, Vienne, New York, Kansas City, Saint Petersbourg, Nancy (l’Annonciation)  et évidemment Rome, Milan, le Vatican.
Outre tout ce que l’on a déjà dit sur les conditions de réalisations, et les caractéristiques de l’oeuvre, la notion photographique voire cinématographique est toujours à l’esprit. L’idée d’un mouvement en cours. Coupez. On reprend l’action.
Dans cette première salle immense, (les écuries du Quirinale se visitent sur deux niveaux), notre regard est attiré par l’immense représentation de l’Adoration qu’on découvre en avançant. Il y a des toiles de part et d’autre, à gauche et à droite, mais quand on reprend la marche dans l’allée centrale en suivant le sens de l’expo, on est littéralement happé par la toile.
Et puis à regret, on laisse ce premier niveau…
Et on monte le petit escalier en colimaçon… En pleine lumière…
A peine les dernières marches foulées,
Avant même, l’entrée dans la deuxième salle…
On voit de loin,
et les détails grandissent au fur et à mesure qu’on approche…
Judith qui coupe la tête d’Holopherne
Sur toutes les toiles, le sens du détail.
L’expression des visages…
Les rides.
Et l’horreur dans les yeux.
Et à gauche,
L’Amore Vincente
les plis du ventre…
les fossettes, les yeux…
les muscles dessinés à tous les sens du terme…
La douceur et la sérénité qui en émanent…
Et dès qu’on se retourne pour regarder derrière soi, on croise son regard rieur jusqu’à la sortie.
Tout comme le San Giovanni Battista…
placé sur la gauche en avançant…
 et si l’on se retourne, il nous accompagne du regard, sans nous lâcher…
Le Sacrifice d’Issac,
Le repos durant la fuite en Egypte
Les musiciens
Sont aussi là …
Et…
puis pour finir… L’ange dormant, plutôt mourrant à en croire la position du corps, affirment d’une seule voix tous les historiens d’art…
Et puis cet autoportrait réalisé à Malte…
Alors condamné à mort, il ne sait pas encore qu’il sera gracié par le pape, il peint sa propre tête décapitée dans ce qui sera “David con la testa di Golia“
Déjà la fin de l’exposition…
 On revient un peu sur ses pas…
Pour profiter de détails qui nous ont forcément échappé…
Revenir sur quelques toiles…
Après ces minutes de pénombre et d’intimité…
une fois la porte de sortie poussée, c’est un flot de lumière qui nous attend…
 Vue prodigieuse sur les terrasses romaines…  et la ville qui se réveille autour d’un café.
Une pause de quelques secondes pour s’impregner de cette nouvelle atmosphère…
La descente des escaliers…
En contrebas, les portes qui s’ouvrent, le public entre par groupes de 10…
On annonce deux heures d’attente aujourd’hui. Â
Et à la sortie, en ce qui me concerne, impossible de ne pas m’arrêter à la librairie de la galerie que j’ai visité. (c’est pathologique ![]()
Le”Bookshop” du Quirinal offre un choix très large de références littéraires et documentaires autour de la figure du Caravage. Le livre chez Taschen est très cher (plus de 100 euros) mais fabuleux. Beaucoup plus accessible et très bien fait, le catalogue de l’exposition.
 Cette exposition qui est déjà un véritable succès marque donc le 400 ème anniversaire de la mort de Michelangelo Merisi.
La Rai a même tourné un film où le Caravage est interprété par le séduisant Alessio Boni (qui dans l’esprit des français restera toujours le Matteo de “Nos meilleures années/La meglio gioventu“).
Malheureusement, rien ne fonctionne dans ce film. C’est raté…Autant laisser sur place le DVD.
Plus interessant en revanche, le travail d’une équipe d’anthropologue. Comme déjà évoqué sur ce blog dans un post dédié à la vie et l’oeuvre de l’artiste (post du 22 décembre, catégorie culture)
Le Comité National pour la valorisation des biens nationaux, historiques et culturels a décidé de retrouver les restes du Caravage. Cette équipe composée d’anthropologues, historiens et experts scientifiques avait déjà travaillé sur la reconstitution du visage de Dante Alighieri.
Mort sur une plage toscane, dans la zone marécageuse d’Ortebello, Michelangelo Merisi a été enterré dans le cimetière de Porto Ercole, sur la presqu’ile de Monte Argentario.
Mais en 1956, les corps furent exhumés pour être ensevelis pêle mêle dans la crypte de l’église. Il y a 3 mois, une équipe scientifique a ouvert l’ossuaire et prélevé tous les os qui s’ y trouvaient pour les placer dans de grandes caisses en aluminium.
L’ossuaire en question
Conduits à Ravenne, au département d’anthropologie de l’Université de Bologne, ces restes seront soigneusement étudiés et confrontés aux tests ADN de six personnes considérées comme les descendants de la famille.
Le Caravage n’a pas eu d’enfants, mais ses frères et soeurs, oui.
L’idée est de reconstituer le squelette et d’offrir au peintre une sépulture digne de ce nom. Mais aussi de lever le mystère sur la nature de sa mort.
Pour Silvano Vinceti, qui préside le comité et les travaux de recherche, “personne ne l’a assassiné. Il est mort soit de malaria, fièvre jaune, ou d’une maladie sexuellement transmissible“.
Il avait 39 ans et on a retrouvé son corps sur cette plage, une langue de terre et de sable proche de Porto Ercole.
Il Caravaggio mérite respect, grandeur et une sépulture à la hauteur de son talent.
Quand j’ai rencontré Silvano Vinceti, il n’en revenait pas qu’en France aussi ”Baudelaire et Stendhal occupent des tombes laissées à l’abandon.”
Quoiqu’il en soit, les équipes de Vinceti espèrent avoir des résultats concrets au mois de mai. Avoir retrouvé les restes du Caravagge et que les équipes du Professeur Grupioni aient réussi à déterminer l’origine de la mort.
400 ans après, c’est un défi….
Porto Ercole célebrera le 18 juillet 2010 l’anniversaire de la mort, autour de ce monument mais aussi sur les plages et sur le port….
Pas sur que le peintre jalousé et harcelé de son vivant ait imaginé pareille consécration 4 siècles après sa mort… C’est tout le sel de la vie et des destinées.
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L’AUDIO
Silvano Vinceti, Président du Comité National pour la valorisation des biens nationaux, culturels et historiques (sur la photo à gauche). “En mai, les résultats des études devraient donner un résultat satisfaisant : les scientifiques auront devant eux les restes du Caravage.”
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Arturo Cerulli, le maire de l’Argentario dont dépend la commune de Porto Ercole.
Dans ce village, le nom du Caravage représente une fierté, certains même se fabriquent une descendance. La vérité est qu’il n’y a aucun lien culturel et historique entre le peintre et la presqu’ile. Il est simplement mort ici en passant par hasard.
Mais Porto Ercole sera fier d’accueillir la sépulture du Caravage.





























21 mars 2010 Ã
Pas sure d’aller à Rome pour cette expo mais l’article très bien documenté me donnerait presque des regrets.
Merci pour ce superbe partage
21 mars 2010 Ã
Magnifique visite guidée de l’expo! moi qui pleurais de ne pas pouvoir voir la voir, je ressort de votre article avec la sensation d’y être allée. Vous poussez même le vice jusqu’à photographier la plage sur la quelle il est mort ! quel travail documentaire, on sent la passion… comme dans les tableaux du maître !
est-ce la passion du tifoso qui vous a fait écrire la “meglio juventu” au lieu de “meglio gioventù”
nous aussi on vit un moment de grâce à la lecture de votre article !
(je suis fan de Caravaggio et de vous, je l’avoue !)
21 mars 2010 Ã
ET bien moi j’y suis allé
Et j’ai bien fait l’heure de queue avant et la cohue pendant…
Et pourtant j’ai aussi trouvé ça magnifique!
A noter l’effort de restauration qui a été fait sur les tableaux.
22 mars 2010 Ã
Merci pour tout CatCat…
Et si je devais être guidé par la passion du tifoso, ce serait plutot romanista que juventino.
Sophie, vous avez jusqu’au 13 juin.
HFT, vous avez raison pour les efforts de restauration. En général, ce qui ressort, le soin méticuleux des conservateurs de l’expo apporté à chaque détail.
22 mars 2010 Ã
Connaissez-vous le livre de Christian Liger (écrivain nîmois, mais pas seulement, mort en 2002):
” Il se mit à courir le long du rivage” (paru en 2001 aux éditions Robert Laffont), biographie romancée du Caravage.
Extrait de la 4ème de couverture:
“Sur une plage au nord de Rome, un homme vacille, tombe sur le sable noir, et meurt. C’est là que je l’ai trouvé: il était le peintre le plus provocateur d’Europe: ce jour-là , il avait l’air d’un gueux.
Il s’agissait dès lors de remonter la piste…….
Au bout de la quête il m’a paru que seul le langage romanesque aux limites de l’imaginaire pouvait dire les exigences de cette vie violente. La voici, dans son désordre, avec ses éclats de lumière sur fond de nuit.”
22 mars 2010 Ã
Merveilleuse exposition dans ce bel endroit des Ecuries del Quirinale.
Si vous utlisez le système de réservation online vous ne ferez pas la queue!
Et vous pouvez poursuivre votre hommage à Caravaggio en allant découvrir les chefs d’oeuvre de San Luigi dei Francesi ainsi qu’à Santa Maria del Popolo.
22 mars 2010 Ã
L’art du Caravage est sans aucun doute très beau, mais très lisse, un peu froid, et tellement réaliste qu’il en est parfois superficiel. Dans le premier tableau, ce n’est d’ailleurs pas le réalisme qui m’avait frappé quand je l’avais vu à Milan. Au contraire, c’est la composition étonnante et les effets de matière qui m’avaient séduit !
Les tableaux les plus intéressants du Caravage sont ceux que l’on peut toujours voir in situ, par exemple à l’église San Luigi dei Francesi!
http://davidikus.blogspot.com
22 mars 2010 Ã
vu l’expo en février. Une découverte pour moi. à 50 ans il était temps ! Merci pour votre article, je m’étais demandé en regardant les tableaux si les effets de lumière étaient dus à l’éclairage ou au peintre lui même. En tous cas, une réussite. J’ai surtout aimé les tableaux du début de l’expo, non religieux (les musiciens). Un regret, pas de version française du catalogue, à la librairie.
23 mars 2010 Ã
Bravo pour cet article qui donne envie d’affronter les files d’attentes et la foule pour admirer ces superbes oeuvres ! Je dois reconnaître que cela m’a fait redécouvrir Le Carravage moi qui suis un inconditionnel de Botticelli et la renaissance italienne ( autre époque , autre style ) . Quel artiste ( je veux parler du Carravage … et de vous et votre travail cher Eric ) !
24 mars 2010 Ã
Vraiment superbe! Déjà la corbeille de fruits est un régal ( la fine pellicule veloutée des grains de raisin, la carnation de la pomme et le petit chancre sur la peau, les tavelures sur la poire, la feuille de vigne desséchée et recroquevillée, la finesse du tressage de l’osier…) Dans le tableau de l’arrestation du Christ l’effet de reflet est effectivement saisissant, au point de s’imaginer qu’on est soi-même le porteur de la torche qui éclaire la scène;vertigineux! Et que dire des visages… des expressions fulgurantes: Judas tendu dans son baiser, le Christ effondré et comme impuissant devant l’accomplissement du destin, l’apôtre (Saint Jean ?) effrayé et donnant l’alerte aux autres…
J’ai été aussi touché par l’attitude du berger ( Adoration des bergers) agenouillé de face,tête et mains jointes tournées vers l’enfant dans une expression d’attendrissement. Il parait que le berger derrière qui tend la main vers la vierge porte les empreintes digitales du Caravage; observez la tache de lumière sur sa chemise et les deux petites traces noires; eh bien ce serait les traces des doigts du peintre qu’il aurait imprimées dans la peinture encore fraîche pour figurer les boutons de la chemise. Emouvant, non?
Je n’aurai pas l’occasion, à mon grand regret, de voir cette expo, mais avec ce blog j’ai eu une petite compensation (merci Eric) que j’ai prolongée par une visite très intéressante du site http://caravaggio.com/# ( en anglais ) .
Par contre j’ai vu à Nantes l’an dernier une belle expo de Simon Vouet (peintre français du début 17ème siècle) qui s’est beaucoup inspiré du Caravage lors d’un séjour à Rome quelques années après sa mort. Les ressemblances sont frappantes. http://exponantessimonvouet.free.fr/site_1280/Accueil_francais.html
8 avril 2010 Ã
Simon Vouet est l’un de mes peintres préférés. Il a effectivement été caravagiste à ses débuts ; mais il a dépassé ce stade lors de son retour en France vers 1628 pour contribuer à la création du classicisme français qu’on appelle parfois atticisme ou en Anglais “classicising baroque”. Il y eut autour de ces années-là une génération tout à fait exceptionnelle, Laurent de La Hyre est un magnifique peintre de cette période. Pour l’anecdote, Vouet fut le maître de Lebrun.
http://davidikus.blogspot.com/
8 avril 2010 Ã
PS. J’ai oublié de mentionner Eustache Lesueur (Le Sueur ?) et Pierre Mignard : deux autres peintres majeurs, élèves de Vouet, si je ne m’abuse !
28 avril 2010 Ã
Bonjour! Excellent article, qui me renforce dans l’idée d’aller faire un saut à Rome pour cette exposition. Trois questions cependant:
Quelles sont les 3 oeuvres qui n’y sont plus depuis fin mars?
Si l’on réserve via le net, y a t’il une limite de temps au sein de l’exposition comme cela se fait dans certaines prestations (je pense à l’expo Greco à Bruxelles où le temps de visite est limité à une heure)?
Et enfin, pensez vous les rumeurs concernant une prolongation de l’expo fondées?
Merci d’avance.
24 juin 2010 Ã
Bonjour je vous recommande:
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18 août 2010 Ã
MERCI pour votre site. que Je découvre ce jour.
JE n’aurai pu me rendre sur place pour visiter et admirer toutes ces merveilles, mais grace a vous j’ai pu avoir le plaisir de découvrir ces chefs d’oeuvre;