Benito Mussolini sur l’i-phone
Une initiative d’un napolitain de 25 ans, Luigi Marino.
L’application s’appelle I Mussolini (Les Mussolini) sous entendu les discours et les vidĂ©os ou i-Mussolini comme i-phone.
Discours et vidĂ©os prĂ©sentĂ©s sous le titre gĂ©nĂ©rique “L’homme qui a changĂ© l’Histoire de l’Italie“.
LancĂ©e la semaine dernière, l’application a dĂ©jĂ reçu 6000 visites. 6000 tĂ©lĂ©chargements.
Ce qui choque les associations de victimes du fascisme, c’est le portail. Les nostalgiques du Duce ont une visibilitĂ© dans le pays. On peut trouver de temps Ă autre, dans quelques boutiques un buste ou d’autres objets jouant la fibre nostalgique… Mais ces Ă©choppes ou magasins ne reçoivent pas en gĂ©nĂ©ral la visite du grand public.
LĂ , il s’agit d’Apple, d’i-phone et d’un moyen de diffusion très vaste.
The American Gathering of Holocaust Survivors (les survicants amĂ©ricains de l’Holocauste) ont dĂ©jĂ rĂ©pliquĂ©. “”Une insulte Ă la mĂ©moire de toutes les victimes juives et non juives du nazisme et du fascisme.”
 En Italie, la nièce, Alessandra Mussolini sĂ©natrice au Popolo della LibertĂ (PDL) dĂ©fend la mĂ©moire de son oncle. “Que ça plaise ou non, ces discours font partie de l’Histoire”.
C’est d’ailleurs l’argument repris par Luigi Marino : “J’ai voulu faire un travail de documentariste avec les archives de l’Histoire”.
Le jeune napolitain semble plus enclin Ă flairer les opportunitĂ©s qu’Ă jouer les historiens ou les idĂ©ologues. DĂ©jĂ crĂ©ateur d’une application sur Haiti et sur l’Ă©quipe de foot de Naples, Apple lui verse 70% des sommes gĂ©nĂ©rĂ©es par chaque tĂ©lĂ©chargement. (79 centimes d’euros le tĂ©lĂ©chargement).
C’est la raison pour laquelle la communautĂ© juive italienne refuse d’entrer dans le dĂ©bat : “polĂ©miquer serait faire de la pub. A chaque fois qu’on dit du mal de quelque chose ou quelqu’un , on le renforce. On fait sa publicitĂ©. Ignorons l’application, et personne ne la visitera“. Â
Des mouvements Ă©tudiants rĂ©clament l’intervention du ministre de l’IntĂ©rieur Roberto Maroni. La loi italienne interdit toute forme de propagande du fascisme. Des associations exigent d’Apple la suppression de ces discours et vidĂ©os?
Roberto Maroni ne commente pas.
Apple non plus, la firme amĂ©ricaine dit vĂ©rifier les donnĂ©es mises en ligne, mais vient d’assurer Ă Luigi Marino que son application restait en vente.
Et pour cause, le dĂ©bat ne tourne pas autour de valeurs morales et historiques. Il ne s’agit pas d’opposer le travail de mĂ©moire Ă la nostalgie du fascisme.
On es très loin de toutes questions Ă©thiques, idĂ©ologiques…
L’Histoire n’est qu’un prĂ©texte. Ici, il s’agit seulement de faire du fric. Et ça marche, l’application est numĂ©ro 1 au hit des tĂ©lĂ©chargements en Italie sur i-phone et i-pod Touch. Â
Enfin dernière minute (3fĂ©vrier 15h30) . Apple retire l’application, effrayĂ© par la menace de poursuites en pĂ©nal au sujet de droits d’auteurs.
















2 fĂ©vrier 2010 Ă
La traduction “Les Mussolini” pour “I Mussolini” n’en est qu’une parmi d’autres. Elle peut correspondre aussi aux I (ou aux E) qu’on met un peu partout pour faire moderne. Et… AĂŻe, le “I”, en anglais, ça peut aussi vouloir dire “Je”, “Moi”. Mais gageons que la plupart des tĂ©lĂ©chargeurs du programme conservent un esprit critique face aux textes (de la mĂŞme manière, ne doit-on pas lire le livre d’Hitler pour mieux le comprendre, et surtout ne pas oublier ?).
Cela dit, il est inquiĂ©tant que l’application soit (serait ?) la deuxième la plus tĂ©lĂ©chargĂ©e en Italie sur le i-store. Un signe de plus de son retour.
Qui pourrait bien battre i-Mussolini ? Probablement rien d’autre qu’un i-Silvio, qu’il soit Ă©logieux (les discours Ă©clairants et humanistes du grand leader, prĂ©facĂ©s par Emilio Fede) ou contestataires (Gaffes, bĂ©vues et boulettes de Silvio).
(et lĂ , je gagne un point Godwin en Ă©voquant une Ă©ventuelle correspondance entre les deux chefs d’Etat, mais bon, LA Mussolini Ă©tant dans la coallition PDL, on me pardonnera…).
Ou alors un i-Pasquino, peut-ĂŞtre ? (statue près de la Piazza Navona de Rome près de la quelle chacun peut dĂ©poser, en principe, n’importe quel message contre n’importe quelle personnalitĂ© publique).
Reste une question. Les applications iPod seront-elles visĂ©es par l’Ă©ventuel dĂ©cret Romani (projet de censure de facto des vidĂ©os online) ?
L’auteur de l’application devra-t-il remplir un formulaire pour continuer Ă vendre son programme ? Je suis mauvaise langue, mais Ă mon avis… tiens, au hasard, un i-BeppeGrillo attendrait le visa des lustres alors que pour i-Mussolini………
3 fĂ©vrier 2010 Ă
IntĂ©ressant, c’est sur une histoire de droits d’auteur que l’application viendrait d’ĂŞtre supprimĂ©e de l’i-store.
Je ne m’y attendais pas Ă celle-lĂ , que de tels documents i-storiques soient sujets Ă droits d’auteur……
http://www.repubblica.it/tecnologia/2010/02/03/news/iphone_apple_cancella_imussolini_dopo_la_protesta_dell_istituto_luce-2174964/?rss
3 fĂ©vrier 2010 Ă
Ces rĂ©surgences du fascisme sont rĂ©currentes et prĂ©occupantes. Je me souviens d’avoir vu Ă Ferrare, il y a quelques annĂ©es, sur la place du Duomo, un Ă©tal de bouquiniste au cours d’une foire aux livres, qui exposait des oeuvres pro nazies, dont “Mein Kampf”, parmi d’autres titres anodins.
Devant mon air surpris et choquĂ©, la vendeuse a pris une attitude de dĂ©fi arrogant, m’expliquant qu’ici c’Ă©tait en effet possible de trouver de tels livres,( sous entendu ” c’est pas comme en France”) et je pouvais en dĂ©duire que dans son esprit ce n’Ă©tait pas pour favoriser l’Ă©tude critique des oeuvres d’Hitler.
Ceci dans la ville de Giorgio Bassani, auteur du roman ” Le Jardin des Finzi Contini”! Sombre rapprochement, mais pas si surprenant que cela après tout.
Autre souvenir: un passage, par pure curiositĂ©, Ă©tant en vacances dans un village proche, Ă Predapio, lieu de naissance de Mussolini. Glaçant! Des magasins regorgeant d’objets souvenirs, allant de l’assiette Ă effigie, Ă la statuette en buste du Duce, en passant par toute une dĂ©clinaison d’objets de bureau. Et surtout des CLIENTS ENTHOUSIASTES, très affairĂ©s autour des prĂ©sentoirs. Un vrai Lourdes du souvenir mussolinien. Et je ne suis pas allĂ© dans le sanctuaire oĂą reposent ses restes, oĂą la dĂ©votion devait ĂŞtre Ă son comble, j’aurais eu des apparitions.
Ce rapport attraction-rĂ©pulsion des italiens Ă l’Ă©gard du fascisme m’intrigue. Je lis actuellement un essai de Vittorio Messori et Aldo Cazzullo ” Il Mistero di Torino” (Ă©ditions Mondadori) oĂą j’apprends que Alberto Moravia a Ă©tĂ© un zĂ©lateur du fascisme Ă©crivant a Galeazzo Ciano personnellement pour lui demander de lui accorder le privilège d’ĂŞtre envoyĂ© en Etiopie non comme reporter de presse, les articles de journaux Ă©tant Ă©phĂ©mères, mais comme Ă©crivain afin de rĂ©diger une oeuvre de fond Ă la gloire du fascisme.
MĂŞme Norberto Bobbio, figure pourtant emblĂ©matique de la rigueur intellectuelle et morale, ne serait pas Ă l’abri de critiques concernant sa collaboration au fascisme.
Autre figure emblĂ©matique, Giullio de Benedetti, directeur de la Stampa après guerre et pourfendeur intransigeant du fascisme, avait Ă©tĂ© lui-mĂŞme auparavant bĂ©nĂ©ficiaire du statut de “juif discrĂ©minĂ©”, ce qui l’exemptait de l’application des lois raciales contre les juifs. Or ce statut n’Ă©tait accordĂ© par le rĂ©gime qu’au compte goutte aux juifs ayant dĂ©montrĂ© leur zèle envers le rĂ©gime.
Ceci montre peut-ĂŞtre que la mise au clair Ă l’Ă©gard du fascisme n’est pas encore allĂ©e suffisamment Ă son terme et de ce fait il subsiste une confusion des valeurs qui ne manque pas d’ĂŞtre exploitĂ©e .
3 fĂ©vrier 2010 Ă
Ne s’agit-il pas d’un exemple concret de ce qui se passe quand on ne fait pas le procès d’un personnage ou d’une page de l’histoire d’un pays ? Car enfin , la page n’a JAMAIS Ă©tĂ© tournĂ©e avec le fascisme ( les mĂŞmes personnages sont passĂ©s de l’administration fasciste Ă celle de la rĂ©publique ) . Il suffit de voir ce qui se passe en Espagne , au Portugal ou en Grèce pour s’apercevoir que le “non procès” d’une page noire de l’histoire d’un pays amène forcemment Ă une certaine “nostalgie” de certaines personnes qui , souvent , n’ont mĂŞme pas connu cette pĂ©riode lĂ ! LĂ se pose aussi le problème de l’Ă©ducation ( Ă l’Ă©cole ou Ă la maison ) .
Alors , quand en plus , le temps est à la crise , les idées les plus noires reviennent !
Juste pour info , en France aussi on connaĂ®t ça : on parle de plus en plus d’un musĂ©e PĂ©tain … no comment .
4 fĂ©vrier 2010 Ă
Je suis de l’avis que ce qui est indiqué comme fascisme est quelque chose de bien enraciné dans la société italienne et qui va bien au-delà de son chef et de son parcours. En dépassant le cadre historique, on pourrait risquer de dire que la société italienne était fasciste avant le fascisme et conserve des traits bien fascistes jusqu’à nos jours. Il faudrait trouver un autre terme, timidement je suggèrerais société hierarchisée, qui présente différents niveaux de libertés et de droits (sinon formels, du moins dans les faits) accordés selon l’importance et les fonctions des personnes. Ce qui se passe actuellement avec la remise en cause de l’égalité face à la justice est un parcours, très clair maintenant, mais qui vient de loin.
Ce fut toute la classe dirigeante qui apporta à Mussolini son soutien, aussi paradoxal que cela puisse apparaître, jusqu’en 1935-36 il y eut des membres du gouvernement fasciste qui étaient juifs. Si on ne se concentre que sur des discours tonitruants et souvent contracditoires, on perd de vue ceux qui gérèrent la politique économique du pays pendant 20 ans. Les recherches ne sont pas bien difficiles, tout est écrit, la question donc serait de se demander pourquoi cette classe dirigeante a-t-elle toléré cet individu. C’est toujours mon opinion: Mussolini et le “fascisme” s’occupe de la répression et de la manipulation des masses, le pouvoir économique, très restreint, gère le développement. Puis la crise des années 30 et la fuite en avant du pouvoir fasciste pour conserver sa place.
On pourrait penser que cette forte hierarchisation et son acceptation proviennent de très loin et trouvent ses fondements sur une base culturelle bien ancrée dans la société, en dépit des institutions apparemment démocratiques.
Un autre passage sur le fascisme et ses contradictions: le “ Gran Consiglio”, son organe délibératif, en 1923 imposa aux fascistes le choix entre l’appartenance à la franc-maçonnerie ou au parti. Les 4/5 des membres qui approuvèrent cette délibération étaient des franc-maçons. Les deux loges italiennes furent dissoutent en 1925.
5 fĂ©vrier 2010 Ă
je sais pas pourquoi “i-mussolini” me fait penser, par assonance, Ă “heil hitler” et ça me parait etre de bien triste augure!
Je dĂ©sespère de voir les Italiens faire un travail de mĂ©moire comme on dit, Ă propos de cette Ă©poque. Peut-etre qu’il est trop tot (?). Il n’est pas rare dans une famille italienne de trouver des parents plus ou moins proches qui ont appartenu Ă des bords diffĂ©rents, fascistes et partisans; certains parlent meme de “guerre civile” pour cette Ă©poque. Il y en a des traces dans l’esprit politique d’aujourd’hui, oĂą on assiste Ă des joutes haineuses et oĂą le passage Ă l’acte menace toujours.
Autre chose: qu’y a t-il sur cette pĂ©riode dans les livres d’histoire des Ă©coliers et lycĂ©ens? Rien ou presque…
8 fĂ©vrier 2010 Ă
“Mais ces Ă©choppes ou magasins ne reçoivent pas en gĂ©nĂ©ral la visite du grand public.”
Heu… Je ne sais pas ce qu’il en est du reste de l’Italie, mais dans le sud de la Sicile, vous trouvez dans Ă peu près tous les magasins de souvenirs des bustes de Mussolini de toutes les tailles moulĂ©s en lave de l’Etna. Et quand on leur demande “pourquoi? en France un commerçant ne mettrai pas ds sa vitrine ou ses rayons un buste de PĂ©tain” On nous rĂ©pond “Ma, il duce, il a fait dĂ© grandĂ© choses pour l’italia, c’est oune grande homme, par exemple la route quĂ© vous avez prise, c’est loui qui l’a faite!”
Franchement, ça laisse songeur…