Le blog de Eric Valmir

Comprendre l’Italie à travers ses nuances

Les 3 coups du Carnaval de Venise 2010

Week-end, venise, société, culture

 © EricValmir.RF

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La première fois que je suis allé à Venise, c’était en 1993. Un reportage sur le Carnaval.

Je démarrais à peine dans le journalisme et celui qui devait couvrir le sujet est tombé malade. Logiquement, un autre reporter aurait du y aller, mais il avait prévu de tondre sa pelouse le samedi et ça ne l’arrangeait pas.

L’argument m’avait glacé d’effroi, je ne l’oublierai jamais. D’un ton morne, on m’a demandé si ça me branchait. Tu parles !!!!  un rêve éveillé !!!  Venise et de surcroît le carnaval. J’ai foncé.

Nous voilà quasiment 20 ans plus tard, le carnaval démarre aujourd’hui, je n’ai aucune envie d’y aller. Je n’ai pourtant pas de pelouse à tondre.

Je ne reviens pas sur le phénomène “tourisme de masse” évoqué à plusieurs reprises sur ce blog. Même si la foule altère le plaisir,  Venise doit rester accessible à tous.

Mais comme le disent les Vénitiens, le Carnaval n’est pas un spectacle, c’est une fête. Le visiteur ne pense qu’aux déguisements qu’il va photographier, il ne pense pas à se costumer lui même.

Paroles de vénitiens : “Le vénitien déguisé devient malgré lui une bête de foire, un produit touristique prêt à être consommer, on perd l’envie de porter un masque en sortant de chez soi. “

Le vrai Carnaval se trouve dans les fêtes privées des palais vénitiens. Et ces dix dernières années, les touristes moribonds trainaient les pieds emportés par la foule qui entraine, écrasés l’un à l’autre, où l’on ne forme qu’un seul corps, poussés par un flot sans efforts dans la même direction. Une déambulation pachydermique et étouffante.

Peu de spectacles de rue, des mendiants, des vendeurs de contrefaçon, une fête foraine. L’âme du Carnaval vanté par le dépliant touristique est très éloigné du décor ambiant.

On voudrait acheter son masque à un vieil artisan vénitien qui pourrait parler de la Venise d’autrefois, les stands sont à 80% tenus par des asiatiques qui proposent du made in china. Déceptions et frustrations en série.

Alors il y a 3 ans, la ville a confié l’organisation du festival à une agence spécialisée dans l’évènementiel.

Venezia Marketing & Eventi a mis sur pied un programme de spectacles et d’animation qui s’enrichit chaque année. Les visiteurs venus du monde entier trouvent alors leurs comptes.

Les organisateurs ont voulu rester fidèle à la tradition : le carnaval des enfants, les concours des plus beaux masques, des festivités dans le Rio Cannareggio, la comedia dell arte, des jardins fantastiques inspirés par les contes de fées, des installations avec sentiers en verre,  jeux de miroir et sculptures végétales.

La tradition est respectée avec le premier dimanche de chaque carnaval, le vol de l’ange… Qui s’élance du Campanile 

En 2010, programmé le dimanche 7 à midi.

Enfin, dans le désormais rituel, un spectacle de théâtre ouvre le Carnaval. L’an dernier, c’était Dario Fo, on parle pour l’an prochain d’un Pinocchio joué par Roberto Begnini.

Ce soir, à 21 heures, Ferruccio Soleri, illustre acteur de théâtre milanais, montera sur la scène de la Piazza San Marco pour jouer “Arlequin, serviteur de 2 maîtres” de Carlo Goldoni, sur une mise en scène de son compère et ami Giorgio Strehler. La première mise en scène du Piccolo Teatro de Milan remonte à 1960. Ce spectacle est une référence du théâtre italien contemporain.

 © FerruccioSoleri

© FerruccioSoleri

Mais à coté de ces temps forts…

… surtout concentrés ce week end et la semaine prochaine du 13 jusqu’au mardi gras…

… Des surprises féériques ne sont jamais à exclure…

Comme ces voltiges vénitiennes.

Et puisque le Carnaval porte en lui des notions exentriques…

l’an dernier, les drag queen ont défilé…

 … et reviennent cette année, vendredi prochain, piazza San Marco.

 

Au sujet de ce carnaval à la programmation dense, les avis vénitiens sont partagés.

Pourquoi faire un show qui ressemble à un spectacle télévisuel alors qu’il serait judicieux de revenir à des notions plus simples et moins gigantesques ?

L’Association de quadra (40 pour Venise) croit au contraire que les vénitiens doivent s’impliquer dans l’organisation pour se réapproprier le Carnaval, ce qu’il représente en terme de patrimoine, et le réintégrer dans la vie d’une cité.

Que Venise reste une ville et non pas le décor d’un spectacle.

Je continue d’adorer Venise, mais elle est trop occupée en période de Carnaval. Je ne veux plus la déranger… Je viendrai plus tard, peut être même juste après, vers le 20 février, quand fatiguée, elle se remettra doucement, se détendra pour redevenir elle même.

Venezia est un joyau de l’humanité VIVANT, un project architectural sublime et fou, mais avant tout une VILLE alors que trop souvent on la considére comme un parc d’attraction, un musée à ciel ouvert, quand ce n’est pas un centre commercial de l’amour et de l’art.

Mais Venise et son carnaval, ce sont encore les vénitiens qui en parlent le mieux.

Je ne me lasserai jamais de vous conseiller le blog de Lorenzo. Tramezzinimag. La seule référence possible sur Venise. Lorenzo avec sensibilité nous entraine dans l’histoire, dans le temps, dans les vies de quartier d’hier et d’aujourd’hui.  Avec ce qu’il faut d’humeur pour rendre le blog encore plus vivant.  Chaque post recèle mille détails et invite chaque jour à la découverte.

Suivre Lorenzo, c’est déjà apercevoir la lagune au loin quand l’avion descend sur Marco Polo. Venise à domicile.

http://tramezzinimag.blogspot.com/2010/01/voici-que-revient-enfin-le-temps-des.html

7 commentaires pour “Les 3 coups du Carnaval de Venise 2010”

  1. Julien dit :

    Merci pour cet article et les vidéos que je regarderai demain matin.
    J’ai eu la grande chance de visiter Venise cinq fois. La quatrième fois fut pendant le carnaval. J’accompagnai en fait mes parents, pour moi le carnaval était un plus, c’est Venise qui m’intéressait, pas des costumes. Mais… Ce fut magique, en fait. J’étais dans un petit hôtel, Piazza S. Zulian, je crois (dans une suite hors de l’hôtel en fait, tout près du McPaperino, tandis que la salle du petit déjeuner donnait au dessus de la rue, comme sur un pont, assez en hauteur pour distinguer le haut des coupoles de la Basilique : même au Molino Stucky ou au Danieli on ne doit pas faire mieux !).
    Bref. Il était surtout central, cet hôtel. A cinq minutes de la Place St Marc. Peut-être pas le coin le plus sympa de Venise, cette Place, cela dit, car en général, il y a trop de monde, ce qui fait qu’elle n’est plus assez typique, malheureusement. En tant que touriste, bien sûr, j’en suis le 1er responsable, mea culpa. Cette position centrale, et privilégiée, je ne m’en cache pas, m’a surtout donné l’occasion de me promener sur la Place et aux alentours, en particulier à S. Zaccaria à 5 ou 6 heures de matin, 7h au très grand maximum. Avant le lever de soleil en tout cas.
    Une Piazza San Marco encore presque vide. Incroyable.

    Et en même temps pleine de souvenirs : je dois confesser qu’en aout 99 j’ai abusivement passé une nuit d’été entière sur la Place, assis sur une chaise du Florian, je crois. Pas confortable mais si exceptionnel ! Ça ne doit plus être possible aujourd’hui, vu que manger sur la Place debout ou s’y asseoir est sévèrement Vietatissimo !. En même temps, nous n’étions pas seuls : une demi-douzaine de touristes ayant raté leur réservation ou adeptes de l’aventure, et quelques SDF étaient là aussi.

    Comunque…

    Retour à mon Carnaval. Le soleil se levait sur la Piazzetta. Je marchai entre les colonnes de S. Marco et de S. Teodoro en toute insouciance (aujourd’hui, je connais la légende). Les premiers costumés venaient probablement d’arriver, tandis que le flot de touristes plongeait encore dans ses rêves de canaux et gondoles. O Sole Mio… Le soleil, encore très bas et très doux, parvenait à éclairer la promenade couverte sous le Palais des Doges (le long de la Piazzetta).

    Le petit pont parallèle au Pont des Soupirs, désert… ou presque (http://picasaweb.google.com/lh/photo/svLexT8ArPGqPbeWqsyTbQ).

    Puis, un peu plus tard, à l’improviste, je tombe devant un rassemblement “sauvage” de personnes masquées (happening en protestation contre le comité d’organisation qui voulait imposer des lieux et heures de représentation). Des dizaines de costumes plus beaux les uns que les autres, et presque personne. Photos de groupe sur les marches de la Salute. Même le Doge, la Dogaresse, le Lion et Venise elle-même présents, allégoriques (http://picasaweb.google.com/Canard19/Venezia#5397596934184159730).

    Rien à voir avec le Défilé final officiel, sur une Piazza San Marco archi-comble (même présenté par Miss Italia !).

    Voilà. Le hic, c’est que si chaque visiteur se mettait à arpenter Venise dès l’aube…
    C’est le paradoxe du touriste. Aimer, c’est dévaster, mais aussi, dans le cas de la Sérénissime, sauver, ou plutôt tenter de sauver une ville en perdition. Un million de touristes sauve davantage Venise qu’un projet MOSE, et la ruine encore plus. Ça doit être ça, le charme et le mystère de Venise.

    Quant-à me promener à Venise, costumé moi-même… Je ne sais pas. Bien que la plupart des participants soit française (corrigez-moi si je dis une bêtise), je ne le ferais pas moi-même. J’aurais l’impression d’usurper, de ne pas être à ma place. Se déguiser, en vrai, je ne parle pas de porter un chapeau multicolore en mousse vendus à la sauvette, est un acte que je ne saurais définir, mais dont en tout cas je me sens incapable.

    Ah, comme j’aimerais y retourner, en tout cas, à Venise ! J’en arriverais presque à rompre la promesse que je me suis faite l’an dernier : ne jamais y remettre les pieds avant le départ des leghistes, dont la présence très forte m’a tout bonnement retourné lors de mon dernier passage. Mais demain, lorsque je regarderai les vidéos plus haut, mes bonnes (ou pas) résolutions tomberont sans doute en miette.

    Pero! En me relisant je me rends compte à quel point Venise me rend bavard…

  2. ericvalmir dit :

    C’est le propre de Venise Julien, quand on aime on ne compte plus. :-)
    Bavard n’est pas le mot approprié, votre commentaire touchant de sincérité se lit avec plaisir

  3. christian dit :

    Là, vous me faites craquer! Et puique Julien évoque ses souvenirs ( touchants) , j’y vais aussi de ma nostalgie.
    Je suis allé à Venise la 1ère fois en février 1982. nous avions décidé, mon épouse et moi, avec 2 amies, de partir à Venise, comme ça, l’hiver, en réservant un hôtel 1 mois avant, sans préparation particulière. J’avais fait une chose insensée: j’avais écrit à la Fenice pour réserver 4 places au parterre pour la représentation de ” l’Enlèvement au Sérail” de Mozart, dirigée par Peter Maag. Je me disais que c’était une bouteille à la mer, sans espoir. Mais qui ne tente rien…
    Dans le train, première surprise: des gens parlaient de la renaissance du carnaval de Venise. De quoi ?? Nous n’en savions rien. Une fois arrivés (la plus belle arrivée à destination dans une gare, le grand canal à vos pieds une fois sorti du hall), ce fut la descente en vaporetto au petit matin, glacée, mais sublime entre les palais … et les premiers masques. Nous n’en croyions pas nos yeux; un mirage! Et ce furent 8 jours de carnaval, avec une ambiance irréelle, des costumes somptueux et d’autres faits de bric et de broc, toujours très inventifs. Pris par l’ambiance je suis même sorti un soir en me déguisant avec un chapeau en carton et le dessus de lit de l’hôtel emporté en cachette du portier et dont je me suis fait une sorte de toge, plus un maquillage au crayon gras. Quand je pense que je me suis payé le toupet d’aller chez Florian dans cet accoutrement!Je devais avoir l’air d’un sdf. Et je n’ai même pas été mis à la porte.
    C’était en fait la première saison de carnaval depuis son abolition par Napoléon en 18….?? Et nous tombions en plein dans le mille, sans le savoir. Aux innocents les mains pleines.

    Quant à nos réservations à la Fenice, à notre grande surprise, nos billets nous attendaient au guichet. Nous avons vu une représentation inoubliable de l’Enlèvement.

    Nous sommes retournés 5 fois ensuite au carnaval, mais au fil du temps l’ambiance populaire, bien présente les premières années (les Vénitiens faisaient eux-mêmes leur déguisements pendant des mois et les portaient en sortant en bandes dans les ruelles ) , a laissé place au spectacle à paillettes, toujours très beau, mais devenu snob et froid, avec des costumes de plus en plus sophistiqués, de plus en plus chers, faits souvent par des couturiers et portés par des étrangers, pour des photographes professionnels. Moi non plus, je n’ai plus envie d’y retourner.

    Je ne sais pas si c’est toujours le cas, mais nous trouvions encore les dernières fois une trace de l’ambiance populaire au carnaval des enfants à Venise-même, ou encore mieux à Burano, dans la lagune, loin de la foule. La joie des enfants déguisés et la fierté des mères qui ont fait elles-mêmes les déguisements sont peut-être encore les dernières traces de l’authenticité du carnaval de Venise.

  4. flou dit :

    c’est malin… j’ai envie d’y aller aussi moi maintenant…

  5. Julien dit :

    Eh oui, après avoir vu les photos et le 2d commentaire, j’ai craqué ! Venise figure de nouveau en n°1 dans ma liste “y aller le dès tôt possible”.
    C’est vrai, par contre, que les soirées privées organisées durant le Carnaval, que je ne connais que par les reportages télé, gâchent un peu la fête, mais je ne pense pas que ça soit ça le plus intéressant. Rien d’autre qu’une soirée Ferrero Rocher améliorée, le plus intéressant du Carnaval doit être dans la rue.

    J’ai vu sur le blog de TramezziniMag un appel aux étrangers pour repeupler la ville qui se vide jour après jour. Malheureusement, si on trouvait les jobs à la pelle là-bas, ça se saurait !!!

    Je ne sais plus qui a dit “Voir Venise et mourir” (probablement pas le même qui a dit “Voir Naples et mourir”), mais c’est faux, vraiment !

    Voir Venise et y retourner, encore et encore…

  6. lorenzo dit :

    Je n’avais pas lu ce billet et j’en suis rouge de honte. Non pas seulement d’avoir omis en son temps la lecture de cet excellent reportage, mais de voir mon travail autant encensé. Mille mercis. Tramezzinimag est né de mon amour pour Venise vous le savez et tout y vient du coeur. Comme mes remerciements.
    Bien à vous.

  7. Chantal dit :

    … Vrai de vrai, nous sommes allés à Venise 10 jours après le carnaval. Presque une ville aux vénitiens … Tôt matin, nous avons l’habitude de quitter la Locanda avec le premier Vaporetto ou même en déambulant dans les ruelles à demi obscures. Le petit déjeuner peut attendre ! On peut tout à fait fuir les allers et venus ( circuit obligé) du tourisme de masse : sentir Venise avec ses pieds et la goûter avec ses yeux. J’attends avec impatience notre prochain rendez-vous.
    Ce sera la 20 ème ou 3ème rencontre : je ne sais plus compter. Mais j’ose dire, ne jamais avoir été déçue ! …

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zidane

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