Comprendre l’Italie à travers ses nuances

Le blog de Eric Valmir


L’étranger qui a réussi son intégration

cuisine, culture

C’est Melanzana G., l’aubergine grillée qui a décidé le conseil de guerre.

Face à elle, la napolitaine Mozza… Penne&Spaghetti, les deux blonds, cousins inséparables… les Ulivi, des olives à peines tombées de l’arbre…  le bon vieux Panettone avachi dans son fauteuil…  et la toujours belle et tendre Fiorentina.  

Beaucoup manquait à l’appel. Melanzana G. a tout de même décrété l’Etat d’urgence.

“Nous produits frais et typique de la gastronomie italienne, on est un véritable patrimoine du pays. Vous êtes d’accord ? “

L’assemblée acquiesça d’un hochement de tête.

“Notre réputation, poursuit Melanzana, vient d’être salie par l’américain qui a débarqué il y a 25 ans”.

Quoi, Mac Do le hamburger ? ” s’étrangla Fiorentina qui n’en pouvait plus de ces steacks pourris placés entre deux brioches.

Capriciosa arrivée en retard saisit la dernière phrase de Fiorentina. Pendant qu’elle s’asseyait, la pizza rétorqua :

- Qu’ at-il encore fait ce plouc de ricain ? Déjà qu’il a mis sur la paille une grande partie de ma famille et de mes cousins.

Melanzana G leva les bras pour calmer le grondement de colère qui enflait.

- Rien. Ses parents ont signé un accord avec le gouvernement italien pour promouvoir le Mac Do auprès des jeunes mais avec un sentiment patriotique. Ils l’ont baptisé “le bon gout italien”. Le petit frère de MacDo s’appelle MacItaly. Il est habillé d’artichaut, de fromage à pate dure, d’oignons, de lard fumé et de salade. Ainsi vêtu, il arbore les 3 couleurs du drapeau national : blanc, vert, rouge.

Un tolé général. Concert de protestation dans la salle. Mozza, la napolitaine était ulcérée :

- Moi, on vient ternir mon image avec des histoires de dioxyne et après on déroule le tapis rouge à ces escrocs de la gastronomie.

Il peut y avoir de bons coté, plaide Carciofo, l’artichaut arrivé sur la pointe des pieds. Et s’adressant à Capriciosa  :

- Tu sais, le fast food a obligé la pizza à devenir un produit de qualité et non plus un prêt à consommer rapide.

- On ne te parle pas de ça, coupa sèchement Melanzana G. C’est une histoire d’éducation. Dans ce pays, la cuisine n’est pas qu’une tradition, c’est un honneur, un savoir faire qu’il faut perpétrer et diffuser à travers le monde. 

- C’est sur, témoignent tristement Penne&Spaghetti. Quand tu vois les français qui nous noient dans du ketchup. Quelle idée saugrenue !

Fagiolino, haricot vert, tout de vert vêtu, leva la main.

- Et si on proposait un permis à 30 points. Au bout de 30 consommateurs mécontents, MacItaly est expulsé

- C’est ça. Pour se faire traiter de racistes ensuite ?  Tu as vu le débat chez les hommes….     Pour revenir à nos oignons, il n’y a que notre avocat Carlo Petrini, l’apôtre du slow food qui a réagi en accusant le gouvernement de saper la réputation de la cuisine italienne.

AAAAHHH !   réagit en choeur l’assemblée.

- Ne rêvez pas. Le ministre de l’agriculture a répondu que c’était tout le contraire .

- Quoi ! Le MacItaly comme emblême des saveurs italiennes ? Mais il est devenu fou ?

- Y a un anglais qui parle d’un acte de trahison national dans son journal le Guardian.

Tous les regards se tournent vers Carciofo. L’artichaud proteste mollement.

- Et Luca Zaiai le ministre de l’agriculture lui a répondu par ces mots : “C’est avec regret que nous sommes contraints d’apprendre la mauvaise nouvelle à ce type de gauche : Staline est mort. Et il est fort à parier que les communistes n’ont jamais mis les pieds dans un Mac Donald !”

- Mais que viennent encore faire les communistes sur un débat autour de la bouffe ? Où est le rapport s’énervent Penne&Spaghetti.

Les ulivi couraient dans tous les sens, furieux.

Melanzana G. siffla un grand coup.

- Encore une fois, il est fort à parier qu’il y ait une histoire de fric derrière tout ça. Et que notre honneur soit sacrifié en son nom. Mais nous avons le peuple avec nous et je vous propose d’en parler en cuisine quand les chefs arriveront. Un mouvement de vigilance doit voir le jour au niveau national.

D’accord marmonna Fagiolino, à condition qu’on ne s’inspire pas d’un modèle de lutte communiste.

7 commentaires pour “L’étranger qui a réussi son intégration”

  1. Marvin dit :

    Hi-hi. Très drôle..

    Et que faisais Don Parmegiano pendant ce temps? Il dormait encore dans une cave?
    A moins qu’il n’était occupé en France à servir ses intérêts (Cf. le sandwich “premio” avec copeaux de parmesans dentro)

    (Remarque: le filtre anti spam indique poesie… Si même les robots se mettent à vous célébrer!)

  2. Jade dit :

    BRAVO ERIC VALMIR. VOTRE BLOG EST D’UNE GRANDE RICHESSE. MERCI POUR VOTRE SENSIBILITE ET LA JUSTESSE DE TON SANS PARTI PRIS. TRES APPRECIABLE. C’EST BON DE VIVRE L’ITALIE AVEC VOS PAGES.

    JADE

  3. Sophie dit :

    J’adore ! ça me donne envie de retourner en Italie revoir tous mes amis de cette assemblée… tant qu’ils sont encore en bonne santé…
    Merci pour le blog, qui me console au retour d’une année d’erasmus trop courte à Torino !

  4. Paolo dit :

    Je me demande si ce n’est pas un constat d’échec que d’avoir misé sur ce drôle de patriotisme gastronomique. Toujours eu la sensation que Macdo et malbouffe de tous genres ont quelques sérieuses difficultés à bien percer par ici. Au moins dans ce domaine l’approche italienne serait plutôt à suivre.

  5. christian dit :

    In cibo veritas! J’ai tout dégusté sans modération, et je m’en lèche encore les babines. Vous étiez particulièrement en verve, cette petite fable troussée dans un style épicé ne manque pas de sel. Et, l’appétit venant en mangeant, pourquoi ne mettriez-vous pas en Cène ce texte ? Une oeuvre alimentaire, cela va sans dire. Peut-être un opéra bouffe? Le conflit du slow food contre le fast food, une nouvelle version des guelfes contre les gibelins, des Montaigu contre les Capulet. Il y a là une veine épique à exploiter. Pour la musique il faudra faire appel à un maître du piano, un grand chef pour la direction. La sauce peut prendre. Arcimboldo a bien rendu toute la noblesse d’un artichaut ou le fantastique d’une botte de radis en peinture.
    Forza, a tavola! (Ma era ovviamente per scherzo.)

  6. Greg dit :

    C’est un peu comme si, en France, Bruno Le Maire faisait la promotion du Mac Membert ou du tripoux nuggets…

  7. karlo dit :

    j’espère au-moins que cette fable se terminera bien !
    Au fait , on tombe vraiment dans le grotesque avec ces messieurs du gouvernement : confondre politique et aliments … Si tous les bons vivants étaient “comunistes” ( je ne savais pas que Staline était un fervent supporter de la cuisine italienne ! ) , l’ex-pci ne serait pas aussi bas dans les sondages !!!!!!
    merci Eric pour cette fable … délicieuse !

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